La Voix De Sidi Bel Abbes

Visite Hamrouche: La visite du Premier ministre, par B.Z

Hamrouche à Sidi-Bel-Abbès? J’ai un souvenir de son passage que je vais vous conter.

Lorsque que j’étais, l’espace du passage d’une comète, en 1990, chargé des destinées de la ville (et de ses citoyens) un conseiller du wali vient me voir.

– Dans quelques jours me dit-il, tus vas recevoir la visite d’un très, très haut responsable.
– De qui, m’inquiétais-je ? Le président de la République ? Le Premier ministre ?
– Il s’agit d’un très, et très haut responsable. C’est tout ce que je peux te dire.

Un ministre, non, car plusieurs sont déjà passés. Il ne peut s’agir que du 1er ministre ou du Président, pensais-je. Je décide que c’est le Président.

Je pris, avec mes camarades du CCP, le parti d’attendre à ce que les choses s’éclaircissent pour commencer à jouer mon rôle, parce que le rôle l’interlocuteur me revenait hélas.

Dans pareille situation, ce rôle est très clair.

C’est celui de maquiller la ville – avec pas trop de fard pour ne pas la rendre vulgaire, – faire le parterre des rues que doit emprunter le cortège, badigeonner en blanc tous les arbres et les trottoirs, préparer ensuite une jolie fillette avec si possible des roses, sinon des fleurs ordinaires, même de saison.

Mais quelles rues à préparer ?

Par expérience, je savais que c’était l’entrée de la ville, les avenues menant aux deux grandes usines qui marchaient encore, peut-être du côté de l’université, les abords l’APC, ceux de la wilaya et de la résidence et c’est tout.

Des inaugurations ? Point, parce qu’il n’y avait plus rien d’inaugurable.

Les équipes techniques de l’APC étaient dans ce domaine, bien rodées. Une visite d’annoncée et les guirlandes déjà accrochées, les drapeaux qui flottent au vent, et la moitié de la ville peinte. Avec, bien sûr, les éternelles banderoles de bienvenue anonymes et donc passe-partout.

Ce n’est que deux jours avant la visite que l’on m’annonça qui était notre invité. Il s’agissait du Premier ministre, Mouloud Hamrouche.

Je m’enquis tout de suite du programme tracé par la wilaya. C’était à peu près le même que celui que j’avais imaginé, sauf que le planétarium situé dans l’enceinte de la coupole (et qui constituait une curiosité) devait faire l’objet d’une énième inauguration. Comme l’édifice et le planétarium appartenaient à la commune, nous étions donc concernés.

Là, on allait jouer sur notre terrain et il fallait que nous préparions la défense de l’équipe.

Le jour J, nous reçûmes dans la cour proprette et bien fleurie de la wilaya, le Premier ministre.

Je me trouvais dans la haie d’honneur.

A la vue de ce responsable, j’ai tout de suite pensé que la télévision nous envoie des images déformées des personnes.

Ce n’était pas le sévère Premier ministre que je voyais dans la petite lucarne de la TV. Celui qui est venu nous saluer était un personnage grand, très vif, très amène et au demeurant sympa car plein de sourires.

Contrairement aux membres de l’exécutif, j’ai eu droit à des bises très appuyées et très chaleureuses, accompagnées d’une main serrée à vous tordre le poignet.

J’avais supposé – et je le crois encore – que c’est ma qualité de maire intérimaire qui me valut tant d’embrassades.

Tout de suite j’ai pensé que, finalement, un maire comptait dans l’échiquier. Il n’était plus le ramasseur de poubelles, mais, bien que son statut de premier magistrat de la ville ait sauté depuis fort longtemps, il lui restait quand même une considération que le Premier ministre venait de témoigner.

La visite commença. L’APC n’étant pas encore concernée, je jouais d’abord le rôle de simple figurant.

Mais il fallait, avec mes amis, que je me manifeste, car les besoins de la ville étaient grands.

Une vingtaine de jours auparavant, la ville avait connu de terribles inondations suite à la crue de la rivière qui traverse la ville de part en part.

Dans certains quartiers, l’eau avait dépassé les deux mètres de hauteur. C’est dire le désespoir de pas mal de citoyens.

Seulement, cette affaire de crue n’était pas dans le programme de la visite.

J’avais contacté deux députés de l’époque. Grâce à eux (et je leur tire chapeau bas), le tracé de la visite a pu être modifié de sorte à ce que le Premier ministre s’arrête sur les lieux des inondations et constate de visu l’ampleur des dégâts.

Ce détournement de Premier ministre (car c’en est un) est pour nous, intérimaires, une vraie aubaine. Il fallait régler au plus vite le problème des inondations en arrachant quelque chose.

Né dans le giron de la Mekerra et ayant appris à nager dans ses gueltas, je connaissais parfaitement les sautes d’humeur de cette rivière. De plus, j’étais informé des projets destinés à calmer l’ardeur de cet impétueux et imprévisible cours d’eau qui nous vient des hauts-plateaux, précisément de nos amis de Redjem Demmouche et Ras El Ma. .

Entre autres projets concoctés dans les années trente, un barrage qui devrait se situer en amont de la ville, à une trentaine de kilomètres, dans la commune de Tabia. .

L’endroit de l’arrêt du cortège était prémédité. C’était à Bab Dhaya, à hauteur des immeubles préfabriqués.

C’est là, où le rez-de-chaussée d’immeubles construits dans les années 70 par une société italienne est en contre-bas du niveau de la rue.

Quoi ? dirait le tout dernier stagiaire en urbanisme.

Incroyable, mais on a construit des appartements sous terre. Pourtant, rien ne justifie ce nouveau mode de construction, les immeubles préfabriqués étant érigés sur un immense terrain plat où n’existe aucune contrainte. Passons, car c’est déjà fait.
Les jours de crue, l’eau dépasse aisément les deux mètres dans la rue. Alors, pour ceux qui habitent sous terre, n’en parlons pas.

C’est ce que nous voulions que notre illustre invité voie.

Il a vu et il était désolé.

Alors, profitant de cette occasion en or, j’avais dit que la ville se devait être protégée des inondations, qu’il était dommage que des millions de mètres cubes d’eau partent en fumée à tout jamais alors qu’un barrage, dont j’avais rappelé l’existence du projet, pouvait permettre, non seulement la récupération de ces eaux perdues, mais fera éviter des inondations du genre.

De plus, avais-je ajouté, l’eau engrangée par le barrage réglerait une fois pour toutes le sempiternel problème des coupures dans les robinets et permettrait, pourquoi pas, l’irrigation de pas mal de terres agricoles. J’étais inspiré et j’exagérais à souhait pendant que mes camarades de la mairie m’encourageaient par des gestes pour me dire « vas-y, continues !

Alors que les flashs des journalistes crépitaient et que les caméras de la TV ronronnaient, je sentais que le Premier ministre était convaincu par mon exposé. Il appela quelqu’un, lui ordonna de noter, puis me dit avec d’un air grave, l’index pointé sur mon visage, juste entre les yeux: « Monsieur, vous aurez votre barrage.»

J’étais aux nues. Mes camarades et les députés aussi. Nous avions tous réussi.

La construction du barrage a été effectivement inscrite. En 2006 ou en 2007, soit seize ou dix-sept ans plus tard. Mais il vaut mieux tard que jamais.

Le cortège s’ébranla et je repris mon rôle de figurant.

Le lendemain après-midi, les choses sont devenues plus sérieuses car c’était à mon tour de passer au tableau.

C’était la énième inauguration du planétarium installé dans la coupole appartenant à l’APC.

Cette coupole, construite vers 1955 en plein centre-ville, était et demeure un joyau architectural au point de devenir une référence dans son genre. Sa destination initiale était d’abriter le marché de gros des fruits et légumes. Mais le développement de la ville et le problème de circulation commandaient le transfert, hors agglomération, de ce marché.

Les anciennes APC avaient eu la lumineuse idée de transformer cet endroit en un espace culturel. De plus, l’APC sortante avait réussi le pari d’avoir les équipements d’un planétarium (le second, je crois en Afrique, après celui du Caire) et les avait installés au niveau de la coupole.

C’est ce que devait inaugurer le Premier ministre.

En responsables avertis, mes amis et moi avions prévu toutes les possibles questions que pouvait poser notre illustre invité. Je m’étais, en ma qualité d’interlocuteur, préparé en conséquence en concoctant un habile jeu de questions-réponses.

Mais au cours de la visite, c’était autre chose.

On organisa à l’intention de notre illustre visiteur une projection sur l’espace.

Toutes lumières éteintes, le noir absolu, ce qui, sur le plan de la sécurité du premier ministre, n’était pas très recommandable. Sur la voûte du planétarium, on voyait les astres, les étoiles, les planètes. L’opérateur continua pendant de longues minutes à nous guider à travers les cieux. Puis la lune et les étoiles, sur fond noir. Il ne manquait que les grillons pour faire une belle nuit d’été.

Projection terminée. Lumière et retour sur terre.

Là, commença mon calvaire. Des questions que nous n’’avions jamais envisagées fusaient, les unes après les autres, avec une rapidité incroyable, comme sorties d’une mitrailleuse. J’essayais d’y répondre tant bien que mal. Notre invité avait l’esprit aussi vivace que son regard. Il savait tout et s’intéressait à tout. Des questions me tombaient dessus, pêle-mêle, sur le mode de gestion du planétarium, sur les utilisateurs, sur les jeunes, sur les formateurs, sur les formés. D’autres questions encore qui n’en finissaient plus. Une avalanche. J’étais assommé. Dans ma panique, je me souviens avoir lancé par erreur plusieurs fois « oui Monsieur le Président », « parfait, Monsieur le Président » « d’accord Monsieur le Président »…. Il se retourna enfin et sortit.

Nous descendîmes les escaliers côte à côte. Au bout de quelques marches, il me tapota l’épaule et son visage s’éclaira enfin d’un large sourire. Il me félicita. J’avais réussi mon examen de passage.

La visite de la ville était terminée. Un grand ouf.

Le lendemain, on remit les drapeaux, les banderoles et les guirlandes à leur place.

Heureux furent ceux, devant chez qui, le parterre a été fait.

Texte dédié à B.D. et à Moudjahed que je salue bien.

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=57103

Posté par le Déc 17 2014. inséré dans ACT OPINIONS, ACTUALITE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

11 Commentaires pour “Visite Hamrouche: La visite du Premier ministre, par B.Z”

  1. ourrad n

    bravo les anciens vous avez été à la hauteur!

  2. Mohand

    Mais bon sang’ essayons d’enterrer les has been. Y a pas plus jeune dans ce bled!

  3. BADISI

    @Mohand
    salem mon frère on peut jamais faire du nouveau avec de l ancien , les jeunes mit a l écart une génération qui veut défier la nature humaine ils ont eu tout et ils demande toujours plus ces des malades qu on doit soigner , el hor bel ghemza wa el barhouche be debza

  4. mohamedDD

    merci pour votre témoignage et merci à hamrouche premier ministre pour sa promesse 1990 à 2007/2008 bravo lui qui est dans « l’opposition » et malheur…. il n’est pas seul (c’est par dizaines), ayez la décence de vous taire ohhhhhhhhh hamdoul’ Allah JUSTICE DIVINE

  5. mohamedDD

    additif : chkoune likadalhem Allah wahdouh Le Majestueux

  6. Harmel Mehdi

    La jeunesse en politique en se compte pas en nombres d’années mais par la modernité du projet de société qu’on propose au peuple…on a souvent vu des jeunes sortis tout droit des universités et militants de partis parlaient le langage des actuels fossiles de la politique qui nous gouvernent ..Donc avant de porter des jugements il faut voire les actions du personnage en questions lorsqu’il était aux commendes et sa vision actuel sur la future gouvernance du pays …

  7. Abbés

    Je suis de votre avis docteur. La politique n’a pas d’age.

  8. mohamedDD

    oui, vous avait raison et on pourrait en parler longuement, les actions passées de Mr Ouyahia et sa vision actuelle et future, les actions passées de ceux qui nous gouvernent depuis belle lurette qui ministre 1er, ministre, conseiller, chef de parti devenu ministre, ex:wali ……………… et leurs visions actuelles et perspective, non merci non merci ( dib restera dib) sur ce merci et bonne soirée

  9. gherbi sba

    Hamrouche est passé samedi a belabbes il a tenu une conférence.

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