La Voix De Sidi Bel Abbes

Vatican : quels desseins autour de deux saints ?

romaIls seront sans doute près d’un million de pèlerins et des centaines de millions de catholiques devant leurs postes de télévision. Le pape François fait saints dimanche deux de ses prédécesseurs, l’Italien Jean XXIII et le Polonais Jean-Paul II, deux visages différents et à bien des égards contraires de l’Eglise aujourd’hui. L’évènement ne peut être résumé au seul show planétaire qui va mobiliser 150 cardinaux, un millier d’évêques, 6000 prêtres de tous les pays et neuf satellites et qui verra pour la première fois la canonisation de deux papes en présence de deux papes vivants, puisque le démissionnaire Benoit XVI sera probablement place Saint-Pierre. La signification de cette cérémonie dans ce moment de l’histoire du Vatican mérite d’être réfléchie par les progressistes. FALLAIT-IL S’Y RENDRE ? La présence de Manuel Valls, flanqué de Xavier Darcos, choque ceux qui sont attachés à la laïcité. Non ! La République n’est pas la fille aînée de l’Eglise et bien des citoyens peuvent se sentir blessés qu’une religion fasse l’objet d’un traitement particulier. D’autres officiels français se sont déjà rendus à de semblables canonisations, concernant parfois des personnages plus troubles, partisans du franquisme et de l’Opus Dei. Reste que la venue à Rome du Premier ministre est un message politique. Il est à craindre qu’il s’accompagne d’une démission sur des sujets comme le mariage pour tous ou une conception renouvelée de la famille. En effet, comment le maître d’œuvre d’une politique d’austérité et de cadeaux mirifiques aux grandes fortunes qui pilotent les grandes entreprises pourrait-il applaudir le discours très critique du nouveau pape à l’égard de la mondialisation capitaliste ? (Lire : Le pape François ouvert au marxisme) POURQUOI CES DEUX PAPES ? L’instruction des canonisations avait été entamée avant l’élection de François mais c’est lui qui a décidé d’associer les deux papes dans une même cérémonie qui, ainsi, évitera un trop grand culte de la personnalité autour de Wojtyla. Ce dernier est désormais une figure plus contestée qu’auparavant parmi les catholiques où la figure du pasteur énergique, globe-trotter et médiatique est désormais contrebalancée par des faces plus obscures, celle de ses compromis avec les financiers troubles et la maffia pour combattre le socialisme réel, son indifférence devant les phénomènes pédophiles, son hostilité aux théologies de la libération, aux prêtres-ouvriers et à l’ouverture au monde qui l’avait conduit à sanctionner Mgr Gaillot. Incontestablement le pape François se reconnaît plutôt dans la figure de Jean XXIII, surnommé « le bon pape », dont il a reproduit des gestes symboliques, à la rencontre des plus pauvres ou des prisonniers. « Je viens de l’humilité » disait le pape Roncalli qui lança le concile de modernisation de l’église, Vatican II, pour « discerner les signes du temps », l’ouvrir au monde, appuyer une politique internationale de détente avec l’Est, déverrouillant une église cadenassée en lui donnant un nouvel élan qui dialogue avec les espérances terrestres. A sa mort, l’URSS mis en berne ses drapeaux… Si le pontificat de Jean XXIII fut court, il trouva en Paul VI un continuateur et un interprète. En réunissant ces deux prédécesseurs, le Pape François rassemble la palette des sensibilités catholiques. Il en a besoin. Il rencontre en effet l’hostilité des courants intégristes et conservateurs, ceux d’une église remparée dans l’autorité et la munificence, sourde aux souffrances du monde et dévouée aux puissants. Les menées contre lui ne sont pas le seul fait d’une maffia qui voit peu à peu s’évanouir ses leviers dans la Curie et dans l’appareil financier de l’église, mais aussi ces bourgeoisies nationales qui voient l’église un outil précieux pour éterniser leur domination. Lors de ses premiers pas de pape, Angelo Roncalli, rencontra la même hostilité glacée de la Curie…. FRANCOIS AFFIRME SES POSITIONS. Peu à peu, le nouveau pape impose sa vision. Les prélats amateurs de faste sont isolés ; la dimension pastorale est affirmée ; le dialogue avec le monde prend de l’ampleur ; le refus du règlement guerrier des tensions – notamment contre l’intervention en Syrie – est fortement réaffirmé ; la priorité aux pauvres (« une Eglise pauvre pour les pauvres ») s’affiche comme une constante. En Amérique latine, en s’impliquant fortement pour que l’Eglise choisisse le dialogue au Venezuela et prenne ses distances avec les fauteurs d’affrontement, il a donné un signe qui a été repéré par l’opinion. Mercredi, lors de l’audience générale au Vatican, François a ainsi réagi à la vidéo que lui avaient adressée des ouvriers de l’entreprise Lucchini, une usine métallurgique toscane menacée de fermeture, pour se solidariser avec eux. >>> Lire : Un pape d’une Église plus proche des gens Sa critique du capitalisme – un système qui « nie la primauté de l’être humain » – et de sa « tyrannie invisible » fait évoluer la doctrine sociale de l’Eglise, souvent à la recherche d’une troisième voie entre capitalisme et socialisme. Il caractérise le libéralisme comme « une économie de l’exclusion », dénonce le fait que de grandes masses de la population « se voient exclues, marginalisées, en raison du jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le faible ». La mondialisation, juge-t-il a créé une « culture du déchet » où « l’homme est un bien de consommation qu’on peut utiliser et ensuite jeter », « voué aux bas-fonds et aux périphéries de l’existence » : «La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a, à son origine, une crise anthropologique profonde: la négation du primat de l’être humain! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation. (…). Non à l’argent qui gouverne au lien de servir.» Il ajoute : « Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale, les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société ». Ce faisant, il rompt avec un discours commodément charitable et seulement compassionnel. Il présente le système capitalisme comme inhumain et ne s’embarrasse pas des passages obligés sur la « liberté d’entreprendre » et les « bienfaits du profit », en privilégiant un regard acéré sur le creusement des inégalités à l’échelle de la planète, et la revendication tout à la fois de la primauté absolu de l’être humain et celle du respect des biens communs à l’humanité. Peu à peu, les prélats français s’inscrivent dans ce courant et se dotent de porte-paroles plus ouverts aux problématiques contemporaines, qu’aux réitérations rigides du dogme. Ainsi certains d’entre eux mettent-ils en garde aujourd’hui contre les incidences du Traité transatlantique. .Un nouvel espace de rencontre et d’actions communes peut s’ouvrir avec les citoyens de progrès. Quelque chose est en train d’évoluer que ne permet pas de comprendre le recours aux vieux réflexes de l’anticléricalisme.

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Posté par le Avr 28 2014. inséré dans ACTUALITE, CE QUE DIT LA PRESSE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

3 Commentaires pour “Vatican : quels desseins autour de deux saints ?”

  1. Arbi

    Plusieurs chaines de télévision nous ont passé des images de cet événement

  2. Claude.B

    Bonjour ,
    J’ai suivi ,comme beaucoup de catholiques cette cérémonie que j’ai trouvé à la fois grandiose et émouvante .Plus d’un million de fidèles, venus du monde entier ,réunis à Rome pour célébrer la canonisation de 2 papes qui auront marqué leur époque .Le pape François ,pour lequel j’ai une tendresse particulière ,a su réunir par ce geste 2 sensibilités de l’église ,2 visions différentes et en cela il fait oeuvre utile :c’est un réconciliateur ,un homme de paix ,un homme simple ,je pense qu’il sera un grand pape .
    Toute cette jeunesse présente m’a vraiment émue ,et j’y ai vu un signe encourageant ,car elle est porteuse d’ un message de paix ,de partage ,d’amour de l’autre ,
    C’est elle qui sauvera peut être ce monde de la folie meurtrière qui s’est emparée des adultes de pouvoir .C’est elle notre futur ,et ce que j’ai vu m’a quelque peu rassurée .Avec eux ,grâce à eux ,tout n’est pas perdu :ils s’activent dans tous les domaines dès que l’homme est en péril ,ils donnent ,sans compter et sans en attendre de retour ,contrairement aux adultes qui eux ne font rien pour rien ,ou très rarement .
    Cette journée aura un impact certain ,l’élan donné par le pape François est suivi et générateur d’espoir .
    Cordialement .

    • Danielle B

      @ CLAUDE
      Bonjour
      tout comme toi j’aime beaucoup le nouveau Pape François, il émane de lui une bonté et une humilité qu’avait également le Pape Jean-Paul II
      ces deux Papes m’ont un peu réconciliée avec l’Eglise, je n’ai jamais perdu ma foi mais je ne croyais plus en l’Eglise
      je suis certaine que Le Pape François apportera beaucoup aux chrétiens dans ces temps troublés où on ne sait plus trés bien vers qui se tourner
      amicalement

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