La Voix De Sidi Bel Abbes

Trafic et commerce illicite du blé importé et subventionné : Le blé et l’argent du blé

Bon nombre de citoyens algériens semblent parfois oublier, voire ignorer, que si la baguette de pain est achetée aujourd’hui encore à 10 DA seulement, c’est bien grâce aux subventions accordées par l’Etat aux importations de céréales.
Ce soutien des prix, qui s’étend à toute la filière blé, ne profite pas de manière juste et équitable à l’ensemble des opérateurs intervenants, dans le processus de production et de commercialisation du produit le plus consommé au monde: agriculteurs, importateurs, transporteurs, meuniers et boulangers sont loin d’être logés à la même enseigne. Ce système pénalise certains, mais permet à d’autres, peu soucieux de la réglementation, d’en tirer des profits importants.
On sait que les boulangers pratiquent des prix plus élevés que ceux imposés par la loi (7,5 DA la baguette simple et 8,5 DA le pain amélioré), car il leur est impossible d’être rentables à de tels tarifs. Le consommateur paye donc en moyenne 10 DA la baguette simple et le prix du pain dit amélioré, échappe à tout contrôle, pouvant atteindre 20 DA et plus encore, dans les grandes villes. Les boulangers «jouent» aussi sur le poids qui est censé être de 250 g par baguette. Quant aux gâteaux et autres produits dérivés, leurs prix ne sont pas réglementés, mais ils contribuent à la hausse des besoins en farine et donc en blé tendre importé.
Pour produire et distribuer la farine, l’Etat dispose de quatre Entreprises régionales de l’industrie agroalimentaire et de distribution -Eriad- qui gèrent une centaine de minoteries/semouleries à travers le pays. Mais ces unités ne couvrent que 30% des besoins en farine et don en blé transformé”, laissant ainsi la place au secteur privé qui s’est implanté en force, depuis ces dix dernières années. Crédits d’investissement à des taux bonifiés et exonérations fiscales, ont appâté de nombreux opérateurs au point où il a fallu stopper l’investissement dans ce secteur saturé, car, la capacité de traitement des infrastructures en place dépassait de loin les quantités de blé disponibles chaque année. On compte, aujourd’hui, pas moins de 512 minoteries de différentes tailles qui se disputent le marché. Et pour les alimenter, l’État qui contrôle en principe, la distribution des quotas aux minoteries, importe de plus en plus de blé. En 2014, les quantités, de blé importées, ont atteint les 7,4 millions de tonnes en hausse de 17,5% par rapport à 2013”, selon le Centre national des statistiques des douanes (Cnis). Le blé tendre importé, constitue 73% de ces quantités, soit 5,4 millions de tonnes. Selon les mêmes sources, en moins de dix ans, les importations de blé tendre ont triplé, ce qui soulève de sérieuses interrogations sur la destination finale du blé tendre, puisque les besoins alimentaires, induis par la démographie durant cette même période de dix ans, enregistrent une hausse d’à peine 70% et n’ont absolument pas triplé.
En fait, les meuniers, un peu comme les boulangers, sont confrontés à la faible rentabilité liée aux prix de vente de la farine et de la semoule qui sont fixés par l’État. Les transformateurs préfèrent donc gagner davantage en utilisant la farine pour la production d’autres produits dérivés, notamment le couscous et les pâtes alimentaires en paquets ou en sachets. Pour certaines minoteries, il est parfois même plus rentable de revendre le blé tendre en l’état, auprès des éleveurs de bétail. L’État importe les céréales et vend des quotas de blé aux meuniers à un prix fixe, bien inférieur aux cours mondiaux, tout en exigeant de ces meuniers de transformer le blé tendre en farine et le blé dur en semoule. L’Etat finance les subventions à l’importation de céréales en puisant dans ses réserves de change et son budget et en contrepartie, il fixe aux meuniers les prix de vente de la farine et de la semoule et exige leur livraison aux boulangers. Pour commercialiser les céréales importées, l’Etat dispose d’organismes tels que l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) et les Coopératives de céréales et de légumes secs (CCLS). Pour soutenir la production locale, l’État achète les céréales cultivées plus cher que celles importées. Le blé local est lui aussi revendu aux meuniers au même prix subventionné. Cela ouvre ainsi la porte à certaines pratiques frauduleuses. Que de fois les services de la gendarmerie nationale ont interpellé des individus sans scrupules transportant sans factures, des cargaisons de blé importé destinées à être vendues à des agriculteurs complices. Ces derniers, revendent ensuite à leur tour ce même blé à L’Etat, en tant que blé récolté normalement. Faisons le compte: l’Etat achète le blé tendre local à 3.500 DA/q et le blé dur à 4.500 da/q, tandis que le prix de vente (subventionné) du blé aux minotiers est de 1280 da/q pour le blé tendre et 2280 da/q pour le blé dur. Ainsi, un «minotier véreux», s’il en existe, qui vend à un agriculteur, complice, un quintal de son quota de blé tendre à 2 200 da, engrange un bénéfice net de 1.000 da par quintal, tandis que l’agriculteur touchera à la revente à la CCLS, un bénéfice aussi alléchant de 1 300 da/q, sans peine et sans efforts.
Il se trouve que ceux qui alimentent chaque saison cette chaîne de trafic, ne sont évidemment pas les opérateurs de la transformation eux-mêmes, généralement intéressés par des investissements en équipements pour produire des dérivés plus rentables, mais par des intermédiaires, employés véreux dans les silos de stockage, «Kiyalas» installés dans les ports, ou «voleurs acrobates» qui pillent en pleine autoroute les camions chargés de céréales. Avec les produits ferreux, les câbles en cuivre, les câbles téléphoniques, les tampons en fonte des regards d’égouts, les compteurs électriques, les camions chargés de céréales sont aussi un filon privilégié par les jeunes voleurs qui redoublent de témérité et «d’ingéniosité» pour s’accaparer d’importantes quantités de céréales. A la sortie du port d´Oran, au niveau d’un virage marquant un ralentissement de la circulation, des malfrats à l’affût guettant les semi-remorques, lourdement chargés de sacs de blé, bondissent sur le camion et en un temps record, jettent des sacs de blé à terre qui sont récupérés par des complices sous le regard impuissant des conducteurs. Parfois, les sacs de blé jetés par les voleurs explosent littéralement sur l’asphalte. Les sacs intacts sont récupérés par leurs complices qui disparaissent avec. Même si le phénomène a partiellement diminué sur la route du port d’Oran, grâce à la vigilance des forces de l’ordre. D’autres lieux menant vers les minoteries de la région se transforment souvent en piège pour les routiers et transporteurs de blé. Des articles de presse et des vidéos sur le web montrent, de temps à autres, de véritables numéros d’acrobatie sur des routes et autoroutes du pays.
Malgré les énormes risques, certains jeunes voleurs n’hésitent pas à sauter du haut d’une passerelle, surmontant la route, pour atterrir directement sur la remorque du camion. Ils se servent alors en jetant les sacs de blé à des complices sur les bords de la chaussée. Le chauffeur ne peut qu’assister impuissant à la scène et celui qui tente de s’arrêter pour riposter à l’attaque risque d’être littéralement caillassé par des jeunes placés de part et d’autre de la route. Selon des sources policières, des centaines de quintaux de blé sont, ainsi quotidiennement volés par ces bandes qui n’hésitent pas à mettre leur vie et celle des autres en danger.

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=60448

Posté par le Mai 20 2015. inséré dans ACTUALITE, CE QUE DIT LA PRESSE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

5 Commentaires pour “Trafic et commerce illicite du blé importé et subventionné : Le blé et l’argent du blé”

  1. OUERRAD

    Plus forts que l etat ?
    C EST GRAVE MONSIEUR LE MINISTRE .
    Si une bande de mafiosis vous fait peur , quitter la scene .
    Maintenant si c est voulu , dites le , denoncez et prenez le peuple à temoin .

  2. OUERRAD

    Toutes les subventions accordees par l etat , ne profitent pas à qui de droit EZZAWALI .
    Depuis toujours , c est les speculateurs , les riches et certains fonctioonaire vereux qui en profitent . Des lois faites sur mesure , bien calculees bien ficelees ; meme la gratuite des soins n a profitee qu aux nantis .Car ayant des entrees dans le secteur , il va falloire revoir toute la politique du social et des subventions .Avec un registre et un numero nationale pour chaque individu . Et surtout un suivi rigoureux et une loi punitive pour les ripoux dans tous les secteurs .

    • Consommateur dépité

      Le marché du blé et de ses dérivés était, avant 1975, scrupuleusement suivi et contrôlé car il existait une réglementation rigoureuse dont l’application, le suivi et le contrôle était dévolu à un service spécialisé (service des céréales) relevant des contributions diverses.
      Ainsi, au niveau de l’OAIC et de ses démembrements (CCLS), des minoteries et même au niveau des boulangers, chacun devait impérativement tenir une comptabilité matière qui bien sûr était régulièrement contrôlée.
      Ce blé et tous ses dérivés devaient circuler obligatoirement par laissez passer et ce même blé devait par ailleurs répondre à certaines conditions pour sa trituration.
      Le poids du pain était également contrôlé.
      Des échantillons pour analyse étaient régulièrement analysés etc., tout ceci dans l’intérêt des consommateurs nous sommes.
      Mais depuis 1975, toute cette belle législation au sauté. Peut être que le législateur a considéré que la fameuse loi sur la concurrence était en contradiction avec ces textes qu’il a considérés comme répressifs ?
      Maintenant, faute de loi, chacun fait ce qu’il veut.
      N’a-t-on pas vu un importateur- minotier nous ramener des céréales destinées au cheptel et qu’il voulait nous faire bouffer?
      Ne voit-on pas des baguettes de pain si maigres que l’on hésite à les acheter ?
      Il énormément de choses à dire sur ce sujet.

  3. boiterfas

    Ce qu’ignore ce redacteut de l’article, le probléme de l’alimentation ce n’est pas le prix
    Mais la valeur nutriotionnelle du produit. Nos parents mangeaient le pain de blé et d’orge
    Tres riche en proteine.. c’est a dire une baguette de pain fait par l’orge est equivalent a plus de 20 baguettes..en fin de compte la baguette revient plus chére parceque pour tirer la memevaleur alimentaire vous devez acheter 10 fois plus…a titre d’exemple tout le monde croie faussement que la pomme de terre est l’aliment du pauvre, au contraire c’est l’aliment du riche…en terme de valeurs nutritionelle si la pomme de terre est utilisé pour croitre son prix 540 dinars le kg et non 60 dinars comme tout le monde le croit..

  4. Affane

    dans tout pays qui se respecte , on taxe les produits de luxe et non necessaires pour pousser les importateurs à produire sur place ,l’etat a encore une fois montré sa faiblesse en abdiquant devant les concessionnaires qui vont inondé le pays de véhicules non conformes aux normes internationales , si le nombre d’accidents graves ne cesse d’augmenter , la cause est connue , alors la question qui se pose , qui va s’inquieter ou protéger la vie des algeriens.

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