La Voix De Sidi Bel Abbes

Sidi bel abbés / Yahia Laguer, un artiste né / Par Tewfik Adda Boudjelal.

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Larguer Yahia, une figure emblématique de la ville, né le 02/03/1948 à Sidi bel abbés. Durant ses études primaires à l’école Victor Hugo située au beau milieu de la fameuse » rue Kayassone », Yahia présentait déjà des prédispositions artistiques .Un don du ciel, puisque dés l’enfance, Yahia vouait un amour sans limites pour le dessin.

A 10 ans à peine , son premier coup d’essai, fut un coup de maitre . Il  dessina « Tarzan en duel avec un lion », une œuvre réalisée à l’aide d’une modeste craie utilisée à l’école, c’était l’époque phare des bandes dessinées. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, Yahia avait jeté son dévolu sur le mur de façade de Mr Go à la rue Courbet pour s’en servir comme support à son œuvre naissante .Notons au passage, que la rue en question porte le nom d’un grand  grand Maitre  du 18 ième siècle , « Gustave Courbet« , chef de file du courant réaliste .
Pris dans le feu de l’action de sa première œuvre par le propriétaire des lieux Mr Go, qui sorti de son commerce suivi d’une grande partie de ses ouvriers, regarda le petit Yahia avec beaucoup d’intérêt et fini par lâcher : »Mon fils c’est génial ce que tu fais là !«. Vu son âge, à peine dix ans, Mr Go, parti s’enquérir des origines du petit Yahia et là, il apprend que le père était emprisonné pour son appartenance à la révolution.
La passion du dessin, a poussé le jeune artiste en herbe dans ses débuts, à copier des bandes dessinées de l’époque, à l’image de Zembla, Blek le rock, Rintin etc …il en était tout simplement fan comme tous les  gamins  de son âge. A 14 -15 ans, il découvre un nouveau monde, celui de l’artisanat et delà  lui est venue  l’idée de transformer les objets et leur donner un autre aspect que celui qu’ils avaient à l’origine. Il commença par réaliser des sacs à la mode Hippie avec une spéciale dédicace « souvenir d’Algérie », qu’il arrivait à revendre aussi facilement vu leur originalité. Avec des allumettes, il réalisait des encadrements pour cartes postales, ce qui leur donner un aspect rustique.
Poussant son génie créateur encore plus loin, il se mi à créer  des petits animaux , tels des chameaux, gazelles, cigognes etc avec des matériaux de récupération divers dont une partie était transformée en abat- jours.
Même les services à eau et à thé, n’échappaient pas à sa fougue de jeunesse. Il les achetait à l’état brut et les transformés en réalisant dessus des petits dessins d’oiseaux et autres sujets de dame nature qu’il revendait aussi facilement. Même la poterie n’avait pas de secret pour ce touche à tout.

Son idée était toute simple, il achetait des objets et gravait ses idées dessus.

Bien plus tard, son père sorti de prison, découvrit avec bonheur le don de son fils  qui était bien lancé dans l’univers artistique. Il le regarda avec une pointe de fierté, prenant une longue inspiration et finit par lâcher : « Mon fils, je dois trouver un moyen pour t’envoyer dans une école de formation d’art ». Une phrase qui bouleversa le jeune Yahia, qui trouva dans cette déclaration, une Juste reconnaissance de son paternel, ce grand monsieur qui fut,-rappelons-le – Adjoint maire et conseillé de Mr Justrabo.
Après l’indépendance, Mr Laguer, emmena ses deux fils Rachid et Yahia en France .Ils s’installèrent tout d’abord à Paris à Seine sur Marne, où ils restèrent six mois .L’époque où ils arrivèrent dans l’hexagone, ne fut pas tout indiquée pour un Algérien d’y s’établir vu les exactions subies par nos compatriotes au lendemain de l’indépendance. Après Paris, Marseille, où ils furent installés dans un camp. Le nouveau cadre de vie ne s’y prêtait guère pour l’épanouissement des deux frères. Yahia, m’a raconté que son père avait reçu beaucoup de pression de la part de la famille pour rentrer au bercail. La mal vie aidant, il décida de leur rapatriement. Hélas, Mr Laguer, -au passé glorieux-, n’a pas eu le temps de savourer  les délices de  l’indépendance du pays car Il mourra-Allah Yerhmeh- d’une crise cardiaque le 25 décembre 1966.
Notre jeune prodige, prit alors  son envol seul, et commença à dix sept ans et demi à réaliser des dessins sur les murs de façades et des lettres calligraphiques tous styles confondus. Cette façon de faire fut une première dans le paysage Bélabésien de l’époque. C’est clair que cette nouvelle tendance à eu droit à sa part de soupe à la grimace, mais au fur et a mesure que le jeune Yahia s’appliquait dans ses œuvres il devint plus perfectionniste. Avec tout le volume travail qu’il réalisait dans la journée en extérieur, en rentrant chez lui le soir, il arrivait à puiser dans ses ultimes forces de l’énergie pour réaliser ou finir des œuvres sous le rayon de lumière d’une simple bougie. Il ne s’en lassait jamais de dessiner, une passion et une énergie débordantes.
En vitesse de croisière, Yahia, était sur tous les fronts. Il réalisait des tableaux pour des particuliers, des inscriptions sur les façades d’entreprises et plus tard sur les façades de commerces de la ville. La ville porte encore  la signature de ce grand artiste.
Yahia est un homme, simple, intelligent et parlant peu, car à ses yeux la seule beauté de l’univers c’est celle de dame nature. Autodidacte, notre artiste, s’est fait tout seul. A 28 ans, il bascula dans le monde professionnel. A l’époque notre ami fut l’un des rares Artistes du moment à laisser son empreinte partout où il passait. Les dessins décoratifs et publicitaires de bon nombre de produits Algériens furent l’œuvre de notre Artiste Bélabésien.
Un palmarès riche en couleurs puisqu’il a même réalisé des copies du Maitre Dinet. Il fut approché par l’organisme Nedjma- me rappelle t’il -, proposition qu’il avait gentiment décliné car avec son esprit de jeune, il trouvait que cet organisme était plutôt politisé et loin de l’art.

Malgré les nouvelles techniques de sérigraphie, beaucoup de personnes restent attachés à l’art manuel et viennent toujours le solliciter. On voit souvent sa frêle silhouette- avec le poids des années de labeur- , toujours avec son béret fétiche rivé sur la tête , arpenter les rues de la ville avec un silence assourdissant. Combien de fois, Yahia fut aperçu avec sa petite échelle sur les épaules ou sur le guidon de son vélo, là n’est pas une question de moyens mais avec ce geste à la fois simple et noble ,Yahia nous donne la certitude qu’il aime a fond sa passion , la passion pour l’Art .

Et Yahia de conclure /

Je remercie mon ami Tewfik d’avoir réussi à me persuader pour m’ouvrir un peu au public qui me connait à travers mes œuvres et je dirais ceci pour conclure : » Si j’ai choisi de rester à Sidi bel abbés, c’est juste que je reste accroché au parcours de mon père .Sidi bel abbés est une ville qui nous colle à la peau.. On ne peut pas changer de mère..».

IMG_0106Yahia Laguer , assis derrière le fameux bureau du Dr Bernard .

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-Aujourd’hui et comme promis , Yahia a ouvert les portes de son univers en exclusivité pour les lecteurs de la voix de Sidi bel abbés …

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Le magasin de son fils avec la signature du paternel .

IMG_0259Le petit jardin secret de l’Artiste .

IMG_0248Un véritable passionné par l’Afrique .

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IMG_0266Un plateau de table laqué dans le style Chinois , des assiettes cassées et récupérées en œuvres d’Art .

IMG_0272Une simple glace de cuisine transformée en aquarium .

IMG_0271Superbe nature morte ..

IMG_0261Corbeille de fruits ..

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Une scène de corrida réalisée plus de trente ans auparavant .

IMG_0264L’Artiste au milieu de ses créations …

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=60170

Posté par le Mai 6 2015. inséré dans ACTUALITE, HOTE DU JOURNAL. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

24 Commentaires pour “Sidi bel abbés / Yahia Laguer, un artiste né / Par Tewfik Adda Boudjelal.”

  1. belkhorissat

    un grand respect et hommage a cet artiste chevronné qui s’est connu par son don particulier et sa volonté dans l’ art de dessinateur et sa qualité de peintre décorateur ,a rendu nos murailles par l’ art spectaculaire décoratif des façades das les rues avec de bonne maîtrise ..un grand encouragement a cet artiste qu’il mérite un grand palmarès par ces qualités

  2. oulhissane

    Un artiste est l’expression de l’original, une toile de l’enracinement, une culture iimagée.

  3. OUERRAD

    YAHIA , ne porte pas son nom :LA GUER , c est plutot ,LA PAIX qu il fallait lui donner comme nom .Car meme au sein de sa famille , son calme est deconcertant , je n ai pas trouve aussi gentil comme beau frere au sein de notre famille . Et ses enfants , je ne vous dirais rien sauf comme on dit en arabe ;KHEIRI KHALEF LI KHEIRI SALLEF ….

  4. Mamoun Ahmed

    Une personne très sympathique, je souhaite bonne continuation à lui et à son ami monsieur SABRI, pour le métier de plaisir qu’ils font …

  5. ABBES

    La ville de SIDI BEL ABBES connait deux grands artistes YAHIA LAGUER et ZOUAOUI HARIRI

  6. benattou

    Un grand monsieur, un artiste , bravo khay Tewfik pour le choix de cette figure emblématique. Mes félicitations pour le bureau du Dr BERNARD rénover complètement.

  7. Ali

    Artiste de l’ombre Refusant les projecteurs il mérite ce beau portrait.

  8. mohamed boudissa

    nass mlah yahia

  9. Benhouidga

    Merci tewfik,notre yahia est un homme plein de talent,il est simple,humble et modeste,un vrai belebbesien ,surtout honete .

  10. bouatra

    une famille exemplaire,je me rappelle très biens du nom de son père qui figurait dans une liste des condamnés à mort en 1945 a Oran,avec tant d’autres BEL ABBESIENS,cette liste était chère un condamné à mort ,sortit vivant a l’ indépendance .ALLAH YERHAM EL JAMI3

  11. MILOUA

    toute la famille Laguer est a l’image de Yahia tel son frere chef de service a l’apc ,son autre frere cadre post independance a la federation fln et leur soeur cadre administratif dans une grande societe.Les Laguer sont l’une des fiertes de notre cité ,il symbolise le genre de citoyens fideles à leur racine, oeuvrant dans l’ombre mais aussi tres respectés par tous les amis et les proches

  12. Soufi

    un gentleman et qui est des plus simples a l’abordage une culture aussi

  13. Amirouche

    Sallam

    Si Yahia est aussi un peintre en lettre ,un vrai connaisseur du « sign painting » .Très nombreuses enseignes sur les murs de SBA qui tiennent dans le temps sont faites par sa main .
    Le connaissant assez , j’aimerai bien lui poser cette question : « Si Yahia ,depuis ma jeunesse je te vois porter de beaux bérets ,d’où les achètes-tu ?! (rires)
    Merci si Tewfik de l’avoir présenté aux lecteurs ………Je pense qu’il mérite bien une belle BESSMA afin de nous montrer ces œuvres « cachées » à Cal del sol …………….

  14. Mustapha Chadli-antar .

    Une icône ,une sagesse et une modestie qui est très rare dans ce petit-Paris . Merci Tewfik Adda pour avoir pensé à ce grand Monsieur Yahia Laguer .

  15. Mr.MM

    Dr Antar,vous avez trouvé les mots j’ajouterais pour ma part , Bonne continuation dans ces portraits.

  16. MEHTAR TANI A/RAHIM

    Chapeau bas à l’artiste, pour son talent, son savoir faire et sa modestie, j’ai toujours eu du plaisir et un grand respect de le voir travailler au hasard des rues, plongé dans son œuvre, on devrait prendre exemple, sur ce type de gens humbles et respectueux, qui ont persévéré dans un milieu où l’art, excusez moi du peu, est relégué au second plan. Bonne inspiration l’artiste !
    MEHTAR TANI ABDERRAHIM

  17. YATIM

    Salem,
    Merci Tewfik pour cette article, Le mois d’aout dernier vers 13H sur la route menant à TELAGH j’ai vu Yahia assis à coté un PARASOL de plage, en train de peindre les panneaux d’une socièté, j’aurai dû mémoriser cet instant car il n’y a qu’avec yahia LAGUER pour voir une tel action. dans le bon vieux temps j’ai beaucoup joué au FOOT avec yahia on l’appelait AMARILDO comparaison avec le célèbre footballeur Brésilien Amarildo Tavares da Silveira, rildo, né le 29 juillet 1940 à Campos dos Goytacazes. Il joue au poste d’attaquant de la fin des années 1950 au milieu des années 1970.
    UN VRAI BRAVE TYPE CE YAHIA

  18. Cheniti Gh.

    Salam si Yahia!
    Franchement ,l’on ne peut pas ne pas intervenir en découvrant ce magnifique éclairage
    pensé et réalisé par notre artiste Toufik rendant un bel hommage à notre ami ,MONSIEUR
    Yahia Laguer . Nos amis lecteurs ont bien dépeint l’artiste qui appartient à l’une des familles les plus exemplaires dont notre ville est fier . La grandeur de Si Yahia est dans sa modestie , son calme olympien et surtout le petit monde qu’il s’est crée en vivant pleinement son amour pour le dessin artistique , la peinture et la nature . J ‘adresse mes amitiés à toute la famille Laguer

  19. Douar

    Merci mon ami Tewfik d’avoir penser à ce modeste artiste du terroir en lui rendant cet hommage.
    souhaitant lui santé et une longue vie.

  20. chaibdraa tani djamel

    La sagesse et l’art se sont rencontré chez mon cousin EL AGUER YAHIA ( et non LAGUER),sa gentillesse avec toute la population et son savoir parler de la langue de MOLIERE ,question d’art ,méme son pére (khali) ABDELKADER (allah yarhamah) avait un magasin d’arts et de souvenirs rue JEAN JACQUES ROUSSEAU

    • Anonyme

      Salut cousin, mais je voulais juste te corriger sur le vrai nom de la famille en Français c’est LAGUER et en Arabe c’est العاقر

  21. Baroudi

    Au fait, Chaibdraa Tani Djamel,quand vas-tu nous faire l’honneur d’écrire tes mémoires ; et qui sait, les publier chez Gallimard ?

  22. LAGUER Nadra

    Salut cousin Chaibdraa,
    Je voulais juste te corriger sur le nom de la famille: LAGUER c’est en Français et en Arabe c’est العاقر.

  23. LAGUER Nadra

    Tout d’abord on adresse nos sincères remerciements aux personnes qui ont évoqué la figure de notre frère LAGUER Yahia. On est heureux d’avoir lu l’article lui rendant hommage et avoir lu tant de témoignages à son sujet et au sujet de notre famille.

    On remercie encore vivement et on lui dit Mille merci M.Tewfik Adda Boudjellal qui a partagé cet hommage avec le public.

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