La Voix De Sidi Bel Abbes

Sidi Bel Abbes : C’est comme ça qu’on faisait la fête d’Ennayer. Une fresque peinte en noir et blanc.Par notre ami Douar

Sans titre La mère, dans la vie, est à l’origine de toutes les créations vertueuses : elle enfante, elle éduque, elle guide, elle chérit, elle…et elle…que des actes d’affection et d’abnégation, nul ne peut omettre son rôle primordial dans la société. Elle organise et anime toutes les fêtes familiales, qui sont nombreuses, parmi lesquelles il y a la fête des enfants, Ennayer, célébrée par la famille belabbésienne le 12 janvier. Chacun de nous pourra dessiner, en noir sur blanc, sa propre fresque ressuscitant les souvenirs de cette fête mais sachant qu’au final toutes les fresques prendront les mêmes contours, les mêmes couleurs et les mêmes dimensions. Voici une parmi tant d’autres:
A l’aube de ce jour, pendant que tout le monde dort encore, la mère Khdija se lève pour mâcher sa besogne quotidienne … Elle commence, comme tous les jours, par mettre le feu dans la cheminée. Elle préfère les racines mortes de vigne qui s’enflamment facilement et donnant des grosses braises rouges flamboyantes qu’au dessus ,elle pose une grande marmite en fonte remplie, exceptionnellement ce jour ci, d’eau et de céréales : fèves, pois chiches, blé …durs et résistants à la cuisson. Elle ajoute du bois, prend le tisonnier, remue les braises pour attiser le feu et mettre ainsi la marmite en pleine effervescence. Parfois elle souffle en larmoyant, sur un tison mal brûlé qui dégage une fumée grisâtre embrumant toute la cuisine. Ses tâches ménagères s’enchainent couvrant toute sa matinée et quand l’heure du déjeuner pointe, elle appelle ses enfants « venez ! Le Cherchem est prêt ».

ennayer

Les enfants, entendant l’appel et surtout captivés par la senteur du mets, accourent vers la cuisine puis s’installent autour d’une table basse sur laquelle la maman a déjà posé une grande assiette remplie de cherchem fumant et sentant d’agréable arôme de kamoune… Ainsi le régal de midi commence… en attendant celui du soir.
En cette soirée glaciale de l’hiver, la mère Khdija s’assied, le siège à plat le sol, sur une grande haydoura « fourrure laineuse de mouton » dont la toison lui offre autant de chaleur que les braises dans la cheminée d’en face. Elle pose une midouna « ustensile en alfa » en milieu et sous le regard joyeux de ses trois petits garçons qui l’entourent, elle mélange dedans une quantité de fruits secs de toutes les sortes. Ensuite elle commence à partager équitablement ce mélange « M’khalate ». …Chacun de ses enfants prend sa part, des parts égales au moindre grain, pas une noisette en plus. Cette équité oblige que les parts soient servies dans des pochons identiques que la mère Khdija a cousu auparavant à l’aide d’une étoffe débitée d’une robe usée. Après le partage, le grignotement commence, mêlé à un tacatac nocturne brisant le silence de la nuit. Ils tapent, tous, sur le sol pour casser les noix et les amandes dont on peut utiliser un marteau, une main de mahraz ou à défaut, une simple pierre ramassée de la nature. Le galet du tayamoum, poli et brillant comme du cristal, est omniprésent dans chaque foyer. A chaque tapement, une amande, sans être fracassé, se glisse sur un carrelage aussi lisse que le galet et zfatt !! Elle saute à la vitesse d’une balle pour atterrir quelque part dans la chambre, Dieu merci, pas sur la figure de la maman qui surveille patiemment ses poussins trop excités par l’égayement festif …La pierre passe d’une main à une autre, une alternance des coups sous la garde de l’ange protecteur « vite ! Lâche la pierre et donne-la à ton frère » ordonne Khdija à qui voulant s’emparer de la pierre. Les coups sur les amandes et les noix se succèdent et le tacatacatac continue en crescendo jusqu’à l’achèvement du dernier grain …Et puis, on passe aux autres fruits qui ne sont pas à casser, comme les figues sèches, les friandises, les dattes, les mandarines, les pommes… La bombance de la nuit se termine laissant des épluchures et des cortex éparpillés partout dans la chambre et chacun ira faire dodo le ventre plein et le cœur joyeux.

                                                                                                                                                        Par . Douar.
cherchem

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Posté par le Jan 9 2015. inséré dans ACTUALITE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

14 Commentaires pour “Sidi Bel Abbes : C’est comme ça qu’on faisait la fête d’Ennayer. Une fresque peinte en noir et blanc.Par notre ami Douar”

  1. HORR Abdelkader

    Un Bon article Mr Douar, bonne continuation

  2. Ali

    Merci MrDouar!Il faut donner de la joie à nos enfants à chaque occasion!

  3. ourrad n

    ah le bon vieux temps!
    merci Mr douar vous avez réveillé en moi les joyeux souvenirs d’enfance et les traditions d’antan qu’on ne peux oublier

  4. lecteur

    Alors ne nous privonse pas!faisons un bon plat de cherchem d’abord !

  5. OUERRAD en squatteur

    Docteur , DOUAR ,ou est le paternel dans ce beau recit ? Le mien etait toujours present du debut a la fin voir , bien avant car c etait lui qui allait a la Grabba chercher tout cela sauf le ble qui venait de la matmora familliale .BON ENNAYER pour toutes et tous .

  6. Amirouche

    DOUAR

    A ma surprise, j’ai lu que chez les «Chaouias» Yennayer est appelé «Ass n Feraaun», (Le jour de Pharaon) où l’on célèbre «la mort du Pharaon tombé dans la mer»!! a confirmer !

    Ennayer est aussi célébré au Maroc ,en Tunisie et il est aussi commémoré dans la région égyptienne de Siwa .Normalement le « cherchem  » devrait être fait à base de sept céréales (maïs,orge,fèves,lentilles, pois chiches,blé ….etc)

    Personnellement je ne le fais pas à la maison mais ce genre de contributions me ramènent à mon enfance ,alors je ferme mes yeux en faisant des songes , je me vois tout petit avec toute la famille à leur tête ma grand mère Allah yerhamha mettant la grande maydouna entre ses jambes ,mes tantes, mes oncles et mes cousin »e »s entrain d’attendre avec nos petits sacs avec fermeture en fil ,cousus avec du tissu bleu pour les garçons et rose pour les filles , je me mettais toujours le dernier pour avoir beaucoup plus de fruits secs et dattes que les autres ,mais « dada » me remplissant mon sac me disait « aya rouhe terbehe , kifeke ki loukhrine  » , mon grand père Allah yarhmeh était d’une grande gentillesse et lui disait « Assam3i ,donne lui chwia de ma part ,tu sais bien que j’ai un dentier  » ……….
    Merci docteur

  7. CHAIBDRAA TANI DJAMEL

    Déja ELOUBIA est chére non parlons pas d’autres fruits et légumes que les simples employés ou retraités n’en peuvent pas à leurs besoins de vivre, pour l’achat de ce MKHALATE d’ENNAYER c’est trop cher pour eux et surtout les commerçants sont malhonnétes ,ils vendent des produits périmés de l’an passé, nul n’est parfait dans ce BLED et un grand merci au Dr DOUAR pour ce commentaire de souvenirs d’enfance et j’ai oublié moi j’habite EL GRABA , j’ai constaté que les gens n’achétent plus comme avant , GHARKOU GHIR FI KERCH HOUM

  8. Mouha

    j ‘ai beaucoup aimé ce recit

  9. Imène

    Oui trés joli récit ! plein de h’nana : la maman ( poule ) et ses poussins ! le cherchem a l’air emmmm ..succulent ! mais pour l’opération  » casse -noix  » ..j’émets des reserves ( lool ) puis attention le carrelage ! dîtes -moi Mr. Douar le gamin au fond en pull foncé ..ce n’est pas le vôtre par hasard ? il ya comme un air de famille ..mais moi ce que je préfère c’est le petit dernier à droite en survet rouge ! ( trop chou ) allez pas de jaloux , ils sont tous craquants ..et je leur fais de gros bisous .. Bonne fête les enfants ! et les grands aussi. Salem .

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