La Voix De Sidi Bel Abbes

Retour sur la scolarité de l’année 63 : Un témoignage édifiant de Mr. Bouchentouf Ghalem.

Ce Dimanche 11 Septembre 2011, est fixée la rentrée scolaire pour tous les paliers de l’enseignement (Primaire, Moyen et Secondaire). Et ils sont nombreux les peres de familles obligés de garantir toutes les exigences matérielles de leur progéniture (habits, vêtements, chaussures, cahiers, Trousses, et même trousseaux dans certaines localités). De nos jours, les enfants sont exigeants et très catégoriques… Ignorant généralement les incidences financières de leurs demandes pressantes. En evoquant cela, nous vint l’idée de publier un poignant témoignage de Mr. Bouchentouf Ghalem qui vient d’etre publié dans le livre d’or du site des quat’za (Association des Anciens eleves du lycée Azza Abdelkader) que preside notre grand frère et ami Mr. Lekhal Benyahia. Le dit témoignage du potache que fut Mr. Bouchentouf Ghalem actuellement installé en France concerne les conditions de scolarité des Algériens (du moins l’écrasante majorité)  en poste d’indépendance, une période tumultueuse pour un pays qui venait de reconquérir sa souveraineté  nationale avec tous les aléas de l’époque. Les temps ont changé, le sacrifice et l’abnégation pour la quête du savoir des Bouchentouf and co nécessitent d’être connus, médités par nos  enfants trop capricieux et gates parfois. Voyons l’intégralité du témoignage retenu par nos soins :

 »Cette rubrique étant appelée à vivre par vos soins, chers amis j’attends toujours avec plaisir de partager vos souvenirs, alors pour les timides ou ceux dont la mémoire a fléchie, voici une anecdote de ma part que peut être certains parmi vous ont vécus. Entrer au lycée en ce début mouvementé des années soixante,était l’espoir et la fierté de toutes les familles ravies de voir leurs progénitures accéder enfin au savoir. Apprendre à lire et à écrire c’est ce qui a sauvé notre jeunesse, mais entrer au lycée dépendait aussi de nombreux facteurs indépendants de notre volonté. Dans mon cas, l’obstacle majeur fut la constitution du trousseau pour rejoindre l’internat. Ah le fameux internat ! Pour y entrer il fallait acheter des tas de choses qui semblaient superflues, inutiles pour ma pauvre mère,deux paires de drap,quatre paires de chaussette,des gants de toilette,des taies d’oreiller,deux pyjamas et même une brosse à dent etc.Il était normal donc que je disparaisse du paysage scolaire,car elle n’avait pas les moyens de me payer cet inaccessible sésame, elle qui nous élevait toute seule depuis la disparition prématuré de mon regretté père en 1950 à l’âge de trente ans.De toute façon cela l’arrangeait fort bien,car à chaque rentrée scolaire elle me répétait que c’était ma dernière année d’école,j’entendais souvent cette ritournelle surtout quand arrivait les grandes vacances et que je gagnais quelques sous pendant les vendanges pour l’aider à acheter de la nourriture,le strict minimum pour affronter l’hiver. Mon frère ainé rompu au travail de la terre depuis l’âge de quinze ans me la répétait aussi,quand est ce que tu vas m’aider ? Il est grand temps que tu travailles,les livres ne rapportent rien ! Je disais toujours d’accord… d’accord… mais je savais que je ne le ferais jamais. A cause donc de ce satané trousseau, je n’ai pas pu rejoindre le lycée à temps.On me proposa alors de suivre le cours du certificat de fin d’étude où l’instituteur,Mr Abdedaïm un jeune novice du cru s’intéressa à mon cas. J’ignore encore comment cela c’est produit,ni comment il avait fait, mais grâce à lui j’ai pu enfin retrouver ma place au lycée trois mois après la rentrée scolaire en novembre 1963. Un élément d’explication en était mon oncle paternel convaincu par les arguments dudit instituteur,il m’acheta toute la panoplie du parfait interne,avec en sus une énorme valise en carton que je trainais péniblement. J’allais pour la première fois voir ce lycée dans cette cité de Sidi-Bel-Abbès que je découvrais pour la première fois,terrorisé par la foule immense,le bruit des klaxons et intrigué par des feux clignotant qui passaient du rouge au vert comme par enchantement.J’étais déjà en retard ce premier jour de ma rentrée,accompagné de mon frère tout aussi éberlué que moi,on s’était perdu ne sachant pas très bien expliquer aux gens notre destination finale.L’accueil de la direction a été plutôt indulgent et chaleureux,quoi dire de plus après une si longue absence!On fit brièvement les présentations et après une rapide visite de l’endroit où j’allais vivre une partie de ma vie:L’internat,on m’amena directement dans une grande salle où je ne reconnu personne.Mes copains du primaire qui m’avaient accompagnés si longtemps n’étaient même pas là,il faut dire que beaucoup d’entre eux avait été dirigé vers le C.E.T pour apprendre un métier,c’est là que j’aurai dû atterrir,moi qui avait défié une loi non écrite et qui voulait être conducteur de train,allez savoir pourquoi?Au début le lycée avait été un espace angoissant où tout était si différent de mon école,on faisait l’appel en énumérant des noms à dormir debout,comparé à Tchouktchou et Kharbouche le mien était loin d’être ridicule,quoique? On changeait de professeur et de classe à chaque heure,il y avait des contrôles toute l’année, des examens en fin de trimestre et un tas de choses qu’il fallait faire et dont je ne sais plus comment j’ai pu les faire.Je me suis vite adapté à ma situation malgré de nouvelles matières comme la musique à laquelle je ne comprenais rien de rien. J’ai compris aussi que je devais faire un effort supplémentaire pour combler mon retard,et les gifles à la moindre défaillance d’un cousin bienveillant, surveillant d’internat aussi sévère que le taleb de mon école coranique, m’ont été très bénéfiques,merci Djelloul Dieu te les rendras!En bien évidemment.J’étais fasciné et curieux à la fois par autant d’élèves,c’est là que j’ai fais la connaissance d’autres enfants que mes infortunés compagnons du village au bord d’un oued endormi. Ils venaient de toute la région,de villages et de villes lointaines dont j’ignorais totalement l’existence,Mascara,Saïda,Perrégaux, Vialar etc.Il faut dire que je connaissais mieux la France,ce pays de cocagne aux montagnes enneigées,aux plaines verdoyantes traversées par des fleuves et des rivières que l’on apprenait par cœur,ainsi que ses villes et ses chefs lieux de département.J’ai vite sympathisé avec deux d’entre eux et je ne sais comment nous étions devenus les meilleurs copains du monde,l’un parce que son nom de famille venait juste avant le mien:Brahim,l’autre parce qu’il était noir et me racontait plein d’histoire sur les gens du Sahara dont il était un descendant,histoire de djinn,histoire d’esclaves et de sable mouvant.Ah Rabah!La force tranquille d’un gardien de palais orientale,nous avions bien des choses en commun même si au début il m’effrayait avec ses yeux roulés comme des billes agates et ses narines en forme de trompette,avec lesquelles il sortait toujours vainqueur dans un jeu débile du jet de graine de raisin.Puis ce fût la première nuit loin de ma famille,loin des bras de ma mère où je m’endormais du doux sommeil de l’enfance dans un lit collectif à même le sol en terre battue. Maintenant qu’on m’a apprit à enfiler un pyjama,à faire un lit,un vrai lit avec sommier et matelas,je ne pouvais plus m’endormir! Ah si je pouvais dormir seul,dormir tout seul par terre dans le silence de la cour sous le grand marronnier,mais de grâce pas dans ce dortoir au plafond bas et étouffant,pas parmi ces ronflements de tout une escouade d’enfants qui bavardaient et criaient dans leur sommeil,avec en plus les sommations d’un pion hystérique qui ne dormait jamais,et qui demandait le silence en vain, n’est ce pas Mr Rahal? Aïd Moubarak à tous!  ».

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=7905

Posté par le Sep 10 2011. inséré dans ACTUALITE, EVOCATION, SBA PROFONDE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

21 Commentaires pour “Retour sur la scolarité de l’année 63 : Un témoignage édifiant de Mr. Bouchentouf Ghalem.”

  1. Benyahia Lakhal

    Ghalem, ton texte est somptueux et il évoque la fraicheur et la spontanéité de l’enfance et de l’adolescence. Merci de nous avoir rappelé les chemins difficiles que nous avons empruntés pour accéder au savoir. Merci de nous avoir rappelé les sacrifices consentis par nos parents, souvent de conditions sociales précaires. Merci de nous avoir rappelé combien nous leur sommes redevables. Merci d’avoir participé, ainsi et à ta manière, à la transmission aux jeunes d’aujourd’hui des valeurs dont se sont nourris leurs ainés.

  2. elhadj abdelhamid

    Beau texte qu’on ne se lasse pas de lire et relire ;  » Le fils du pauvre  » version belabbésienne ,mais qui m’a provoqué une révision de l’Histoire ; ma grand-mère était une fière Bouchentouf et j’ai toujours pensé que cette  » tribu » de terriens était à l’abri des difficultés .

  3. Malkoum X

    Cette photo d’anciens à l’air juvénile respire la sérénité.
    La moustache virile de la jeunesse laisse parfois place à une barbe blanche d’une impeccable élégance.
    Beaucoup ont l’élégance italienne et porte la ctavate, la religion de l’effort.
    C’est des bergers au sens religieux que l’on a envie de suivre

  4. Malkoum X

    svp; lire beaucoup portent

  5. Malkoum X

    Partons de ce pas à la recherche de nos souvenirs enfuis
    Enclenchons la marche en arrière pour débusquer nos printemps
    Qui se sont réfugiés dans un pli du cerveau opiniatre.
    L’an Un de notre liberté nous promettait un soleil ardent
    Pour faire prospérer l’éternité de nos rêves
    Et la compagnie complice de la lune pour nos soirs bavards
    A mon petit fils qui interrompt mes réveries solitaires
    Il m’arrive de lui rappeler comment bleu était notre ciel
    Et immenses nos espoirs et lui tend la main
    Pour qu’il me guide à son tour vers la chaleur et l’amour.

  6. hakem kerima

    ghalem, merci pour cette belle photo des anciens en novembre 63
    et j’ai bien reconnu mon pere mr hakem maamar dit amari.pour ceux qui s’en rappelent , il est presente sur laphoto au 4ieme rang en costume bleu et cravate bleu raye et chemise blanche. ils representent notre tableau d’honneur et la vie etait aussi difficile et il fallait travailler dur.

    • beka

      à Hakem Kerima , la photo publiée sur ce poste ne date pas de 1963 . Elle est de cette année et a été faite à l’occasion du rassemblement des ancien du lycée azza aek ( ex lapérine) .
      Désolé pour la déception

  7. UN ANCIEN DU LYCEE

    Aux initiateurs de cette réunion je tiens à leur préciser que je n’ai reconnu personne des amis que j’ai eu dans ce superbe établissement ils sont tous connus à sidi bel-abbès de par leur profession ,avocats,médecins et patron de clinique ,de très grands chefs d’entreprise connus et prisés pas la ville et surtout comment se fait-il qu’un de nos journalistes très connu et que kadiri le connait aussi ne soit pas de cette manifestation ,ce journaliste est basé à Sba et oeuvre pour la voix de l’oranie et je dit Bizzare que ces enfants de la ville soient abscent
    Donc tous mes amis ont réussidans la vie social et professionel d’autres ont quitté le pays comme moi il y a quelques décénies pour des raisons qui nous sont propres vu le climat qui régnait post indépendance .
    Ah! mon beau lycée
    toi qui m’a égayé
    vois-tu je n’ai pas oublié
    toutes ces richesses attristées
    car aujourdh’ui vous et moi
    ne pourrons rien changer

  8. hakem kerima

    beka, merci du renseignement et desolee car ce monsieur sur la photo ressemble à mon pere meme allure , meme physique
    et je dirais meme tenue vestimentaire ma mere egalement a cru voir son epoux .a bientot!!!!!!

  9. Malkoum X

    Cher Ghalem! Tonnere de Brest! la foudre avait frappé et Cupidon s’en était mêlé n’est-ce pas?
    Content de retrouver ta piste depuis que ton bâteau avait chaviré à la suite d’un règlement drastique.
    Comme les uniformes au bord de l’Américo Vespuchi avaient du chic!
    Porte toi bien vieux rescapé!

    • Bouchentouf ghalem

      Cher inconnu, espèce de Bachi Bouzouk, le capitaine Haddock te salue bien bas car tu sembles navigué vent au prés, je te reçois 2 sur 5, mais saperlipopette qui es-tu pour avoir autant d’indice sur ma route, ça ne peut être qu’un ancien mataf ou un biffin de la grande muette? Abaisse tes voiles bon sang,et montre tes armoiries nous sommes en territoire ami pas besoin d’ anonymat pour commenter ce texte intime, destiné d’abord aux amis de naguère pour leur qu’ils se rappellent d’où ils viennent. Je conclue par ceci » Toute ombre après tout est fille de lumière et seul celui qui a éprouvé la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence a vraiment Vécu! »
      Amicalement. Ghalem

  10. Hassan

    Un grand merci Mr. Bouchentouf
    En vous lisant ,j’ai crue que vous parlez de moi tellement nos histoires se ressemblent.
    Voici un poéme que je dédie aux spécialistes algériens:

    Départ pour le Hoggar

    Garder le silence? comment faire?
    Je ne peux plus me taire.
    Demain à l’aube je prendrais l’air,
    je partirai pour le désert.

    Rien n’égale le désert ,
    ni la fôret ,ni la mer,
    avec son air pur et son atmosphère
    ses éspaces,ses dûnes et ses pierres.

    Je prendrai la route de Tirririne,
    je passerai la nuit à Tin Séririne;
    je camperai aux pieds des aiguilles,
    et j’allumerai un bon feu de nuit.

    A l’horizon se dresse une montagne noire,
    c’est le signe de l’éspoir,
    pour les gens qui fuient le désespoir,
    le matin , le jour et le soir.

    Les granites rouges brillent,
    les diorites de vert se maquillent,
    les filons blancs se tortillent,
    le gneiss , ses yeux écarquille.

    Dans les schistes d’ardoise,
    deux failles s’entrecroisent.
    Dans l’oued à quelques toises ,
    flotte un parfum d’armoise.

    Dans le reg une gazelle joue,
    elle saute et tend son cou.
    Elle ne se soucie ni du chacal,ni du loup,
    ni de l’hyène, ni des chasseurs fous.

    Non loin une gerboise se déplace,
    en laissant dérrière elle sa trace.
    Le lézard sur le sable se tasse,
    la vipère au soleil se prélasse.

    Mon respect va aux géologues du Hoggar,
    qui le ventre creux et l’oeil hagare,
    ont parcouru l’erg et le Tassili,
    ont mangé du sable et le roc fut leur lit.

    Qu’ils s’appellent Lakhdar,Djamel ou Mohamed,
    qu’ils se nomment Zoubir, Salah ou Ahmed,
    ils ont cartographié Timgaouin et Amded
    et exploré les montagnes, les dunes et l’oued.

    Ils dormaient sur le sable fin
    comme un tapis aux couleurs d’or fin.
    Ils avaient la jeunesse et le bon teint,
    malgré la chaleur, la soif et la faim.

    Les gélogues sont bons et généreux,
    ce ne sont point des gens peureux.
    Ils sont fiers, honnêtes et valeureux,
    même dans les difficultés ils sont heureux.

    Ils ont prospecté le Ténéré,
    cartographié les séries verte et pourprés.
    ils ont découvert l’or et l’uranium,
    trouvé le Wolfram, l’etain et le Béryllium.

    Certains sont morts, d’autres vivent encore,
    ils se souviennent de Tinef et Abankor.
    Des jours ils se remémorent,
    quand ils partaient de la base dès l’aurore.

    Malgré leurs problèmes et leurs soucis,
    ils n’ont pas travaillé pour le  »koursi ».
    je tiens à le souligner ici,
    et pour cela je leurs dit merci.

  11. Z.

    Par ton écrit, mon cher Bouchentouf (je te tutoies, parce que je suppose être plus âgé que toi, droit d’aînesse oblige), tu m’as fait rappeler un tas de choses qui paraissent bizarres aujourd’hui, à savoir les difficultés matérielles pour aller au lycée.

    Oui, il était difficile de faire face aux dépenses induites par les études. Pour les internes, il fallait un trousseau que tu as merveilleusement décrit, il fallait louer les livres, faire aussi face aux dépenses de transport (pour toi, c’étaient les cars Torra ou Ruffi) et autres problèmes que le très maigre budget familial ne pouvait supporter.

    Heureusement, comme tu l’as rappelé, existaient les travaux de vendanges.

    Comme toi, presque tous les gars de notre génération, à commencer par moi-même, subissaient ces travaux qui s’étendaient de la mi-août jusqu’au début octobre (la rentrée). Cela nous permettait d’enlever une épine des pieds de nos chers parents, puisque nous assurions nos fringues et au moins la moitié des frais annuels de notre scolarité. Comme ce n’était pas suffisant, nous pallions à ce manque par d’autres occupations, à savoir les travaux harassants dans les jardins des colons, ceux de la cueillette des olives avec des mains gelées, le ramassage des sarments de vigne sans gants, bien sûr, et ceci, durant les grands froids.

    Si nos parents, Allah yarhamhoum, avaient une autre alternative, ils ne nous auraient pas laissé trimer de la sorte alors que nous sortions à peine de l’enfance.

    Contrairement aux enfants d’aujourd’hui, nous n’avions pas d’électricité, encore moins de frigidaire. Nous ne savions pas ce qu’était un sandwich ni un fast-food. Les enfants d’aujourd’hui sont parés de beaux habits, dorment au chaud en hiver et ont la clim en été, et surtout mangent à leur faim.

    Pourtant, ces jeunes ne manifestent aucune volonté d’apprendre. Est-ce du à une mauvaise éducation que nous, adultes, leur avons donnée, est-ce l’environnement qui a déteint sur eux ou est-ce autre chose ?

    Toutes mes amitiés.

    • Benyahia Lakhal

      Ghalem, El Hadj Abdelhamid, Malkoum X, Hassan et surtout vous Z, ne nous refaites plus ça. En allant labourer dans nos mémoires vous avez ressorti des trucs fabuleux qui ont forgé notre personnalité mais dont l’ évocation convoque des réminiscences déchirantes, des « souvenirs de la douleur qui sont la douleur encore ». Trop douloureuses. Vous souvenez vous du samedi 5 mars 1962 (Ramadhan), jour où nous avions du fuir le lycée pour échapper aux éxactions de l’OAS; les grands qui avaient donné le mot d’ordre savaient de quoi il en retournait. Mais, nous les petits, nous ne comprenions rien à ce qui se tramait autour de nous. Enfermés dans les dortoirs tandis que la tragédie se jouait à huis-clos. En classe de cinquième, on n’est pas encore en age de comprendre les choses de la politique. Comme pour nour récompenser de nos « faits d’armes », l’automne suivant, les responsables de la ferme autogérée nous avaient épargné les vendanges pour nous « promouvoir » au pesage de la récolte de raisin livrée à la cave. Cette reconnaissance qu’ils nous manifestaient constituait dejà un encouragement à aller de l’avant, à plus d’assiduité dans nos études. Nous ne les avons pas déçus. Nos parents étaient fièrs de nous. J’ai aujourd’hui une pensée émue pour ceux qui ne sont plus parmi nous, en dépit de leur absence, de leur longue absence; ceux qui ne sont plus de ce monde parmi nos parents, nos encadreurs et nos camarades de lycée, notamment ceux qui, encore à la fleur de l’age, ont répondu à l’appel du pays et sont tombés au champ d’honneur.La suite, on la connait.

      • Hassan

        Oui mon frère Benyahia.
        Je me rappelle très bien ce jour qui a joué un grand rôle dans nos vies. J’ai quitté le lycée vers 13 heures. Il n’y avait personne dans les rues du centre ville (EL Blad). J’ai été recuilli par les fidais du quartier Graba qui m’aidérent à rejoindre mon douar. Le lendemain comme tant d’autres de mes camarades je rejoignis les moudjahidines pour combattre les fachistes de l’OAS et ce en détruisant leurs cahes et leurs bases des fermes des colons. J’ai participé à l’organisation et la sécurisation du vôte pour l’indépendance face à l’OAS et la légion étrangère.
        J’ai organisé des fermes autogérées et assuré le ramassage des récoltes cérealieres et les vendanges.
        Je suis retourné aux études par la suite pour aider mon pays à se relever de la guerre. J’ai été remobilisé en 1967 lors de la guerre avec Israel. C’est à ce moment que j’ai compris que le courage d’un peuple ne suffit pas. il fallait voler le savoir et la technologie pour développer les capacités économiques et militaires pour défendre notre patrie. J’ai tout fait pour acquérrir ce savoir: Notre prophète (Alieh salat oua salem) a dit » Demandez le savoir même en Chine » .
        Lénine a dit à son peuple »Étudiez! Étudiez! Étudiez »
        J’ai étudié dans plusieurs pays du monde et même en Chine. J’ai choisis une spécialité interdite aux arabes .Je l’ai  »volée » et par la suite formé des spécialistes algériens dans ce domaine.
        Je me suis toujours rapellé de notre défunt professeur d’arabe Mr. Boudriah (Allah yérahamou) qui nous a appris ce poème:
         »C’est nous les premiers
        C’est nous les premiers
        qui avons construi cet édifice
        Élevez-le plus haut
        élevez-le plus haut
        Par l’inovation et le travail ».
        Dans ma vie j’ai visité les quatres continents . Je vous dis, en vérité, je n’ai pas trouvé mieux que le son du médah dans la Tahtaha et les nuits du ramadan dans village Toba ,  »Bériento »
        et une soirée au cinéma Palmarium avec ouled bladi.
        Mes salutations à tous les Khais bélabésiens.

        • moi

          Je me souviens moi aussi, avec une frayeur rétrospective pour les jeunes adolescents que nous étions, de cette terrible période .
          Nous étions en effet une poignée d’élèves musulmans qui osaient encore affronter l’insécurité et la terreur qui s’étaient installées, y compris au lycée Laperrine en ces mois de mars / avril 62, puisque nous y étions menacés, même par « nos camarades » européens.
          Nous étions en classe de quatrième (BM 2 , si mes souvenirs ne me trahissent pas) et ce jour où nous avons déserté définitivement le lycée, nous étions au deuxième étage de ce que nous nommions « les nouveaux bâtiments » , dans l’attente du prof de français -un européen de France taxé de pro-français par l’OAS- et que nous surnommions « Harrouda » en raison de son menton en galoche. Ce jour là, il ne vint pas, sa voiture, un Vespa 400 blanche ayant été plastiquée dans la nuit. C’est à ce moment qu’arrivèrent nos « camarades » de classe pieds noirs- nous avions à peine les uns et les autres treize ou quatorze ans- révolvers au poing qu’ils sortirent de leurs cartables et qu’ils appliquèrent sur nos tempes en nous disant :
           » Vous les arabes, on va vous éliminer tous ». C’est depuis ce jour que totalement effrayés par ces menaces qui heureusement n’ont pas été mises à exécution, que nous nous séparions telle une envolée de moineaux, S.F., G., C.F. B.L.(s’ils sont encore en vie) et moi-même, dans une ville déserte pour rejoindre El Graba par la rue Lavigerie un véritable coupe-gorge et un champ de tir privilégié des snipers de l’OAS embusqués dans les immeubles alentours du Glacis Nord et du Lido.
          Depuis ce jour le Lycée Laperrine avait fermé ses portes pour ne les rouvrir qu’ en octobre 1962 et rebaptisé « Lycée El Djala ».

  12. une lectrice belabbesienne

    monsieur yahia quand sera le prochain samedi belabbesien peut on venir sans invitation dans la bibloitheque.le journal de la voix me plait et mes collegues a oran me disent que les journalistes sont a cheval ils aiment notre ville je voudrais venir moi auissi.

  13. Malkoum X

    Cher Benyahia à travers ta prose et ta distance qui cache la pudeur d’un homme de bien qui répugne se mettre en avant, il m’arrive des bouffées de nostalgies tenaces.
    Je serai toujours avec vous par la pensée car comme tu l’a deviné je suis bien loin.
    Trop grande gueule pour marcher dans les clous et pratiquer l’art de l’échine souple, j’ai du rompre pour ne pas être compromis.
    A notre âge, le seul verdict qui vaille est celui du miroir lorsque l’on se rase et celui des gens humbles qui traverseront la rue pour vous serrer la main.
    Trés amicalement

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