La Voix De Sidi Bel Abbes

« Remember…! » Mort du journaliste Jean-Louis Hurst, « Le Déserteur » de la guerre d’Algérie partagé par notre ami Mémoria

Auteur du livre Le Déserteur publié et interdit en 1960, membre des réseaux dits de « porteurs de valises » en soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie, puis journaliste au quotidien Libération à partir des années 1970, Jean Louis Hurst, est mort le mardi 13 mai à l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif. (Val-de-Marne).

Jean-Louis Hurst est né le 18 septembre 1935 à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Son père, catholique, officier réserviste, est mobilisé en 1939 puis, refusant la défaite de 1940, emmène sa famille en Algérie pour y rejoindre les groupes d’officiers qui veulent continuer à se battre contre l’Allemagne nazie. En 1942, après la libération de l’Algérie par les Alliés, il participe aux combats en Italie et en France à la tête d’une unité d’Algériens. A la fin de la guerre, la famille retourne en Alsace, à Colmar, où le père travaille à la préfecture comme attaché culturel. Il achète une ferme dans les Vosges qu’il retape avec l’aide de deux Algériens, dont l’un, Mokhran, a été son chauffeur pendant la guerre.

DE L’ADMIRATION À LA RÉVOLTE

Adolescent, Jean-Louis Hurst se rapproche de cet ami algérien qui adhère auxidées nationalistes et lui fait prendre conscience de la réalité coloniale. « C’est quelqu’un qui me marque définitivement », témoignera-t-il dans le recueilMémoires de la guerre d’Algérie (L’Harmattan, 2008), réalisé par Martin Evans. Simultanément il s’éloigne de son père, fervent partisan de la guerre d’Indochine, et va passer vis-à-vis de lui de l’admiration à la révolte absolue.

Après son baccalauréat, il bénéficie en 1953, à l’âge de 18 ans, d’une des bourses Zellidja (créés par l’architecte Jean Walter pour soutenir les voyages formateurs des jeunes) pour visiter les pays du Proche-Orient. Il y découvre en même temps le communisme et le nationalisme arabe. Il passe par l’Egypte alors en pleine effervescence après le coup d’Etat des jeunes officiers en 1952. En Israël, il s’intéresse avec sympathie aux kibboutz, mais enchaîne cette découverte avec celle des réfugiés palestiniens, dont il embrasse la cause, assimilant les Israéliens aux colons d’Algérie qu’il déteste. Désormais, entre fascisme et colonialisme, le jeune homme trace un trait d’égalité. Les événements vont bientôt se précipiter etrenforcer sa conviction.

A son retour en France, en 1954, il s’indigne de voir son père accablé par la défaite de Dien-Bien-Phu. Il commence en 1955 une formation d’instituteur et sera en poste l’année suivante dans le Haut-Rhin. Il milite au Syndicat national des instituteurs (SNI) et, motivé par l’opposition à la guerre d’Algérie, s’inscrit au Parti communiste.

LA CONSIGNE DU PARTI

La consigne du parti étant de militer au sein de l’armée, il résilie son sursis, débute son service militaire en 1957 et devient sous-lieutenant. Lors d’un stage dans les Transmissions, à Laval, il rencontre un soldat opposé comme lui à la guerre : Gérard Meïer. A cette époque, comme d’autres jeunes communistes qui vireront plus tard au gauchisme, Jean-Louis Hurst trouve que les positions du PCF sur la guerre ne sont pas assez fermes : pour lui, il faut soutenir le FLN et non secontenter de réclamer la « paix en Algérie ».

En mai 1958, en poste en Allemagne, à Baden-Baden, il intercepte des messages des putschistes d’Alger. De plus en plus tenté par la désertion, il rencontre André Mandouze, intellectuel anticolonialiste travaillant alors à l’université de Strasbourg. Ce contact sera pour Hurst la porte d’entrée dans les réseaux d’aide au FLN, où il rencontre notamment l’abbé Robert Davezies et Francis Jeanson. Il est désormais de ceux que l’histoire appellera les « porteurs de valises », citoyens français ayant épousé la cause du FLN jusqu’à effectuer pour son comte des transportsclandestins. En septembre 1958, lorsqu’il reçoit de l’armée l’ordre de partir pour l’Algérie, il déserte et rejoint d’autres réfractaires en Suisse.

En 1959, avec deux autres déserteurs, Gérard Meïer et Louis Orhant, un ouvrier communiste, Jean-Louis Hurst lance le mouvement Jeune Résistance. Distinct des « porteurs de valises », Jeune Résistance se présente comme « la tribune mise à la disposition de la jeunesse française résistant à la guerre d’Algérie et au fascisme », et se donne pour but d’organiser les déserteurs et insoumis. Cette forme d’opposition radicale à la guerre d’Algérie, qui rassemblera selon les périodes et les estimations de quelques centaines à quelques milliers de militants va devenir un fait politique marquant. En septembre 1960, la déclaration pour le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie, dite « Manifeste des 121 », sera signée notamment par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir.

SIGNÉ « MAURIENNE »

C’est quelques mois auparavant, en avril, que Jean-Louis Hurst publie Le Déserteur, aux éditions de Minuit. Récit personnel et manifeste anticolonialiste, le livre est signé du pseudonyme de « Maurienne », en clin d’œil à la Résistance et à l’écrivain Vercors. Il est aussitôt saisi, l’auteur et l’éditeur sont poursuivis pour provocation de militaires à la désobéissance et condamnés à une amende. En 1962, les éditions de Minuit contournent malicieusement la censure en publiant, sous le titre Provocation à la désobéissance, le procès du Déserteur, un minutieux compte rendu des débats du procès (réédité en 2012).

En 1961, Jean-Louis Hurst prend ses distances avec Jeune Résistance lorsque ce mouvement se rapproche du trotskisme, mais continue de soutenir les déserteurs et insoumis. Après la fin de la guerre en 1962, il réintègre volontairement l’armée pendant quelques mois pour terminer son service militaire puis, jusqu’en juillet 1968, mène la vie d’un « pied-rouge », comme on appelle les Français établis en Algérie après l’indépendance. Il se marie en 1963 avec sa compagne Heike (décédée en 2012), participe à plusieurs chantiers de travail volontaire en Kabylie et suit des études d’histoire à l’université d’Alger.

De retour en France, il reprend son travail d’enseignant en Seine-Saint-Denismais, décidément « réfractaire », doit quitter l’Education nationale en 1972 en raison de son refus de suivre les programmes scolaires. Comme d’autres militants d’extrême gauche, sa voie de sortie de la marginalité, à défaut d’une réconciliation avec la société, sera une plongée professionnelle dans le journalisme, au quotidien Libération qui vient alors de se lancer et dont il sera une des figures.

4418787_3_f059_jean-louis-hurst-le-20-octobre-1981-aux_e24e2fca3b1ebb7bac7ada3d0c32dc5e

Source : Lemonde.fr

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=54133

Posté par le Août 30 2014. inséré dans CE QUE DIT LA PRESSE, MONDE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

25 Commentaires pour “« Remember…! » Mort du journaliste Jean-Louis Hurst, « Le Déserteur » de la guerre d’Algérie partagé par notre ami Mémoria”

  1. Krimo pointu

    You said remember!, yes we ll do it.
    We ll never forget what have you done for our country.
    Thanks.
    Krimo pointu

  2. BADISSI

    Merci Monsieur Mémoria , sincères condoléances a sa famille , respect a lui , pour son courage , il a défier sa famille , sa patrie pour se rallier a la cause juste .

  3. R.TARI

    Après l’indépendance Jean-Louis Hurst reste quelques temps en Algérie et deviendra l’un de ces « Pieds-rouges » qui, devant le peu d’importance que leur accordent les gouvernements successifs, reviennent en France, vers la fin des années 60, pour mieux vivre dans le pays qu’ils ont trahi.

  4. Mémoria

    Doit-on considérer,Régine,que l’illustre quotidien français LIBERATION était un refuge pour les traîtres à leur pays?

  5. Abbes

    un article qui nous fait un plus

  6. LAHCENE CHOT

    cette personne qui a combattu pour la liberté dans le monde sa mémoire est honoré par les peuples épris de liberté ….quand à ceux qui ont cautionné les crimes de l’oas ,des traites à leurs pays la France sont méprisés par tous le monde ….

    ALLAH EST GRAND

  7. Imène

    Je ne retrouve plus certains textes ( que j’ai parcouru ce matin ) j’aurai aimé répondre à notre ami Dziri lui dire que la « reconnaissance est la mémoire du coeur » qu’on ne peut pas être insensible – ou ingrat (e ) – à l’égard d’une personne – quelle qu’elle soit – qui nous lance le bâton lorsque on est encerclé par une meute affamée qui s’apprête à nous tailler en pièces..ou qui nous tend la main pour nous repêcher d’une noyade certaine ! on ne peut pas pas , ce n’est pas musulman ni orthodoxe..et faire l’apologie du colonialisme est tout à fait autre chose!.enfin..je n’ai pas votre com , je ne peux pas continuer ..salem khayi .

  8. BADISSI

    @ la VDSBA

    POURQUOI MA RÉPONSE A R TARI A ÉTÉ SUPPRIMER pourtant il y avait pas d insultes alors ceux qui m insulte vous laisser leur commentaires ????????????

  9. DZiri

    @Imène
    Sallamou Allaykum
    La reconnaissance est, vous le savez, un paramètre de la foi ma très chère sœur.
    Et ayant lu votre tendance, que je considère mienne, je ne peux me permettre que l’obligeance à votre égard.
    Ceci dit, il importe de savoir, ceci aussi faisant caractère de la foi que : l’action ne s’estime que par l’intention de son auteur.
    Et à propos de votre réaction, je peux vous affirmer que je n’ai jamais et jamais je ne serais ingrat et/ou insensible envers quiconque.

    Dans mon comment, G abordé LE SUJET DANS ENSEMBLE, sans préjugés, sans parti pris,à savoir :
    * « Ecartelé entre son devoir de militaire et son refus de se déshumaniser, il jouait la nuit au soldat en participant aux embuscades, poses de mines, bombardement, jet de grenades… ».
    * « Sans aller jusqu’à l’insubordination contre sa hiérarchie militaire, il était, nous souligne-t-on, contre les exactions et les injustices commises à l’encontre des villageois et faisait de son possible pour rendre de menus services ».
    * « tel autre encore du largage de bombes au napalm dont le maître disait que c’est de l’eau pour ne pas traumatiser ses élèves… ».
    Sans généraliser, il faut l’admettre et reconnaitre des sincérités, une minorité, qui ont laissé leur vie pour notre pays. Cela reste une exception, qu’il ne faut pas également généraliser jusqu’à nous culpabiliser avec par des « services à la tâche », en dehors du Monde.
    Je me dois de vous dire aussi que les enfants de l’Akfadou et de l’Algérie, garçons et filles savaient lire et écrire avant l’arrivée Picard et consort.

    D’autre-part, sur les prétendu « pro-FLN » de l’époque, le PCF satellite du l’URSS, je dois vous rappeler, en K d’oubli, que ces éléments du Soviet ont déjà joué ce rôle dans la guerre d’Espagne en 1936, et C ce qu’on appelle la 5em colonne. La même mission été dévolu au PCF avant et au début de la 2em guerre mondiale en France.
    En ce qui concerne la France, tout simplement parce que le Reich avait conclu pacte avec l’URSS, le PCF se retrouve contre la France dans sa confrontation avec l’Allemagne, et a même exécuté des actions de sabotage à l’encontre de leur propre pays.
    Vous devez aussi savoir qu’au début, en 1939, il y avait des Communistes proche du Reich, mais ont retourné leurs vestes aux dernières heures, tout comme les français qui ont collaborés.

    S’agissant des curés, le PCF, lui qui a créé le PCA, parti de l’athéisme en Algérie, ces derniers ne militaient pas pour la liberté des algériens, mais pour combattre l’impérialisme leur ennemi de l’époque ainsi que l’Islam. CT l’époque de la guerre froide. La Guerre des idéologies.
    Durant la guerre de libération, l’Algérie était confronté à 3 trois ennemis :
    La France coloniale et impérialiste, La France fasciste, et l’Idéologie Sovietic.
    Ce n’était pas que militaire ! Nous retrouvons les restes ici même à VSBA

    Vous pensez bien que si cette guerre, était une guerre de libération pour les algériens, il en était tout autrement pour l’URSS et l’impérialisme. Chacun défendait son idéologie, son axe.
    Nous avons et nous payons actuellement le prix de cette intrusion contre nature :
    Le combat de la liberté, avec le combat de l’aliénation.
    Nous n’en avons toujours pas terminés avec.
    Sallamun fraternel
    DZiri

    • Mme CH

      Salam Mr Dziri…!!! Il y a aider et aider dans un but bien précis, comme pour par exemple, des convictions idéologiques ou des projets géopolitiques de l’heure….!!!! Donc, vous n’avez pas tort….!!!
      Sauf pour quelques exceptions qui ne font pas la règle, les personnes qui ont aidé le FLN à l’époque ne l’ont pas fait pour les beaux yeux des « indigènes » d’antan mais pour l’intérêt de leur parti, contre celui du frère-ennemi de toujours, l’Oncle Sam….!!! D’ailleurs quelques passages d’un texte, originellement paru dans Voies nouvelles, 9, 1959, p. 4-7, signé Jean Jérôme, et republié dans Entre mythe et politique (Seuil, 1996) le prouve…..sauf pour les adeptes de Ma3za Walaw Taret… !!!!

      « Durant la guerre d’Algérie, l’opposition interne du PCF, en rupture avec l’« esprit » et la discipline de parti, s’affronte durement aux positions de la direction : contre le vote des pouvoirs spéciaux en 1956, contre la condamnation des attentats du FLN en 1954, contre l’exclusion des communistes qui soutiennent le FLN. À la fin des années 50, c’est dans L’Étincelle, journal interne, et Voies nouvelles, périodique vendu en kiosque, animés par Victor Leduc et Jean-Pierre Vernant, que paraîtront les critiques les plus virulentes d’une politique qui rejette l’indépendance de l’Algérie…. »

      « Le 15 février 1958, la Fédération de France du FLN publiait un document intitulé Le PCF et la Révolution algérienne. On y trouvait une très violente dénonciation de la politique algérienne du Parti communiste français, accusé de n’avoir pas eu le comportement conforme aux principes dont il se réclame : internationalisme et soutien inconditionnel de la lutte anti-impérialiste des peuples coloniaux. Citant les textes officiels du Parti, la Fédération de France du FLN faisait observer qu’en 1956 encore – c’est-à-dire deux ans après le déclenchement de l’insurrection nationale en Algérie – le PC continuait à demander le maintien de l’Algérie dans l’Union française et se prononçait contre l’union de l’Algérie avec la Tunisie et le Maroc indépendants au sein d’un Maghreb arabe. Le PC prenait ainsi, dans les faits, position contre le mot d’ordre au nom duquel le mouvement national algérien avait engagé la lutte armée contre le système colonial français : l’indépendance…… »
      « Quelles pouvaient être les raisons d’une attitude si ouvertement contraire aux principes léninistes dont se réclame le Parti ? Suivant le FLN, il s’agirait, non pas tant d’une absence de fermeté idéologique, de cet esprit d’opportunisme et de recul qui fait céder à la pression de l’adversaire, mais bien plutôt d’une ligne politique délibérée, appliquée, dès la Libération, de façon conséquente : l’ennemi principal étant l’impérialisme américain, le PC se donnait comme objectif stratégique essentiel de rassembler contre cet impérialisme tous ceux qui, suivant la formule du secrétaire général du parti, n’acceptaient pas de voir la France « réduite au rang de puissance secondaire » ; il cherchait à réaliser un large front anti-américain englobant tous les Français, des divers partis, « toutes les couches patriotes de la nation qui veulent reconquérir l’indépendance et la souveraineté nationales ». Dans cette perspective, la révolte des peuples coloniaux opprimés par la France et leur tentative de libération devaient être considérées par la direction du PC avec une certaine réserve, pour ne pas dire avec une certaine méfiance. En effet, elles ouvraient un nouveau champ d’action aux entreprises de l’impérialisme américain ; elles ruinaient d’autre part toute la stratégie du PC en faisant éclater cette alliance systématiquement recherchée avec les éléments nationalistes de la bourgeoisie française pour qui la lutte aux côtés des communistes pour une politique plus indépendante à l’égard des États-Unis signifiait d’abord et avant tout, comme il est apparu dans la bataille contre la CED (Communauté européenne de défense), la défense de l’empire colonial français contre une éventuelle mainmise américaine. Ainsi, au moment même où s’amorçait la crise dans tout l’Empire français, dernier empire colonial de type traditionnel, alors que la France s’engageait dans une chaîne ininterrompue d’actions répressives et de guerres coloniales, le parti le plus représentatif de la classe ouvrière française aurait choisi pour axe central de sa lutte, non le combat contre son propre impérialisme, mais la bataille contre un impérialisme étranger menaçant les « intérêts nationaux » du pays…… »

      Tout y est ou presque……..!!!! A suivre

      • Mme CH

        Voici la suite, Mr Dziri: « La logique de cette stratégie, accordant toujours à ce qui pouvait renforcer l’indépendance française à l’égard des États-Unis la priorité absolue sur la lutte des colonies pour l’indépendance à l’égard de la France, aurait conduit le PC, dans l’affaire algérienne, sur des positions finalement plus proches de celles de la bourgeoisie française que de celles du peuple algérien en guerre pour la reconnaissance de son droit à l’existence nationale. « Le caractère premier de l’attitude du PCF quant à la question coloniale, affirmait le document de la Fédération de France du FLN, est de clamer que l’intérêt des peuples opprimés est de rester unis à la métropole. » « Le droit au divorce n’entraîne pas l’obligation de divorcer », écrit M. Thorez qui conclut à la nécessité de l’union. Cette manière de voir traduit la sous-estimation, sinon le mépris des mouvements de libération dans les colonies, et l’intention de faire d’eux une force d’appoint des mouvements français. Avant-guerre l’union était nécessaire en Afrique du Nord à cause des « prétentions franquistes ou italiennes ». Aujourd’hui elle l’est à cause des « prétentions de l’impérialisme américain ». En 1945, en Syrie et au Liban, c’était l’impérialisme anglo-saxon qui justifiait les critiques contre le mouvement de libération. Si les contradictions entre l’impérialisme français et ses prétendus concurrents se résolvent toujours par la supériorité pour les peuples coloniaux de l’impérialisme français, alors le droit au divorce disparaît car ces contradictions ne disparaîtront qu’avec l’impérialisme colonisateur. Cela revient en fait à refuser aux colonies le droit à la séparation, donc à l’autodétermination. » Le texte ajoutait : « Cette orientation dont l’aspect chauvin et cocardier n’échappe à personne fait appel à des notions équivoques et confuses telles que « grandeur française, intérêts légitimes de la France ». » Et la Fédération de France du FLN concluait que « le décalage entre les principes théoriques dont prétend s’inspirer le PC et son comportement réel dans l’affaire algérienne, vient de ce que le PCF assume purement et simplement la politique des blocs. Le PCF n’hésite pas et n’a jamais hésité à se transformer en force d’appoint des milieux colonialistes ou néocolonialistes quand ils sont d’accord avec lui pour un regroupement parlementaire sur certains objectifs de politique extérieure ».

        C’est bon de connaître les dessous sous-sous écrits par ceux là mêmes qui étaient acteurs à un certain moment de l’histoire….!!!

        Oui à suivre encore….!!!!

        • Mme CH

          Oui, ce n’est pas fini….l’histoire entre ‘El Ma3za wa Wlidatha » (la chèvre et ses petits)…..!!!
          « Quelle est la portée de ces accusations lancées par les représentants de la révolution algérienne contre les représentants du prolétariat révolutionnaire français ? Expriment-elles seulement cette défiance à l’égard des colonisateurs que fait naître chez les colonisés une oppression séculaire, et qui, de façon bien compréhensible, finit, comme le note Lénine, par s’étendre à la nation colonisatrice tout entière, y compris son prolétariat ? Trouvent-elles au contraire leur fondement dans les insuffisances ou les fautes réelles du PCF ? Il n’est pas possible à un communiste de ne pas affronter clairement ce problème qui, par-delà la France, intéresse tout l’avenir du mouvement ouvrier dans ses rapports avec le mouvement d’émancipation des peuples coloniaux…. »

          « Le document du FLN prétend, selon ses propres termes, apporter « plus une mise au point qu’une critique négative ou passionnelle du PCF ». À cet égard, il appelle certaines remarques préalables. S’il est bien exact qu’en 1956 encore le PC restait attaché à la formule d’une « véritable union française », à la date où le texte du FLN a été publié (février 1958) le Parti avait renoncé à ce mot d’ordre. Depuis 1957, il se prononçait clairement pour le droit à l’indépendance de l’Algérie ; en avril de la même année, par la bouche de son secrétaire général, il avait enfin abandonné la définition de l’Algérie comme « nation en formation », lancée par Maurice Thorez en 1939, formule qui n’a jamais sans doute exactement correspondu à la réalité algérienne, mais qui, avec les progrès de l’idée d’indépendance dans les masses musulmanes après la guerre, s’en éloignait chaque jour davantage, et avait pris, dès avant 1954, une signification ouvertement démobilisatrice. À partir d’avril 1957, la formule « nation en formation », que le Parti, quelques semaines auparavant, affirmait encore valable pour le présent et pour l’avenir, était rejetée et remplacée par l’expression « nation forgée dans les combats » qui, contrairement à la première, justifiait le droit de l’Algérie à l’état de nation indépendante. Certes, ces rectifications de la politique algérienne du Parti n’ont pas été explicitées ; elles ne se sont pas appuyées sur une réflexion critique à l’égard du passé. La reconnaissance et la dénonciation des erreurs commises étaient sans doute la condition nécessaire pour que la nouvelle orientation pût offrir à la fois les garanties de sérieux sur le plan théorique et d’efficacité sur le plan de l’action. Cependant, la Fédération de France du FLN ne pouvait ignorer ces changements. Son document aurait gagné à ne pas les passer sous silence et à en tenir compte dans l’expression de ses critiques…. »

          A suivre….mais pas pour ceux qui ont déjà pris des somnifères pour aller encore dormir…..Ding Dang Dong…!!!!

          • Mme CH

            Ouf….!!! Suite et fin, même s’il en reste, mais bon….!!!!!

            « Est-ce à dire que les communistes français doivent, comme Léon Feix, proclamer, face aux griefs du FLN : « Nous ne nous sentons pas coupables », et mettre en cause les préjugés politiques ou religieux, l’orientation nationaliste des chefs de l’insurrection algérienne ? Ce serait accepter les affirmations du même Léon Feix qui, justifiant toute la politique algérienne du Parti depuis la Libération, écrit que celui-ci s’est battu sur les positions marxistes-léninistes, qu’il n’a jamais dévié de cette ligne juste, jamais glissé sur des positions chauvines, jamais considéré « l’indépendance de l’Algérie comme inévitable plutôt que comme souhaitable ». Ces affirmations sont en contradiction flagrante avec les faits. Si le Parti a tant tardé à reconnaître de façon explicite le droit de l’Algérie à l’indépendance, s’il s’est si longtemps accroché à des formules qui impliquaient la négation ou la limitation de ce droit, c’est que pendant une longue période il avait été en réalité hostile à l’indépendance de l’Algérie et s’était trouvé sur ce point en conflit avec les mouvements nationalistes algériens. Si, comme nous allons le voir, il s’est montré pour le moins réservé à l’égard de l’insurrection de 1954, c’est qu’elle était orientée dans le sens d’une indépendance qui s’opposait aux solutions qu’il souhaitait alors. Au reste, ces désaccords avec le mouvement national algérien et le refus d’envisager une solution d’indépendance s’exprimaient ouvertement dans la littérature du Parti. Rappelons l’article de Léon Feix, précisément, dans les Cahiers du communisme de septembre 1947. L’indépendance de l’Algérie n’y est pas considérée comme souhaitable, ni même comme inévitable : elle est présentée comme une solution fausse, une thèse condamnable, que les communistes doivent rejeter : « La thèse de l’indépendance immédiate de l’Algérie, préconisée par le Parti du Peuple algérien (PPA) conduirait aux pires déboires. La situation actuelle de l’Algérie, pays colonial dont l’économie a été volontairement maintenue dans un état arriéré, le ferait passer immédiatement sous la coupe des trusts américains. » Et plus loin : « Les communistes ne sauraient soutenir la fraction du mouvement national algérien qui préconise pour ce pays l’indépendance immédiate, car cette revendication ne sert pas les intérêts de l’Algérie et de la France. »
            La façon dont cette orientation « théorique » se traduisait dans le comportement politique du Parti explique sans doute les raisons profondes de la défiance des nationalistes algériens à l’égard du PCF. Pour le montrer, nous rappellerons ce que fut l’attitude du Parti lors des événements de mai-juin 1945, qui firent dans le Constantinois 30 000 à 40 000 morts musulmans. C’est au cours de cette période que le Parti communiste algérien, dans son Essai sur la Nation algérienne, fait naître la prise de conscience nationale définitive du peuple algérien. Il écrit : « Après le débarquement des troupes alliées en 1942, l’essor du mouvement national s’est concrétisé en particulier par l’immense mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML). Les épreuves communes de mai-juin 1945 ont renforcé la cohésion nationale des Algériens. » Et un peu plus loin il note que les massacres de 1945 dans le Constantinois, en consacrant pour les masses l’impossibilité de faire foi désormais aux promesses de la France, ont achevé de faire de l’Algérie une nation consciente d’elle-même. Telle est l’appréciation que porte aujourd’hui sur ces événements le Parti communiste algérien. Voyons ce que fut alors, en face d’eux, le comportement du PCF. Prenons la collection de L’Humanité de mai 1945. On est en pleine euphorie de la victoire.
            Pour les Français, la victoire sur le nazisme signifiait la libération du territoire, les libertés retrouvées, d’importantes conquêtes sociales, un gouvernement où siégeaient des représentants de la classe ouvrière. Pour les musulmans d’Algérie, dans un état de misère et de famine épouvantables, elle allait représenter tout autre chose. Une page de l’histoire était tournée ; une autre commençait, où devait s’écrire la grande lutte des peuples coloniaux pour leur liberté….. »

            Enfin, tout le monde il est beau tout le monde il est gentil

            Quand les pavés volent, comme de grands oiseaux gris,
            en plein dans la gueule des flics au regard surpris.
            Quand ça Gay-Lussac, lorsque partout l’on entend
            le bruit des matraques sur les crânes intelligents.

            Quand dans le ciel calme, l’avion par-dessus les toits,
            verse son napalm sur le peuple indochinois.
            Quand c’est la fringale, lorsqu’en place d’aliment,
            les feux du Bengale cuisent les petits enfants.

            Quand ça jordanise, quand le pauvre fedayin
            copie par bêtise la prose à monsieur Jourdain.
            Quand le mercenaire ne songe qu’a vivre en paix
            et se désaltère avec un demi Biafrais.

            Dans la douceur de la nuit, le ciel m’offre son abri,
            et je pense à Jésus Christ, celui qu’a dit :
            Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil !

            Bonne soirée

  10. Imène

    Bsr Dziri , Tous !
    A l’évidence , on ne peut qu’adhérer totalement à votre raisonnement ! à savoir :
    que le système colonial est abject – on ne le dira jamais assez – que ses stigmates , ses traumatismes – faits patents – se manifestent encore à ce jour dans différents aspects de la vie de notre pays , de notre politique .
    C’est vrai aussi , que le soutien de l’est ( pcf , urss ,notamment ) à notre révolution ( au fln ) ne sont que des manipulations politiciennes, et que chacun roule pour ses interêts, son idéologie, sa chapelle ..le contexte historique c’était la guerre froide où la confrontation des deux blocs antagonistes ( via des crises internationales ) mais dont la toile de fond n’est que l’hégémonie politique et éonomique des deux superpuissances par la mainmise sur les ressources naturelles de ces petits pays ..MAIS DZIRI : il faut admettre que bcp , bcp , bcp de pays , de personnes à travers le monde ont soutenu la cause nationale et
    le combat juste du peuple Algérien..d’autres se sont engagés ds la lutte de libération , certains en sont morts torturés , guillotinés ..qu’un Picard , même  » écartelé entre sa raison et son coeur  » est préférable à un Bigeard ou un Aussaresse.. » un homme est la somme des ses actes  » écrit Malraux , il ne faut jamais desesperer du genre humain..et l’homme est capable du meilleur comme du pire ! ( et surtout du pire lool ! )
    Un plaisir de vous lire ..salam aleykoum khayi .

  11. elhadj abdelhamid

    La mémoire bâillonnée
    « Ne soyons pas leurs fossoyeurs jusque dans nos mémoires » Mouloud Feraoun.

    Qu’elle était verte, ma vallée de Ténira. L’écrivain Amine Zaoui, alors jeune étudiant volontaire des « comités » de la Révolution Agraire dans les années 70, affecté à Ténira, est frappé de stupeur lorsqu’il rencontre un résident de stature mondiale, Kateb Yacine.
    – Seriez-vous en exil, dans ce bled perdu, demande l’élève au maître.
    – Au contraire, répond le père de Nedjma. Ici, je suis au milieu de mon peuple dans cette terre des moudjahidine !
    Il y a quelques temps, gagné par un certain spleen des temps nouveaux , j’entrepris de faire un petit pèlerinage sédatif dans la terre natale. Arrivé au dernier virage sur le Pont du Diable qui découvre le village par le joli collège, à l’orée de la forêt, qui porte le nom d’un cousin chahid, j’ai décidé de faire un détour par la ferme Bouhaloufa, visible du pont. La ferme Bouhaloufa, centre de torture de la période coloniale, se distinguait par son « Bitrène », un immense pétrin de raisin renversé qui faisait office de cachot et où mon père avait fait un séjour de quelques mois, enchaîné au cou pendant les premières semaines, en compagnie de son camarade Bendida, tels des bêtes indomptables après la « séance » d’électrothérapie savamment administrée.
    Longtemps après la guerre, le « Bitrène » était devenue une attraction mémorielle des lieux.
    Alors que j’espérais me ressourcer à la ferme, je dus vite déchanter et, d’ailleurs, depuis ce jour, je n’y ai plus remis les pieds.
    Face à l’emplacement, étrangement vide, du « Bitrène », l’imposante plaque de marbre, mémoire du lieu, était en mille morceaux, sauvagement vandalisée.
    Écœuré, je me suis dirigé vers un petit groupe de « fermiers » ,présents, dont je n’ai reconnu aucun. Des transhumants, peut-être, « haykalisés » par la Révolution Agraire.
    Lorsque je demande des explications sur le marbre profané, l’ on me répond :
    – C’est sûrement l’œuvre de garnements malfaisants ( Vous savez , ejra de chez nous ! )
    – Et le « Bitrène », alors, c’est aussi « ejra » qui l’ont emporté ! Bon Dieu, il y a des hommes qui sont morts sous le « bitrène » pour que vous, vous soyez libres de cultiver cette terre qui n’est même pas à vous !
    Lorsque, au bout de l’allée, je me dirige vers ma voiture, hors de vue de mes « hôtes » fugaces, je suis surpris par l’irruption d’un personnage qui, pensant peut-être avoir affaire à un « officiel » en inspection incognito, me lance, presque collé à mon oreille :
    – El Bitrène, « ils » l’ont vendu à un fermier de Louza qui s’en sert comme abreuvoir ! Six Millions !
    De retour au bercail, déçu par la ballade, je ne pus quand même réprimer un petit sourire en pensant qu’à la ferme Bouhaloufa, si beaucoup n’avaient pas parlé même sous la torture, le curieux personnage avait lâché le morceau sans coup ( de circuit électrique ) férir !

    • Benyahia Lakhal

      @frère elhadj abdelhamid
      Bonsoir,
      Ton post sur « el bitrane » me suggère ceci:
      Gare ferroviaire de Boukhanéfis, gare sinistre, parce qu’assurément elle l’est. Elle charrie tant de blessures : en raison de son relatif éloignement par rapport au village, l’occupant l’avait retenue pour pratiquer ses séances d’interrogatoires musclés sur les pauvres bougres du village qui ne demandaient que de vivre dans la dignité dans leur pays. . Leurs rancœurs exacerbées par le luxe tapageur des colons et leur condition de sous-homme les ont amenés à la révolte. Leurs gémissements et leurs cris de douleur, sous la torture étaient, quand même, perceptibles au loin, très loin. Sans pitié ! Dès l’indépendance acquise, cette gare fut détruite par les villageois comme pour conjurer le sort, comme une revanche sur l’adversité. Cette gare a continué à servir de théâtre à la tragédie, même quand quelques années plus tard les responsables de la société des chemins de fer ayant décidé de la démanteler totalement, il s’y produisit un terrible accident qui a coûté la vie à un ouvrier du chantier. Depuis, elle a été complètement rasée et ne survit que comme une halte matérialisée par un sommaire abribus. Tant pis pour sa gueule et chahh fiha, bent el kelb ! Gare-collabo !

      • mostari f

        @Hadji L B Heureux de vous revoir parmi vos frères lecteurs

      • Benyahia Lakhal

        @frère elhadj abdelhamid
        Bonsoir,
        Ton post sur « elbitrane » me suggère ceci: (suite et fin)
        Je dis cette gare « sinistre » parce qu’elle n’a pas été une gare ordinaire. On y torturait du temps de l’occupation et les braves villageois, nos parents et nos proches, subissaient dans une obscurité angoissante et humide l’assaut « des 220 » chevaux de « tricinti », comme ils disaient… La gégène.
        Et pourquoi, diable, cette « saloubri » de gare insistait-elle pour tenir ce rôle ingrat. Au lieu de faire comme « lalyetha » (ses semblables) –comme celle majestueuse d’Oran, et j’en oublie- qui ont offert au cinéma des décors à haute valeur expressive. Ces décors qui utilisés de manière intelligente et sensible participent souverainement au propos de l’auteur, autant que tout le reste: lumière, dialogues, jeu des acteurs, mise en scène, montage, musique…
        Les quais de gare, éléments de discours esthétique, sont les lieux de rencontres poignantes, de séparations déchirantes, d’attentes palpitantes qui ont élevé bien des films au rang de chef-d’œuvre.
        Sur les quais des gares on arrive et on part, aussi. Je ne sais qui disait: partir c’est mourir un peu. Les « harkis », pour avoir trahi leur peuple partaient à tout jamais et mouraient beaucoup…Cette gare, aussi, pour avoir trahi son peuple fut descendue et mourut à tout jamais. Un peu sans trop le savoir.

        • MADANI

          Partir c’est mourir un peu ………………. mais rester ce n’est pas vivre du tout ……………….. ANTOINE

        • elhadj abdelhamid

          Bonjour, frère Benyahia lakhal
          Le « bitrène »de Ténira, la gare de Boukhanéfis, la cave de Sfisef…
          Le « bitrène », tout comme la cave, sert à faire du bon vin, en principe.
          On prend toujours un train pour quelque part, chantait Bécaud.
          A la gare de Boukhanéfis, on prenait donc le train sans espoir de retour, en aller simple.
          Je comprends que l’on puisse raser un vestige de « l’horreur », une gare, mais vendre le « bitrène » de Ténira pour en faire un abreuvoir m’a révolté.
          A propos de harkis, ils ne sont pas tous partis. A Ténira, comme partout d’ailleurs, il en est resté un nombre « respectable ».
          A bientôt

  12. MOH

    Le 2 juillet 1957, le sénateur démocrate John F. Kennedy prononce un discours retentissant devant le Sénat des États-Unis. Il dénonce la présence coloniale française en Algérie et appelle à l’indépendance de ce pays.
    a la mémoire de ceux qui nous ont aidé, qu’ils soient boudhistes, communistes ou autres……

  13. MADANI

    à MR BENYAHIA Si partir rend souvent malheureux
    Et si c´est toujours mourir un peu
    Au contraire, je crois malgré tout
    Que rester, c´est ne pas vivre du tout

    L´absence est à l´amour ce que le vent est au feu
    S´il est fort, il l´avive; faible, il l´éteint par jeu
    J´étais bien parmi vous, mais je pars aujourd´hui
    Ailleurs, voir si c´est aussi bien qu´ici

    {Parlé:}
    Il y a beaucoup de monde aujourd´hui au lagon où le soleil ruisselle sur les cocotiers.
    Y a les costauds qui pêchent la nacre, les grosses mamas aux paréos multicolores, les petites vahinés à la peau dorée. Et même les oiseaux sont silencieux.
    Les gros crabes de cocotiers, cachés sous les feuilles, ouvrent de grands yeux curieux. Même les enfants oublient de jouer.
    Toi et moi, on se tient par la main, très fort, et on ne pense pas à s´embrasser.
    Tout le monde est triste aujourd´hui au bord du lagon, parce que le vieil homme va nous quitter et que, dans notre île, lorsqu´on part pour son dernier voyage, ça ne se passe pas tout à fait comme ailleurs.
    Le vieil homme, on ne savait plus très bien quel âge il avait. Y a si longtemps qu´on venait s´asseoir près de lui, au coin du feu, l´écouter raconter les histoires des temps anciens.
    Et puis, après tant d´années, il s´est senti devenir si vieux, si vieux que voici venir le jour où il va quitter l´île.
    Seul, sur sa pirogue blanche, il pagayait, il pagayait vers le large, jusqu´au bout de ses forces, jusqu´au bout de l´horizon, vers le pays où ses ancêtres ont dû le précéder.
    On est venu lui dire adieu, lui apporter des fruits, des bananes, des mangues, des papayes et des poissons dorés, même un petit cochon de lait cuit sur des pierres rougies au feu.
    Tané, tu sais, son plus grand fils, lui a donné une pagaie neuve où les pêcheurs ont gravé des vœux de bon voyage.
    Et soudain, nous tous, on a le cœur qui se serre, à l´instant où on l´aide à pousser sa pirogue sur l´eau bleue transparente du lagon. Il se dirige vers la passe. Et, lorsqu´il la franchit, il jette à l´eau la dernière couronne de fleurs.
    Les fleurs, elles flottent doucement vers la plage et lui, il s´éloigne déjà vers le large, vers l´horizon. Il y a comme un grand vide dans notre cœur.
    Et pourtant, on ne t´oubliera pas, vieil homme.
    On te regrette déjà, tu vas nous manquer.

    {Chanté:}
    L´absence est à l´amour ce que le vent est au feu
    S´il est fort, il l´avive; faible, il l´éteint par jeu
    J´étais bien parmi vous, mais je pars aujourd´hui
    Ailleurs, voir si c´est aussi bien qu´ici

    Ailleurs, voir si c´est aussi bien qu´ici

Répondre