La Voix De Sidi Bel Abbes

Religion Dounia Bouzar : « Combattre les dérives 
sectaires, c’est respecter l’islam »

Anthropologue du fait religieux et membre de l’Observatoire national de la laïcité, Dounia Bouzar montre dans 
son livreDésamorcer l’islam radical (1) comment l’amalgame entre les radicaux 
et l’islam met 
en péril la cohésion de notre société.

Quelle est la responsabilité 
des politiques dans l’amalgame entretenu 
entre radicalisme et islam ?

Dounia Bouzar. Pour vous répondre, je vais prendre l’exemple du niqab. Les radicaux voulaient faire passer ce voile intégral pour une application de l’islam au pied de la lettre, alors que c’est une tradition préislamique des tribus pachtounes, sacralisée il y a quelques années par les wahhabites de l’Arabie saoudite… Lorsque j’ai été auditionnée par les parlementaires, en 2010, avant le vote de la loi sur l’interdiction du voile intégral dans les lieux publics, j’avais plaidé pour faire reconnaître le niqab comme un signe sectaire. Cela permettait d’éviter de faire l’amalgame avec l’islam. Il m’a été répondu qu’il n’appartient pas aux États démocratiques de se mêler des débats théologiques. Pourtant, le premier article de la loi de 1905 dit que « la République assure la liberté de conscience à ses citoyens », ce qui implique de les protéger des dérives sectaires (même si celles-ci sont reliées à un pays riche…). Du coup, les débats autour de la loi de 2010 ont pris pour principe que le niqab était musulman. On a alors fait le procès de l’islam. Cela a eu deux conséquences graves : la commission de l’Assemblée nationale a validé l’interprétation des radicaux. En croyant les combattre, les politiques ont renforcé leurs pouvoirs en les considérant comme de simples religieux orthodoxes ; les musulmans non radicaux ont eu du mal à se positionner contre le niqab puisque les débats faisaient le procès de l’islam et non du radicalisme. Résultat, malgré le vote de la loi qui interdit de se cacher le visage, les radicaux ont gagné symboliquement : aujourd’hui, 95 % des Français croient que porter le niqab, c’est appliquer le Coran à la lettre.

Vous expliquez que l’islam en tant que projet politique peut être combattu par la laïcité et l’apprentissage 
de la séparation entre croyance 
et citoyenneté. Mais qu’en est-il 
du discours de l’islam radical ?

Dounia Bouzar. Pour pouvoir désamorcer un mouvement, il faut savoir le diagnostiquer. Les radicaux n’ont pas pour but un projet politique tel qu’on l’entend habituellement. Ils endoctrinent les jeunes en leur disant qu’ils sont élus par Dieu pour appartenir à un groupe purifié qui détient la vérité. Ces purificateurs ont transformé l’islam en codes pour délimiter le contour du groupe purifié. Les chaussettes remontées, les barbes jusqu’au nombril et les bosses sur le front, ce sont des signes de reconnaissance pour se démarquer des impurs. Le niqab l’illustre clairement. L’exhibition religieuse consiste aussi à injecter de la pureté dans le monde à tout instant. Plutôt que de proposer un projet politique, ce qui demanderait de réfléchir à partir du monde réel, les radicaux se réfugient dans une idéologie de rupture, qui considère que la société est régie par le mal (le sexe, l’argent, la violence). Ils ne cherchent pas à tester la République, puisqu’elle n’existe pas pour eux. Ils se soustraient à la légalité au nom d’une loi, qui les missionne pour sauver le monde du déclin. On tend vers un mouvement totalitaire. Or, on ne combattra pas ce mouvement totalitaire de l’islam radical en diminuant l’État de droit des musulmans. Car précisément, ceux qui sont attirés par ce type de fuite ont le sentiment de ne pas avoir de place dans la cité commune. Ils sont persuadés que « les autres » ne garantissent
pas leur place.

Ces mamans qui portent 
le foulard et à qui on refuse le droit d’accompagner les sorties scolaires font-elles les frais de cet amalgame que vous décrivez ?

Dounia Bouzar. Absolument. Quand on interdit aux mamans d’accompagner les classes pendant les sorties scolaires parce qu’elles portent un foulard, on provoque le contraire de ce qu’on cherche. En effet, on dit aux enfants que leur maman est inutile auprès de la figure d’intégration qu’est l’instituteur, et même interdite. Comment cet enfant aura-t-il le sentiment que sa place est garantie par les autres si celle de sa mère ne l’est pas ? Il est plus aisé de harceler les femmes qui portent le foulard que de s’attaquer aux radicaux. C’est là où, à mon avis, le politique est parasité par la posture idéologique et par l’entretien de l’amalgame entre islam et radicaux.

Pour vous, plusieurs exemples prouvent l’infiltration progressive d’idées sectaires devenues acceptables…

Dounia Bouzar. Le meilleur exemple concerne le serrage de main. Je suis immergée dans le milieu musulman depuis vingt-cinq ans et aucun homme n’a jamais refusé de me serrer la main. Aujourd’hui, de jeunes hommes, dans certaines entreprises, refusent de serrer la main à leurs collègues femmes. Cela pose un grave problème lorsqu’ils arrivent à convaincre les non-musulmans qu’il s’agit d’une simple application de leur islam et d’un retour à la tradition, réduisant la femme à un objet diabolique qu’il faudrait neutraliser. Cette déshumanisation de la femme n’existe pas dans l’histoire de l’islam. Il y avait séparation des rôles et des fonctions dans la tradition mais cela n’entraînait pas de mépris de la femme. Cette représentation des femmes est très récente. Elle est apparue il y a une dizaine d’années. Il faut être très clair : ne pas serrer la main d’une femme est une discrimination sur le critère du genre qui est condamnable par la loi. Mais, en dix ans, les radicaux ont semé le doute. Cela a fini par donner de l’islam une image très négative. Le laxisme et l’inaction envers les radicaux devraient interroger. Car cela encourage une vision profondément islamophobe et nourrit les représentations archaïques et racistes de l’islam qu’il serait temps de déconstruire collectivement.

Ce livre est-il un message 
adressé aux responsables politiques et à la société française ?

Dounia Bouzar. Oui. Si ce ne sont pas les politiques qui diagnostiquent les dérives sectaires et font face aux radicaux, qui le fera ? La société doit se mettre d’accord sur les indicateurs, sur les signaux d’alarme qui doivent nous pousser à réagir. Ne pas serrer la main d’une femme est une dérive. Être choqué de cela et ne pas laisser s’installer ce type de comportements, c’est respecter l’islam.

(1) Désamorcer l’islam radical. 
Ces dérives sectaires 
qui défigurent l’islam, Éditions de l’Atelier, 2014.

dounia-bouzar

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=36975

Posté par le Jan 29 2014. inséré dans CE QUE DIT LA PRESSE, MONDE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

20 Commentaires pour “Religion Dounia Bouzar : « Combattre les dérives 
sectaires, c’est respecter l’islam »”

  1. abbassi mdegouti

    Elle parle de l’islam mais elle ne porte pas de KHIMAR

  2. gherbi sba

    le khimar est obligatoire

  3. madjid

    Prenez la peine de comprendre cet entretien et puis dites ce que vous pensez Ne pas se focaliser sur la personne Che guevara porte une barbe aussi mais c’est un communiste

  4. BADISSI

    un produit des écoles de leur ancien maître n ‘importe qui parle de la religion la laïcité est contraire a notre religion donc pour elle on utilise plus les versets coranique qui parle de la politique de l économie du code familiale ect , des non musulman veulent utiliser le système économique islamique et ces soit disons musulman se tourne vers la laïcité ALLAH YAHDI MA KHLAKE

  5. bellaminekarim@yahoo.fr

    la laïcité est une pure invention de la franc maçonnerie .et vous prétendez être musulmans , alors la c’est le comble ,vous faites de la propagande de ces mécréants de ces franc maçons et par dessus tout part une moutabareja.

  6. Ghosne

    Ceux qui parlent de moutabareja qu’ils évitent de sortir de chez eux pour éviter les regards et les pêchés !!!mais je dis bien qu’ils restent cloitrés avec un Coran et un chapelet et prier du matin jusqu’au soir et en respectant son jeûn pour aller directement au Paradis. Et que les moutabarejates continuent à soigner les malades, à enseigner, à plaider pour les innocents etc… La tenue en Algerie est la robe berbère et le foulard ni la tenue d’afghanistan, iran, doubai, ni jellaba marocaine .Une femme doit avoir honte pour sa famille ses racines et non pour celui qui la regarde je pense!!! la fille de cheikh benbadis elle est peintre elle est d’une très grande culture et très pieuse c’est un exemple à prendre pour nos femme algeriennes

  7. Belamri abdelkader

    Vous voulez connaitre la position de cette femme tout autant intelligente qu’à cheval sur ses principes arabo-musulmans,alors consultez l’émission  » on n’est pas couché » de France 2 du samedi dernier où l’intéressée fut invitée pour être confrontée aux critiques littéraires pour son dernier livre,objet de cet article.Elle’ est plus musulmane que ceux qui la critiquent hypocritement,puisqu’ils font le contraire de ce qu’ils disent.

  8. gamra de sidi khaled

    je vous félicite pour votre franchise si belameri cet article est plus qu’interessant et je crois qu’il faut s’adaapter ou disparaitre

  9. Abbes

    Elle a raison de parler des dérives sectaires que ce soit pour les femmes qui portent le nikab ou les hommes qui s’habillent avec des tenues afghan. Nous avons un pays, une religion , une langue mais divers comportements et notre identité est déterminée à travers notre comportement vestimentaire typiquement algérien.

  10. Albarracin de sidi bel abes

    @ l’attention de la direction de VSBA

    Bonjour ! Sauf défaut de mon ordi, je constate un changement dans la rubrique  » commentaires récents » Ne figurent plus la mention  » Précédents  »
    Si l’on clique sur le nom du commentateur , on n’obtient plus dans qu’elle rubrique en ligne ce dernier est positionné (ce qui nous renseignait sur le thème de son interventions!)
    Merci pour votre éclairage!
    salutations

    • Mr Albaracin bonsoir;
      Désolé pour ce retard pour répondre à votre demande d’éclairage.
      Soyez sûr, votre ordinateur n’a rien du tout, il y a bien un léger problème au niveau des commentaires récents.
      Merci d’avoir signaler, car sans VOUS je ne peux localiser les bugs.
      L’option « Précédent » est remise, il ne reste plus que la deuxième option demandée, qui sera réglée très bientôt inchallah.

      Cordialement

      • Albarracin de sidi bel abes

        @ Administrateur!

        Merci pour votre réponse et votre diligence réparatrice!
        Bonne et belle journée à toute l’équipe !

  11. choucha houari

    j’ai suivi avec attention son interview sur France 2 l’émission « on n’est pas couché » vous ne cesse de répéter « comme je l’ai démontrer dans mon livre » vous n’êtes ni historienne ni islamologue, et comme vous êtes anthropologue j’aurais souhaité que vous nous parle de l’organisation sociale dans les quartiers sensibles, et puisque vous avez occupé la fonction d’éducatrice spécialisée durant 20 ans sur le terrain je pense que vous avez de la matière pour nous parler des causes réelles de ces dérives secteurs, depuis 1979 différent gouvernements droite gauche on fait des diagnostics sur les banlieues et en qualité d’intervenant social j’ai contribuer au diagnostic social sur la politique de la ville en 2009, mais je peux dire que tous ces diagnostics sont rangés dans les casiers de la commission interministérielle, donc j’aurais bien aimé que vous nous parle de votre propre diagnostic social sur le terrain, la réalité ce que dans ces quartiers il y a de l’inégalité, de l’injustice sociale, du chômage avec un pourcentage très élevé par apport à la moyenne national, il ya des choses positives qui se fassent dans ces quartiers mais malheureusement sont mentionnées, alors madame BOUZAR dans ces quartiers il y a plusieurs sortes de catégories les premiers c’est ceux qui réussissent et font partie de la société civile, des médecin avocat hommes d’affaires, chefs d’entreprises, des politiques, enseignants , présidents d’association (on ne parle pas de cette catégorie dans les médias français) la deuxièmes catégorie sont des jeunes qui ont un cursus universitaire mais il n’ont pas travail donc il rodent dans le quartier et cherche une issus pour leur avenir, troisième catégories ceux qui ont abandonnés leurs scolarité, ni niveau d’instruction ni qualification, c’est ceux là qu’on doit prendre en charge, parmi eux une minorité qui cherche refuge pour plusieurs raisons économique et sociale, dans cette même minorité il y a deux clans, le clan du HIP HOP qui exprime leur mécontentement par la musique la danse et la poésie, le deuxième clan cherche refuge dans les mosquées se replient sur eux même et là bien venue à l’emprise mentale comme elle l’a employé, car il ne connaissent pas un mot en arabe, et ils consomment a volonté l’islam sous toute ces formes, donc la république et nous aussi , nous sommes responsables vous êtes responsable madame BOUZAR de ces jeunes qui n’ont pas trouver une bonne orientation dans le domaine de l’insertion sociale et professionnelle, vous avez occupez des responsabilités qu’est ce que vous avez fait pour ces quartiers? avec les mamans vous tenez un discours et avec les politiques et le média vous avez un autre, profitez de la promotion de votre livre pour parler de tous les diagnostics qui ont été élabores , et parler aussi des choses positives réalisées par ces jeunes de quartiers difficiles, et je vous demande de parler sur votre travail dans le terrain en qualité d’anthropologue et d’éducatrice spécialisé, et laissez l’islam et l’histoire pour les spécialistes dans la matière.
    Cordialement
    Houari CHOUCHA

  12. gamra de sidi khaled

    nous souhaitons nous une suite c’est technique j’avoue ne pas bien saisir

  13. Imène

    j’ai lu le texte ci- dessus ,j’ai suivi le débat de mme Bouzar chez ruquier (fr2) , deux remarques s’imposent :
    -1- sur la forme : sans vouloir la juger, ou la critiquer mme Bouzar aurait dû, aurait pu , vu la nature du débat, arborer une tenue plus sobre, un petit foulard de circonstance, comme c l’usage en pareils cas. en fait, mme Bouzar n’est pas venue faire la promo d’un album chansons, ou un spectacle aux folies bergères mais présenter un ouvrage engagé,une étude sur l’islam radical et ses dérives..
    on ne peut se targuer de représenter ne serait-ce qu’une infime partie des musulmans de france si on est soi-même si peu représentative..désolée mais disserter sur l’islam en decolleté plongeant est totalement inepte, incongru ! mais de qui se moque t-on enfin..? Donc respecter les convenances c aussi respecter l’islam.
    -2- sur le fond : je n’ai pas encore lu le livre, je commente juste ce qu’il ya ds l’interview : il n’ya pas d’islam radical et modéré, l’islam de france, des banlieues d’algérie, ou d’ailleurs..l’islam est un, et indivisible avec ses pilliers, ses fondements, son histoire, c’est à prendre ou a laisser : nulle contrainte en islam ( la ikraha fi eddine ) si on le prend, on est alors tenu de respecter ses principes sur les plans comportemental, cultuel, vestimentaire ( pour les femmes)…etc.
    mme Bouzar, comme bcp d’autres, focalise sur l’accessoire, l’ostentatoire : le sempiternel et stérile débat : la burqa, la barbe, le serrage de main..ceci étant je ne comprends pourquoi le refus de serrer la main à une femme serait  » un grave problème, une dérive sectaire, et déshumanisant pour la femme » c vraiment chercher des poux sur un crâne chauve !! il ya des gens qui font la bise, des accolades, ou se serrent la main..normal, d’autres rien de tout cela , juste essalam, s’bah el khir, sans contact..ou est le problème ??? pourquoi faut -il faire comme les autres pour être tolérés ? respecter les croyances, la culture, la spécificité, les particularismes des autres..c’est aussi respecter l’islam.
    je suis entièrement en accord avec mr .C.houari, mme Bouzar devrait se concentrer davantage sur ce qu’elle fait de mieux l’éducation spécialisée, l’anthropolgie,..l’islam a ses spécialistes,ces érudits..car n’est pas islamologue qui veut.

    • mohamed-Senni

      @Imène.
      Permettez-moi une remarque de forme : bergère ne prend pas de « s » . Quant à l’interview de Madame Bouzar, il ne faut pas s’attendre à plus que ce qu’elle a étalé. Francitude oblige.

  14. BADISSI

    @Imène
    analyse correcte avec l art et la manières ,

  15. latous

    Elle s’est faite remonté le décolleté Mme de son vrai nom Dominique amina bouzar.l’auto-proclamée « spécialiste du fait religieux » Dounia Bouzar était sur le plateau de Laurent Ruquier dans l’émission « On est pas couché ». Venue faire la promotion de son dernier livre « Désamorcer l’Islam radical. Ces dérives sectaires qui défigurent l’Islam », elle a été confrontée aux critiques des chroniqueurs hebdomadaires Natacha Polony et Aymeric Caron, émettant de nombreuses contre-vérités.
    Elle est belle notre religion raconté par des plumes sans encre .

  16. Houari

    Bonjour,
    Depuis l’avènement du Coran, l’histoire a vu les Arabes passer d’une nation illettrée à une civilisation universelle. Malgré les aberrations et les dérives propres à toute civilisation, l’islam a permis aux hommes de rencontrer Dieu et il a aussi été à l’origine d’une production intellectuelle considérable. En effet, si l’islam repose sur un Livre, le Coran, celui-ci ne donne son sens que si la raison et le cœur du croyant s’en approprient. Ce sont les circonstances historiques qui ont permis que des champs du savoir et des expériences subjectives et rationnelles soient découverts ou inventés par les Musulmans. L’islam est certes une religion révélée mais il n’en demeure pas moins qu’elle est aussi une construction et une reforme (tajdîd) permanentes dont la responsabilité incombe aux Musulmans eux-mêmes. Ceci s’explique par la nature dynamique et ouverte de la Révélation coranique. Le Coran n’est pas un simple texte de lois, il a un sens, une méthodologie et une pédagogie universels.
    Cordialement

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