La Voix De Sidi Bel Abbes

Prise en charge des cancéreux en Algérie : La cote d’alerte

A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le cancer qui coïncide avec le 4 février de chaque année, les professionnels de la santé ont fait un constat amer de la prise en charge des malades atteints du cancer en Algérie.

Au moment où l’Algérie enregistre 45 000 nouveaux cas de cancer annuellement dont 15 000 enfants atteints de cette pathologie, les pouvoirs publics continuent à mener une politique de replâtrage dans l’optique de trouver des solutions. Les professionnels de ce secteur ont  affirmé , hier, que  les cancéreux en Algérie sont livrés à eux-mêmes, faisant référence à l’existence d’un vide   législatif en ce qui concerne la prise en charge d’une manière effective. Ils ont en revanche remis en cause  le système de remboursement des frais de médicaments et des soins anticancéreux recommandés aux malades appliqués par la Sécurité sociale.

En effet, l’inexistence des centres de radiothérapie dans les établissements de santé du pays, le non-respect des délais de l’octroi de rendez-vous accordés aux patients qui peuvent aller jusqu’à une année après une séance de chimiothérapie et le problème de remboursement des médicaments au profit des cancéreux ont été les thèmes abordés, hier, par les membres de l’Association El-Amal du centre Pierre et Marie Curie. Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue au centre de presse d’El Moudjahid. À cette occasion, la présidente de l’association, Hamida Kettab, a affirmé que la prise en charge des malades cancéreux est désastreuse en Algérie. « En dépit des assurances faites par les différents ministres de la santé depuis 2010, notamment sur l’ouverture de centres de radiothérapie, rien n’a été fait à ce jour. La preuve : aucun accélérateur de radiothérapie n’est fonctionnel à ce jour  dans les structures hospitalières du pays.

Ce qui pousse le malade à se diriger vers le privé pour y suivre ses cures. Deux centres ont ouvert leurs portes dans  les  wilayas de Blida et de Constantine. Cependant, il faut souligner que les frais des soins médicaux ne sont pas à la portée des malades, car  une séance de radiothérapie s’élève à 15 000 DA chez le privé, alors que la Sécurité sociale ne rembourse que 400 DA. C’est un mépris vis-à-vis de ces malades », a-t-elle dénoncé, interpelant à cet effet  le ministère de l’Emploi et de la Sécurité sociale à revoir son système de remboursement des médicaments destinés aux cancéreux afin d’assurer l’égalité à l’accès aux soins, conformément à l’article 54 de la Constitution ». La  présidente de l’association a relevé l’exitence d’une pénurie de psychotropes et des antidouleurs nécessaires dans les séances de chimiothérapie  faute de prévisions. Un déficit qui peut être fatal pour les malades.   De son côté, le chef de service d’oncologie au CPMC de CHU Mustapha, le Pr Kamel Bouzid a dénoncé le non-respect de délais. « Faute de centres de radiothérapie, il y a des patients qui attendent jusqu’à deux ans pour effectuer une séance de consultation de radiothérapie, alors que le délai ne devait pas excéder six semaines », a-t-il noté, s’interrogeant sur l’utilité d’une opération, une fois les délais arrivant à terme échu. Selon lui, le projet annoncé par les pouvoirs publics portant la mise en place de 57 accélérateurs de radiothérapie reste au stade  de promesses.

S’agissant de la mise en place du plan de cancer (2015-2019), le même conférencier  estime que l’efficacité d’un plan anticancéreux en Algérie est tributaire du bon fonctionnement du système de santé. « Ce plan est synonyme à une guerre livrée contre le cancer. Mais pour gagner cette bataille, il faut mettre en place des personnes compétentes pour assurer sa gestion. Mais malheureusement les documents présentés par les ministres ne sont que des propositions. Aucune annonce officielle n’a été faite dans ce sens. Pis encore, aucune personnalité n’a été chargée de le coordonner et aucun changement  n’est intervenu  jusqu’à ce jour. Ce qui prouve que ce plan « n’est que de la poudre aux yeux », a-t-il souligné.

Vers l’augmentation des remboursements
Dans le même sillage, le Pr Bouzid a appelé,  le ministre du Travail et de la Sécurité sociale de procéder au remboursement des frais des soins anticancéreux pour  assurer l’égalité de soins à tous les citoyens ». Avant d’ajouter : « Il est temps de revoir toute la loi sanitaire du pays et vulgariser parallélement  la loi sur la  sécurité sociale afin d’assurer la dignité de vie à ces malades cancéreux ». Le même conférencier a plaidé, entre autre pour le transfert des malades cancéreux vers l’étranger, notamment vers le Maroc, la Tunisie et  la Turquie. Les frais de soin d’un cancer à un stade avancé coûte au Trésor  de 300 000 DA et 5 millions de dinars. « En attendant la réalisation de centres de radiothérapie dans notre pays, et vu la situation financière de notre pays, il est temps d’investir pour sauver la vie de nos concitoyens atteints de cette maladie chronique ». Lors de son intervention, Me Fatma-Zohra Benbrahem a affirmé que sur le plan juridique, les malades cancéreux ont droit à une prise en charge sanitaire en toute dignité que ce soit par les structures hospitalières ou bien par la Sécurité sociale. Ce qui n’est pas du tout le cas en Algérie. « Les malades cancéreux ne bénéficient d’aucune couverture sociale, ni psychologique ni celle d’accompagnement pour leur assurer une fin de vie en toute dignité. Mais les juristes, en étroite collaboration avec les professionnels de la santé sont disposés à défendre les intérêts de ces malades dans notre société », a-t-elle dit.

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Posté par le Fév 4 2014. inséré dans CE QUE DIT LA PRESSE, SANTé. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

9 Commentaires pour “Prise en charge des cancéreux en Algérie : La cote d’alerte”

  1. madjid

    hideux tableau et des plus péoccupants

  2. choucha houari

    Je salue personnellement le travail et les actions menées par l’association El Amal, 45 000 nouveaux cas de cancer dont 15 000 sont des enfants cela fait froid au dos, le constat est alarmant, c’est le plus grand défi a relevé, il faut proposer des lois comme l’a souligne l’article il y a un vide législatif sur la prise en charge, investir et construire des centres de radiothérapie, et pour finir je pense la formation des infirmiers sur l’accompagnement en fin de vie s’impose afin d’accompagner et les malades et leurs famille.
    je ne veux pas me prendre la tête,mais je le dis comme même, le gouvernement investi des milliards dans l’évènementiel et les takrimattes et il n’est pas capable de construire des centres de radiothérapie et mettre en place des formations sur le socio médical, je dis oui il est en capacité de le faire et demander des diagnostics en partenariat avec la sécurité sociale et les associations comme El Amal, mais il manque une volonté politique.

  3. khayi

    @choucha h Bouzefrane a perdu sa maman ce jour

  4. choucha houari

    Je suis au courant j’ai présenté mes condoléances via VDSBA, merci khayyi pour l’info , envois un email pour savoir qui est derrière khayi? car je t’ai pas reconnu
    khayicalement

  5. Imène

    Mr.Choucha évoque je cite  » la formation d’infirmiers sur l’accompagnement en fin de vie…. » je crois plutôt qu’il faut investir sur la formation psychologique du personnel ( medecins, infirmiers…) pour le suivi ( psychologique ) du patient et de ses proches dés le début et tout le long de la de la maladie..le cancer est synonyme de fin de vie ds la tête de pratiquement toutes les personnes atteintes..une fois le diagnostic posé , positif ..c la confrontation avec la grande question existentielle qu’est la mort et toutes les peurs , les angoisses , la solitude..que ça génère pour le malade, et le terrible drame pour la famille..et c là que le rôle des paramédicaux accompagnateurs est efficace:
    expliquer , dédramatiser, en parler, se familiariser avec la maladie..c long, difficile mais c nécessaire…quand la fin est là , le stade final ds le jargon des médecins..les accompagnateurs en blouse blanche , merci, nul besoin..la meilleure assistance est celles des nôtres, des visages aimés, leurs prières..
    cordialement.

    • choucha houari

      Je suis partiellement d’accord avec vous sur l’accompagnement en fin de vie (le rapport avec la mort , l’acceptation de la maladie, les peurs , les angoisse, la distanciation, la projection, le deuil etc…
      par contre les médecins les infirmiers les auxiliaires de vie …) doivent bénéficié des formations dans le médico social à la longueurs de l’année en plus de la formation de « l’accompagnement en fin de vie » quant à votre proposition sur la formation psychologique du personnel?je penses que vous voulez dire de la supervision et les analyse de pratiques professionnelles oui ça doit être obligatoire pour l’équilibre de l’équipe et la régulation du personnel.
      Mes salutations

  6. Imène

    dans notre pays il ya bcp de personnes analphabètes, mais toutes savent que le cancer est trés grave, mortel..et quand elles sont sont frappées de plein fouet par ce  » drame » ds leur famille..le médecin, l’ancologue devient leur unique et principal interlocuteur..elles vont si elles le pouvaient le harceler de questions : quand , comment, pourquoi ça et pas ça; que va t-il se passer si..et c là que le personnel médical ou paramédical doit être formé pour la prise en charge des ces aspects la..répondre, orienter, communiquer, apaiser..
    pour d’autres personnes , heureusement ca se passe mieux, elles vont se documenter sur le net, ou bibliothèques, jusqu’à maîtriser parfaitement tout sur leur maladie.
    cordialement.

  7. Imène

    votre proposition sur l’accompagnement du malade en fin de vie me r‏appelle un vieil adage bien de chez nous qui dit ( ‏كي كان حي كان مشتاق تمرة او كي مات علقولو عرجون) à peu près cela : vivant il ne trouvait pas une datte, mourant on lui offre un régime de datte ..que dieu nous donne santé et nous présèrve de tous les maux .
    prompte guérison à tous nos malades.
    salutations cordiales.

  8. choucha houari

    Là on bascule sur un autre registre et on peux citer des centaines de dictons, pourquoi je tiens à la formation pour qu’on traite le malade dans des bonnes conditions et comme un être humain, dans sa globalité, en Algérie il y a un déficit énorme sur le savoir, et la formation doit être à tous les niveaux le monde va vite, et d’être à jour sur ce qui se fait de mieux dans d’autres pays s’impose, afin d’apporter des réponses adéquates selon nos moyens, nos traditions,et nos croyances, le dicton que vous avez citez correspond parfaitement à mes amis et mes frères rabi yerhamhoum, Jillali Amarna, Noré draa, Lalmi Aek et d’autres qui ne sont pas connus, je suis très content d’avoir échanger avec vous sur ce sujet, remarque nous sommes que trois personnes d’avoir commenter cette article c’est déjà une avancée, espérant d’autres commentaires et d’autres propositions nul n’est a l’abri de cette maladie, prompte guérison à tous les malades du courage pour leurs famille.
    Salutations

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