La Voix De Sidi Bel Abbes

Nostalgie: De Benadji et Tchato el Berrah de SBA à « Klioune » de Sidi Brahim. Par notre ami Douar.

La technologie dans le domaine de la communication évolue à une vitesse vertigineuse, ce qui était hier fiction est devenu tangible aujourd’hui, cette technologie nous a raccourci le temps et les distances. Pourquoi bon s’exclamer quand on s’aperçoit que les mois et les années s’enchainent très vite et quand les points terrestres les plus distants apparaissent à proximité. Ces moyens de communication tels le téléphone portable ou l’internet ont trôné en anéantissant complétement les anciennes méthodes parmi lesquelles il y avait le moyen de transmettre oralement les nouvelles dont la personne qui le maitrisait est appelée El Berrah.
Chaque village avait son Berrah, Sidi Bel Abbés en avait Bénadji El Berrah et Tchato El Berrah qui avaient vécu tout en rendant volontiers leurs simples services à une modeste population. Mon village avait aussi un Berrah qu’on surnommait Klioune, je ne sais pas pourquoi ce surnom, il était de grande taille et plein d’énergie, fortement imposé à cette fonction par sa voix, forte et perçante pouvant atteindre les oreilles dans l’autre bout du village, cette voix lui rendait irremplaçable dans cette tache de Berrah qui consistait essentiellement aux annonces de décès. J’ai vu pas mal de fois Klioune, qui emprunta le long du boulevard en s’arrêtant à chaque rue pour annoncer le nom du défunt, l’adresse du domicile mortuaire et l’heure de l’enterrement .Très vite la nouvelle s’introduisit dans tous les foyers, peu nombreux à cette époque , aucun alibi fut valable pour ne pas assister à l’inhumation qui se déroula dans l’une des deux cimetières de Sidi Brahim ou de Sidi Ahmed Benaidja . Le pauvre n’exigeait pas ces honoraires,il acceptait ce qu’on lui donnait parfois il le faisait gratuitement par compassion à une famille démunie.
Pour moi ce nom de (Klioune) est synonyme de Berrah mortuaire ,parce que ,à part les annonces funéraires, je n’avait pas entendu ses appels pour d’autres circonstances comme les cérémonies de mariages par exemple sauf que pendant le mois de Ramadan il parcourut souvent toutes les rues avec un plateau sur sa tête plein de zlabia qu’il façonna par ces propres mains, on l’entendait souvent appeler à sa marchandise en psalmodiant par une voix perçante « Zlabia Wa el Banane ».
Le pauvre Klioune vit encore paisiblement dans son village, mais hélas, sa voix haute de Berrah n’est plus, détrônée à jamais par les bips du Short Message Service( SMS ) plus discret et plus rapide.

Dr. Douar.

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=35017

Posté par le Nov 20 2013. inséré dans ACTUALITE, EVOCATION. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

11 Commentaires pour “Nostalgie: De Benadji et Tchato el Berrah de SBA à « Klioune » de Sidi Brahim. Par notre ami Douar.”

  1. jamel

    généralement les thémes du docteur sont fascinants et inédits

  2. Hassen

    Les temps ont changé il ya la radio le mobile pour annoncer la perte d’un parent ou membre de la famille et autre aieu

  3. HAMID

    Les berrahs des temps révolus ont été plus utiles que les moyens modernes pas souvent utilisés par la population La société n’étant plus la méme je remercie l’auteur

  4. Argos

    Il est vrai que la « modernisation » a amené une grande perturbation dans la société algérienne. La ville ou le village étaient des petites patries, ceux qui en étaient issus s’y sentaient liés à jamais, on aimait le pittoresque et le particulier à l’instar du récit que nous propose le sympathique docteur Douar. On s’intéressait à tous ce qui dans le passé, distinguait une période d’une autre, un personnage d’un autre. On devinait les secrets et la notion d’existence du petit monde qui nous entourait y compris l’existence du berrah même quand il nous rappelle à la triste réalité de la mort. Aujourd’hui la ville ou le village c’est un grand ensemble de nulle part dans lequel ses habitants n’éprouvent aucune attache particulière jusqu’à rendre parait-il ce simple moyen de communication utile haram [sacrilège]. Tout fout le camp vous dis-je ! Dorénavant la vie chez nous est autre part, en d’autres univers, le ciment a remplacé le doux pisé et le toit des maisons à perdu son charme….

  5. mimouni

    Pas forcément Argos le berrah existe dans les localités du sud de belabbes qui sont encore si j’ose dire fonctionnel Je vous dit que votre réaction est aussi fructueuse comme celle de Douar

  6. Mohammed Ghalouni ,

    Bonjour , mon ami Douar , l’incontestable des sujets nostalgiques et inédits , en réalité tes idées nous permettent de nous plonger dans notre jouvence et adolescence tout en réveillant nos beaux souvenirs de notre tendre enfance .
    En effet , l’existence d’ElBerrah ou le’ crieur public ‘ remonte à une époque lointaine et révolue , El Berrah est l’un des plus anciens métiers ambulants disparus à jamais à l’instar du ‘ Guerrab ‘ ce grand homme noir au ‘ m’dhal ’ orné (sombréro Algérien) qui portait sa ‘ guerba ‘ en bandoulière pleine d’eau fraîche qu’il servait dans une tasse en cuivre embaumant le ‘ guatrane ‘ et qu’on reconnaissait au son de sa clochette…ya hasrah !!!
    Au temps du colonialisme El Berrah était un employé municipal qui consistait à rendre public des informations émanant de l’Administration coloniale . Munie de son tambour , il sillonnait les artères des quartiers populaires , notamment indigènes , pour communiquer des nouvelles , généralement d’ordre d’assistance sociale que guettaient impatiemment les plus démunis afin de se rendre au ‘ bureau de bienfaisance ‘ pour d’éventuelles distributions de produits alimentaires , vestimentaires… !! El Berrah était un homme de forte corpulence , dynamique et vêtu traditionnellement , de sa voix de stentor , retentissante au décibel éclatant , il annonçait des évènements nouveaux , notamment funèbres qu’il faisait gratuitement au profit des musulmans .
    Post indépendance , un autre type d’El Berrah nous fascinait , adolescents que nous étions , impatients et surexcités , nous attendions l’homme à la trompette , un Berrah moderne comparé à celui du tambour , à bicyclette il parcourait les artères de la ville et les lieux publics pour annoncer la projection de nouveaux films au cinéma plein air du jardin public (théâtre de verdure) exclusivement en période estivale et en soirée lors des chaudes nuits d’été ; c’était une aubaine pour nous qui habitaient le Faubourg Thiers , dès que nous entendions les premiers airs de la trompette la joie nous propulsait à accourir tout en entourant El Berrah pour s’enquérir du titre du nouveau film . Evidemment , c’était une autre époque et bien sur d’autres mentalités , ça donne plus qu’un sourire en assimilant les outils de la communication et l’information de nos jours au Berrah d’autrefois , qui sont si rapides et instantanées qu’on ne s’aperçoit même pas…c’est devenu un fait banal !!!

    NB : Mon cher Douar , tu dis que tu ne sais pas d’où provient ce surnom de Klioune , peut-être qu’il a voulu dire ‘krioun’ (crayon) et que ça s’est sortie Klioune , (lol)…comme Vigon qui a voulu dire Wagon et c’était ce nom qui a fait sa célébrité !! Mes amitiés Si El-Hadj !!

  7. HAMID OURRAD

    Bonjour docteur DOUAR j’aurais bien voulu voir ce klioun en photo,j’ai une idée sur ce type mais des fois ma mémoire me joue des tours,je ne sais pas si c’est lui que j’ai dans ma tête,mais je l’ai jamais vu en BERRAH?
    j’ai habité SidiBrahim de 1980 a 2000

  8. @ si Mohamed Ghalouni
    Le nom Klioune en arabe قليون qui vient du verbe بقلي cad cuire ou frire du Zlabia c’est une déduction personnelle et je pense que c’est la bonne.
    berrah la ville n’avait pas la même tache que celui du village,merci de nous l’avoir fait découvrir ,nous partageons la même passion des sujets nostalgiques.
    @ si Hamid Ourred dés que j’aurai sa photo je vous la communiquerais et je suis certain que vous le reconnaissez facilement ce n’est qu’une petite brume de mémoire et puis 20 longues années pas pour rien

  9. belabbésien

    il est heureux que vous répondiez mister douar

  10. houssine

    Dans la société d’avant le bain café maure place publiques coiffeurs souks et devant les mosquées sont les premiers touchés par les berrahs qui connaissaient les habitudes des gens

    • majid

      eh oui ca me rappelle bien les années de ma jeunesse,on le suivait partout. Il n a jamais demandé quoi que ce soit et son pere Allah yarhamou faisait la zlabia pendant le mois de ramadhan.C etait tres joli ce qu il faisait et rabi ijazih 3ala koulichi.

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