La Voix De Sidi Bel Abbes

Monique Rivet (ex enseignante à Sidi Bel Abbes) publie «Le glacis».

Nous avons le plaisir d’enregistrer une nouvelle publication qui reparle de notre ville. Elle est l’œuvre de Monique Rivet qui fût enseignante à Sidi Bel Abbes, et c’est « Le glacis », un espace mais aussi un grand repère connu par les Belabbesiens d’un certain age, car il séparait jusqu’à l’indépendance deux communautés, européenne dans sa partie sud et Arabe dans sa partie nord. Cet ouvrage « Le Glacis », écrit cinquante ans auparavant, demeure un témoignage poignant où tous les thèmes de la guerre d’Algérie sont abordés avec un regard pertinent et sobre qui ne cède rien à la complaisance ni au pathos. Un ouvrage que nous conseillons à nos lecteurs(ices) et bien avant l’article publié sur El Watan, deux amis du journal en l’occurrence l’artiste du cinéma Kader Kada, nous fit part il y a quelques semaines, suivit de notre cher ami et contributeur de notre journal Mourad Salim Houssine qu’ils soient la remerciés pour leur bon réflexe. Toute fois, nous se devons de dire qu’il y a deux glacis, celui du nord actuellement la où il y a le boulevard Didouche Mourad (ex Verdun) avec l’avenue du 08 mai 1945 et tout ce qui communément appelé par Trigue l’article (Coupole,…etc), et celui du sud qui est connu par boulevard de La Mactaa (voir photos).

Par : Kadiri.M

Un manuscrit qui dormait dans un carton depuis cinquante ans.

Monique Rivet est une écrivaine très discrète qui est née en 1932. Elle a à son actif trois romans. Le premier est intitulé : Caprices et variations, publié chez Flammarion, puis, Les paroles gelées et la Caisse noire aux éditions Gallimard. Ils sont le fruit d’une vie riche au service de causes nobles. Sa rencontre avec l’Algérie remonte à 1956-1957, en pleine guerre, pour enseigner dans un collège de jeunes filles où se mêlent Algériennes et Françaises. Cela lui permet d’être une sorte de sentinelle vigilante, capable d’observer les tumultes d’une société qui refuse le diktat d’un colonialisme sur le déclin. A la lecture de son nouveau roman, Le Glacis, on commence à rêver de cette technique de peinture qui augmente la profondeur des teintes. Mais ici, il s’agit d’un quartier de la ville où elle va exercer son sacerdoce d’enseignante.

La ville dont il est question s’appelle «El Djond», qu’elle définit dans sa postface comme signifiant en arabe «le corps d’armée, la légion». Le lecteur, ayant un minimum de connaissances en géographie, sait que cette entité urbaine n’existe pas en Algérie. Or, à partir de la définition donnée par l’auteure et quelques indications spatiales comme «Faubourg Thiers» et le «Village nègre», on peut en déduire qu’il s’agit de la belle ville de Sidi-Bel Abbès.

Ceci établi, il faut quand même revenir à l’histoire rocambolesque de ce roman. En 1958, de retour en France, elle le propose à Julliard, l’éditeur d’Assia Djebar et Malek Haddad. Celui-ci lui demande de revoir sa copie. Elle le laisse de côté et l’oublie pendant presque cinquante ans. Jusqu’à très récemment où, en fouillant dans ses affaires, elle le retrouve et le propose à l’édition. Malgré ce saut gigantesque dans l’histoire, ce roman reste d’une actualité brûlante et un témoignage émouvant sur une époque pleine de tourments. Le personnage principal du roman est justement une professeure qui répond au doux nom de Laure Delessert.

En métropolitaine fraîchement débarquée et ayant un désir ardent de s’intégrer dans la ville d’El Djond, elle multiplie les rencontres avec différentes personnalités. Elena, médecin, l’introduit auprès des militaires qui jouent un rôle important dans la vie locale. Et, sans prendre de gants, elle ose défier les officiers pour se permettre avec eux «une guerre des mots». Cette querelle historico-linguistique n’a été tranchée qu’en 1999 par l’Assemblée nationale française. Elle concerne la manière de désigner ce qui s’est passé entre 1954 et 1962. La jeune Laure Delessert parle de guerre et ses interlocuteurs eux édulcorent la réalité en usant de l’euphémisme «les événements».

Cette entourloupe sémantique va quand même la conduire à l’interpellation policière. Malmenée, on lui confisque ses papiers d’identité et elle va finir par être expulsée d’Algérie. Mais, avant d’arriver à cette extrême limite, elle est le témoin d’un certain nombre de faits qui font d’elle une intellectuelle indésirable. D’abord, dans son collège où les pressions que subissent les jeunes Algériennes sont intolérables quand les forces de l’ordre violent la franchise scolaire. Elle écrit à cet effet : «J’ignorais qu’un inspecteur de police était dans nos murs lorsque le lendemain j’entrai en milieu d’après-midi dans la salle des professeurs. J’y trouvai Mme Salaterre. Elle était assise tout près de la porte qui faisait communiquer cette salle avec le bureau de la directrice. Celle-ci étant fort sourde, tout ce qui se passait dans son bureau parvenait à nos oreilles. Je compris que Mme Salaterre était en train d’écouter l’interrogatoire d’Assia Abdelaziz».

Assia est une jeune Algérienne qui a osé écrire sur le tableau noir «Vive les Moudjahidine et à bas les Français» par une ferveur révolutionnaire que lui a transmise son père, commerçant qui a respecté le mot d’ordre de grève générale du FLN. Une grève qui a été brisée par l’armée en ouvrant les commerces à la rapine d’un public européen vindicatif.

Laure agit en humaniste convaincue dans cette société coloniale qui fonctionne sur les clivages entre Algériens et les Européens. Elle va se rendre coupable d’un impair impardonnable quand elle fait entrer une de ses collègues algériennes, Naïma, dans son club de gymnastique. Les adhérentes européennes de ce club sont offusquées par cette intrusion. Laure, qui est d’une spontanéité déconcertante, n’arrive pas à assimiler les codes de la société coloniale et, pour achever le tout, elle tombe amoureuse d’un Espagnol d’origine : Felipe Alvares. Le jeune homme a un comportement bizarre et un penchant excessif pour la gent féminine.

Malgré cette mauvaise réputation dont jouit son amant, elle continue à le voir jusqu’au jour où il disparaît dans la nature. Elle apprend, lors de son incarcération et l’interrogatoire musclé qu’elle subit, que Felipe Alvares appartient à la résistance algérienne. Laure, qui vole de surprise en surprise, arrive à la fin de son périple algérien, frustrée de ne pas aller au bout de ce voyage dans une réalité très cruelle. Monique Rivet a une manière très subtile de parler de la torture, des disparitions et des camps d’internement qui rend son roman très pédagogique. Le Glacis, écrit cinquante ans auparavant, demeure un témoignage poignant où tous les thèmes de la guerre d’Algérie sont abordés avec un regard pertinent et sobre qui ne cède rien à la complaisance ni au pathos.


Monique Rivet, «Le glacis», les Editions Métailié, 2012.

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=12101

Posté par le Mar 24 2012. inséré dans ACTUALITE, CULTURE, SBA VILLE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

26 Commentaires pour “Monique Rivet (ex enseignante à Sidi Bel Abbes) publie «Le glacis».”

  1. cp

    je suis une ancienne élève du lycée de jeune fille,je me souviens avoir eu un pr. de français mademoiselle Monique Rémi,venue de Lille nord de la France.Est-ce que ce ne serait pas elle par hasard.Que de souvenirs !!!!

  2. sahnoun g LYON

    bonjou amis de sidi belabbes je participe pour la 1ere fois en répondant ouije dirai a CP .cette dame est monique rivet elle a enseignée ma défunte femme une vraie abbassia nous avons souvent parle de son humanisme.

  3. cousin

    je ne sais pas si vous realisez ce que la france et les francais ont fait en algerie et nostalgiquement vous parlez de ces gens comme si vous regrettiez votre 1962….bien dommage

    • Frère ennemi

      Cher cousin,
      On ne peut se projeter dans l’avenir si on ne connait pas son passé.Et cette rétrospective(Revival) est nécessaire du point de vue cognitif pour éclairer nos jeunes(et moins jeunes générations) sur l’histoire humaine et sociale de ce que vous appelez 1962.Il est un devoir de réhabiliter des héros comme Yveton,Maillot,Laban…et les autres vivants comme l’écrivaine Monique Rivet qui a attendu 50 ans pour voir son manuscrit publié en France (Une archive qui fait peur peut être aussi en Algérie!).Témoin de son temps et des gens d’une époque de notre histoire locale,son livre reste un matériau pour les historiens et chercheurs en sciences sociales de notre ville…
      D’autres livres et thèses existent en France et en Algérie (Société de géographie d’ex marché Michelet à Oran) sur l’histoire (1954-1962) de Sidi-Bel-Abbès,écrits par des Algériens et français appartenant aux …territoriaux …! Mais cela fait peur à une certaine engeance de harkis qui fréquentent toujours nos mosquées,et au premier rang…
      Merci cousin de m’avoir donné l’occasion !

    • hadj dekar sba

      monsieur cousin vous etes a cote ce roman est a exploiter par nos historiens il est question d’engagement de societé dechirée dans une ville Algérienne duelle qui a souffert ceux sont des témoignages supplémentaires intéréssants cousin remercions encore la voix de sba

    • El-katib el-andaloussî

      oui cousin comment voulez-vous ne pas regretter cette vie passée malgrès les difficultées que l’on a pu recontré car en ce temps là le respect et la discipline étaient de rigueur ainsi que l’hygiène et nos belle école sont toutes délabrées ainsi que notre hopital ou nous sommes nés notre lycée et notre collège sont dans un état différent de celui ou nous avions jadis usé nos culottes et j’en passe et des meilleur ,notre beau printania nos très belles salles de cinéma sans oublier notre chère ALHAMBRA ,notre chère oued Mekerra limpide ,le très beau jardin public avec sa trè belle piscine ou nous allions nous baigner et nous promener et a la sortie on mangeait les très bonnes chips artisanales et fraîches .Donc comment voulez-vous oublier ce cher passé ,et aujourd’hui que reste-t-il de tout ça que de la misère,sociale et morale,des gens haineux et agressifs,enfin la totale quoi !50 ans après et c’est la décadence

      • senhadji TLEMCEN

        bonjour les amis .c’est une justice de mémoire rendue a la ville de sidibelabbes qui a de grands maquisards des jeunes des femmes martyrs et ce roman est untémoignage Domege vous avez été envahis des 1962.

      • ghosne el bane

        Ceux qui ont pensé à lustrer la place carnot n’ont sûrememt jamais jeté un petit regard en entrant ou en sortant sur l’ancienne route d’Oran , les emballages et les sachets flottent à la surface de cette eau noirâtre, et puis vous parlez des chips artisanales et fraîches dans des cornets en papier !!!! .Ceux qui se bousculent pour être députés je leur dis prenez soin de cette magnifique ville qui est triste parceque ceux qui l’ont connu comme nous ils ne sont pas nombreux…..

  4. merabi

    L’auteure nous rappelle un période trés difficile on était parqués dans des ghettos dans la vile arabe surtout a filaj rih graba et ce roman demeure un instrument d’histoire moderne apés 50ans.

  5. nabila t sba

    mes fréres ce matin en lisant avec moi ont trouvé que ce roman selon le résumé est formidable une bonne lecon d’histoire pour nous jeunes et sur belabbes qui etait divisée je le confirme.avec avoir entendu plusieurs fois cela. remercions la voix de sba.

  6. SOUkJTO alicante

    LA VOIX DE SBA est entrain de nous faire découvrir des romans qui parlent de notre ville et aujourdh’ui avec madame monique rivet je repense aux temps de guerre aux fils et filles du bled que Dieu les bénisse.Franchement face aux léginnaires on a soffert et face a l’OAS ce fut pire il a fallu ce grand journal pour revisiter notre passé du de belabbes qui me manque énormément

  7. bennabi

    notre ville continue d’inspirer et ce roman est une preuve un constat fait par une enseignante une preuve additive des supplices subis au peuple Algérien

  8. G.Mohamed.

    Mr El-Katib El Andaloussi,je vous salut pour votre intervention!! Vous m’avez fait revivre mes belles années de jeunesse avec vos propos et surtout quand vous évoquiez l’ALHAMBRA ,et j’ajoute le PALMARIUM le RIO etc…Nous étions issus de fils de pauvres,mais on était « heureux » tout simplement !!Merci mon frère!!!!!

    • El-katib el-andaloussî

      Mr G-Mohamed il n’y-a que ceux qui ont connu cette vie ou nous étions heureux à notre manière malgré l’insouciance ,chose que certains ne pourrons jamais connaitre dans cette ex belle ville aujourd’hui délabrée malheureusement ,et malgré que cette ville ville soit devenue un chef lieu de WILAYA il n’y-a rien qui puisse rendre une vie paisible .(Promenade,,jardins publics ,avenue ombragées ,hygiène etc…etc…)
      Cordialement

  9. Amyna

    Mme Rivet et tant d’autres anciens enseignants dignes de leur nom ne doivent absolument pas voir dans quel état te trouve nos écoles, nos collègues , lycées et nos universités. La médiocrité les a dépravé, la violence , l’indiscipline les a englouti. En prime, le silence complice des pouvoirs publics afin que la majorité des jeunes constitue une société d’ illettrés. Quel bel avenir pour nos enfants!

  10. terkmani gambetta

    le roman apporte des vérités sur le vécu de nous auitres belabbésiens pendant la guerre avec ces personnages on se retrouve ils nous ressemblent cela est une partie de nous

  11. Mr kaddous cv sba

    Souvent je vous lis monsieur GHOSNE EL BANE mais au grand jamais je n’ai pu remarqué que vous avez été sujet a une quelconque censure surtout vos commentaires sont trés censés Amicalement

    • ghosne elbane

      Sahet si kaddous, parfois lorsqu’on donne notre avis sur la mekerra et les chips pour répondre à katib el andaloussi on vous écrit « CECI N’EST PAS UNE CENSURE » le commentaire ne s’affiche pas alors d’après vous c’est quoi? il faut se contenter de lire et se taire…. Mahlliche on a l’habitude.

  12. par mekki b vdesba

    bonsoir khayi Ghosne Elbane On est fier des gens comme vous le journal ne se porte bien qu ‘avec le sérieux et la rigueur on est ouvert aux critiques pour aller de l’avant merci khayi la vdsba est votre journal on est a son service pigistes lecteurs avec un dénominateur commun sidibelabbes

  13. ghose el bane

    Si mekki allah idjazik vous êtes Drif c’est une qualité ,mais en entrant ou en sortant à sba par l’ancienne route d’oran l’eau noirâtre et vaseuse et je demande à ces gens qui se mettent sur les listes de ne pas voir que le lustrage de la place carnot.Quand les gens sont bien payés, ils vivent très bien et donc ils peuvent mieux reflechir pour la ville magnifique qui est bien triste comme ses enfants.Pas de censure! promis.

  14. mahmoudi f tiaret

    je viens sincérement apprécier que la voix de sidi belabbes fournit des sujets trés liés avec la quotidienneté des belabbésiens et aussi leur donne cette occasion de savoir plus sur leur ville Je remercie aupoasage mr benali qui ma suggére de lire ce journal electronique

  15. maachou

    Après tout ces commentaires je suis bien curieux de connaitre l’avis de ce cousin à nous tous,parce que je pense qu’il est très jeune ou il vient de loin et il n’a jamais connu Bel Abbes le petit Paris. Amicalement votre.

  16. El HORR

    A ce cher cousin. Je salue votre patriotisme. Mais franchement,je prefere de loin cette enseignante et sa periode meme à celle des Tou,Labiadh,Khamis et consorts.Au fait quelle est la difference. Ce que je peux regretter,c’est le sacrifice du chahid. Ces gens nés au Maroc,ont trouvé un vide pour exclure les enfants de cette si attachante ville. Hommage à Madame Monique pour sa coàntribution qui reste evidemment discutable,l’enfer pour Tou et sa campagnie qui ont participé grandement à la degradation et à la ruralisation de la cité…

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