La Voix De Sidi Bel Abbes

L’Étoile jaune et le Croissant : Un non au couvercle de l’oubli du rôle prépondérant du Bel Abbésien Kaddour Benghabrit premier recteur de la grande mosquée de Paris

Sous l’Occupation, des Arabes et des musulmans ont sauvé des Juifs. L’enquête de notre confrère.

Pas un seul Arabe ne figure parmi les 23.000 «Justes parmi les nations» reconnus par Yad Vashem, l’institut israélien qui se consacre à la mémoire et à l’enseignement de la Shoah. Pas un seul musulman de France ou du Maghreb non plus. Comment cela est-il possible? C’est en partant de ce constat qui le désole que Mohammed Aïssaoui a entamé une enquête délicate. Il passe ses journées dans les dépôts d’archives à La Courneuve, Fontainebleau, Bobigny, Alger, Oran et même au deuxième étage d’un commissariat de police où s’entassent les archives des renseignements généraux. Certains des interlocuteurs qu’il sollicite sont célèbres, comme Elie Wiesel,Serge Klarsfeld ou Philippe Bouvard.Irena Steinfeldt, de la Commission des Justes, lui confie: «Il y a eu des choses, on en est sûrs. Bon, c’est vrai, il y a eu beaucoup de légendes, aussi.» D’après Dalil Boubakeur, l’actuel recteur de laGrande Mosquée de Paris, cette histoire de Juifs sauvés par la Mosquée est «une légende qui a été beaucoup fantasmée».

Le biographe des fantômes

Pourtant, selon l’auteur, il y a bien eu en France des Arabes et des musulmans qui ont aidé des Juifs. Cette conviction – confortée par un faisceau d’indices qu’il a recueillis avec une patiente obstination – entraîne bien volontiers le lecteur. L’enquête tourne vite autour d’un homme qui le fascine, Kaddour Benghabrit, personnage riche et complexe. C’est lui qui a fondé la Grande Mosquée de Paris en 1926 – dont la création avait été décidée en hommage aux 70.000 musulmans morts pour la France pendant la Grande Guerre. Diplomate, mondain, ondoyant, Benghabrit ne correspond pas à l’idée qu’on se fait aujourd’hui d’un dignitaire musulman – raison pour laquelle on a peut-être fermé sur lui le couvercle de l’oubli. Après la guerre, il subit aussi des accusations. Pour Dalil Boubakeur, il symbolisait la «France coloniale», la Grande Mosquée étant alors un «palais des Mille et Une Nuits». Il aimait, il est vrai, les arts, les femmes, la fête. Ce qui n’empêche pas qu’il ait sans doute sauvé des Juifs de la déportation, tel Salim Halali: celui-ci, dans les années 1950, fit une immense carrière dans la chanson, avant de mourir en 2005 dans l’oubli et la misère. Après avoir souffert de la maladie d’Alzheimer.

«Je suis le biographe des fantômes», écrit Mohammed Aïssaoui et c’est ce qu’on éprouve en l’accompagnant dans cette quête poignante où il parle à la première personne. Un labyrinthe de la mémoire où il tient un fil ténu. L’époque est trouble, les âmes souvent grises. En histoire comme dans la vie, ce que l’on trouve n’est jamais ce que l’on attend: il y a des parts d’ombre cachées, mais aussi de lumière révélées. Dans cette plongée dans l’ambiguïté, parfois le double jeu, on ne peut s’empêcher de songer à l’univers de Modiano. Au détour d’une page, on apprend d’ailleurs que l’on a pu croiser de loin une des figures qui ont inspiré son univers romanesque.

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Posté par le Jan 16 2013. inséré dans ACTUALITE, SBA VILLE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

10 Commentaires pour “L’Étoile jaune et le Croissant : Un non au couvercle de l’oubli du rôle prépondérant du Bel Abbésien Kaddour Benghabrit premier recteur de la grande mosquée de Paris”

  1. R TARI

    « L’Etoile jaune et le croissant » a été mon livre de chevet peu après Noël, où je l’ai reçu en cadeau. Sa lecture, si elle m’a intéressée, m’a cependant laissée un peu sur ma faim car le manque de preuves parait incontestable, pour que le fondateur de la Grande Mosquée de Paris, Kaddour Benghabrit, puisse être considéré comme un « Juste parmi les Nations », hormis peut-être pour l’affaire Salim Halali. Par ailleurs, il semblerait qu’aucune archive n’existe à la Grande Mosquée de Paris, ce qui est aussi étonnant que regrettable, quant aux sous-sols qui conduisent à la Bièvre, impossible d’avoir confirmation de leur existence !
    L’actuel Recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, avance même que l’histoire de juifs sauvés par la Mosquée, puisse être « une légende qui a été beaucoup fantasmée ». Néanmoins, il reconnait que « le personnel de la Mosquée de Paris comprenait beaucoup d’hommes compatissants et sincèrement touchés par la situation faite à leurs frères juifs » (pages 80 – 81).
    L’auteur de ce livre, Mohammed Aïssaoui, même s’il ne répond pas, sans équivoque, aux questions soulevées, a au moins le mérite d’avoir tenté de réveiller les mémoires afin que « celui qui écoute le témoin devienne témoin à son tour ».

    • Socato de Alicante

      Bonsoir dans le quartier gambetta de Sidi bel abbes qui porte le nom de Larbi ben mhidi qui avait été hebergé bien avant 1954.Les noms de ZOUBIR grand Imam décédé a Oran ou il avait longtemps exercé.On nous parlait de Benghrabrit kaddour Ainsi celui ci est sur la lignée de l ’emir Abdelkader qui fut précurseur.

    • Mémoria,

      Bonjour Régine,
      Mohamed Aïssaoui, journaliste français né en 1964 à Alger après l’Indépendance,est actuellement au Figaro littéraire. Ecrivain titulaire du Prix Renaudot en 2010 après avoir édité »Le goût d’Alger » en 2006 et « L’Affaire de l’esclave Furcy » en 2010,il reste un enquêteur émérite , handicapé par ce manque ou disparition d’archives qui réduiront- peut être- la possibilité à feu Benghabrit d’être cité par cet institut israélien de Jérusalem consacré à la Shoah « Yad Vashem » comme « Un juste parmi les nations… »…

      Encore faudrait-il que Feu Benghabrit et sa famille au Maroc,en Algérie,en France et ailleurs soient d’accord pour une telle « réhabilitation » post mortem qu’on programme aussi à Mohamed V et par quelles commissions à la limite d’une récupération post mortem de mémoire(s) qui ne voudrait pas faire l’objet d' »exhumations » non référentielles….
      Cela n’enlève rien au mérite de l’écrivain,essayiste et journaliste Mohammed Aïssaoui et à la grande culture de notre amie Régine Tari !

    • jamel

      Venant d’un chercheur en Histoire on est resté sur notre faim

  2. kebbiche

    je vois ici un théme trés interressant ou le role de mr benghrabrit est important justice et réparation sont faites

  3. Karim10

    Kaddour Ben Ghabrit (1863-1954) , Né algérien à Siddi bel-Abbès (On ignore qui est enterrée des Ben Ghabrit (une femme) à quatre mètres du mausolée de SBA Bouzidi ?! juste à coté des MAMI. Selon le témoignage de l’un de ses petit fils il quitta sba à l’âge de 3 ans !) .La majorité de ces descendants sont à Rabat au Maroc et à Paris,Mosta,Tunis …et Tlemcen.
    Mort le 30 Juin 1954 à Paris celui qu’on a appelé « le plus parisien des musulmans ». Ben Ghabrit était Grand Croix de la Légion d’Honneur. Il est inhumé dans un site réservé au Nord de la Mosquée de Paris.Ben Ghabrit à aussi écrit un livre dont le titre est : Abou Noüas ou l’Art de se Tirer d’Affaire. Argenteuil, Coulouma, 1930, 109pp.
    Ben Ghabrit présida la Société des Habous pendant 37 ans. Il devient interprète et adel en 1887 en Algérie. Puis il entre dans l’administration du protectorat au Maroc en novembre 1892 et en janvier 1893, il est secrétaire-interprète à la légation de France à Tanger. C’est le début d’une carrière d’agent diplomatique française menée parallèlement en métropole où il dirige la Mosquée de Paris, et au Maroc puisqu’il assume les fonctions de directeur du protocole auprès du sultan. On sait trop peu que Ben Ghabrit a joué un rôle capital dans l’acceptation du protectorat par le sultan Moulay Hafid le 30 mars 1912 ( ) et qu’il est intervenu jusqu’à la fin de sa vie dans des missions plus ou moins délicates.
    La France en avril 1915 (Dardanelles) durant la 1° G.M ,dans des expéditions militaires cherche à dresser les Arabes contre l’empire Ottoman, à l’instar des Britanniques (Lawrence d’Arabie…), elle choisi la réouverture du pèlerinage à La Mecque et l’envoi d’une délégation de pèlerins accompagnée d’une députation « politique dirigée par Si Kaddour Ben Ghabrit » (sous les ordres du Colonel Édouard Brémond (à Djedha) puisque c’est haram pour les non musulmans !
    Il fut une figure pro-coloniale (je persiste et je signe). Il échoua dans sa mission « d’endormir » le Cheikh Bachir Ibrahimi pour signer un document en faveur de la France en 1943 à Tlemcen.

    Source : My Communication à Tlemcen capitale Islamique colloque international le 12,13,14 novembre 2011 (Salle de conférence fac de Médecine-Univ Tlemcen).
    O.Karim : Antagonisme et personnalités influentes à Tlemcen Documents inédits à l’appui 1940-1947.
    Merci à toutes et à tous.
    Cordialement.

  4. Mémoria,

    Merci Si Karim ! L’Histoire est réhabilitée et la VDSBA honorée !

  5. jamel

    Venant d’un chercheur en histoire.Il faut plus de preuves.
    I

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