La Voix De Sidi Bel Abbes

Les étourneaux « souwid », les oiseaux migrateurs qui nous visitent chaque hiver/ Par Dr Douar.

10613105_371174909707133_7397712732417274138_n  Quand le mercure baisse en hiver et que les jours deviennent plus court, des milliers de passereaux migrateurs, quittent instinctivement leur berceau européen et viennent s’installer, pour une période déterminée, en Afrique du nord .Ils arrivent dans cette partie de notre beau continent à la recherche d’un temps plus clément et en quête d’une nourriture relativement abondante en arrière saison. Cet hiver, les étourneaux ont réinvesti par milliers les plaines de la région de Sidi Bel Abbés réputée par ses immenses oliveraies car les olivettes noires sont l’aliment préféré de cet oiseau migrateur.

3244102656_1_3_4fYi2IZ1L’étourneau sansonnet que l’on nomme dans ma région « Souwid السويد», reconnu au premier coup d’œil par son plumage noir tacheté de blanc et à reflets verts. Ces emplumés d’instinct grégaire nous viennent d’Europe du nord. Ils voyagent principalement le jour à une vitesse pouvant atteindre les 75 km/h. Ils commencent à rallier nos régions en fin d’automne, en pleine opération de labourage et y demeurent pendant tout l’hiver jusqu’à la fin de la cueillette des olives. Ils se nourrissent d’olives bien mûres et de vers blancs, les larves de hanneton, qu’ils dénichent dans la terre en pistant les laboureuses. Durant le jour, les nuées d’étourneaux survolent les plaines, dessinant ainsi d’énormes rubans noirs en pirouettant dans le ciel et quand ce superbe spectacle de vol est terminé, ils se posent par milliers sur les oliviers qui constituent pour eux un abri idéal pour la nuit. L’étourneau est aussi un gibier de prédilection pour les amateurs de chasse. Mais cette pratique a disparu totalement de nos jours, l’emplumé d’aujourd’hui se gave de nourriture sans se soucier de la traque des piégeurs et regagne tranquillement son quartier d’été des latitudes nord.

Je suis très chanceux d’avoir vécu à mon âge de potache des expériences de cette nature, peu nombreux de mes semblables l’ont pratiqué. Par un week-end, nous choisissions, mo, groupe d’amis et moi , la vallée de l’oued « Mekerra » située au sud du village, une vaste plaine dont les passerelles rectangulaires sont délimitées par des oliviers et traversées par de longs ruisselets où coulait jadis ,l’eau destinée à l’irrigation des plantations potagères. A 8 heures du matin nous étions déjà sur place, nos pieds glacés sur les herbes mouillées attendant le réchauffement d’un soleil qui monte paresseusement derrière les brumes de l’oued. Nous avons décidé d’organiser la préparation de nos pièges à oiseaux et la mise en place des appâts. Abbés, préfère les vers blancs, les larves du hanneton constituent pour la grive des appâts irrésistibles, il est allé les déterrer quelque part. Zouaoui et moi, nous nous contentions de grosses olivettes noires. Chacun de nous a choisi un secteur pour poser ses pièges, j’avais deux pièges que j’ai fabriqués moi-même. On les trouvait facilement chez l’épicier du coin.

3244102656_1_5_jNJH6BhMEn guettant les étourneaux voraces qui rodaient autour des appâts, le temps passa très vite. Déjà 10 heures, le soleil prit la hauteur d’une corde dans le ciel où flottaient quelques rares cirrus. Nos pièges ont claqué plusieurs fois, à chaque claquement on se précipitait chercher la grive et replacer illico presto un nouvel appât. Notre chasse fut bonne, une dizaine de grives assez grasses que notre faim de midi nous fit imaginer déjà leur chair grillée sur la braise. Sans trop tarder, Abbes commença à plumer le gibier que moi je finissais de nettoyer en utilisant l’eau du ruisseau, l’eau de la Mekerra était propre à cette époque là.

Simultanément, Zouaoui monta un bûcher fait de vieilles branches d’olivier et en guise de mèche, il alluma une touffe de paille qu’il posa sous le bûcher. Les flammes s’emparent rapidement du bois sec…
Abbes préférait les brochettes, il enfila un fil de fer dans deux étourneaux qu’il les tournait doucement sur la flamme, Le fumet de la viande grillée embaumait toute la vallée et faisait couler notre salive. Quant à Zouaoui, il est astucieux, il tassa de la viande découpée dans les boites vides de chema « tabac à chiquer » qu’il avait déniché au cours de route le matin. Ces boites furent enfouies sous la braise, nous les retirâmes après un quart d’heure en suivant le conseil de Zouaoui. Un pique-nique fut improvisé. On s’installait à même le sol, prés du ruisseau et chacun se servait à gogo de la grillade… On se régalait jusqu’au rassasiement.

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Posté par le Fév 15 2015. inséré dans ACTUALITE, EVOCATION. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

10 Commentaires pour “Les étourneaux « souwid », les oiseaux migrateurs qui nous visitent chaque hiver/ Par Dr Douar.”

  1. Lecteur assidu.

    Instructif je viens d’apprendre du nouveau

  2. Amirouche

    Douar

    De très jolies prises du temps de l’insouciance , une vie remplie de beaux et surtout de « bons » souvenirs du méchoui aux étourneaux aux berges d’une Mekerra propre ……… ,comme tu le sais , ma préférée est la tourterelle et son chant , mais pour rester dans le sujet je dédie ce poème sur les sansonnets aux lecteurs de la VDSBA , (Auteur inconnu )
    Les sansonnets sansonnent
    Grappes d’étourneaux étourdis
    Ils frictionnent le grand ciel de cris urbains
    Tête déployée verticalement j’admire, mal au cou,
    Les coups d’écriture qu’ils donnent dans les cieux de la ville
    calligraphie précieuse, pinceaux désordonnés
    Le moment est où le mâle cherche à séduire, imitateur
    Il imite tous mes bruits, même les battements de mon cœur
    Ils laissent de grandes traces d’écriture dans le grand ciel de fin d’hiver
    Les cris empêchent le grand poète que je suis de méditer sur ma condition humaine
    Fléau ! dis-je de ces merles-là qui gueulent leurs trouvailles de bruits
    En haut des platanes, les touffes noires , grises et brunes se font et se défont dans des cris d’ouragan, distrayant les foules en dessous
    Quand finirez-vous amis ailés de chercher votre compagne ?
    Quand ces cris cesseront : pour quelques œufs, n’est-ce pas tout ce tintouin !
    Je chantonne moi aussi, j’ai moi aussi ,parfois ,des habits d’étourneau sansonnet
    Je met ma cravate, je lustre ma moustache, je fais le beau
    Et je prépare mon chant aussi dans le tintamarre de la grande vie
    dans la grande ville
    En insouciance, eux, les beaux oiseaux dansent et se coursent
    Dans des traits de pinceaux bleus et noirs en grande source ……….

    ……..Ah ! au fait docteur ,heureusement que l’ami Dougdoug n’était pas avec vous ,sinon il aurait fallu chasser du grand gibier pour qu’il soit rassasié !(rires)
    Cordialement

  3. fils de Dachra

    @ Douar
    C’est toujours avec plaisir et un brin de nostalgie que je lis vos récits. Je suis moi même né dans un douar et je me rappelle trés bien de nuées d’étourneaux qui venaient passer l’hivers chez-nous. Les pieds-noirs les chassaient à la chevrotine et on voyait souvent ces chasseurs du dimanche revenir avec de nombreux  »Souwids » enfilés à une chaîne qu’ils portaient à l’épaule. Ils bombaient le torse et se pavanaient comme Tartarin de Tarascon. En ce temps la les hivers étaient plus froids et neigeux. On allumait le feu dans la cheminée de notre gourbi au toit de chaum(Dis) et on écoutait les histoires du temps passé. Il s’agissait des contes de Mohamed el khamar, Mohamed el ham, chari el ham bedarhem, Achba khadar , Ahmed el gata3 etc.. On n’avaient ni radio ni télévision rien pas même de l’électricité ou l’eau courante. On se chauffait avec des branches de romarin, de pin d’Alep, de genévrier ou de racines de thuya. Jusqu’à présent je sens l’odeur du thuya qui brûle. Quand la campagne se drapait de son manteau blanc, on jouaient à faire des bonhommes de neige ou à se lancer des boules de neige . Nous étions habillaient de djellaba et portions des éspadrilles à semelle de caoutchouc.Parfois on déposait des piéges pour attraper  »Swouid » ou Smaissem.
    L’apparition de  »Smaissem  »était un signe certain que la neige allait tomber.
    Ainsi tombait la neige et nos cœurs ne s’habillaient point de noir, mais c’était la joie de manger à sa faim un grand plat de  »Loubia » au cumin.
    Merci frére Douar pour nous rappeler ces plaisirs simples de la vie d’outre tombes.

  4. BENATTOU

    Cher ami Douar ce récit véridique nous remet en bonne place, chacun de nous se retrouve comme acteur qui prend une part active et qui joue un role important.L’eau de la Mekerra était propre mais celle de Sidi Bouaza El GHERBI était plus propre et les étourneaux étaient partout. Notre quotidien était simple,on avait un sacré culot .On était aussi curieux de connaitre les choses de la vie d’apprendre et on ne néglige aucune occasion de s’instruire. On était des badauds des amateurs des collectionneurs, un peu de tout. On avait le souci de se cultiver.

  5. un ami

    @Benattou. Merci pour ce témoignage d’une époque certes révolue mais riche en souvenirs sur le monticule de notre cher quartier. Le bonjour à Mustapha.

  6. Mouha

    Je trouve que l’article est un peu inédit sortant du train train quotidien Bravo

  7. Imène

    Bsr Douar ! tlm ..
    trés beau texte , une lecture agréable , instructive , l’oiseau est magnifique !
    Mais ..la partie pièges , le plumage , les fils de fer , le bûcher ,et des gamins voraces !! …c’est pas pour moi ! qu’est ce qu’il ya à manger dans ce petit bout de souwid ??
    Fils de dachra : votre récit est trés touchant , merci !

  8. Imad Mustapha

    L’étourneau sansonnet s’installe à Sidi-Bel-Abbes une région toute belle authentique et exotique et qui n’est pas au bout du monde. Saluons esouwed c’est l’oiseau rare de cet hiver et saluons Dr Douar qui a cherché cette aventure, par curiosité et gout du risque.

  9. Mme CH

    Très beau récit Mr Douar…!!! Toujours un plaisir de vous lire….!!!

    C’est vrai qu’on est pour la préservation de toutes les espèces, animales, végétales et humaines, mais les étourneaux sont des petits « voyous », là où ils passent, ce n’est pas toujours agréable à vivre…!!! Par exemple, aux États-Unis il est légal de tuer des étourneaux…!!!

    « Les grands groupes bruyants peuvent devenir une sérieuse source de nuisances. Ils dorment dans des arbres qu’ils abîment. Leurs fientes endommagent les voitures et d’autres produits avec l’acide urique qu’elles contiennent.
    Les vastes populations d’étourneaux sansonnets causent des dégâts dans les cultures ou les stocks de graines, dans les récoltes de fruits, surtout les baies.
    Le problème le plus courant est associé aux nids d’étourneaux dans les immeubles. Ces oiseaux sont des vecteurs de réintroduction des acariens et autres nuisibles envahisseurs d’immeubles. Ils transmettent aussi des organismes nuisibles aux humains et aux stocks de produits frais.
    Les pièges, les tirs et le poison sont illégaux, mais parfois encore utilisés.
    Le bruit a été essayé pour effrayer les oiseaux et les éloigner, mais ils reviennent très vite…. »…!!!

    De ce fait, je dirais que jadis, sans le savoir, vous avez participé à la préservation des oliviers…!!!

    Par contre, ce qu’on doit envier aux étourneaux, nous les Minus, c’est le fait qu’ils soient unis et ne font qu’un même s’ils se comptent par milliers lors de leurs déplacements: « depuis le sol, on observe une énorme masse noire, qui prend diverses formes mouvantes, du sablier à la sphère. »… » ils forment d’immenses nuées, où n’existe aucun leader mais plutôt une unité de groupe »!

    Merci Mr Douar et Bonne soirée..!

  10. oulhissane

    « loubia au kemmoun » ? J’en ai l’eau à la bouche!
    – Mama , s’il te plaît, y a pas un peu de »berkoukès au keddid » de la veille ?
    – Non! Vous n’avez rien laissé sur votre passage ! Aujourd’hui, je manque de » khemmara » pour pétrir le pain. Vous naurez pas de « koucha », vous prendrez de la « harcha », va me chercher de quoi chauffer le « tajine ».
    – Y aura du » rayyeb »?
    – Tout juste  » bech tfewet ». Va plutôt chasser du souwid, je vous ferai une « chorba » au « felfla hamra », avec de la « zrodya », du « left », du « krafes » et la « batata ».
    – Et si je te ramène des souwid, tu nous ferais du mbessès pour le thé du soir?
    – Je n’ai pas assez de semoule. Il faudra demander à ton père d’en acheter. Il me reste un peu de farine, juste pour quelque « msemnet ».
    – Mama, j’ai envie d’une vraie « mbasla »…
    – trêve de discussion! Va chercher du bois pour allumer le tajin, sinon tu n’auras même pas de pain pour aujourdui!
    ( pour une poignée de souwids)

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