La Voix De Sidi Bel Abbes

Histoire: Le progrès De Sidi-Bel-Abbès. Par Tewfik Adda Boudjelal

Ce présent article est inspiré du témoignage de Mr. Gérald de Murcia.

Grâce à une amie pied noir Bélabésienne, grande amoureuse de sa ville qu’elle garde colorée dans son cœur, que je viens de prendre connaissance du journal « Le progrès « de Sidi-Bel-Abbès, qui à vu le jour en 1883 et a disparu des kiosques en 1963 soit  une année après l’indépendance.

Le patron du journal, Mr. Gilbert de Murcia, avait pris l’affaire en main alors que le patriarche-père et grand-père était encore en vie. Le journal fut  le bébé de la famille où chacun avait sa part de responsabilité.

Tout à commencer à partir de l’imprimerie familiale –le Prote, qualificatif relatif au père et grand -père-que tenait Mr. Gilbert Murcia sise au 22, Rue Catinat.

Au début, le journal fut beaucoup plus  une charge administrative qu’un organe de presse. Du fait de l’existence de l’imprimerie, le patron était dans l’obligation d’y insérer des actes administratifs divers. Mais autour de ces actes et pour compléter cette page recto-verso de papier journal, il fallait  trouver matière à publier.

images

Et c’est ainsi que, le journal accueillait les textes des poètes locaux – à l’image de Paul Bella -qui furent incérés sous forme d’articles .Grâce à cela, la famille propriétaire du journal  bénéficiait d’un abonnement gratuit  de la part de Paris-Match.

Les jeudis, jour de congé, la famille propriétaire du journal les passait à relire en doublon le journal avant impression pour vérifier qu’il n’y avait ni faute ni coquille dans les textes. La technique fut bien rodée .Il fallait tout simplement  relire en détachant chaque mot !

Mr .Hector, le plus ancien Typographe de « la maison », avait un lien fusionnel avec sa grande machine à imprimer des affiches, qui occupait une grande place dans l’atelier.

Mr .Hector, se tenait debout, perché à près d’un mètre du sol et glissait les feuilles de papier affiche  qui passaient sur la forme du rouleau  et qui ressortaient ensuite à l’arrière, rabattue par une série de bras en bois…

En dehors de ses heures d’atelier, Mr Hector, tenait  la caisse du « Cinéma l’Empire », ce qui permettait en partie à la famille du patron d’avoir des places de « faveur » pour voir le film du jeudi, jour de repos.

L’imprimerie comptait une bonne douzaine de typographe dont Mr Yvan oncle maternel des enfants  Murcia, Fernand, Carasco. Il y’avait aussi un jeune apprenti arabe que le patron  avait surnommé« Jeantou » dont il est difficile de retrouver sa véritable affiliation.

Un autre oncle, «  Nounou », membre de la famille, était côté librairie-papèterie et fut en même temps responsable aux écritures.

Avant de devenir Le Progrès de Sidi-Bel-Abbès, le journal portait un autre titre tout

aussi engagé : L’Avenir de Bel-Abbés, qui fut  crée en 1883 par Paul PERRIER.

 L’Avenir de Bel-Abbés se voulait  « Journal agricole, commercial, industriel,

Politique et littéraire paraissant les mercredis et samedis ».

Il avait autorisation de publier les annonces légales et judicaires en Français et en Arabe. Il se vendait  aussi, par abonnement annuel de 12 F à Bel-Abbés  et de 13F pour le reste de l’Algérie et la France.

  Mr. Paul PERRIER, fut en même temps, rédacteur en chef et propriétaire de l’Imprimerie dans laquelle était  tiré le journal. L’imprimerie se situait au centre ville.

Maison Terrin, rue Chabrière, juste derrière l’actuel Mosquée Aboubakr.

Mr. Paul PERRIER, le propriétaire tiendra le rôle de rédacteur en Chef jusqu’au 14 mars 1885.

Mr. E BAUDRON qui était un rédacteur du journal lui succéda. Ce dernier signait ses articles  sous les pseudonymes de PAGANEL ou le VIEUX COLON, des articles à forte coloration colonialiste.

Trois ans plus tard, en 1886, le journal change de propriétaire. Il passe aux mains de

Charles LAVENUE. En septembre 1892, changement d’adresse à la  Rue Catinat, dans un ancien café  e t Mr. E. BAUDRON en restera le rédacteur en chef.

Un duel a lieu ce même jour !

Comme tous les journaux, L’Avenir fait paraitre des annonces :

Ainsi le 26 février 1890 il publie les bans de mariage de l’arrière grand-père :

Manuel, Antonio, Auréliano de MURCIA, Né le 16 06 1865 à La Cañada (province d’Almeria Espagne) journalier et d’Emilie, Eugénie BARTHE-SARAGOSA

Née le 10 03 1868 à Oran.

Des annonces paraissaient également en espagnol à côté d’articles de fond, l’Avenir, donne des indications sur le niveau d’hygiène des Bélabbésiens,  et  sur leur intérêt culturel.

 L’Avenir de Bel-Abbés, change de titre pour devenir « Le Progrès de Sidi-Bel-

Abbés », le  dimanche 7 mai 1893.

Un éditorial précise dans ce numéro que malgré le changement de titre du journal, sa politique, elle, ne change pas.

Toujours dirigé par son propriétaire, Charles LAVENUE. Il devint alors, un hebdomadaire de 4 pages paraissant le dimanche matin. Il est distribué par abonnement annuel aux prix de 5F pour Bel-Abbés et le département, 7F pour le reste de l’Algérie, la Tunisie et la France.

Un véritable tournant  puisque, dans  le sommaire de ce numéro, on note  l’évolution du journal et son enrichissement rédactionnel depuis sa création.

Au fil des pages du N° 1002, on trouve à la rubrique « Questions algériennes », un article sur l’amélioration des services postaux sur Port-Vendres et Marseille.

Affaire de faux-poids : deux personnes accusées à tort dans cette affaire et réhabilitées se voient interdire de participer aux adjudications.

On retrouve aussi la chronique locale qui rappelle:

– La fête des typographes, la Saint Jean-Porte-Latine.

– Que la fourrière publique a attrapé 38 chiens dont 8 ont été abattus

– Qu’un nuage de grêle a dévasté le vignoble.

– Un État civil avec naissances, décès, mariages …

– Un feuilleton historique qui relate l’expédition du Dahomey

– Une multitude de petites annonces et de publicité sur deux pages qui nous

Apprennent ainsi la tenue à Sidi-Bel-Abbès, d’une corrida entièrement menée par

des femmes.

Le N° 2092 des 6 et 9 janvier 1909 rapporte un article intitulé

« La lutte contre le cancer. Une méthode marseillaise qui consiste à faire des

Applications d’étincelles électriques à haute tenson et à haute fréquence. »

En 1901, le journal parait deux fois par semaine, le mercredi et le samedi soir.

En 1909 à sa 28ème année d’existence, il devient bimensuel. Il parait le 1er et le 15

du mois au prix de 5F.

Le 28 août 1911 après le décès de Charles LAVENUE, une nouvelle société est

Formée. Elle  comprend :

– sa veuve Marie Suzanne SEMMARTIN

– son gendre Henri Félix GETTEN et sa femme Betty LAVENUE

– sa fille mineure émancipée Adèle LAVENUE

La société, prend  alors le titre de « Vve LAVENUE et Cie »

Le N° 2236 du 7 octobre 1911 annonce le changement de direction du journal.

Mr. Henri Félix GETTEN, gendre de Charles LAVENUE, prend la direction effective du journal.

Ce même numéro rapporte dans un long article un incident diplomatique : le 2 juillet un bateau de guerre allemand croise au large d’Agadir. Il rapporte aussi la création de l’école privée « SONIS » Autobus de Sonis et l’auto-publicité de l’époque.

Au début du siècle, à Sidi-Bel-Abbès, il existait d’autres journaux tel  Le Messager de l’Ouest. Son propriétaire gérant et rédacteur en chef fut Mr .J ROIDOT.

Faut dire qu’à l’époque les journaux ne se faisaient pas de cadeau à l’image du journal Oranais « La cravache Oranaise », dans son édition du 21 février 1909 et sous  la plume féroce de Maurice Bernard prend à parti Mr J ROIDOT le propriétaire du Républicain du Sud Oranais, journal bel-Abbésien, concurrent direct du Progrès de Sidi-Bel-Abbès , dont en voici un extrait :

« Roidot, Maître-imprimeur, papetier, gazetier, vend des couronnes mortuaires pour

Décès, des lampions tricolores pour le quatorze juillet et des masques pour le mardi-gras. Propriétaire et directeur…politique… du Républicain Sud-Oranais à

Sidi-Bel-Abbès .Décoré des palmes académiques comme publiciste, n’a, ce qui est curieux, jamais écris une traitre ligne de sa vie ; d’une intelligence très au dessous de la moyenne, en serait absolument incapable…. »

Le reste est à l’avenant…

UN NOUVEAU GRAPHISME

Le nom de la ville parait en entier Sidi-Bel-Abbès. La direction a changé également. Le journal et l’imprimerie appartiennent désormais à Antoine Garcia. Il en assure la direction éditoriale et la gérance financière.

Le journal est alors hebdomadaire. Il parait à présent le mardi soir. Son abonnement

est au prix de 12 F pour la ville, 14F pour le département et 16F pour le reste de

L’Algérie et la France. (Soit l’équivalent en euros actuels)

DE GARCIA à MURCIA

Le changement s’est produit en trois étapes :

– Le 1er juillet 1930 Antoine GARCIA et Manuel MURCIA, s’associent pour fonder la société « Imprimerie du Progrès A. GARCIA et Cie ».

La société a pour objet « l’impression et l’exploitation du journal Le Progrès de Sidi-

Bel-Abbés et l’exécution de tous travaux d’imprimerie. »

La durée de la société est fixée à six années à partir du 1er juillet 1930.

Le capital social est fixé à la somme de cent cinquante mille francs divisée en 150

Parts (soit 81185 €) soit :

– 75 parts vont à  Mr A. Garcia en représentation de ses apports en nature.

– 75 parts à Mr Murcia en représentation de ses apports en nature et en numéraire

A  noter à cette étape du processus d’acquisition, que le nom de Manuel Murcia,

n’apparait  pas dans l’intitulé de la société et que l’opération financière ne concerne

que la partie imprimerie.

– Le 13 août 1932, papèterie et librairie sont annexées à l’imprimerie. La société prend alors la dénomination suivante : « Imprimerie, librairie, papèterie du Progrès A. GARCIA et M. MURCIA ».

Mr Manuel Murcia, apporte à la société la somme de 100 000 F (soit 61 857 €), 35 000 F en marchandise et 65 000 F en espèce.

Mr A. Garcia, a la direction commerciale et comptable de la société ainsi que seul à

la direction politique du journal Le Progrès de Sidi-Bel-Abbès.

Mr Murcia, a la direction technique de l’imprimerie et du magasin Librairie-papèterie.

– Le 3 décembre 1936, Mr. Antoine Garcia, cède ses 175 parts :

– 145 parts à Murcia Manuel.

– 30 parts à Murcia Gilbert.

La nouvelle société devient une Sarl et  prend alors la dénomination d’« Imprimerie, Librairie, Papèterie du Progrès MURCIA PÈRE et FILS. »

Le capital social reste fixé à la somme de 350 000 F soit 238 147€.

– Le mercredi 9 décembre 1936, dans sa 54ème année d’existence et dans le N° 2905 apparait pour la première fois dans la vie du journal (le nom de Mr  Manuel MURCIA le nouveau directeur gérant et Mr.

Antoine GARCIA le  directeur politique.

En 1936, le journal se vend alors 20 cts le  numéro, 10F pour l’abonnement Bel-Abbés  ville (soit 6.80 €), 11F (soit 7.48€) pour le département et 12F (soit 8.16€) pour l’Algérie et la France.

Ce 2905ème numéro et les précédents relatent l’inauguration du théâtre municipal.

Les numéros suivants rapportent les inaugurations des écoles Gaston Julia et Carnot.

De 1936 à 1962 la société familiale, ainsi constituée ne cessa plus de s’accroitre.

Chacun à son poste, le grand-père à la caisse enregistreuse avec plus tard son

Chien Touqui aux pieds, Nounou à l’arrière à son bureau à un poste administratif et

Yvan et Gilbert dans l’atelier à la production.

Chose importante à souligner, après 1933, les articles de fond ou les prises de positions engagées comme cela se faisait auparavant, sont devenues plus rares. Le journal devient de plus en plus un support administratif aux annonces légales et judiciaires. C’est l’imprimerie qui est devenu le moteur de la nouvelle société et non plus le journal.

LA FIN DE L’HISTOIRE

On connait la fin de cette histoire… 1962, et l’indépendance de l’Algérie. La famille

toute entière avait passée à travers les évènements sans aucun dommage physique.

Mais il était aussi écrit que la famille, après l’exode espagnol économique du XIXème

siècle, connaitrait un autre exode français et politique cette fois.

Pendant quelques temps, à Sidi-Bel-Abbès, les trois frères essayèrent de poursuivre leur activité, mais il fallu déchanter très vite, ce n’était plus possible. Il fallait partir !

Le 30 mai 1962, ce fut en premier le départ du grand-père pour Paris (le jour de la fête des mères). L’appartement de Montrouge, 52 avenue Aristide Briand, servit de point de rassemblement obligé au reste de la famille.

En 1963, mon père (Gilbert) fit un tour de France pour trouver un lieu où redémarrer

quelque chose : Ce fut Grenoble.

 La Légion, avec qui l’imprimerie avait entretenu de bonnes relations commerciales, avait embarqué avec elle une machine. C’est  autour d’elle que l’imprimerie du Cours Berriat se constitua.

Plus tard, les photos rapportées par des amis (es) qui ont refait le chemin en sens inverse « nostalgie oblige », montrent ce que sont devenus les locaux.

Hélas, l’intérieur de l’imprimerie à disparu, seul le nom est resté gravé dans la plaque de marbre du seuil….

A travers cette histoire fascinante, on comprend qu’à l’époque, un journal c’était  avant tout une histoire de famille…

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=55028

Posté par le Sep 26 2014. inséré dans ACTUALITE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

9 Commentaires pour “Histoire: Le progrès De Sidi-Bel-Abbès. Par Tewfik Adda Boudjelal”

  1. Abbes

    je ne savais pas tout cela merci!

  2. OUERRAD en squatteur

    A QUOI BON§

  3. gamra de sidi khaled

    Non c’est des informations pour savoir plus sur l’histoire des médias

  4. Kerroucha

    Un effort de nous mettre des notions que certainement on ignore Alors remercions l’auteur sans graves détours

  5. Sfisefi

    Dans toute cette évocation on parle d’un seul arabe dont on ignore même le nom. Ceci montre l’existence de deux mondes qui se côtoient mais qui ne se croisent jamais. Nous voici dans le roman  » L’Etranger  » de Camus

  6. Amina

    Personnellement je ne savais rien sur ce journal,merci Toufik franchement tes articles me passionnent beaucoup.

  7. jamel

    instructif Dire que je savais ceci est pur mensonges Merci pour ce détour historique

  8. ouhala

    Grand merci à notre ami Tewfik qui nous a pris par la main pour nous accompagner dans une balade dans l’antiquité Belabbesienne

  9. Mohamed .

    Tu parles du Progrès de Bel-Abbés… Un excellent papier pour cerner au mieux l’histoire de cette grande ville qui se dégrade de jour en jour. Merci pour cette plongée dans l’histoire de la presse à Sidi Bel-Abbés. Vais finir ma lecture parce que le sujet m’intéresse au plus haut point.

Répondre