La Voix De Sidi Bel Abbes

Le discret et fin pédagogue : Mr TOUIR Brahim , Hôte du journal

Cet entretien a été réalisé par notre grand ami Ourred Hamid. Qu’il soit vivement remercié.


Q-1 La voix de Sidi Bel Abbès : «  Présentez vous aux lecteurs de la VSBA ».

Mr. Touir Brahim : « Je m’appelle Brahim Touir ; je suis natif de la ville de Sidi Bel Abbès, il y         de cela soixante cinq ans. De famille très modeste, j’ai grandi entre deux quartiers populaires connus- Point du jour (village Errih) et Cité Mimoun.

Je me rappelle encore la rue Commandant Marchand à village Errih, ses maisons, ses habitations et la solidarité sans faille qui y régnait…Aucune porte n’était fermée aux enfants que nous étions. Partout où nous entrions, nous trouvions la sécurité ! L’affection…… Ah, ce bon vieux temps !

Nos voisins, je dirai plutôt nos pères et nos mères, ne sont hélas plus de ce monde, mais ils me restent inoubliables. Les Habib, Lahcène, Ouazna, Abdallah, avaient non seulement de la générosité et de la sagesse, mais aussi, lorsqu’il le fallait, le sens de l’honneur et de la ‘’redjla’’.

Je me remémore, à cet instant même , c’était en 1955 ou 1956, l’image du père Abdallah menotté et encadré par deux policiers, pour avoir corrigé un percepteur pied noir qui, après maintes mises en garde, avait osé encore une fois, vider sa demeure, alors que le bon sens humain lui imposait le respect de l’intimité de la famille. Cette action a valu au père Abdallah deux ans de prison mais a débarrassé à tout jamais les habitants de la conduite inconvenante du percepteur arrogant…

Je me rappelle également, alors que nous habitions Cité Mimoun, vers les années 1959-1960, du Moudjahid Commandant Belazregue et de sa secrétaire la Moudjahida Adim Fatiha que mes parents hébergeaient, à moins de cents mètres  du poste de la légion étrangère, et malgré tous les risques, pendant des jours et des nuits…

Moi, j’étais chargé de la mission  de guide lorsque  La Moudjahida devait se’ déplacer, apparemment pour des missions précises, afin de rejoindre des lieux précis… Je m’excuse d’avoir évoqué ces souvenirs poignants ».

2- Scolarité et études

Q-2 La voix de Sidi Bel Abbès : « Dans quelles écoles et collèges avez-vous suivi vos études ? »

Mr. Touir Brahim : « Presque toute ma scolarité primaire s’est déroulée à l’école Molière (actuellement Cheikh Larbi Tebessi). Cette école est véritablement mon amour d’enfance.J’ai aussi fait un détour par l’école (Ibn Rochd maintenant) pendant une année scolaire avant mon passage au lycée Laperrine (Azza Abdel Kader) où j’ai accompli mes études secondaires (jusqu’en classes de secondes). Etudes que j’ai du interrompre pour des raisons impérieuses.

Je garde de ma vie d’élève des souvenirs tout aussi vivants des joies scolaires, de camarades, mais aussi de la stature de l’institution scolaire et de ses animateurs que nous vénérions pour leur droiture, leur exemplarité, leur charisme, leur abnégation… Européens ou Algériens, tous les enseignants étaient au service des élèves. Je les en remercierai toujours. »

3- Vie professionnelle :

Q-3 La voix de Sidi Bel Abbès : « : votre vie professionnelle »

Mr. Touir Brahim : « Elle a commencé en 1965. Étant enfant, mon rêve fou était de devenir maitre d’école. Ce rêve s’est donc concrétisé en cette année 1965 lorsque j’ai été nommé en qualité d’enseignant. Je dois avouer, qu’au départ, je ne percevais pas réellement la gravité de mon choix. Mais j’ai rapidement pris conscience du sérieux de ma tâche  et j’y ai, alors, consacré toute ma vie professionnelle.

La joie d’apprendre à lire, à parler, à écrire, à compter à des enfants est une joie incommensurable que j’ai savourée pendant longtemps. Mais toute aussi grandes ont été les joies pour moi de coordonner le travail des enseignants en tant que directeur d’école et d’encadrer  et de former des enseignants en assumant la fonction d’inspecteur de l’éducation dans plusieurs wilayas du pays. »

4- L’école d’aujourd’hui et l’école d’il y a trente ans :


Q-4 La voix de Sidi Bel Abbès : «En comparant l’école d’aujourd’hui et l’école d’il y a trente ans , que pouvez vous nous dire ? »

Mr. Touir Brahim : « S’adonner à une telle comparaison risquerait d’être un acte délibérément partial vis-à-vis de l’école, car ce n’est pas cette dernière qui a changé, mais plutôt la société qui la surveille.

Celle-ci (la société) a énormément évolué et influé (négativement ou positivement, c’est selon ) sur l’institution scolaire. Ainsi, le rôle éducatif qui était autrefois, l’épine dorsale de l’action scolaire, s’est apparemment, amoindri, sous la pression sociale, au profit d’une vision plus ‘’matérialiste’’. Les attentes sociales ayant profondément mué, des valeurs  communautaires nouvelles ont émergé et n’ont laissé que peu de place aux nations de moralité, de respect, de sécurité, de solidarité, d’effort que véhiculait jadis l’école…Le regard des parents sur l’école a totalement changé et celui des élèves sur l’institution qui les accueille l’a été aussi. Ainsi, l’école création sociale n’a cessé de se chercher sans arriver, à ce jour, à répondre aux aspirations nouvelles et toujours floues de la société nouvellement émergée. Et c’est à mon sens, ce qui porte actuellement atteinte à sa crédibilité. »

5-Auteurs préférés :

Q-5 La voix de Sidi Bel Abbès : «Quels sont vos auteurs préférés et quel est le dernier livre que vous avez lu ? »

Mr. Touir Brahim : « Tous les auteurs Algériens d’expression française, mais aussi Victor Hugo, Emile Zola, Edgar Poe, et d’autre encore, icônes de la littérature universelle. En terme de lecture, le dernier roman que j’ai lu est celui de Yasmina Khadra ‘’Ce que le jour doit à la nuit’’.

Mais à propos de lecture, je me permets d’affirmer que c’est le point faible de la société et de notre systéme éducatif. Arrêtons de reprocher aux algériens de ne pas lire, et agissons.

Ainsi, est-il urgent, très urgent même, de déclencher une sorte de révolution, qu’on appellera ‘’ Le livre au dinar symbolique’’ qui mettrait le livre à la portée de toutes les couches sociales et de tous les âges afin d’encourager tout le monde à la lecture. »

Q6- La voix de Sidi Bel Abbès : « Le mot de la fin ? »

Mr. Touir Brahim : « Les points ci-dessus développés, m’amènent à conclure que notre société est en crise qu’elle vit mal, ou en tout cas, n’arrive pas à s’épanouir pleinement. Elle a perdu ses valeurs. Or, une société sans valeurs est une société sans âme.  

Sa crise est tout autant morale que matérielle. L’effort  de tous s’avère donc indispensable pour la remettre sur pied. Tentons donc, chacun de son côté, et avec ses moyens, de moraliser nos faits et actes au sein de nos familles d’abord, de notre voisinage et de notre environnement ensuite, pour retrouver et rallumer les repères  qui se sont éteints, puis la sérénité et la joie de vivre qui nous ont échappé.; je n ‘oublierai pas de remercier mon ami hamid et salue vos lecteurs la ou ils se trouvent.

Cet entretien a été réalisé par notre grand ami Ourred Hamid. Qu’il soit vivement remercié.

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=18494

Posté par le Nov 9 2012. inséré dans ACTUALITE, HOTE DU JOURNAL. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

16 Commentaires pour “Le discret et fin pédagogue : Mr TOUIR Brahim , Hôte du journal”

  1. sokato ALICANTE

    Franchement la voix de sba me fait plaisir et chaque fois ceci est bien avec ces visages du bled Un merci mr Oured abdelhamid je vois qui c’est bravo pour ces maitres exemplaires

    • Hanene

      je me préparais a voir un film quant j’ai réallumé mon ordinateur et voila c’est a ousted benhaddou qui a mal joué de se ratrapper avec ce grand moualim trés discret mais ausi nour med il est aussi un chef.non?

  2. SMAIN

    MERCI HAMID OURRED

  3. Mme mostefaoui SAB

    Un homme trés pondéré sage et trés cultivé il a aimé ce noble métier Je pense que cei lui fera énormément plaisir Allez monsieur Oured voir monsieur KOHLI.

  4. kerroum retraité

    Ce cadre fut trés discret et il fait partie de la bonne génération des dévoués au pays.bravo la voix et si oured.hamid.

  5. Benhaddou Boubakar

    salam: mr OURAD nous a prèsentè un homme intelectuel,sage ,qui a consacrè sa vie et sa jeunesse au service de l’enseignement; il a rèpondu aux questions inteligement et c’est ca le pedagoge! longue vie a notre maitre TOUIR BRAHIM!

  6. Mohammed.G..

    Merci à notre ami Ourred Hamid,de nous avoir dévoilé un Bel-Abbésien,un intellectuel,Mr Touir Brahim,qu’on ne connaissait pas,qui m’a beaucoup plu avec son poignant témoignage au début,en tant qu’enfant,il a participé, comme il le pouvait à des actions révolutionnaires.
    Et voilà encore un rêve qui venait de se concrétiser à Mr Touir en devenant enseignant,donc au service de l’éducation de nos enfants.Une très bonne réflexion aussi à propos de la lecture qui a quasiment disparu !!!
    Bravo Hamid,l’artiste et bon courage pour d’autres sujets!!!

  7. ghosne elbane

    Lorsqu’on donne un SENS a sa vie on est heureux au bout du compte c’est inimaginalble le serieux de cet enseignant discret et que c’est un réel plaisir de lire cet entretien.. Merci Mr Ourred continuez à prospecter.

  8. Cheniti Gh.

    Bonsoir! Je suis tout à fait d’accord avec Mr ghosne elbane et ses paroles sensées et pleines de sagesses qui sont certainement tirées d’une grande expérience dans le domaine socio-éducatif. Mr Touir que j’ai eu l’honneur de connaître est un intellectuel haut de gamme et dont Village Errih(où je suis né) s’enorgueillit.Il faut remonter à très loin pour savoir que ce n’était pas facile en période coloniale de se frayer son chemin dans le domaine de l’éducation . …Mais Dieu merci Mr Brahim tout comme la majorité d’une élite Bélabbésienne ils ont su lutter et terminer leurs études brillamment après l’indépendance et ont pu former des générations et des générations ….Merci à notre frère Hamid d’avoir eu la formidable idée de nous présenter un gentleman comme Mr Touir Brahim! Bonne soirée à tous!

  9. chaib draa tani djamel

    Merci Mr OURED pour ce commentaire que tu as rédigé c’est un trés bon départ de journaliste , contunie et bonne chance

  10. a.Dennoun.

    Salam Hamid ,
    Je ne sais comment te remercier cher ami de nous avoir presenter Mr Touir que je connaissais depuis l’enfance mais seulement de vue, on se saluait a chaque fois qu’on se croisait. je dois avouer que j’ai jamais su son nom et ce qu’il faisait comme boulot. Grace a toi Hamid et apres 45 ans je sais finallement quelle etait sa profession
    Avec le temps, Je l’ai completement oublie. Malgre l’ age il est facilement reconnaissable. je lui souhaite la sante,paix et bonheur.
    A.D

  11. yahia

    Bonjour tt le monde merci khouya HAMID pour ce portrait assez éloquent et historique à la fois de nous avoir plongé dans dans le passé . J’avoue que je connaissais Mr TOUIR mais je le croyais inspecteur de langue Arabe mais c’est à la mosquée de la zaouïa ‘lieu où on se rencontre pour accomplir notre prière que j’ai su qu’il était inspecteur de langue française. ALLAH ibarek J’ai beaucoup aimé le livre à un dinar symbolique c’est la seule alternative possible pour pousser nos enfants à lire. Merci Hamid merci Oustad et bonne retraite.

  12. hamid ourrad

    Madame Mostataoui,faire un un entretien avec MR KOHLI c’est mon souhait parceque ce dernier a été mon maitre en cm1 a l’ecole indigene(Ibnou Sina) actuellement,mais je ne sais pas si il est disponible ou pas l’avenir nous le dira.

  13. un parent

    il est disponible malgré sa fatigue

  14. Ahmed Khiat

    J’ai connu M. Touir Brahim comme Instituteur au début de sa carrière, puis Directeur d’école,et enfin Inspecteur. Il était très consciencieux, compétent, respectueux. Il est devenu non seulement un collègue dont je suis fier, mais un grand ami. Il a donné beaucoup pour l’Enseignement. Toutes mes félicitations.

  15. AMINE .R

    Mr Oured Hamid merci vraiment pour ce magnifique entretien et je suis très ému par le témoignage apporté par Mr Touir Brahim qui a su donné un véritable sens à sa vie en faisant le choix d’apporter le savoir et la science aux enfants de ce grand pays . Heureux pour le parcours honorable d’un ancien élève de l’ école Molière que j’ai aussi fréquenté à cette époque jusqu’en 1962 . Je considère Mr Oured Ce témoignage comme la meilleure et véritable reconnaissance apportée envers tous nos bons maitres d’écoles.

Répondre