La Voix De Sidi Bel Abbes

Le cursus de notre grand frère, Fils de Dechra. La réussite malgré l’indigence.

Les examens scolaires de fin d’année viennent de débuter. Un article sur le BEM 2016 est déjà en ligne, suscitant des commentaires. Pour ma part je n’ai pas résisté un moment pour partager ce poignant témoignage que j’ai trouvé dans le blog de notre ami Dr Douar Benamar. BONNE LECTURE

Le cursus de notre grand frère, Fils de Dechra. La réussite malgré l’indigence.
A l’approche de la fin de l’année scolaire et le début des examens je n’ai pas trouvé mieux que de partager avec vous ce récit afin d’inciter nos enfants et petits enfants à la réussite dans leurs études, eux qui ont beaucoup de chance par rapport à leurs parents qui vivaient dans le besoin total et l’indigence absolue et malgré ça, certains sont arrivés au sommet de la réussite.Mon école s’appelait « École de la gare » c’est une école indigène. Il n’y avait que des enfants indigènes sauf un seul enfant français fils du directeur d’école. Je me souviens de mon premier jour d’école. C’était magique! Pour la première fois je suis sorti de notre douar pour aller au village et à l’école. J’avais, comme la plupart de mes camarades, la tête rasée avec au sommet une houppe de cheveux (Gotaya) longue et colorée au henné. Mes cheveux me descendaient jusqu’aux épaules. Pour l’occasion mon père m’acheta un pantalon »arabe » et des espadrilles blanches. A mon arrivée à l’école j’ai vu beaucoup d’enfants qui couraient dans tous les sens et qui criaient et riaient. J’avais le pressentiment d’être dans un rêve. Puis le directeur vint nous mettre en colonnes par deux: Chaque colonne avait un maître qui la dirigeait immédiatement vers une classe. Le premier jour le maître nous montra des battons de craie de différentes couleurs et écrivit: Il fit un dessin et nous dit que cela s’appelait « A ». Le maître parlait en français une langue que nous ne comprenions pas: Chez-nous on parlait notre langue l’arabe. Notre langue à l’époque n’était pas enseignée à l’école. Puis le temps passa et je réussis mon examen de 6em. Je ne savais même pas qu’il existait un collège après l’école. Tout ce que je savais c’est qu’il fallait obtenir son certificat puis aller travailler chez les colons comme ouvrier agricole. Je rejoignis le collège grâce à une bourse. J’ai passé 7 longues années au collège en internat. C’est la que j’ai appris à manger avec un couteau et une fourchette, à avoir un lit avec des draps etc…. Puis vint le temps de l’Université et le diplôme d’ingénieur et enfin le doctorat et mon titre de Maître de recherches. Malgré tout le fait que j’ai connu les plus prestigieux établissements de recherche, je n’ai jamais oublié mon école indigène et mon Maître avec sa blouse noire en face du tableau

 sans-titre douar

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Posté par le Mai 26 2016. inséré dans ACTUALITE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

8 Commentaires pour “Le cursus de notre grand frère, Fils de Dechra. La réussite malgré l’indigence.”

  1. N/ Youcef

    pour moi je crois que nous avons devant nous à travers ce témoignage une grande leçon de modestie et d’humidité avant les gens se contentés de ce qu’il y avait et dieu leur a donner la fois nécessaire et le courage pour atteindre ce qu’ils voulaient. Merci docteur pour ce rappel

  2. Imène

    Je me souviens de ce texte de fils de dechra..Magnifique , émouvant ! On est loin , trés loin des cours privés , payés au prix fort..des enfants pourris qui sèchent les cours parceque la voiture de maman est chez le mécano , et tout le faste pour fêter la réussite au bac,( parfois la 6eme ) et en salle svp ! ( même limite avec un petit 10 de moy.. ) Quels temps ! la réussite n’est pas l’apanage des seules gens aisés..la richesse ne suffit pas pour rendre les gens heureux ..
    bcp de grands hommes de ce monde sont issus de milieux indigents , à commencer par le plus grand que la terre n’ait jamais porté : le prophète MOHAMMED (qssl ). Azzulcalement !

  3. Mme CH

    Merci pour ce partage….!! un beau récit comme nous a habitués Mr Douar…!!! Effectivement le premier jour de l’école est toujours magique..!! Mais, Oufffffff…..j’ai eu la chance de ne pas connaître l’école des colons barbares venus de chez FaFa…!!!

    Docteur, l’université c’était à l’époque de l’Algérie algérienne ou bien….???

    Des analyses statistiques de Hubert Desvages dans « La scolarisation des musulmans en Algérie (1882-1962) dans l’enseignement primaire public français. Etude statistique » font apparaître le caractère extrêmement tardif des progrès réels de la scolarisation des musulmans. Malgré la persévérance des premiers artisans de l’oeuvre, Jeanmaire en tête, elle s’est heurtée jusqu’à la première guerre mondiale à l’hostilité de l’Algérie coloniale renforcée de celle des musulmans : ce n’est pas la faiblesse de la scolarisation qui doit surprendre, mais bien plutôt que 84 garçons sur 1 000 et 7 filles aient été scolarisés en 1920. De la première à la seconde guerre mondiale et malgré la relance des années 30, c’est à peine si les progrès de la scolarisation ont compensé l’essor démographique : au sortir de cette période – 64 – de stagnation, moins de 12 % des garçons et moins de 3 % des filles étaient effectivement scolarisés. Ce n’est qu’au lendemain de ces longues années d’immobilisme colonial que la scolarisation des musulmans a pu prendre un réel essor, avec le plan de scolarisation « totale » de 1944, puis avec les années de guerre d’indépendance. C’est à-dire trop tard : politiquement pour la France, économiquement et socialement pour l’Algérie indépendante. Non qu’ il soit permis de sous-estimer la réalité de la progression des années 1944-62, au sortir desquelles 2 musulmans sur 5 et 1 fille sur 5 étaient scolarisés. Mais à condition de bien marquer que ce caractère trop récent du développement de la scolarisation des musulmans est responsable du trop petit nombre de cadres musulmans formés à l’époque française et constitue un handicap très lourd pour un pays qui s’est fixé comme objectif la scolarisation totale de sa jeunesse. C’est dire que, malgré le renouveau des années 1944-62, l’insuffisance de l’oeuvre française de scolarisation des musulmans continue à peser de manière négative sur le développement de l’Algérie indépendante. »

    En lisant le document de Mr Hubert, j’ai l’impression que le plan concocté pour la dégradation de l’école a continué surtout à l’ère du ministre qui est resté 20 ans assis sur la même chaise…….je ne parle pas des chiffres….et maintenant, il y a un retour d’experts français dans les coulisses….que concoctent-ils avec nos……..?????!!! Allez-y savoir..??

    Certes la fourchette, est une invention, mais je pense qu’elle est surtout faite pour les mains sales….!!! Cela ne veut pas dire qu’on ne l’utilise pas en cas de besoin…!!!

    Mes amitiés Docteur..!

  4. Bonjour tout le monde
    @ Imène !!Bonjour. Effectivement ce récit est déjà passé comme commentaire signé Fils de Dechra qui, je devine, n’est autre que notre frère Hassan qui nous a gratifié par ses jolis poète. Mme CH !! Avec ce long parcours de notre « Grand » frère fils de dechra, je pense que l’université Algérienne c’était les fins de son cursus, une simple déduction en attendant la réponse juste de sa part.
    Mes salutations Mes dames CH, Imene.

    • Mme CH

      Salam Docteur Douar….!!! Toujours un plaisir de vous lire…On attend avec impatience un autre récit de votre part….!!! Merci pour cette précision, car je croyais qu’il s’agissait du Docteur Douar…!!! Quel amalgame….!!!
      Notre frère Hassan que je salue chaleureusement nous manque vraiment , d’ailleurs, je me suis déjà demandée s’il était avec les Otaries sur la banquise ou avec les gazelles du fascinant Tanget…!!!

      J’espère qu’il va nous faire un petit coucou avec un joli poème comme d’habitude…!!

      Mes Cordiales Salutations Docteur

    • Imène

      Azzul Dr Douar ! tlm..
      Exactement c’est bien la patte de notre Hassan ! un maître !! Des passages trés forts ont été supprimés de ce texte ..mais il ya des phrases lues , des témoignages relevés dans diverses contributions de fils de dechra ( hassan , certainement ) me reviennent à l’esprit : la gotaya colorée au henné , la gandoura tounsi , le pantalon arabe de la rentrée ..et plus tard les salons huppés , le smoking sombre et chemise blanche ..Sacré Hassan ! mais où est il donc passé ? in chaAllah ykoun bekheir bark ..
      Docteur Douar : merci pour le partage , ça ne pouvait mieux tomber : la veille d’un grand examen décisif pour plus de 800 000 candidats ( à qui nous souhaitons bonne chance )
      Hassan , si vous me lisez , une petite question : en ces temps de misère , vous aurait -il seulement effleuré l’esprit qu’un jour ..en Algérie indépendante , la triche , le copiage aux examens – du primaire jusqu’au plus hautes écoles et universités – ( illa man rahim ) deviendrait « démocratique et populaire  » ?? et tellement que le phénomène s’impose à l’ordre du jour au conseil des ministres ??? où comment et par quels moyens  » hight tech  » débusquer les éventuels fraudeurs ?? c’est à tomber à la renverse ! Salem

  5. Amirouche

    Salam,

    Un exemple à suivre pour les jeunes qui ont tout à leur portée…Nous, on avait droit à une »haba soukor » contre le stress…
    ان اَرَدْتَ نجاحاً أو بلوغَ منى . . . . فاكتمْ أمورَكَ عن حافٍ ومنتعلِ
    وجانبٍ الحِرْصَ والأطماعَ تحظَ بما . . . . ترجو من العزِّ والتأييدِ في عجلِ
    ( Al Safdhi)…A méditer .

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