La Voix De Sidi Bel Abbes

Le crépuscule de la génération de Novembre

Abdelhamid Mehri, Pierre Chaulet, Warda El Djazaïria, Ahmed Ben Bella et Chadli Bendjedid ont tiré leur révérence lors du cinquantième anniversaire de l’indépendance. Chacun représente une certaine idée de l’Algérie : Chaulet la voulait libre, Mehri luttait pour qu’elle soit démocratique, Ben Bella rêvait d’une Algérie porte-étendard des pays du Tiers-Monde,  Chadli a fini par ouvrir la porte à l’économie de marché et Warda incarnait une conception surannée du patriotisme.

Pierre Chaulet ou la foi dans la justice
Il faisait partie des «héros méconnus» de la guerre de Libération nationale. Ceux  qui n’ont pas été cités dans les manuels scolaires, mais qui ont porté l’Algérie dans leur cœur malgré les troubles post-indépendance. L’Algérie se souviendra de Pierre Chaulet comme de quelqu’un ayant non seulement préféré la justice à sa mère, mais qui a également apporté sa pierre à l’édification de l’Etat algérien.

Abdelhamid Mehri, le militant acharné
Abdelhamid Mehri n’était pas homme à abandonner la lutte. Depuis sa participation, il y a cinquante ans, à la libération du pays du joug colonial, il a été l’un des plus ardents défenseurs de l’édification d’une véritable démocratie dans ce pays. De sa longue carrière politique, notamment en tant que secrétaire général du FLN, l’on retient ses tentatives d’arracher le parti FLN des griffes du pouvoir. Dans une lettre adressée au président de la République, en février 2011, il appelait à «la mise en place d’un régime réellement démocratique, capable de résoudre les problèmes du pays et de le préparer à relever les défis de l’avenir». Mehri appelle à un «changement pacifique» réfléchi et porté par la société et non pas imposé par le pouvoir.

Ahmed Ben bella, l’un des pères de la nation
Il rêvait d’incarner aux côtés du Cubain Fidel Castro, de l’Egyptien Djamel Abdel Nasser, de l’Indien Nehru et du Chinois Mao Tsé-Toung la lutte «anti-impérialiste» et le «non-alignement» du Tiers-Monde émergent. Il léguera à l’Algérie le «socialisme autogestionnaire» qu’il tente d’implanter dès son arrivée au pouvoir en septembre 1962, le panarabisme, une politique calquée sur le modèle égyptien.
Renversé, en 1965, par son ministre de la Défense, Houari Boumediène, Il n’aura pas le temps de mettre en œuvre ses desseins politiques. Lui qui se voyait le « Nasser algérien », il connaîtra  la prison et l’exil.
En 1981, gracié et libéré par le successeur de Boumediène, Chadli Bendjedid, Ben Bella s’exile pour un temps à l’étranger, et fonde le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) sans parvenir à mobiliser. C’est que l’homme a valeur de mythe dans le monde entier, sauf dans son pays.

Chadli Bendjedid, artisan du multipartisme ?
Que retenir des 13 années de pouvoir de Chadli Bendjedid ? Le bilan économique catastrophique ? La gestion épouvantable des émeutes d’Octobre 88 ? Les réformes politiques ayant conduit au multipartisme ? Son règne monolithique ? Le passage à l’économie de marché ? L’ancien président algérien, disparu en octobre dernier, laisse un souvenir mitigé.
Au pouvoir de février 1979 à janvier 1992, il aurait été à l’origine de la démocratisation des institutions algériennes, notamment par la promulgation d’une Constitution pluraliste en février 1989.
Ses mémoires, dont le premier tome a été publié quelques jours après son décès, auront été à l’image du personnage : sans grand relief. Il décoche tout de même quelques flèches en direction de l’ancien président Ahmed Ben Bella qui, à l’en croire, «fuyait ses responsabilités».

Warda El DjazaïrIa, le patriotisme à la  sauce Entv

Si dans les pays arabes, Warda est plus connue pour ses chansons d’amour, elle restera, dans la mémoire collective algérienne, l’icône de la chanson patriotique. Celle qui a été de toutes les fêtes d’anniversaire de l’Algérie est morte à peine quelques mois avant la date du cinquantenaire de l’indépendance du pays.  Lorsqu’elle interprétait ses chansons dédiées à l’Algérie, les dirigeants des régimes successifs se mettaient au premier rang et l’ENTV les retransmettait en direct. Peut-être incarnait-elle une conception poussiéreuse du patriotisme, mais ses chansons disaient sans doute vrai quand elles articulaient que ce pays était plus grand que nous.

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Posté par le Déc 28 2012. inséré dans ACTUALITE, HISTOIRE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

7 Commentaires pour “Le crépuscule de la génération de Novembre”

  1. meradi

    Personnellement je trouve que c’est une belle rétrospective mais axée sur les politiciens mis a part warda la diva. C’est la fin généalogique

  2. Benhaddou Boubakar

    prions pour nos morts:Allah yarham eljami3; pour les vivants on dit: Allah yahdi eljami3

  3. elhadj abdelhamid

    Bonsoir
    Cet article sur le crépuscule des  » fils ( et de la fille Warda ) de la Toussaint m’a laissé longtemps pensif pour une raison personnelle. Voilà, il y a quelques mois, j’ai esquissé l’ébauche d’un petit roman ( avec le titre provisoire qui sera peut-être revu avec l’éditeur Le crépuscule des Déesses ) qui met en scène le parcours parallèle de deux princesses, Lady Diana et Asmahane ( j’ai retrouvé des photos authentiques où elles se ressemblent comme des jumelles ). La première, amoureuse du fils d’un magnat arabe et d’un chirurgien pakistanais, attendait peut-être un petit prince  » musulman « , héritier potentiel de La Couronne d’Angleterre, qui sommeillait dans son ventre.
    La Princesse de Galles meurt le 31 Août 1997, sous le Pont d’Alma, dans un accident de voiture, à 26 ans.
    Asmahane, la fille du prince druze Fahd El Atrach, l’amante du roi Farouk, attendait aussi, pour la rue du Caire, un prince héritier  » illégitime  » . Elle meurt aussi, sous un pont du Nil, dans un accident de voiture, le 14 Juillet 1944, à 26 ans.

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