La Voix De Sidi Bel Abbes

Sidi Bel Abbés : Le coiffeur de mon village « Moussica » et Si Smain de Tahtaha faisaient aussi la fonction d’infirmier. Par Notre fidèle Douar

On le surnommait Moussica, tout simplement parce que son père s’appelait Moussa. C’était l’unique coiffeur du village après l’indépendance. Mais il faisait en parallèle la fonction d’infirmier en administrant des piqures aux malades dont le médecin leurs prescrivait des injections et que les aléas du quotidien les empêchaient d’aller, le matin, au dispensaire pour se faire piquer, alors ils venaient le soir au salon de coiffure chez Moussica. Quand une personne de ce genre se présenta avec sa boite de médicament à la main, Moussica, déjà occupé par une chevelure à tondre, lui exigea d’abord l’ordonnance du toubib puis posa le ciseau et le peigne sur la table en abandonnant, pour quelques minutes, son premier client déjà installé sur la chaise et qui n’eut pas le choix, avec une étoffe autour du cou et une coupe inachevée, qu’à attendre la reprise du coiffeur pour terminer la coupe. Moussica ouvrit un grand tiroir au bas de son bureau, sortit une boite métallisée renfermant des seringues en verre et des aiguilles, prépara machinalement l’injection et piqua soigneusement son malade en lui souhaitant prompt rétablissement. Nul ne se préoccupait de la stérilisation du matériel, la méconnaissance totale de la médecine chasse de leurs têtes l’idée de s’infecter par la souillure d’une aiguille. Plus tard en discutant avec Moussica sur cette question, il m’a affirmé qu’il avait au salon un réchaud à pétrole sur lequel il bouillonnait avec précaution son outil médical.
Moussica n’était pas, en ce temps-là, le seul coiffeur qui faisait fonction d’infirmier en parallèle. A Sidi Bel Abbes, il y avait, à ma connaissance, en face de Tahtaha, la place mythique d’El Graba, le coiffeur « Si Smain » qui a osé faire plus en pratiquant des gestes plus compliqués : La hijama « la saignée » et la circoncision. Bon nombre d’enfants, maintenant des adultes ne se rappelant pas , avaient laissé leurs prépuces à Tahtaha chez Si Smain.
Notre coiffeur Moussica était aussi projectionniste du cinéma, une autre activité qu’il l’avait attribué à titre gracieux. Une fois par semaine les jeunes du village avaient eu le mérite d’une projection cinématographique à la cantine scolaire, et c’était lui qui plaçait et faisait tourner les bobines. Les coupures de film sont très fréquentes et pouvaient même se répéter plusieurs fois durant la même séance. Lorsqu’une coupure survenait soudainement, les spectateurs inassouvis et mécontents, vociférant : « Moussa yedek malha… » « Moussa tes mains dénotent de la maladresse et manque d’aisance ou de tact ». Mais c’est faux. Les mains qui peignaient méticuleusement les mèches et piquaient avec subtilité les fesses, savaient parfaitement comment embobiner, encoller un cliché abîmé, et on pouvait finalement, grâce à ses mains, regarder le film jusqu’à la fin.
Coiffeur

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Posté par le Sep 21 2014. inséré dans ACTUALITE, EVOCATION. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

23 Commentaires pour “Sidi Bel Abbés : Le coiffeur de mon village « Moussica » et Si Smain de Tahtaha faisaient aussi la fonction d’infirmier. Par Notre fidèle Douar”

  1. OUERRAD

    ALLEZ BEL ABBESIEN ?qui se rappelle wien khalla z;;;;;;?

  2. OUERRAD

    MOI , c est SMAIN RABI YARHMOU qui me l a coupee .

  3. OUERRAD

    ET qui connait sa QABLA ?

  4. OUERRAD

    MOI? c est grand mere BADRA EL KAHLA de FILLAGE ABBOU .

  5. Amirouche

    DOUAR

    Vos récits sont magiques comme à l’accoutumée !
    Mon père nous ramenais , mes frères et moi chez un coiffeur « low cost » à Faubourg Thiers , personnellement je n’aimais pas ce dernier car c’était toujours la « brosse » qui était au fait presque une boule à zéro ……avec cette tondeuse manuelle et ce vaporisateur rempli d’eau froide !! , il travaillait sans douceur et n’arrêtait pas de parler pari-sportif ; une fois « nous avoir débarrassé « de nos cheveux , nous sortions tous avec le cou tout rouge et irrité le lendemain…..C’était au fait une punition pour moi et je n’ai jamais aimé ….. surtout l’hiver .
    Merci monsieur Douar

  6. OUERRAD

    A GAMBETTA , on avez FEDDAG .ZOUAOUI BARAKA DIT KALOUZ , que de beaux souvenirs , quant a la circoncision il y avait BASSO .

  7. BADISSI

    les coiffeurs de mon enfance le premier qui étaient le mari de ma tante c est Mami Abdallah ALLAH yerhmou décédée l année dernière son salon étais triq esseyagha , ensuite aami MOULAY qui étaient a coté des 4 horloges ensuite la coupole , aujourd’hui il est en retraite il habite a coté bâtiments italiens , et maintenant j ai quelque cheveux je me coiffe moi même (rire )
    Merci Docteur pour ce beau voyage dans nos souvenir d enfance

  8. Imène

    C’est pour coiffer ?? ces objets là sur la photo : plutôt des outils de torture !
    Merci Douar ! le récit est ….incroyable , insolite à la limite surréaliste : moussica coiffeur et infirmier ( qui laisse poireauter son client sur la chaise pour piquer son patient .. chirurgien au besoin et chef monteur à ses heures !!! c’est dingue ..il faut le faire ! vraiment merci Douar , ça nous change tellement !
    Amirouche, la brosse et la boule à zéro sont trés tendance ! lol .. remercier plutôt votre coiffeur faubourg thiers ! il aurait fait fortune aujourd’hui..
    Salem Tous !

    • OUERRAD

      Imene , en ce temps là ces outils etaient pour nous les seuls accessoires pour avoir une coupe de cheveux .Quant à la brosse , on a tous rechigner et pas seulement SAHBI @MIROUCHE que je salue , mais y avait plus costaud la CASSEROLE , quelle horreur et voilà qu elle revienne en VEDETTE .C est vrai le coiffeur de Fg THIERS rabi yarhmou PATIENT comme il etait car je l ai moi meme connu un moment , je veux dire ses ciseaux et sa chaise ,aurait fait fortune avec les jeunes d aujourdh ui .
      CORDIALEMENT BONNE JOURNEE

      • Imène

        Salut Ouerrad !
        c était juste pour plaisanter , je te jure ! il arrive aujourdhui qu’on trouve des salons de coiffure infects ( sièges, serviettes, accessoires….) alors tonton moussica est tout excusé ! dites -moi squatteur , est ce que tu la vois de tps en tps , mamie Badra de fillage Abbou, et est ce qu’elle se souvient de toi ??

        • OUERRAD

          Imene , je le savais que c etait pour plaisanter , moi de meme c est pour rester dans l ambiance . Ne me parlez pas des salons actuels , rien n est plus comma avant HYGIENE , PROPRETE et surtout ACCEUIL ?
          Mamy BADRA RABI YARHAMHA , c etait pour savoir si parmi les lecteurs de fillage abbou , il y avait ceux qui sont nes sous l oeil vif de grand mere .
          KHAYIKALEMENT COMME DIRAIT àMIROUCHE .

  9. ADMINISTRATION REDACTION

    La fermeture des commentaires a ses raisons internes et a permis de tirer des enseignements forts utiles A cet effet nous profitons pour demander à nos fidèles lecteurs de veiller a la sauvegarde de cet espace d’expression que seul l’administrateur établi hors du pays le modère et ce bénévolement comme le sont nos contributeurs (journalistes)qui ne sont pas concernés par cette modération Nous soulignons ceci pour lever toute équivoque et de situer les prérogatives des uns des autres et lever toute équivoque .Nous vous remercions d’avance pour votre attachement a la VDSBA manifestée par le biais de plusieurs canaux

  10. fethi

    un agréable retour au passé

  11. Bélabésienne .

    Papa !
    Le voir se raser tous les matins était pour moi quelque chose de fascinant, je restais là à côté de lui.
    Le regardant s’enduire méticuleusement et doucement de mousse à raser avec son blaireau, et pendant que sa peau s’imprégnait, il aiguisait son rasoir sur la bande de cuir, ensuite doucement avec une agilité incroyable il le passait sur le visage, le menton, le cou, s’essuyait et mettait cette lotion qui sentait si bon, (après avoir utilisé en cas de coupures ce qui était rare cette petite pierre translucide d’alun).
    Il avait après ça une peau douce comme celle d’un bébé et j’avais plaisir à lui caresser le visage.
    C’était un rituel que je n’aurais raté pour rien au monde, d’ailleurs lorsque je n’étais pas avec lui, il m’appelait car il savait que c’était pour moi un grand bonheur que de le regarder faire.
    Lorsque je regarde mon mari se raser bien que ce soit avec un jetable je remonte dans le temps et tous ces souvenirs me reviennent en mémoire, heureuses années de l’enfance qui ne s’effaceront jamais …..Merci Docteur d’avoir raviver cette douce flamme…..

    • Albarracin de Sidi Bel Abés

      @Belabésienne

      Bonjour! Trés touchante votre évocation ; il y avait quelque chose de magique dans le rituel du rasage, avec cet outil si tranchant, et les métamorphoses d’un visage tout entier placidement offert en holocoste à la confiance d’une main , d’un miroir, d’un faisceau de lumière..
      Avec le temps,;;; avec le temps va … Comme dans la chanson…..

    • MADANI

      CE qui me plait dans ce commentaire de cette bel abbésienne c’est l’art et la manière dont elle décrit ce rituel matinal et journalier quand les gens étaient des gentlemens propres et éduqués qui donnaient l’exemple une fois dehors elle avait une grande admiration pour ce père qui l’aimait beaucoup du fait que quand il allait se raser il l’appelait ensuite c’est elle qui lui caressait le visage maintenant c’est son mari qui se rase devant elle avec une lame jetable BIC ou autres à la va vite sans aucun plaisir ni perfection d’antan le temps qui passe ne se retrouve jamais en aucune manière de faire les belles choses à la perfection apprise par les autochtones de l’expérience des européens d’algerie

  12. A.Dennoun

    Merci si Douar,
    Mon coiffeur Mr S…… a filege abou etait unique,un grand dragueur,coureur de jupons. Toutes les 2 minutes il allait devant la porte et regarder a droite et a gauche pour voir si y a des femmes qui passent pour leur adresser un mot,certaines changeaient de trottoir pour l’eviter, d’autres aimaient ses compliments et lui souriaient. C’etait les annees 57-62.
    A.D

  13. tewfik Adda Boudjelal

    Encore une fois, je dis bravo à notre Docteur Douar qui n’arrête pas de nous surprendre avec des sujets qui donnent du baume au cœur et qui entretiennent notre mémoire.
    Des souvenirs d’enfance, qui défilent comme un film qu’on aurait aimé sans fin.
    Une période qui fait désormais partie du passé, dont les souvenirs ont laissé des traces indélébiles dans nos cerveaux et nos cœurs.

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