La Voix De Sidi Bel Abbes

Le cinéaste du bled Latrache Mohamed : Un autre digne fils du Mçid.

Ce n’est pas nous qui allons abdiquer devant quelques tentatives soutenues volontairement ou involontairement, et dont nous reconnaissons leurs ordonnateurs visant à réduire nos actions de recherches, ou de présentation des enfants du bled qui nous honorent. La Voix De Sidi Bel Abbes ne se veut pas comme peut être pourraient l’imaginer certains, qui ont fait a tord et vite une lecture réduite dont les échos nous parviennent. Et ce en pensant que nous sommes seulement pourvoyeurs d’informations de proximité au-delà de l’intérêt de ces dernières.

Cette fois ci nous représentons un cinéaste du bled, un digne fils descendant de notre Mcid (Mehadjas). Il s’agit du jeune cinéaste Mohamed Latrache établi en France. Son père, le devoir de le dire est un nationaliste de la première heure, natif du premier mars 28, fils de Kada Eslimani, c’est ainsi qu’on l’appelait, et de Belgadi Yamina des Koadi de Tessalah. Il a fait des études coraniques puis ira dans les années 45 à Kairouane Fes, puis Zitouna Tunisie, un des fondateurs de la Medersa, nationaliste de l’avenue Pasteur (fillaj Abbou), incarcéré en 57 à Arcole, puis on le retrouve comme élu avec feu Hassani Aek en 67. Ravi au sien à la suite d’un accident meurtrier dans les années 70. Son fils Mohamed Latrache est un jeune réalisateur des films A la recherche de l’Emir Abdelkader et L’Aide au retour et il est aussi scénariste, producteur et distributeur de films. Votre coup d’essai, le court-métrage Rumeurs, démontre une démarche utile, un témoignage, une implication… Le projet du film consistait à montrer par le biais d’une comédie dramatique l’ennui, l’attente, l’errance d’un jeune homme dans sa propre ville, une ville de taille moyenne. Alors effectivement, on peut parler de témoignage car le film est autobiographique à travers ce qu’il raconte, bien sûr, mais aussi dans son ancrage géographique et linguistique : filmer ma ville, Bel-Abbès, faire parler mes personnages dans le dialecte de la région relevaient d’un désir viscéral, d’un parti pris intraitable. Je n’aurais pas pu faire ce film ailleurs, dans une autre ville par exemple. C’est donc aussi un film sur l’amour d’une ville, mon attachement à une langue.  A la recherche de l’Emir Abdelkader est un documentaire initiatique sans concession sur le père du premier Etat algérien … Les premiers récits concernant l’Emir AbdelKader, je les tiens de mon grand-père. Il est de la tribu des M’haja, voisine de celle de l’Emir ; mes arrière-grands-parents faisaient partie des troupes de l’Emir, des fidèles. Ce travail m’a permis de revisiter et donc de m’approprier de manière personnelle, à la fois l’histoire de l’Emir AbdelKader pour qui je voue un amour sans borne, mais aussi l’histoire nationale et l’histoire de mes ancêtres. Le film est donc à ce titre forcément initiatique. Je peux affirmer aujourd’hui que ce film et Rumeurs m’ont permis de passer réellement à l’âge adulte, de grandir réellement, de me construire comme cinéaste et comme citoyen.  Un autre regard sur les traces de l’Emir Abdelkader à Mascara, Sidi Kada, Amboise, El Guetna, Hamel, Damas, Alger … Le film est un road-movie, le récit s’est donc construit sur un principe simple : prendre la route sur les traces de l’Emir pour voir ce qu’on peut trouver. Sur cette route, j’avoue que les « connaisseurs » nous conseillaient le plus souvent des sentiers mille fois battus. Notre attitude, un principe de l’éthique du cinéma documentaire, a consisté à ne pas céder à la facilité, en allant généralement là où les gens n’aiment pas aller. C’est là d’ailleurs qu’on a trouvé les matériaux les plus évocateurs, les plus intéressants. Par exemple, du côté de Mascara, on vous oriente en général sur des lieux comme l’arbre de la moubayaâ et de Sidi Kada, ce qui est très bien, mais personne ne vous emmène à El Guetna où l’Emir est né, grandi dans cette zaouïa fondée par son père Si Mahiedine.La zaouïa, un centre universitaire qui rayonnait en son temps sur l’ensemble du Maghreb et sur une partie de l’Afrique subsaharienne, est aujourd’hui, au moment du tournage en tout cas, quasi fantoche. Détruit en partie par l’armée française, ce lieu fut déserté par la population locale suite à la terreur des groupes islamistes armés. Terrible histoire, à méditer. Même chose du côté de Damas : personne ne cherche à vous emmener dans la demeure de l’Emir à Dommar. Construite par l’Emir lui-même, dans un style architectural occidental, la maison ressemble (en 2003) à une décharge publique. Un lieu où l’Emir aimait se retirer pour retrouver d’autres savants soufis et ses disciples. Le film s’est construit, malgré nous d’ailleurs, sur ce constat assez amer de voir un peu partout l’héritage matériel et immatériel de l’Emir AbdelKader, les éléments qui nous permettent de mieux le connaître assez malmenés.  Vous avez mis l’emphase sur le personnage érudit, sage, visionnaire, tolérant quant au dialogue inter-religions car lui-même soufi… Et puis le sauvetage des 12 000 chrétiens en 1860 en Syrie … Ces facettes de la personnalité de l’Emir demeurent assez méconnues du grand public en Algérie, en France comme en Syrie. Pour notre part, le co-auteur du film Mohamed Kacimi et moi, nous portons à l’Emir une admiration totale, pour l’ensemble de sa conduite : pendant la guerre en Algérie comme dans sa captivité en France et lors de la troisième phase de sa vie en Syrie. C’est l’entrelacement de ces différentes facettes – le guerrier, le poète, le soufi, le progressiste, l’intellectuel – qui fait de lui une figure mythique, « immortelle », un grand homme, un homme parfait comme disent les soufis. Il ne faut pas l’oublier, ce film était destiné pour la télévision – il a été diffusé sur TV5 et Al-Arabiya et Beur TV – et il me paraissait important de montrer à un large public, dans un contexte marqué par le 11 septembre, un véritable « héros positif », arabe et musulman. C’est le côté « ‘uvre de salubrité publique » de ce documentaire.  Ce film vous tenait tant à c’ur. Il est présenté à la première personne du singulier… L’histoire de l’Emir AbdelKader est à la fois patrimoine national et universel, mais pour Mohamed Kacimi et moi-même, elle provient de notre espace intime, liée et transmise de père en fils. C’est le point de départ et ce qui donne le ton de ce film.  La fiction dramatique L’Aide au retour est d’une force éloquente et émouvante … Le mérite revient aux comédiens Mila Savic, Goran Kostic et Aïssa Maïga. C’était un véritable plaisir de travailler avec eux. Ils sont beaux, intelligents, talentueux, des personnalités fortes. Cette expérience marque un changement important dans ma pratique du cinéma. Le réalisateur est certes le responsable de l’allure finale du film. Mais ce sont les comédiens qui incarnent en chair et en os les personnages, qui produisent les sentiments et transmettent les émotions. Donc c’est eux qui font le plus dur du travail.  C’est toujours cette vulgarisation du drame et la détresse humaine à l’image de ce couple originaire du Kosovo réfugié en France, où on leur fait une proposition financière indécente en guise de retour vers … l’enfer… Le désir de vulgarisation vient des collégiens qui ont écrit la première mouture du scénario, ensuite avec Yves Caumon, co-scénariste, nous avons introduit cette idée de l’aide au retour car je pense qu’elle est narrativement saisissante .  Il y a cette scène ironique où la femme kosovar est convoquée par une Française d’origine africaine quant à l’aide au retour… Vous soulevez le problème des réfugiés… Le traitement réservé aux réfugiés en France est vraiment scandaleux. L’actualité offre tous les jours des récits qui vont à l’encontre du respect de la légalité et du respect des droits humains alors que le droit d’asile, il ne faut pas l’oublier, est un droit constitutionnel. Il est délicat de traiter de ce genre de sujet au cinéma. On peut aisément tomber dans les pièges du manichéisme, de la dénonciation facile et souvent vaine. Je pense que nous avons réussi notre pari en nous mettant à la bonne distance et en ayant recours, entre autres, à cette scène ironique. Elle porte en elle un double effet : montrer le ridicule de cette mesure, « l’aide au retour volontaire » et susciter une des interrogations chez le spectateur, une réflexion qui dépasse le strict problème de l’octroi des titres de séjour, etc.  Mohamed Latrèche, vous êtes un réalisateur « engagé » … Non, ça serait malhonnête pour moi de revendiquer ce qualificatif. Des cinéastes engagés, j’en connais, René Vautier par exemple. Mais pas moi. Pour ma part, j’aspire à être un bon artisan de la mise en scène, bien sûr pas au service de films vains. J’aimerais bien évidemment continuer à faire des films personnels. Si vous voulez, le modèle reste pour moi des cinéastes comme John Ford, Lubitsch, Rohmer ou Truffaut. Ces immenses cinéastes ne se considéraient même pas comme des artistes, mais uniquement comme des artisans : vous imaginez !  Vous êtes aussi acteur, scénariste, producteur et distributeur de films. Comment arrivez-vous à gérer toutes ces casquettes ‘ Je ne peux pas me définir comme acteur ou scénariste à part entière. Il faudrait, pour revendiquer ces métiers, jouer dans les films des autres et écrire les scénarios des films des autres. Cela ne fait en tout cas pas partie de mes vélléités. Pour ce qui est de la distribution et de la production, ce sont des activités que je mène en binôme avec Boualem Ziani depuis six-sept ans ; nous avons à notre actif de belles réalisations. Nous nous sommes mis, dès la création de notre société SORA, au service de la relance du cinéma en Algérie. Notre énergie reste toujours forte et ceci malgré les difficultés.  Quel serait votre prochain thème d’urgence ‘ Réaliser une comédie, c’est un genre que j’adore, j’aimerais dorénavant mettre plus en avant dans mon travail mon goût pour l’humour, la drôlerie et l’optimisme. Et puis réaliser un ou deux documentaires sur la musique algérienne. Sur Raïna Raï et sur El Anka dont je suis super fan, avait t’il dit à notre confrère K. Smaïl d’El Watan.

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=6098

Posté par le Juil 9 2011. inséré dans ACTUALITE, CULTURE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

13 Commentaires pour “Le cinéaste du bled Latrache Mohamed : Un autre digne fils du Mçid.”

  1. chikhi r roubaix

    chaque jour en lisant j’apprends sur ma ville sur ses hommes et je ne le cache je parle a mes enfants qui ne connaissent pas ma ville que par les photos un appel de temps a autre je suis ravi et pour moi latreche est une decouverte.

  2. hadj bedrani

    asslouka asslouka un enfant du mcid qui fait un film sur l’emir

  3. tewfik 2 hai badr

    tres intereressente information.j’apprends maintenant davantage et sur le cineaste et sur son travail

  4. tewfik 2 hai badr

    un bon raisonnement fait clairement ressortir que lorsqu’on va reagir ailleurs autour d’un sujet publie et ce sur camus et de son passge a sba est inadequat.l’ere de monter au maquis pour etre nmoudjahed en mars 1962 esr revolue.camis est un grand monsieur les convictions personnelles pour se permettre de parler de desunion ne tient pas le chemin.gardez votre venin un instant

  5. kaddous zhor etudiante

    unautre enfant de notre bled je ne la savais pas.

  6. Mascri

    toutes mes félicitations au talentueux et exigeant cinéaste mr Latrèche.
    Je peux évidemment confirmer que l’Emir est né à El Guetna, entre Hacine et Bouhanifia sur les terres de la famille Meddeber ou clan des zOubir. Sa stature est immense et une membre de la famille Churchil, futur premier ministre brtitannique s’est liée d’admiration pour lui à Damas et rendu compte de sa noblesse et de rectitude. Inspiré par le soufisme, il était en contact avec tous les intellectuels du monde. Quel beau départ l’Algréie aurait pris avec lui à sa tête.
    Il considérait comme algériens tous les natifs de la terre et deux juifs algériens étaient ses conseillers et avaient l’honneur d’installer leur tente à proximité de la sienne.
    Bravoure, érudition,vision de l’état, rectitude des moeurs l’2mir est la figure emblématque et titulaire de notre cher pays

  7. Smiley

    Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti
    le goût du pouvoir fait parler la langue de bois

  8. Smiley

    La foule doit faire peuple
    et acquiescer son approbation
    En tout lieu et toute saison
    Sinon elle sera accusée de déraison

  9. Abbes Missouri

    Fier et trés content de toi Mohamed. Ta réussite c’est aussi la nôtre. Hier encore tu étais mon élève: timide, assidu, reservé mais trés ambitieux. Je te souhaite davantage de réussite dans ce domaine si noble (rapporter les faits tels qu’ils se déroulent et surtout rafraichir les mémoires !!!!). Bon courage Mohamed.
    Abbes Missouri

  10. tewfik2

    il est des notres un fou veut nous avalerses convictions ses couleuvres le maroc

  11. Hassan

    Mes concitoyens savent-ils que les spécialistes qui ont lancé le programme nucléaire algériens sont des produits des lycées de Bel Abbes.Notre ville a des hommes qui travaillent pour le bien de notre patrie.ils peuvent être fiers de notre ville.
    Le responsable de la radio-protection
    le responsable de la recherche et de l’exploitation des matériaux radio-actifs et métaux rares
    Le spécialiste du réacteur
    le spécialiste du traitement des effluents
    Le spécialiste de la fiabilité des processus
    Tous sont des enfants de Bel Abbes.  »Lana Rijels » comme disait feu Ahmed wahbi.

  12. lalimi t

    une bonne info rejouissante pour nous a sidibelabbes monsieur hassan vous avez donne la une autre idee qui n’etonne pas mais neccesitait d’etre connue. on espere vous lire souvent. pour plus entre intellectuels.voila cela bouge a sba.lisez sur assocition nouvelle.

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