La Voix De Sidi Bel Abbes

« Le Chibani de Malakoff n’est plus…

Portrait de Mohan Dendoune, le père de Nadir Dendoune, journaliste reporter d'images, essayiste, né en 1972, originaire de l'Île-Saint-Denis.


(Photo Jérôme Bonnet pour «Libération») A Malakoff, une fresque qui raconte l’histoire oubliée des «chibanis»

—–Mohand Dendoune, qui a prêté ses traits à cette œuvre bien connue des habitués du périphérique, est décédé vendredi. Son fils, le journaliste Nadir Dendoune, lui avait rendu hommage dans un film et un livre.

—–Deux mains qui ajustent une cravate, une bouche qu’on devine prête à sourire surmontée d’une moustache et des yeux désormais à jamais clos. « Le Chibani », fresque de l’artiste Vince qui habille depuis 2016 un immeuble de Malakoff, est bien connu des automobilistes qui passent à hauteur de la porte de Châtillon, sur le périphérique. La voilà orpheline de son modèle : Mohand Dendoune, le vieil homme qui lui a prêté ses traits, s’est éteint vendredi matin au seuil de ses 91 ans.

« Avec cette fresque, mon père est éternel, souffle son fils, le réalisateur et écrivain Nadir Dendoune. Et à travers lui, c’est à tous les chibanis que l’on rend hommage, tous ces autres papas qui ont fait preuve de courage en quittant leur pays, des gens que l’on a très peu mis en avant… Cette fresque est pour eux tous, elle ne nous appartient plus. »

Comment ce père de dix enfants, débarqué en France en 1950 depuis sa Kabylie natale, s’est retrouvé portraituré sur un pignon d’immeuble, rue de la Tour, à Malakoff ? « Tout part d’une photo réalisée par Jérôme Bonnet pour Libération, raconte Nadir Dendoune. Elle est très belle cette photo, si bien qu’elle a eu le 3eprix World Press en 2010. C’est d’ailleurs moi qui l’avais appris à son auteur ! »

« Ce sont des 

gens que l’on a invisibilisés »

Quand, il y a trois ans, la mairie (PCF) de Malakoff laisse carte blanche au street-artist Vince pour habiller le bâtiment de la rue de la Tour, ce cliché lui revient en tête. « Vince, qui est plus qu’un pote, m’a demandé s’il pouvait utiliser le portrait de mon père, reprend Nadir Dendoune. J’ai d’abord demandé à la famille ce qu’ils en pensaient… Ce sont des gens qui ne se mettent pas en avant spontanément, qui ont été dans l’ombre, que l’on a invisibilisés. »

Nadir Dendoune, au contraire, n’a de cesse de vouloir raconter « cette histoire très française » que celle de ses parents arrivés d’Algérie pour « reconstruire la France ». « Mon père a travaillé à l’usine Citroën de Saint-Ouen avant de devenir jardinier à l’hôpital de Montmorency, déroule l’auteur. Avec ma mère, ils se sont installés cité Maurice-Thorez, à l’Île-Saint-Denis. Là, ils ont retrouvé un peu de l’esprit de village de l’Algérie, avec beaucoup de solidarité, de l’entraide, des voisins qui se connaissent tous… »

La photo de son père n’a pas seulement servi de modèle pour la fresque de Vince. Elle illustre aussi la couverture de « Nos rêves de pauvres », le dernier ouvrage de Nadir Dendoune dans lequel il revient sur toute cette histoire familiale. L’auteur a aussi eu l’occasion de la conter dans « Des figues en avril », documentaire sorti l’année passée sur les écrans. A chaque fois, Nadir Dendoune a voulu « parler de tous les autres en parlant des miens. Pour que  certains gamins, qui ne connaissent pas leur propre histoire, puissent être fiers de leurs propres parents. »

Source : Louis Moulin

Lien : http://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/le-chibani-de-malakoff-n-est-plus-20-01-2019-7992717.php

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Posté par le Jan 23 2019. inséré dans ACTUALITE, CE QUE DIT LA PRESSE, CULTURE, HISTOIRE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

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