La Voix De Sidi Bel Abbes

La Mekerra, un tumultueux oued dompté …

La rivière a bouleversé avec ses ravageuses crues la paisible ville de Sidi Bel-Abbés des décennies durant…
Les citoyens se remémorent, aujourd’hui, avec une vive affliction, la violente furie de l’emblématique fleuve qui a emporté dans son cours en 2007, une dizaine de personnes et d’innombrables habitations. Des scènes apocalyptiques où des eaux, ne trouvant plus de passage, d’issues, de brèches ou autres circuits naturels et artificiels, stagnaient dans les domiciles et inondaient les chambres jusqu’à une hauteur de 2 mètres ! Retour sur les lieux meurtris d’une wilaya endeuillée qui respire, certes, présentement, mais en poussant un soupir à fendre l’âme…
Les séquelles indélébiles générées par les dévastatrices inondations d’avril 2007 demeurent encore ostensibles à Sidi Khaled, une localité sise non loin du chef-lieu de Sidi Bel-Abbés. Sept ans plus tard, les saumâtres souvenirs de l’impétueuse catastrophe naturelle, engendrée par les crues du tumultueux oued Mekerra… refluent de nouveau dans la mémoire des habitants.
Les affres de ce ravageur phénomène étaient si intenses dans l’esprit des Bélabbésiens qu’à l’approche du fatidique mois d’octobre, annonçant la période des pluies diluviennes, l’effroi s’empare concurremment des responsables locaux et des administrés. Ils gardent toujours en mémoire ces scènes apocalyptiques où des eaux fangeuses, ne trouvant plus de passage, d’issues, de brèches ou autres circuits naturels et artificiels, stagnaient dans les domiciles et inondaient les chambres jusqu’à une hauteur de 2 mètres ! Les alluvions embouaient tous les espaces domestiques des quelques habitations qui résistaient cahin-caha à cette réaction fougueuse de l’irascible rivière. Ebranlés par cette furieuse tourmente naturelle, des murs s’effondraient successivement. Un amas d’objets dont des meubles, des portes, des fenêtres, des appareils électroménagers, des habits… entraînés par le courant, flottaient sur cette immense masse d’eaux vaseuses… Si, ailleurs, dans d’autres contrées, la clémence de la nature était un léger mieux perceptible, il n’en demeure pas moins que les chaussées y étaient entièrement inondées avec un niveau de l’eau de plus de 15 centimètres. La mobilité des personnes y était impossible. L’auréole de “Petit Paris” dont est couronnée la ville de Bel-Abbés, perdait, à brûle-pourpoint, de sa valeur, à cause des submersions de ses quartiers.
Autant d’images poignantes qui rappelaient les méfaits d’un réveil cataclysmique d’un véritable ouragan. Retour sur les lieux meurtris d’une wilaya endeuillée, qui respire, certes, présentement, mais en poussant un soupir à fendre l’âme… Une bruine s’abat sur le centre-ville en cette matinée de fin d’année. Un froid glacial provoque un grelottement intense des corps des citoyens qui vaquent à leurs préoccupations du jour. Dès les premières heures du matin, on scrute de loin des personnes vêtues d’une tunique ornée d’une chasuble jaune vif, floquée du sigle au trois lettres : ONA. Après vérification, il s’agit des agents de l’Office national de l’assainissement (ONA), relevant de la direction régionale de SBA. Ils ont investi tôt le matin les nombreux quartiers, rues et ruelles, coins et recoins. Ils ont pour mission d’entreprendre une vaste opération de nettoyage des caniveaux, des regards et des aqueducs dans le but de faciliter au maximum l’écoulement des eaux pluviales qui risquent de couler à flots d’un moment à l’autre. Ils appréhendent toujours d’éventuelles inondations dans la ville, conséquence d’un ruissellement urbain négligé. Leurs responsables gèrent les différentes situations au rythme des BMS (bulletins météorologiques spéciaux). Dans le passé déjà, cette région au climat parfois subdésertique était caractérisée par ses marais temporaires après les pluies torrentielles. Le réveil de l’oued submerge indubitablement les principales artères et rend les routes impraticables à la circulation des véhicules, voire des personnes. “Nous sommes ici pour nettoyer ce canal afin qu’il n’y ait pas d’obstacles à l’écoulement de l’eau lors des grandes pluies notamment les objets, la boue…, explique Kaddour, la trentaine révolue, rencontré à l’intérieur de ce conduit artificiel encore vide, édifié, faut-il l’expliquer, pour charrier le tremplin des débordements de l’oued Mekerra, long de 120 kilomètres.
Agent de l’ONA : la noblesse d’un métier…
L’élargissement du lit de ce fleuve étant impossible, vue les constructions qui pullulent sur les deux berges, la direction des ressources en eaux (DRE) a recouru à la réalisation de ce canal qui ceinture la ville de SBA. Il (ce canal) prend naissance dans la commune de Sidi Lahcen, il contourne la ville pour rejoindre la légendaire rivière à la sortie. Il peut véhiculer jusqu’à 130 m3/seconde sur une longueur de 13,5 km. “Parfois, en exerçant notre métier, nous encourons des risques énormes surtout lorsque ce canal est gorgé d’eaux pluviales”, affirme cet employé tout en affichant sa fierté d’accomplir un tel travail. Ce natif de SBA demeure soucieux de sa commune qui, il y a quelques années, a vécu l’enfer, à cause d’une catastrophe naturelle fâcheuse qui a happé la vie à une dizaine de citoyens et rendu SDF des centaines de familles. Face à cette épineuse problématique, les autorités locales prennent les choses en main et s’engagent dans la recherche de solutions idoines.
La stratégie adoptée pour faire face à ce risque majeur qui guette chaque saison hivernale la wilaya est fondée sur plusieurs actions. De prime abord, les responsables locaux ont procédé à l’identification des zones vulnérables, plus particulièrement les communes de Ras El-Ma, El-Heçaiba, Moulay Slissen, Boukhanefis, Sidi Khaled, Sidi Lahcen, SBA, Ténira, Hassi Dahou, Sfisef et Telagh. Ensuite, il a été décidé de réaliser des travaux de protection par le recours à toutes les formes possibles à même de ralentir les eaux de ruissellement, dont la rétention, l’épandage dans les zones naturelles de propagation, la dérivation et l’écrêtement.
D’où la décision de réaliser un barrage qui contiendrait la fureur endiablée de la légendaire rivière séparant la plaine alluviale qu’est Bel-Abbés. Il fallait à tout prix réussir à dompter la Mekerra sur les rives de laquelle se déploie toute la ville. Cette lourde tâche est confiée à l’unité ONA de la wilaya de SBA qui assure, pour le compte de la DRE, la gestion et l’exploitation du système de protection de la ville contre les inondations.
Les cadres de l’office ont opté pour la construction d’un barrage écrêteur, implanté dans la commune de Tabia, d’une capacité de 25 millions de m3 avec des canaux de protection. L’ouvrage édifié par Cosider TP en avril 2010 a été transféré à l’ONA pour exploitation. Le barrage comporte en son sein une digue principale d’une hauteur de 24 m et d’une longueur de crête de 297 m, située à 614 NGA, avec une retenue de 25 millions de m3. Outre un évacuateur de crues latéral d’un débit maximal de 387 m3/seconde pour une largeur déversante de 30 m, l’ouvrage dispose également d’un pertuis de fond de 100 m3/s, de section 3,5×3,5 m, sous forme de galerie visitable de 161 m, protégée contre les corps solides par une grille en béton.
Le salvateur barrage écrêteur de Tabia
Le canal construit sous forme de ceinture de protection de la ville de 13,5 km est adjoint aussi à cet assortiment d’œuvres. “C’est le premier barrage de ce genre réalisé en Algérie, destiné à protéger une ville contre les inondations”, indique Mme Aref Nadjat, directrice de l’unité ONA de SBA. “à ce jour, ce système de protection fonctionne à merveille. Il est bien entretenu et protège la ville de manière exemplaire à chaque crue”, souligne-t-elle. Tous les effluents d’oued Mekerra, y compris celui de Tadjmount de Tlemcen et ceux qui arrivent du sud de la wilaya, affluent, explique Mme Aref, vers ce barrage. Toutes ces eaux, ajoute-t-elle, sont stockées ici pour être régulées dans le déversement. Le pertuis de fond est dimensionné pour évacuer 100 m3/seconde en cas de crue importante.
Un évacuateur est également mis en place pour évacuer 300 m3/s en cas de crue centennale. “Le chef-lieu de SBA et la commune de Sidi Khaled, qui souffraient jadis des dommages occasionnés par les crues cycliques de la Mekerra où les quartiers étaient inaccessibles et les citoyens sont approvisionnés par barque, n’ont plus à s’inquiéter désormais”, rassure la directrice de l’ONA. Même les rejets qui restaient dans l’oued seront entièrement éradiqués.
Mieux, un bureau d’études coréen va finaliser au cours du premier trimestre 2015 une étude sur l’aménagement du fleuve la Mekerra pour en faire un véritable lieu de loisirs et l’embellissement de la ville, à l’instar de ce qui est en train d’être fait actuellement par les mêmes Coréens pour oued El-Harrach.
La cartographie des zones inondables établie
Au plan national, une étude déterminant les contrées inondables est en cours de réalisation par un groupement de bureaux d’études (Espagne – Pays-Bas). L’objectif de cette étude réalisée dans le cadre de la coopération avec l’Union européenne pour une enveloppe financière d’un million d’euros est d’établir une base de données au profit de l’ANRH (Agence nationale des ressources hydriques) pour l’élaboration d’une cartographie des zones inondables. Le résultat de cette cartographique, qui sera prête en septembre 2015, se présente sous forme de cartes de synthèse regroupant toutes les informations relatives à l’aléa qui définit aussi bien l’inondation elle-même que celles relatives à la vulnérabilité sur la base de l’occupation spatiale. Ce qui a permis ainsi d’identifier les zones très souvent inondées (crues à période de retour courte), d’autres rarement inondées (crues rares à exceptionnelles) et celles jamais inondées. Afin d’assurer la pérennité des systèmes de protection contre les inondations réalisés, des moyens de gestion et de maintenance sont également mis en place. Mieux, les autorités ont recouru à la mise en place d’un système de prévision et d’alerte aux risques inondations. Une opération de développement d’un réseau hydro-climatique national avec la mise en place d’un système de prévision et d’alerte de crues a été donc engagée. Pour cette technologie, SBA est choisie comme étant une wilaya pilote, et le système est déjà mis en place. Le projet est confié à une société serbe. C’est en fait une cellule de veille qui transmet des informations sur les crues afin de donner l’alerte 3 à 4 heures avant que les inondations ne surgissent. Une fois alertés, les responsables concernés pourront prendre les dispositions d’urgence pour sauver les vies humaines et les biens des citoyens. Ce projet d’envergure en cours de réalisation a pour but d’automatiser le réseau d’observations, de mesures et de mettre en place un système de prévision et d’alerte des périlleuses crues qui, outre les pertes humaines déplorées, occasionnent l’instabilité à des centaines de familles, l’effondrement de dizaines de constructions, la détérioration des récoltes agricoles et la perte de dizaines de têtes de bétail.

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Posté par le Fév 26 2015. inséré dans ACTUALITE, CE QUE DIT LA PRESSE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

3 Commentaires pour “La Mekerra, un tumultueux oued dompté …”

  1. Ali

    Reconnaissant qu’un travail fut entrepris au grand intérêt des populations concernées les plus vulnérables.

  2. OUERRAD en squatteur

    Malgres cela , il faut surtout veiller a l entretien de cet ouvrage , car l envasement est aussi grave que les crues elles meme .Quant a l etude qui doit etre faite par les coreens il faut bien cibler les endroits a reamenager , car bon nombre de systemes d evacuations des eaux usees sont deverses dans l oued.
    Il faut aussi demander a ces coreens de contacter MR CHOTT le plus grand amoureux de la MEKERRA .

  3. BENATTOU

    C’est une bonne chose oued Mekerra doit être réhabilité.
    .

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