La Voix De Sidi Bel Abbes

l y a 53 ans, Pelé et Garrincha « déposaient » Ben Bella le Phocéen !

Abdelkader Djemaï « LE JOUR OÙ PELÉ » Roman – Réédité en Juin 2018 chez Barzakh.Alger.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ISBN 979-10-278-0154-1
9,90 EUR
160 pages
Edition originale par Le Castor Astral Le Pré St Gervais (93310) en mars 2018-

 

                                                                                                                    ——- Je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer Abdelkader Djemaï à l’aube de mon parcours. Je l’ai connu bien plus tard. C’était au milieu des années quatre-vingt-dix. J’étais à pied d’œuvre au bureau APS de Paris.

Ecrivain au verbe bien ciselé, ancien de la République, ″ould Wahran el bahia″ s’y était installé en 1993. C’est à la faveur de ses activités littéraires que j’ai fait sa connaissance.

Abdelkader Djemaï est né en 1948 à Oran qu’il quitte en 1993. Répertorié comme un des plus importants écrivains algériens francophones.
Parmi ses romans, parus au Seuil (France) et aux éditions barzakh (Algérie) : Le Nez sur la vitre (2004), Gare du Nord (2009), La Dernière nuit de l’Émir (2011).

         Entre autres de ses livres dont j’ai rendu compte ″31, rue de l’Aigle″, ″Un été de cendres″, ″⁣Camus à Oran″⁣ (publiés chez Michalon). Je savais Abdelkader spécialiste de l’auteur de ″⁣La Peste″⁣ (à Oran). Je savais qu’il était bien parti pour nous créditer de textes captivants. Mais j’étais loin de m’attendre à ce qu’il conjugue H’mimed Ben Bella au ″⁣mode″⁣ de la légende Pelé cinq ans avant qu’elle ne devienne tricampeão. C’est désormais chose faite. Mon aîné de confrère republie chez Barzakh (Alger) ″⁣Le Jour où Pelé″⁣, un roman qui, selon toute vraisemblance, se lirait comme un récit réel.

Il y a exactement 53 ans jour pour jour -le 17 juin 1965- la sélection Auriverde arrivait à Oran, auréolée -trois ans plus tôt- d’une couronne mondiale glanée de fort belle manière à Santiago du Chili. En chef de file de la Seleçao foulant le tarmac de l’aéroport de Senia, le Roi Pelé mais aussi le “damné de la terre” Garrincha, l’artisan du sacre de 1962 en l’absence de Pelé blessé dès le 2e match contre la Tchécoslovaquie. Passionné du ″Noble art″ et du foot, Ben Bella a porté, une petite saison, le maillot de l’Olympique de Marseille. En dépit d’une relation en chute libre avec son ministre de la Défense et sa garde rapprochée de la ″bande à Oujda″, le Raïs ne résiste pas à l’envie d’un aller-retour au stade d’Oran. Il n’a pas peur de s’éloigner d’Alger qu’il avait conquise au soir de l’été 1962 sur fond de luttes fratricides entre “frères d’armes” et sur fond de “sabâa s’nine barakat”, sept ans ça suffit.

Depuis la victoire du ″Groupe de Tlemcen (Bureau politique/état-major) en septembre 1962, la ″Mecque des révolutionnaires″ est habituée à recevoir les icones anti-impérialistes, anti-Apartheid ou des figures rétives à la tutelle soviétique : Che Guevara, Josip Broz Tito, Mandela, entre autres. Mais le séjour de sa Majesté Pelé tient de l’opportunité qui ne se renouvelle pas souvent. Pour H”mimed Ben Bella, une affiche pareille vaut le déplacement et mérite un cliché mémorable, consultable sur la Toile : le Raïs encadré par la Légende du foot et Garrincha.

Ben Bella arrive à Oran le jour du match, renoue avec ses années ″OM″ et assiste à la confrontation. Tacticien dans le “takhlat” politique à l’algérienne, boxeur toujours sur ses gardes, le Raïs a péché, cette fois-ci, par un manque de vigilance enfantin. Se croyant rusé jusqu’au bout des ongles, il a laissé “el âassima” entre les mains d’un “quarteron de putschistes à la manœuvre” ! Dès le coup de sifflet final, il repart sur Alger. Il a juste le temps de rejoindre la Villa Joly, de prendre un bain et d’endosser son peignoir ! Dans la nuit du 18 au 19 juin, vers minuit passé de quelques minutes, de drôles de visiteurs nocturnes se présentent à la Joly : le chef d’état-major, Tahar Z’biri, le patron de la sûreté nationale, Ahmed Draïa et -si je ne m’abuse- le chef de la 1ère région militaire, Saïd Abid. Z’biri signifie à Ben Bella qu’il n’est plus “zaïm”. Le lendemain, les Algériens apprennent la fin du “pouvoir personnel” au moyen d’un ” redressement révolutionnaire”. Les choses vont très vite : les instituions nées du “putsch” d’aout-septembre 1962 sont dissoutes/suspendues, le FLN gelé, la presse restructurée, la vie partisane bâillonnée. Un Conseil de la révolution est instituée et, chemin faisant, sa composante va “maigrir”. Entre limogeage, démission, mort “accidentelle” ou mort naturelle, “Majliss Al-thawra” passera de 26 membres en juin 1965 à 8 à la mort de Boumediene en décembre 1978.

Au pays de la chape de plomb mémorielle et de l’histoire sous séquestre, le récit national est jalonné de pages blanches, de non-dits, d’occultations, de confusions, d’instrumentalisation. Le coup d’Etat du 19 juin 1965 en est un. Fomenté et vendu par le groupe de Oujda sous l’étiquette de ″ redressement révolutionnaire″, alias ″at tashih al thawri″, il n’a pas livré tous ses secrets. Bien au contraire, son histoire reste à écrire. Et entièrement.

De cette séquence manifestement cruciale/lourde dans l’histoire du pays, je n’en sais pas grand-chose. Je sais ce que savent la majorité des Algériens à l’exception des acteurs à l’origine du coup et les opérationnels qui gravitaient autour de Kasdi Merbah. L’essentiel nous échappant, cette fracture institutionnelle gagnerait à être écrite, remise en perspective. Mais faudrait-il que les historiens s’y attellent enfin !

Labourer cette page, la passer au crible de l’historien suppose un double préalable: que les témoins acceptent de se faire ″cuisiner″ par les praticiens de l’histoire; que les archives soient ouvertes. Culture algérienne oblige, les témoins ne ″crachent″ pas tout et se contentent de généralités qui posent plus de questions qu’il n’apporte de réponses. En témoignent les mémoires de Tahar Zbiri (au cœur du coup), Chadli Bendjedid, etc. Quant à l’ouverture des archives, autant se résigner à un report sine die. La ″⁣déclassification″⁣ n’est pas un rituel DZ !

Nombre d’autres acteurs à pied d’œuvre dans les semaines/jours/heures d’avant le ″19″ ne sont pas plus de ce monde. Ils sont partis emportant avec eux bien des souvenirs/secrets. Ils ne sont pas des moindres : Ahmed Medeghir, Saïd Abid, Ahmed Draïa, Abdelkader Chabou, Cherif Belkacem, etc. Reste Bouteflika. Figure de proue du groupe de Oujda, ″Abdekka″, a bien des choses à narrer. Singulièrement sur le rapport de Boumediène au ″⁣tashih al thawri″⁣. Au soir de la Révolution et à un jet de pierre de la crise de l’été 1962, l’émissaire du chef d’état-major de l’ALN débarquait – sans s’annoncer – au château d’Aulnoy (région parisienne). ″⁣Si Abdekka″⁣ était chargé par Boumediène de rencontrer Boudiaf, détenus avec Ait-Ahmed, Ben Bella, Khider, Bitat et Lacheraf. ″⁣Bouteflika était chargé de vendre un coup d’état à Boudiaf″⁣, dixit le commandant Azzeddine (in ″⁣Algérie, été 1962″⁣ de Benjamin Stora et Jean-Michel Meurice).

En attendant que les historiens se lancent, un jour, dans l’écriture de la page du 19 juin 1965, “Le Jour où Pelé” est tout indiqué pour inspirer une fiction cinématographique. Vivement ce jour !

Source écrite :Youssef Zerarka in https://www.huffpostmaghreb.com/author/youssef-zerarka/

Le journaliste Youssef  Zerarka interwievant le général Giap (Archives) . Il a travaillé à l’APS, le Quotidien d’Oran et France 24.  Etabli aujourd’hui à Doha où il travaille pour le groupe BEin Sports.

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=73243

Posté par le Juil 27 2018. inséré dans ACT OPINIONS, CULTURE, HISTOIRE, SPORTS. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

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