La Voix De Sidi Bel Abbes

L’UGTA d’Aïssat Idir au syndicat du pouvoir (1ére Partie).

Si l’historique de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) est limpide comme son combat. Il est profondément enraciné dans les luttes pour la liberté et la dignité menées par les pionniers du nationalisme Algérien contemporain engagés dans les rangs de la glorieuse Etoile nord-africaine. Ces syndicalistes immigrés en France avaient su poser les jalons qui seront renforcés et consolidés plus tard par Aïssat Idir. Et après lui par Benhamouda notamment ce syndicat est malheureusement à la merci du pouvoir qui ne reconnait pas les luttes des syndicats autonome qui sur le terrain sont omniprésents et plus combatifs pour dire réellement représentatifs.

La question nationale et de souveraineté a toujours constitué le socle sur lequel repose le militantisme syndical tel qu’il est conçu par l’UGTA. L’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) fêtera le 24 février prochain son 56e anniversaire dans une conjoncture nationale relativement apaisée par la mise en œuvre de nombreuses mesures d’ordre économique et social destinées aux couches les plus vulnérables et les plus exposées aux turbulences de l’économie mondiale et à leurs effets désastreux sur tous les plans. Tout en mettant en garde les pouvoirs publics contre les risques que pourrait engendrer une certaine absence de lisibilité des programmes de politique économique et sociale, la Centrale syndicale, détentrice d’une très longue tradition de luttes, ne perd pas de vue les exigences imposées par la nécessité de la poursuite du dialogue avec l’ensemble des partenaires. Libérée des blocus tutélaires qui entravaient gravement son action, après un 8e congrès historique sur tous les plans, tenu dans le sillage de l’ouverture démocratique introduite par la Constitution de février 1989, l’UGTA a eu le mérite d’adapter sa stratégie aux nouvelles règles imposées par les enjeux au niveaux national et international en évitant, grâce à la clairvoyance de sa direction et de son secrétaire général, à emprunter les voies de l’aventurisme ou à écouter les sirènes de la démagogie. Au sujet du manque ou de l’absence de visibilité citée plus haut, elle n’hésite pas à se prononcer dans un discours d’une rare lucidité qui ne laisse aucun doute aux tergiversations. « Sur cette question cruciale, l’UGTA renforce aussi sa position en s’inscrivant dans une logique de convergence avec les organisations patronales représentant les petites et moyennes entreprises, publiques et privées, afin de faire face aux menaces que fait peser une ouverture non préparée, sur les activités et sur les emplois. L’UGTA est au centre des débats qui agitent le pays et les centaines de milliers de travailleurs qu’elle représente ainsi que leurs familles qui sont les premières victimes des mesures économiques et sociales qui affectent directement leurs conditions de vie attendent d’elle qu’elle veille sur leurs intérêts et ceux du pays », soutient-elle avec la ferme intention de préserver et d’entretenir toutes les passerelles du dialogue constructif.
Cette évolution des méthodes de lutte et de résistance traduit une exceptionnelle capacité d’adaptation des syndicalistes aux problématiques de chaque époque. Bien avant la création officielle de l’UGTA, en 1947 plus exactement, Aïssat Idir avait quitté la Confédération générale du travail où il militait et se consacra à la mise sur pied de la « commission ouvrière » au sein du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), parce qu’il reprochait aux communistes de la CGT leur ignorance de la question nationale. Pourtant, le mot d’ordre de l’indépendance avait fait son apparition dans les milieux syndicaux au début des années 1930 avant que la CGT n’absorbe la CGTU et se rallie aux socialistes dans le cadre du Front national. Cette parenthèse n’a pas pour but d’occulter le rôle important joué par le syndicalisme français dans l’introduction de l’organisation des travailleurs en Algérie. En effet, de nombreux historiens ont évoqué dans leurs ouvrages la naissance des premiers embryons syndicaux algériens dans le sillage de la glorieuse Etoile nord-africaine et mis l’accent sur l’action de la CGTU dans la formation et l’entraînement des Algériens dans la lutte revendicative sociale et politique. En 1930, notent-ils, « la population algérienne était composée de 90% de ruraux et il n’était pas facile du tout de l’organiser dans des syndicats. Les quelques musulmans algériens qui menaient une activité syndicale se constituaient parmi la population immigrée », soulignent-ils.
Mohammed Harbi, René Gallissot et Mohamed Teguia renvoient les causes de cet état de fait au code scélérat de l’indigénat imposé par le feu et le fer à la population algérienne. Cependant et malgré la féroce répression menée par l’occupant, le premier congrès ouvrier arabe d’Algérie réuni en juin 1930 arrive à dénoncer les expropriations, le refoulement vers les régions du sud, le code de l’indigénat dont étaient victimes des millions d’Algériens. Une motion fut même adoptée pour la formation d’une centrale algérienne autonome. Une idée qui n’eut pas de suite sur le terrain en raison notamment de la position figée observée par la majorité des communistes français à l’endroit de la question nationale. Et c’est justement cette attitude profondément marquée par le poids de l’orthodoxie idéologique qui incita, comme nous l’avons cité, le retrait volontaire d’Aïssat Idir de la CGT et son ralliement au PPA-MTLD. La lutte anticolonialiste qui s’est traduit par une lutte héroïque des dockers algériens qui refusèrent, de juin 1949 à juillet 1954, de charger les bateaux transportant du matériel de guerre destiné au Vietnam, a bel et bien constitué le fondement théorique et la stratégie de base sur laquelle a été créée l’UGTA qui a rejoint dans les faits la position nationaliste défendue par le PPA-MTLD.
En juin 1954, la section algérienne de la CGTU prend ses distances vis-à-vis de la CGT française et se convertit en UGCA. Ainsi, il aura fallu près de 24 ans après la décision de la CGTU de créer un syndicat autonome pour réaliser cet objectif sous la pression des évènements. Le 1er juillet de la même année, l’UGCA supprime toutes les références à la CGT française. Le 20 février 1956, le MNA de Messali Hadj constitue l’USTA. Mais les historiens ne se laissent pas leurrer par ce jeu de dates qui ne signifiait absolument rien sauf peut-être à entretenir un semblant d’illusion. L’idée d’un syndicat authentiquement algérien associant la lutte économique et sociale au combat anticolonialiste a été lancée par Aïssat Idir dès 1947. Le 24 février 1956, l’UGTA est née. Son entrée en scène fait chuter le nombre des adhérents de l’UGCA de 60 000 à 15 000. La question nationale avait fini par trancher en faveur d’une UGTA réussissant à merveille la synchronisation de sa plate-forme aux aspirations légitimes du peuple algérien. L’UGCA fut dissoute et ses adhérents rejoignirent en grand nombre et à titre individuel l’organisation dirigée désormais par Aïssat Idir. Des grèves, des meetings et des défilés sont organisés tout au long de l’année 1956. La grève du 5 juillet de la même année exprime clairement à l’occupant la ligne de démarcation de l’UGTA et son engagement irréversible aux côtés de l’ALN. Dans le but de consolider le jeune syndicat, Abane Ramdane et Ben Khedda établissent des contacts avec Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjeres, dirigeants du Parti communiste algérien afin de bénéficier de leur savoir-faire en organisation syndicale. Le 26 janvier 1957, L’Ouvrier algérien, la première publication de l’UGTA, affiche davantage la position du syndicat nationaliste : « Notre but est de plébisciter le FLN, unique porte-parole de l’ALN et guide éprouvé et lucide de la révolution algérienne, bientôt triomphante. » « L’avenir est à nous », annonçait la même publication à la veille du déclenchement de la grève des 8 jours. Contrainte à la clandestinité après l’assassinat en détention de son fondateur, l’arrestation de nombreux de ses militants et la mise sous scellé de L’Ouvrier algérien qui sera par la suite édité en Tunisie, l’UGTA géra la situation avec une grande clairvoyance. Son rôle dans l’internationalisation de la question nationale algérienne fut tout simplement à la hauteur du sacrifice consenti par sa direction et l’ensemble de ses militants.
Après l’indépendance, elle tenta vainement de sauvegarder son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique et d’échapper à son contrôle. Même après le 19 juin 1965, les rapports entre le syndicat et le régime demeurèrent chaotiques. L’un des rares moments durant lesquels l’UGTA et le pouvoir ont apparu sur la même longueur d’onde, ce fut à l’occasion du 15e anniversaire de la création de la Centrale, lorsque Houari Boumediene annonça, depuis le siège de l’UGTA, la nationalisation des hydrocarbures et des mines.
Durant les années 1980, les syndicalistes de l’UGTA résistèrent tant bien que mal aux multiples tentatives visant la mise au pas de leur organisation jusqu’à octobre 88. Le 8e congrès, organisé sous l’ère de l’ouverture démocratique et du pluralisme, marqua définitivement le début d’une nouvelle période et donna le signal d’une profonde transformation structurelle et organique de l’UGTA qui retrouva son indépendance par rapport au pouvoir politique, au gouvernement et aux partis.
Durant ce congrès considéré comme un tournant historique dans l’évolution de la Centrale, Abdelmadjid Sidi Saïd a revendiqué clairement une représentation nationale indépendante. « Le paysage politique a changé. À situation d’exception, attitude d’exception. Il faut prendre en charge ses propres destinées syndicales », avait-il dit lors d’un congrès qui a vu la propulsion d’un leader à la stature exceptionnelle nommé Benhamouda. En décembre 1991, et face aux menaces explicites exprimées avec arrogance par les intégristes et leurs supports avant et durant les élections législatives et voyant que l’État était remis en question dans ses fondements, Abdelhak Benhamouda engagea, en étroite collaboration avec de nombreuses personnalités politiques et syndicales, une véritable course contre la montre afin d’éviter l’écroulement fatal de l’édifice républicain pour lequel l’ALN a sacrifié ses éléments les plus brillants. Il créa le Comité national de sauvegarde de l’Algérie qui se chargea de plaider la cause d’une majorité silencieuse piégée par les calculs machiavéliques d’une grande partie d’une classe politique dominée par ses égoïsmes et s’apprêtant, toute honte bue, à prêter allégeance à Abassi Madani et aux futurs géniteurs du GIA et de l’AIS.
Le legs d’Aïssat Idir a été sauvé in-extremis par un Abdelhak Benhamouda prenant en charge la question nationale d’une façon similaire à celle de ses aînés mais posée différemment dans un contexte historique différent. Sous sa direction, et après son assassinat quand il fut remplacé à la tête de la Centrale par Abdelmadjid Sidi Saïd, fin connaisseur du monde du travail et subtil négociateur, l’UGTA n’a jamais abandonné le terrain. Si du temps de Benhamouda la question nationale s’est posée en des termes politiques, avec Sidi Saïd, c’est sous la forme économique qu’elle est apparue. L’UGTA a dans le même contexte exprimé officiellement et solennellement sa ferme opposition au programme économique et social inspiré, dicté et imposé par le FMI et la Banque mondiale et à ses répercussions négatives sur la situation sociale des travailleurs.
Aujourd’hui, elle fait encore face à d’autres défis avec conviction et détermination, en faisant parfois des concessions réfléchies, mais sans jamais perdre le fil conducteur qui la lie aux principes fondateurs posés par les vétérans du syndicalisme algérien et à leur tête Aïssat Idir. (Première partie)

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Posté par le Fév 17 2012. inséré dans ACTUALITE, SBA PROFONDE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

7 Commentaires pour “L’UGTA d’Aïssat Idir au syndicat du pouvoir (1ére Partie).”

  1. chaib draa tani djamel

    aissat idir et son groupe (allah yarhamhoum) ont crée l’ugta pour la libérté des ouvriers algeriens de la misére qu’ils ont vécu et pour la libération du pays du colonialisme maintenant les nouveaux « syndicalistes  » ne sont là que pour se procurer des grades biens élevés au niveau de leurs administrion ou de leurs entreprises regardez tout ce qu’ils sont au niveau de l’ugta national leur grade ou leur fonction et ils sont détachés de leur employeur et leur salaire n’on parlons pas.

  2. Mr ouhibi reda

    je trouve que le sujet abord » ce jour est important mis a part cette position politique des années 90 le syndiat UGTA est mort et le pluralisme syndical est une résultante du terrain grace aux luttes des corporations

  3. sentinelle

    salem mes freres et soeurs ,
    je vous pose une seule question !
    que reste’il de l’UGTA de aissat iddir et vaillants martyrs qui l’ont crere pour venir en aide aux ouvriers et journaliers algeriens ????

  4. attou sba

    je suis trés heureux de relire sentinelle ses commentaires nous manquaient et c’est tant mieux ce retour si je peux appeler cela ainsi mais le syndicat unique est fini.

  5. Mme CH

    Mr Sentinelle Salam ! Vous avez posé une question alors je vais vous répondre. Actuellement l’UGTA ne représente que le noyau de Sidi Said et quelques personnes qui savent que le pouvoir et l’UGTA font 1, alors elles espèrent avoir quelque chose grâce à cet organe pourri jusqu’aux Os. Dernièrement, cet organe a perdu le monopole de la gestion des oeuvres sociales de l’éducation nationale (un gros morceau……). La direction de ce syndicat est un ramassis de corrompus; au sens large du mot, et d’ivrognes qualifiés. cet organisme qui fut jadis la fierté de tous les Algériens, n’est là maintenant, que pour brimer les travailleurs pour le bénéfice du pouvoir. Ce syndicat est devenu un organisme étatique alors qu’il devrait être à l’opposition. C’est la boîte au lettre du Premier ministre, il est là comme tous les autres pour applaudir, mais comme les députés, il fait semblant parfois de crier et faire de la résistance. Disons que c’est un membre du gouvernement ou plutôt la troisième roue du carrosse. Quant au linge sale de l’UGTA laissons peut-être aux ex adhérents de cet organe l’occasion de tout déballer.
    Voilà Mr sentinelle, et encore je ne vous ai pas tout dit.
    Sorry Mr; mais votre pseudo me fait penser aux prisons, camps de guerre, casernes; films de guerre…. Bon retour parmi nous. Amicalement !!!!!!!.

  6. kimo

    vive UGTA contrat 3alikoum kafia

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