La Voix De Sidi Bel Abbes

J’ai eu mon BAC : partie 2 / Par Mr Taieb Oulhissane .

11033393_867553123286115_1054435160156776776_n   L’établissement qui se colle cette notoriété pédagogique de meilleur lycée, est « gonflé » comme un ballon de baudruche, sous la houlette même des responsables locaux. Il met du temps pour redescendre sur terre et boire du thé vert. Toutes les lumières sont braquées sur lui. Derrière les projecteurs, d’autres établissements se tapissent dans la pénombre, se terrent et cachent leur déconfiture. Ils vous diront, non sans dépit, qu’ils ont tenté tout pour améliorer leur score. Rien ne viendra les inquiéter. Personne ne leur demandera des comptes à rendre. Ils  continueront à produire la même « qualité » en toute quiétude. Des roues qu’on ne voit pas produisent le fatal mektoub. Qui peut le défier ? Surtout pas la conscience. Seuls les youyous, les journaux, les cérémonies de remise de prix, les félicitations, les allocutions, les discussions de café, leur cassent les oreilles. Trop de tintamarre ! Ils attendent que ça passe comme un orage des Hauts Plateaux, et que l’oued en crue reprenne son cours normal. Il faut commencer d’abord par récupérer l’eau des oueds en crue ! Nos bacheliers seront nos futurs ingénieurs, et c’est à eux qu’incombe le génie de calmer la colère des oueds.
Les meilleurs lycées sont vite envahis de tout côté par des parents. Ils font la chaîne dans la salle d’attente. Ils cherchent par tous les moyens à faire plier le directeur en leur faveur. Ils souhaiteraient amener leurs enfants ici. D’un seul coup, ils trouvèrent que, là où sont ces enfants, les établissements manquent de dynamisme, et les gens sont velléitaires, apathiques.
Ce rush créa une sorte de guerre froide entre établissements. On se suspectait, on se sentait bernés, puis on se piquait les meilleurs élèves des autres.
Un directeur, victime de ce « vol de cerveaux » avant l’âge, se confia à moi, et me mit au courant des machinations de son voisin :
– Il attend mes meilleurs élèves à la 6ème et me les pique. Il arrive à convaincre leurs parents de les inscrire « chez lui » en faisant miroiter le taux de réussite des élèves de son établissement.
Les parents suivent son conseil. Il fait ça partout où il apprend qu’il y a de bons élèves. Il espionne.
Mon collègue reprit un second souffle. Il y avait du désespoir dans ses mots :
– Moi, je donne une chance à tous les exclus des autres établissements. Je trouve honteux de garder des places vides quand il y en a. Je fais rentrer tous les refoulés des autres établissements. Oui, je trouve malhonnête de voir des enfants jetés à la rue, alors qu’il y a des places vides.
Mon collègue se tut.
On sentait qu’il parlait avec écœurement d’une situation qui le bouleversait. On ne savait pas laquelle ; celle des élèves exclus ? Ou celle de son faible taux de réussite ?
Les établissements à taux de réussite élevé tiennent à leur réputation. Ils montent de vraies barrières de dédouanement. Le filtrage des entrants est minutieux.
Les bulletins de notes de l’élève qui vient d’ailleurs sont analysés. Tout est passé au peigne fin, recto, verso. La conduite est déchiffrée avec des critères maison.
On n’accepte pas le transfert de l’élève avec pas moins de 12/20 de moyenne générale. Avec un 14/20 le visa lui est accordé sans discussion. Comme dans une vraie ambassade.
Un autre règlement scolaire vit le jour par ces consentements de l’un et de l’autre. Il finit par se généraliser comme une grippe de saison.
L’élève est dépouillé de son droit d’être ce qu’il est, c’est à dire d’être le tenant de modestes capacités qui ne font pas le rêve du directeur. Disons… l’ambition d’aller de l’avant.
L’idéal venait des fois à surpasser le réel. La grandeur, à la limite de la sublimité, débordait du miroir. La perfection est de mise.
La logique de la réussite, du palmarès, des prix, devenait une vraie doctrine. Une sorte de darwinisme pédagogique : le monde appartient à ceux qui ont des notes supérieures, à des êtres supérieurs. C’est la nature qui fait leur sélection et les hausse à la plus haute branche de l’arbre.
Les instructions officielles interdisaient formellement la communication des résultats des examens dans les centres de correction avant la date fixée à cet effet. Par souci d’équité.
Les youyous annonçant la réussite de l’enfant à l’examen s’élevaient dans le ciel bien avant la proclamation officielle des résultats. Comme la ville se tenait au fond d’une cuvette, tout le monde les a entendus.
Les « supérieurs » sont des gens qui n’aiment pas attendre. C’est plus fort qu’eux. Il leur est difficile de gérer leur impatience. S’ils étaient des gens patients, ils ne seraient pas arrivés là où ils sont maintenant, c’est à dire à être les premiers à connaître les résultats de leurs enfants.
Ils vous font tomber « les grosses légumes » de leur patelin, comme une calamité, pour vous presser de les soulager de leurs violentes démangeaisons.
Ces gens qu’on voyait à l’abri du besoin matériel, et c’est vrai, en ont d’autres maux que personne ne soupçonne. À les voir cacher leur mal aux autres, on les prendrait en pitié ; de cette pitié qu’ils n’éprouvaient pas envers eux-mêmes.
La cour du centre de correction où j’étais muté fut envahie par des directeurs d’établissements un jour avant la date prévue pour la proclamation des résultats.
De tous, un seul prit son courage à deux mains et franchit le Rubicond.
– J’ai deux jumelles qui attendent le résultat. Si vous voulez bien m’aidez…
– Vous savez aussi bien que moi que la diffusion des résultats est prévue officiellement pour demain. Je vous aiderais, si de votre côté vous acceptiez de m’aider.
– En quoi ?
– Convaincre vos collègues de revenir demain prendre leurs résultats.
Il les a convaincus ! Un heureux hasard est venu lui tendre la perche, et il l’a saisie !
Il m’arrivait, à moi aussi, de me mouiller les pieds dans les eaux de ce fleuve historique, mais sans jamais les poser sur l’autre rive. Il faut toute une armée de César pour le faire…
Le classement par taux de réussite à l’examen se faisait partout ; à l’échelle du pays, de la wilaya, de la daïra, de la commune, par matière d’enseignement, par sexe des candidats, par enseignants, par année…Tout ce qui peut être classé, l’a été, à tort ou à raison. L’informatique a tout résolu. Une lampe d’Aladdin !
Grâce à des contrats gigantesques, tous les établissements du moyen et du secondaire ont été dotés d’ordinateurs et d’Internet.
Seule l’école primaire reste Cendrillon chez sa marraine. Elle attend que quelqu’un passe et vienne à son secours.
Si au moins ce travail fastidieux servait à autre chose, à une évaluation du système au-delà des discours, à une prise de conscience des écueils sur lesquelles s’échouent nos élèves, à dompter les eaux de pluie qui se perdent bêtement dans les Hauts Plateaux…
Mais, pourquoi se gratter la tête ? Il y a partout des bonnes intentions !
Je garde encore le souvenir de ces établissements qui ouvraient leur porte à des élèves naufragés, issus de couches sociales démunies.
Quand on lui demanda le taux de réussite dans l’examen de fin de cycle, ce directeur répondit :
– Mais pourquoi ne me demandez-vous pas le nombre des élèves exclus des autres établissements que j’ai repêchés pour leur donner une seconde chance ?
Des médisances prétendent que le gros des transferts d’élèves, dans les lycées de haut niveau, se contracte en classe de la 2ème année secondaire. Pourquoi ?
Les mauvaises langues, les envieux, les jaloux, disent que celui qui accepte le transfert des élèves dans son établissement en 2ème année secondaire limite leur nombre à celui des redoublements et des abandons enregistrés en 1ère année secondaire. Une « politique » de remplacement de la population scolaire à partir de ce niveau d’enseignement se met en marche.
Ainsi, l’équilibre des classes est préservé. Mais, la composition de la cohorte, quant à elle, est tronquée. Ce ne sont plus ses éléments de « souche » qui la composent.
L’établissement est bien parti pour réussir son coup de bac à taux de réussite élevé. Il vient de se doter de nouveaux élèves qui, même en poursuivant leurs études dans leur établissement d’origine, auraient eu leur bac.
Pour leurs parents, c’est la renommée qui crée la réussite. Avoir un bac dans un lycée réputé pour ses résultats est aussi un défi, un honneur, une compétition de « pros », pas celle des « free ».
Ce qui est faux. Les résultats le confirment. Ils font la renommée mais ne dépendent pas d’elle.
Certains lycées avaient une renommée historique. Ils étaient les plus anciens. De vrais mausolées qui rivaliseraient avec la koubba du Saint patron de la cité.
Ces lycées, fidèles gardiens de l’histoire de la ville, veillaient comme un cierge sur nos souvenirs d’adolescents.
Il faut aussi dire qu’à aucun moment de ces transferts d’élèves, il a été fait allusion à de l’argent ou à de la corruption. Ce n’est pas du football où la presse européenne révèle, de temps en temps, des scandales de transfert de joueurs et de matches vendus à l’avance.
Quelle que soit l’aide qu’un directeur d’établissement puisse apporter à ses amis, il restera toujours du ressort de l’élève de « bosser » seul pour décrocher son bac. Ce qui ne le retiendrait pas d’être reconnaissant à son directeur. De la bonne éducation.
On est toujours seul face à ce merveilleux diplôme. La nuit, face à nos rêvasseries, le jour face à notre copie d’examen.
L’organisation de cet examen est très complexe. Dans notre pays, 7 ministères y sont impliqués dans son déroulement. Il paraît que l’examen le plus surveillé au monde est celui de notre bac. Nos procédures sont originales. Efficaces. Exemplaires.
Le pays tout entier s’y met. On consomme beaucoup de morceaux de sucre raffiné ce jour-là.
Ce carrousel de taux de réussite aux examens de fin de cycle s’inscrivait dans une action menée par le ministère. Elle visait, en bonne intention, à encourager les réussites, les initiatives, à féliciter les élèves méritants et leur établissement.
Il aurait mieux valu se demander à quel prix, ou plutôt, à quels sacrifices seront soumis les élèves…
Vous savez, les bonnes intentions, il y en a partout. Et à tous les prix !
C’est dans un de ces lycées que le proviseur me fit part d’une observation, rares sont ceux qui la relèveraient : les cohortes d’une école primaire du quartier de la Breimer progressaient d’année en année, à travers les 3 cycles, avec même rythme et même nombre.
Leur taux de réussite dans les examens est impressionnant.
Il conclut par cette formidable sentence : c’est à l’école primaire que se décide finalement le taux de réussite au bac !
Mais, qui le croirait ?
Vue du haut du bac, l’école primaire paraît bien minuscule. Elle ne méritait même pas d’être dotée d’un ordinateur.
Il n’y a d’études qu’au secondaire. Les autres cycles ne sont que ce que sont les carottes et les navets dans un plat de couscous.
La récurrence des grèves le démontre. Le nœud gordien ne trouve pas le bras d’Alexandre le Grand. Un mythe qui, malheureusement, ne nous appartient pas. Une ligne qui nous n’est pas proche pour nous entrecroiser.

A suivre…

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Posté par le Mai 5 2015. inséré dans ACT OPINIONS, ACTUALITE, ÉDUCATION. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

10 Commentaires pour “J’ai eu mon BAC : partie 2 / Par Mr Taieb Oulhissane .”

  1. Menouar

    salem intructif mais il faut instaurer un débat car seuls les personnes du domaine vous suivent Qu’en pensez vous ?

  2. oulhissane

    Menouar, bonsoir

    Un journal français nous informe que des »bénévoles s’ apprêtent à donner des cours de soutien à des élèves en difficultés », à Paris.
    N’y a-t-il pas des bénévoles de la 4A qui voudraient donner des cours aux élèves qui préparent les examens de fin d’année ?
    Il m’a été donné d’organiser ce genre d’enseignement avec le centre de rééducation de la ville de SBA. Des enseignants on répondu à mon appel. C’était du bénévolat. D’ailleurs ils ont refusé d’être payés.
    Mr Lakhal B, éclairez-nous ?

  3. ami

    Sujet vaste et très complexe où l’auteur aborde plusieurs points disparates qui posent
    des problèmes et expliquent d’une manière -volontaire où involontaire-l’origine même
    de ses problèmes.Cela déroute le lecteur – à mon humble avis- sur le chemin à suivre
    pour….essayer de débattre afin de proposer des solutions où tout simplement
    s’instruire, s’informer et enregistrer des faits!
    Parmi les points qui m ‘ont paru ( et je m’en excuse auprès de notre frère Oulhissane )
    discordants , j’ai relevé le passage :’ les instructions officiels interdisaient formellement
    la communication des résultats etc………jusqu’à…..démangeaisons  » et le lien que cela a
    avec le Bac !!!!!
    Parlant des chefs d’établissement ,l ‘auteur dirige le lectorat(maladroitement !)en citant:
    « Personne ne leur demandera des comptes à rendre.???? »
    Question banale :Qui demandera à qui ? Sont-ils les seuls responsables quand les résultats sont défaillants et mauvais ???
    A moins que l’on raisonne comme des supporteurs d’une équipe de football qui , quand leur équipe gagne ce sont les joueurs qui ont réussi et quand l’équipe perd c’est
    l’entraîneur qui est fautif . Cela reste un raisonnement de l’être humain et personne
    n’y pourra rien changer .Ainsi va la vie comme dirait l’autre !!!
    Par contre je serais entièrement d’accord avec monsieur Oulhissane en parlant de
    délimitation des responsabilités si on donnait à ces chefs d’établissement des prérogatives de recrutement de leurs personnels et… où seuls les compétences
    sont choisies pour élaborer un projet reposant sur une durée limitée dans le temps
    par le biais d’un contrat de performance qui fixera les objectifs à atteindre et leurs
    évaluations avec en finalité la proclamation de la sentence finale qui sera soit
    la réussite soit l’échec et….ainsi on sera plus juste – intellectuellement parlant- pour
    décréter quoi que ce soit !

  4. oulhissane

    Bonsoir l’ami,
    C’est de bon ton que vous portez vos remarques sur le texte, et c’est de tout honneur de vous lire.
    J’espère que vos remarques ouvriront un débat.

  5. Amirouche

    Sallam

    Dès la maternelle on propose aux petits enfants une « soupe » aux lettres ,certains essayaient de former un mot ou une phrase , les autres étaient bien embêtés ne sachant pas par où commencer (trop petits donc « tabherlhoum » ) ! .
    Pour une autre activité une « mamie » bénévole à la retraite faisait la lecture aux bambins , leur lisant l’histoire des astuces pour se débarrasser d’une colère pour la petite section ou comment la maitresse pourrait-elle être contente de moi ,pour la moyenne section sinon après l’été je serai avec les grands en primaire pour la grande section ………….Telles sont les activités , entre autres, que suivait mon fils (aujourd’hui grand ) , à l’école maternelle , en plus de l’écriture, atelier lecture , musique, théâtre ,sport ………etc
    Monsieur Oulhissane , je pense que la clef de la réussite est de faire aimer la lecture à nos enfants dès leur plus jeune age , bien avant l’école primaire .

    Courtoisement

  6. benattou

    Essayons de méditer pour mieux s’imprégner des leçons de l’éducation. Pour préparer le
    BAC on demande aux parents de surveiller la conduite de leurs enfants et surtout les mauvaises fréquentations. Si tayeb vient d’ouvrir un débat ,il faut que la famille enseignante
    participe à ce débat ainsi que les parents des élèves et les élèves.

  7. ABBES

    MON Frere OULHISSANE les professeurs bossent les directeurs et les inspecteurs bossent et sa majesté M l’inspecteur d’académie gagne un voyage ver la TURKY au frais de la princesse: VIVE L’ALGERIE.

    • oulhissane

      Abbes, salam…

      Au temps de la ligue des champions, la wilaya de SBA a été par 4 fois classée première à l’échelle nationale, à l’examen du BEF. C’est vrai, tout le monde bossait.

  8. oulhissane

    Si Amirouche salam,

    C’est un plaisir de vous lire. Effectivement la lecture est » la clef de tout apprentissage ». Nous ne faisons pas assez pour intéresser nos enfants. Ils me semble que leur siècle s’est détaché du nôtre. Qui des deux va à la dérive ? Difficile de répondre.

  9. ABBES

    A mon avis le vrai (ISLAH) doit commencer par l’école primaire c’est là qu’on doit renouveler les méthodes c’est là ou l’enseignent doit avoir un haut niveau. le grand secret est a l’école primaire. je connais l’école que vous avez cité. il fallait voir la qualité d’enseignent qui se trouvait sur le lieu. des instituteurs tres expérimentés avec un nombre d’éleves acceptable alors ces memes éleves se trouvent avec un haut niveaux au CEM ce qui encourage le PEM a mieux donner puis la meme chose au secondaire.allez voire les eleves admis en 1am dans d’autres CEM le taux de réussite dans l’épreuve de 5e est trés élevé100pour cent et en arrivant en 1am l’enseignent trouve devant lui un nombre d’éleves qui ne sait meme pas ecrire son nom et ces admis a 100 pour 100 commence a doubler puis a tripler en attendant l’age de 16 ou 17 ans pour se retrouver dans la rue.

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