La Voix De Sidi Bel Abbes

Isabelle Eberhardt : Ecrivain, musulmane, l’anticolonialiste avérée.

En ce mois de Septembre comme celui d’Octobre, le commun des Belabbesiens demeure toujours hanté par les crues et inondations de la célèbre rivière de Mekerra malgré les assurances que présentent les dernières réalisations de la protection de la ville et certaines localités riveraines…Hélas, ces inondations ont certainement rappelé a notre ami Waheb Mouar la disparition tragique d’Isabelle Eberhardt, cette femme qui fut écrivain  se convertissant a l’Islam mais aussi une anticolonialiste et engagée au coté de notre peuple, en lutte contre la France coloniale. Isabelle Eberhardt qui fut ravie à la fleur de l’age  elle n’avait que 27 ans lors d’une inondation  survenue à Ain Séfra où elle est enterrée, indique notre ami Waheb Mouar. Suivons son papier.

Par : Kheireddine.B

On ne dira jamais assez  que l’exemple d’isabelle Eberhardt  est unique en son genre et exprime avec force ce que veut dire un écrivain ou un intellectuel engagé dans le sens noble du terme. Voilà une femme qui sans conteste poussa son refus de la colonisation jusqu’à ses dernières retranchement , elle osa non  seulement braver  l’idée colonial mais mit sa vie au service d’une lutte anticoloniales jamais égalée pour un occidental , en outre elle ouvrit son cœur et son âme à l’islam au point où elle se reconvertit , devint même une appartenance à cette terre  et ne cessa de démontrer  à travers   ses écrits comment la France coloniale a terni l’idéal de la justice , de la liberté et de la fraternité   prôné la révolution de 1789 et  par son voyage initiatique à l’intérieur de l’Algérie colonisée  Isabelle Eberhart  à elle seule brisa l’image exotique des
orientaliste  de tous bords. Il serait intéressant  dans les circonstances que nous vivons d’avoir un témoignage cinglant sur  le visage monstrueux d’une véritable méthode d’humiliation  d’un peuple , réduit à l’état d’esclavage ; un militarisme , racisme sans précédent. Isabelle Eberhart, née à Genève en 1877,  élevé dans l’anticonformisme et la libre pensée , dans un esprit révolutionnaire n’eût de cesse à dénoncer soit par des articles de presse, des chroniques , soit par des œuvres littéraires  le fondement de la doctrine coloniale, basé sur la supériorité des races , considérant  les indigènes comme une race inférieur et infantile , même primaire , un peuple à civiliser , à rendre gaulois . Elle sillonna parmi les confréries notamment, a Kadaria qui lui enseigna les préceptes de l’islam, déjà dans son enfance elle avait appris l’arabe, ce qui lui facilita sa conversion en tant que musulmane .Elle découvrit la civilisation arabo-musulmane dans toute son
excellence et en même temps  entreprit une véritable introspection  qui dérangea
l’intelligentsia parisienne d’avoir osé remettre en cause la conquête française. Sans entrer dans le détail  de sa biographie, on dira qu’Isabelle n’a fait que répondre à son désir de s’affranchir  en tant que personne et  de prôner une lutte pour l’affranchissement
des peuples  du joug de l’occident colonial, ce qui lui donne une actualité frappante , elle a été une visionnaire .Edmonde Charles-roux écrira dans son livre sur Eberhart « A la place
parlait et vivait un jeune musulman, un étudiant allant à la découverte de l’Islam. Isabelle était devenue Mahmoud Saadi. Dans sa vie et dans ses récits ce sera dorénavant ce nom qu’elle utilisera, le nom d’un jeune taleb voyageant pour s’instruire et qui parfois, d’un geste brusque, repoussait son guennour en arrière, découvrant un crane carré tout bosselé et qu’elle faisait raser à la mode orientale ». Sa littérature parle pour elle où elle nous restitue des récits poignants avec un  réalisme avec une pointe de romantisme et de poésie sur la beauté du pays et un réalisme implacable sur le rapport des colons surtout militaires avec les populations indigènes, vrai réquisitoire qui sert à rafraichir la mémoire de ceux qui ont dit que la colonisation a été positive et que la France n’a pas à se repentir. Voilà  un écrivain et de surcroit une femme  qui témoigne en mettant entre nos mains un acte d’accusation imparable qui donne à réfléchir justement sur les méfaits de la colonisation qui reste d’actualité pour ceux qui croit que tout çà c’est du passé…C’est dommage qu’une telle œuvre reste méconnue chez nous…. Elle meurt à l’âge de 27 ans lors d’une inondation  survenue à Ain Séfra  le 21 Octobre 1904, où elle est enterrée. Voilà l’ensemble de son œuvre :
§  Sud Oranais, 1905, J. Losfeld, Paris, 2003
§  Notes de route, 1908
§  Pages d’Islam, 1908
§  Trimardeur, 1911
§  Dans l’ombre chaude de l’Islam, 1921
§  Mes Journaliers, 1923
§  Amara le forçat, l’Anarchiste, 1923
§  Au Pays des sables (1re édition sous le titre Contes et paysage, 1925), J. Losfeld, Paris, 2002
§  Ses œuvres complètes ont été éditées à la fin des années 1980 :
§  Lettres et journaliers, présenté et commenté par Eglal Errera, Arles, éd. Actes Sud, 1987.
§  Écrits sur le sable, édité par Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu, Paris, éd. Grasset, 1988-1989.
§  Une réédition de l’œuvre majeure datant de 2004 à l’occasion du centenaire de sa mort (21 oct. 1904) :
§  Journaliers, éditions Joelle Losfeld
§  Amours nomades, éditions Joelle Losfeld
§  Sud Oranais, éditions Joelle Losfeld

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Posté par le Sep 13 2011. inséré dans ACTUALITE, ALGERIE, EVOCATION. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

12 Commentaires pour “Isabelle Eberhardt : Ecrivain, musulmane, l’anticolonialiste avérée.”

  1. beka

    Un abbassi , Abdallah Terkmani , guitariste de Raina Rai à chanté Isabelle . Il lui rend hommage dans un morceau avec une superbe musique qui je pense est de lui . L’histoire est aussi dans le « bon » Rai

  2. Smiley

    Monsieur Kheireddine, vous ne serez jamais assez remercié pour vos efforts pour réactiver la mémoire historique et lui promettre des perspectives de débats fructeux.
    Isabelle Eberhardt mérite tous les éloges y compris celui d’avoir le droit de porter le nom de son mari Slimane le Spahi.
    (Vous remarquerez avec moi qu’il continue d’être le vrai soldat inconu)
    Cependant, je vous ferai le reproche dans votre présentation d’être économe avec la vérité historique et de faire souffler un esprit manichéen.
    Complètement enferré dans la logique sartrienne que l’enfer c’était le roumi colonisateur vous abondonnez tout sens critique quand vous faites de la malheureuse Isabelle une anti-colonialiste avant l’heure à une période ou les notables algériens (Ben Badis compris) prônaient l’assimilation.
    Celle sur qui Lyautey se pâmait d’admiration a symbolisé la rupture avec des codes coloniaux et entamé une vraie migration psychologique en épousant la terre, ses hommes et sa religion.
    Elle n’en est pas moins demeurée européenne de part la liberté des mouvements et de son obstination à pénétrer l’univers masculin.
    Vous louez sa visibilité sociale quand chez nous nos moeurs condamnaient nos femmes à l’invisibilité et les cantonnaient à la sphère domestique.
    Je renverrai à la mise en garde d’Edward Said, mon maître, qui ‘prévenait que l’intellectuel devait voir du paysage et disposer de l’espace nécessaire pour tenir tête à l’autorité’.
    La construction d’une dichotomie factice « EUX » et « NOUS » est contre-productive pour saisir les complexités du monde.
    L’écrivaine par contre a été révolutionnaire pour traduire l’impensé et l’inconscient colonial qui essentialisaient et fossilisaient la culture algérienne en la réduisant à une carte postale exotique.
    Ne reproduisons pas les tares de la pensée coloniale de crainte de sombrer par enthousiasme dans la division de l’humanité en ghettos ethniques ou confessionnels.
    Celà revient à nier l’universalité et à poser les civilisations comme éternellement hostiles et imperméables les unes aux autres.
    Ne remplaçeons l’arrogance coloniale par un nationalisme servile et qui fait avancer le cheval avec des ornières.
    Désolé de ne pas suivre le script de la doxa algérienne mais je tiens à rappeler qu’Isabelle a été façonnée par le vécu de son père naturel (elle a été déclarée fille illegitime) qui pratiquait le turc, l’arabe et était impliqué dans le mouvement révolutionnaire anarchiste.
    Les pères blancs de Ain Sefra n’ont pas du pleurer cette rebelle et renégate.
    Nous, nous l’accueillons au panthéon algérien à la place qui lui est due.
    Amicalement.

  3. kaddous cv centre ville

    bon courage waheb mouar vos sujets sont recherches

  4. kaddous cv centre ville

    monsieur smiley il faur encoureger aussi mr waheb mouar avec kheirdine b

  5. Smiley

    Il est ironique de relever que l’Algérie s’est offerte à la conscience intellectuelle de l’écrivaine par les récits de ses demi-frères, engagés dans la légion étrangère.
    Peut-être lui ont-ils vanté Sidi Bel Abbbes et la douceur de ses hivers?
    L’histoire peut se montrer facetieuse:
    Celle qui est venue reconquérir l’instinct nomade et se retrouver dans le désert en s’y perdant a vibré d’abord à l’univers accoustique et prosodique de la langue arabe:
    ‘belle et sonore et virile,musicale et puissante comme le vent du désert où elle est née’.
    Le pays physique a alors capté ses sens et son regard neuf s’est porté sur la spiritualité des hommes qui font cohabiter d’un même mouvement, l’amour et la mort, en récitant les yeux clos, les versets du Coran.
    Le rapport au temps d’Orient, sa fluidité, oblitéraient les courses vaines de l’Occident pour révéler les perles que sont dépouillement et contemplation.
    Sa marche vers l’infini, sa pulsion nomade furent contrariés un temps par un élan du coeur qui lui firent abondonner un temps la posture nomade pour l’arrimer au corps charnel de l’Algérie terrienne à travers Slimane.
    La placidité du lac Leman et le vert de Genève la puritaine furent troqués contre les paysages renouvellés de dunes de sables qui se recomposent avec le vent .
    Le tableau cosmique, né de l’imagination d’un peintre
    puissant lui exposait la futilité des destins et la grandeur du créateur.
    L’ocre des roches lui faisait oublier le vert tenace de son enfance et la mettait en capacité de faire dialoguer les contrastes.
    Inventant son double, le jeune arabe intrépide Mahmoud Saadi( le bienheureux) elle s’est improvisée jeune taliban à la recherche des clés de la spiritualité et du contentement.
    Le dépouillement lui devenait extase et la fille d’Alexandre Trophimouwsky le russe arménien redécouvrait ses racines sémites et la nostalgie du désert.
    Au commencement était le Verbe!
    Sa possession augurait de délices inattendus et de présents précieux.
    Elle avant tous avait compris que ceux qui pensaient posseder l’Algérie étaient possédés par elle.
    Elle avait saisi que la servilité de l’indigène était feinte et que son orgueil était réel.
    Enfant du syndrome de Scotklom elle se livrait corps et âme à l’autre comme dans un rêve éveillé.
    Comme toutes les rocks stars planétaires, elle allait faire le pacte sanglant de troquer sa jeune existence contre la postérité.
    Dans les portes du déserd où il ne pleut presque jamais, elle allait mourir noyée à 27 ans.
    Tout comme…

  6. Smiley

    errata:contrariées,et désert.
    Non on ne sera pas privés de désert!

  7. Smiley

    avec grand plaisir Si Kaddous et tous ceux qui oeuvrent pour le bien chez nous et ailleurs

  8. adda

    si mahmoud alias isabelle , quelle femme! wallah voilà comment on entre dans l’Histoire..merci m. Waheb mouar !

  9. kempf rochd

    vous auriez au moins pu citer un de mes ouvrages sur Isabelle Eberhardt – Le dernier Voyage , Enal, 1991 ou Isabelle, une maghrébine d’adoption, OPU, 1992. Je vous signale que l’ENAG va éditer en 2012 l’édition critique de Sud-Oranais qui n’est pas la pâle édition où Huleu et Delacour reprennent 3000 modifications de Victor Barurcand, ont repris quatre chapitres entièrement écrits par le 1er éditeur et ont oublié six chapitres du manuscrit. Cordialement Rochd

  10. Smiley

    Monsieur Roch je vous prie de ne pas voir malice à ma modeste contribution sur l’écrivain Isabelle Eberhardt.
    Elle ne revêtait aucun caractère universitaire mais procédait d’une interpellation et de la volonté de faire quelques rappels.
    Je serai ravi de vous lire dans le texte en espérant vos contributions dans cet espace.
    Amicalement

  11. Passagère

    En cherchant des informations sur Isabelle Eberhart, je tombe sur votre site :oui, je suis « privée de désert », cet automne. J’ai appris à l’aimer depuis longtemps, des larmes de nostalgie me viennent d’y penser…Je ressens parfois la France, mon pays, comme un exil. Loin d’avoir jamais pensé posséder l’Algérie (!), je suis bel et bien possédée par elle. Monsieur Smiley, je voudrais vous dire comme j’apprécie la clarté de vos idées, les nuances de votre pensée, je vous ai lu avec grand plaisir. Vous parliez, comme Isabelle, de la langue arabe « virile, musicale et puissante », mais que dire de la langue tamasheq, ronde et douce et sensuelle comme un… dessert, ou comme une dune. Que de fois me suis-je endormie sous les étoiles, bercée par les voix lointaines de nos compagnons touareg restés autour du feu mourant… Je vais maintenant lire les « Ecrits sur le sable » d’Isabelle. Bonne nuit, amis, une mer seulement nous sépare.

  12. Dahmani

    Il me semble que la vie d’isabelle Eberhardt a été trop romantisée – A chacun son métier me diriez-vous – car je crois que le fond du problème est le douloureux déracinement familial et autre,qui l’a amené, elle et sa mère à faire ce voyage vers ces contrées invivables..La découverte du désert l’a fascinée comme beaucoup d’autres avant elle, et a dû apaiser un peu ses douleurs morales.Le grand vide pour effacer les mauvais souvenirs..et peut être espérer en découvrir ce qui pourrait lui redonner espoir..Elle a connu des petits moments de joie.

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