La Voix De Sidi Bel Abbes

Il y a 45 ans… : Le docteur Abdelkader Azza l’intellectuel de renom.

Gré du hasard, mon ami et frère Hadj Lakhal Benyahia m’a fait part récemment des préparatifs du premier anniversaire de la création de l’association des anciens élèves du lycée Laperrine (aujourd’hui Azza Abdelkader) qui aura lieu dans les prochains jours et sur lequel nous y reviendrons InchaAllah. Et en consultant un almanach  personnel, j’ai du relever le 45éme anniversaire du décès du docteur Abdelkader Azza l’intellectuel de renom de notre wilaya.

Le docteur ABDELKADER AZZA était un intellectuel de renom. Il naquit à Sidi Bel Abbes le 5 décembre 1905. Il grandit dans une atmosphère d’attachement à ses racines. Le jeune enfant est, en ce début du 20ème siècle, parmi les très rares à être admis à l’école. Faisant figure de privilégié, il fréquenta l’école primaire (école Marceau de Sidi Bel Abbes), puis fit des études supérieures à la Médersa de Tlemcen puis celle d’Alger. Il obtient à 24 ans une licence d’arabe à la faculté de Paris et commence alors une carrière professionnelle comme professeur d’arabe à l’école Sonis puis comme professeur au collège colonial à partir de 1929. Il est alors le premier Algérien à occuper la chaire d’arabe dans ce collège, qui deviendra en 1936 le lycée Laperrine. Il restera enseignant dans ce lycée plus de vingt années. Sa carrière professionnelle commence donc en 1930, année au cours de laquelle les colons commémorent avec arrogance les fêtes du centenaire avec un faste provocateur. De façon générale, les populations algériennes vécurent ces fêtes avec un profond malaise. Même les rares bourgeois indigènes «  intégrés  » et les notables musulmans les plus acquis à l’administration coloniale ne purent cacher leur gêne et leur embarras devant l’étalage impudique des manifestations des colons. Cela est encore plus vrai pour Sidi Bel Abbes qui célèbre, en plus des fêtes du centenaire de l’occupation d’Alger, le centenaire de la Légion étrangère. Dans ce berceau de la légion, les manifestations sont encore plus arrogantes et plus provocatrices qu’ailleurs.

LE jeune Abdelkader AZZA, comme les très rares lettrés et notables indigènes de la ville, vit l’étalage de  la puissance coloniale comme une sourde et douloureuse humiliation. Un indigène lettré, aussi modéré fût-il, ne pouvait rester insensible aux provocations des colonisateurs qui rappelaient aux Algériens leur état de vaincus. Intellectuel indigène, il se posait, souvent malgré lui, comme le représentant de ses coreligionnaires. Et, de fait, dès 1932, en réaction probablement à l’attitude impertinente des colons, Abdelkader AZZA sera l’un des fondateurs du premier cercle culturel musulman de Sidi Bel Abbes. On n’a pas assez d’informations sur les activités de ce cercle culturel musulman. Il a du être très prolifique. Mais on peut cependant  s’interroger sur les éventuels  rapports  qu’auraient eu ce cercle et le professeur Abdelkader AZZA avec le mouvement islahiste (réformiste), très dynamique à cette époque dans diverses régions du pays. C’est, en effet, à cette époque (1934-35) que cheikh Mustafa Benhalouche vint s’établir à Sidi Bel Abbes en qualité de Alem (savant), chargé de propager la doctrine de l’Association des Oulémas réformistes algériens. Le cheikh tentera de sensibiliser la population aux idées de l’Islah. La population indigène, en majorité prolétarienne, était, dit-on, peu sensible aux discours des confréries maraboutiques, mais plus près des slogans des syndicats de travailleurs. Mustafa Benhalouche y anima  toutefois de nombreuses causeries sur l’islam, l’éducation de la jeunesse, la nécessité d’apprendre la langue arabe et le Coran.

Y aurait-il une relation entre cet enseignement du cheikh Benhalouche et l’initiative prise quelques années plus tard par le professeur Abdelkader AZZA de lancer l’Association El –Irfane pour venir en aide aux étudiants musulmans nécessiteux. ? Quoi qu’il en soit, Abdelkader Azza, en dehors de ses activités culturelles, son activité politique n’était pas encore très définie. Il faut attendre la création de l’UDMA, en 1946, parti des notables et des intellectuels indigènes, et aux positions politiques modérées, pour émerger.

QU’EST-CE-QUI explique cet attrait relativement tardif pour la chose politique. A-t-il été choqué par les massacres du 8 mai 1945 ? Probablement. Se sentait-il plus proche, intellectuellement, de ce courant modéré et moderniste ? Certainement. A-t-il été séduit par le nouveau programme politique développé par Ferhat Abbes ? Surement.
Le programme préconisait une solution pondérée au problème algérien : «  Ni assimilation, ni nouveau maître, ni séparatisme. Un peuple jeune, faisant son éducation démocratique et sociale, réalisant son équipement industriel et scientifique, poursuivant son renouvellement intellectuel et moral, associé à une grande nation libérale  ».

UNE année plus tard, en 1947, Abdelkader AZZA réussit à se faire élire au conseil municipal de la ville, où le maire communiste René Justrabo avait comme adjoints AZZA, Goelli, Villela, Laguer, Benamou. Au sein de l’assemblée, il y avait Ben Hassaini, Ouhibi, El Haina, Adim, Bénali, Badsi, Abrous et autres conseillers municipaux. L’activité du militant intellectuel au sein du conseil municipal de la ville a été caractérisée par ses efforts pour promouvoir l’éducation et la formation de la jeunesse indigène. Les archives de la ville gardent le document de la motion proposée par Abdelkader AZZA et adoptée le 15 avril 1947 par le conseil municipal de la ville. Le texte de cette motion nous renseigne sur  la situation de la jeunesse indigène de la ville à cette époque et aussi des préoccupations qui agitaient le professeur Abdelkader AZZA :  » Vous n’êtes pas sans avoir remarqué le grand nombre de yaouleds (enfants) qui circulent à travers la ville, vivant livrés à toutes les tentatives malsaines, désœuvrés, déguenillés, misérables, bruyants. Nul ne se soucie de porter remède à leur situation et tout le monde se plaint de leurs méfaits, de leur humeur chapardeuse, de leur effronterie, de leur insistance, véritable plaie sociale. Leur nombre va croissant d’année en année.  Dans leur tendre jeunesse, ils n’ont pas trouvé place dans les écoles et des parents ignorants et insouciants les ont abandonnés à la rue. Ils ont conquis cette rue, les boulevards et les marchés, les cafés, la ville, toute la ville. C’est le tribut que paie au système colonialiste l’Algérie, qui devient progressivement un peuple de mendiants faméliques et misérables. De beaux projets touchant l’enseignement des Français musulmans ont vu dernièrement le jour. Ils concernent la jeunesse de demain, dont ils n’absorberont la totalité que dans vingt ans. Mais, pour le passé, pour le présent immédiat, l’administration n’envisage rien de précis, sinon des opérations policières. Elus conscients de la population, nous sommes obligés de nous pencher sur ce problème social de l’enfance déshéritée, de l’enfance malheureuse. L’enfance et la jeunesse, c’est le peuple, c’est l’Algérie de demain  », clamait l’intellectuel.  En 1957, contraint à l’exil puisque repéré par la police coloniale, il quitte sa ville natale pour la France d’abord, puis le Maroc ensuite, pour occuper le poste de responsable du FLN pour le nord du pays et enseigner. Une fois la souveraineté reconquise, Abdelkader AZZA retrouve Sidi Bel Abbes. Il a  alors 47 ans et une solide expérience qu’il met au service des enfants de sa ville en tant que proviseur du lycée El Djala, dès la rentrée scolaire 1962-63.  Abdelkader AZZA poursuivit dans l’Algérie libre sa mission d’éducateur.
EN termes de productions littéraires, et en dehors de son activité avec l’UNESCO avec laquelle il a longtemps collaboré, Abdelkader AZZA, qui a été docteur es-lettres à la faculté des lettres d’Alger, après avoir obtenu à La Sorbonne la  mention «  honorable  », s’est livré à l’enseignement des sciences ethnographiques et ethnologiques. Comme productions littéraires, nous citerons le roman «  le pacte de sang  » SNED Alger 1984, «  Nouvelle nuit sur M’léta  » paru en juillet 1947 chez Forge revue périodique et «  Mostéfa Ben Brahim, barde de l’Oranais et chantre des Beni Ameur  » SNED Alger 1979
LE militant et intellectuel Abdelkader AZZA s’est éteint le mardi 19 avril 1967 dans la maison qui le vit naitre. Il a été enterré le mercredi 20 avril  après la prière du dhohr au cimetière de Sidi Bel Abbes.  » Sous un ciel maussade, il pleuvait ce jour-là sur Sidi Bel Abbes jusqu’au cimetière «  . Il a été accompagné à sa dernière demeure par une foule nombreuse dont des enfants du lycée, l’âme en peine. Un an après sa mort, son nom a été écrit en lettres d’or sur une plaque en marbre qui désigne le plus ancien lycée de Sidi Bel Abbes.

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Posté par le Avr 18 2012. inséré dans ACTUALITE, SBA PROFONDE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

12 Commentaires pour “Il y a 45 ans… : Le docteur Abdelkader Azza l’intellectuel de renom.”

  1. benhaddou boubakar

    merci si kadiri de cette biographie d’un enfant du plat pays,azza abdelkader est nè a sba et decedè aussi a sba ,allah yarhmah,c’ètait bien meritè d’avoir octroyè le nom du lycee ou il a enseignè c’est l’hommage qu’il merite!

  2. un non sfisfi

    les internes que nous étions à l’époque où feu Mr AZZA Abdelkader était notre proviseur se rappelleront surement les termes par lesquelles il débutait son discours lorsqu’il s’adressait à nous et qui sont:ابنائي الآعزاء

  3. un non sfisfi

    rectificatif « par lesquels »

  4. un ancien de sba

    je vous dit que ce rappel est imprtant pour la mémoire des anciens que nous étions dans ce lycée régional

  5. benali ALGER

    je suis heureux de lire sur notre maitre et ancien proviseur et vous levez le voile sur une vie bien remplie

  6. Claude.B

    Bonjour Monsieur Kadiri ,
    Je connaissais mal la vie ,les engagements et la valeur de ce Monsieur ,vous venez de me permettre de combler une lacune et je vous en remercie .On ne parlera jamais assez de tous ces hommes (et femmes) ,ou qu’ils se trouvent dans le monde qui ont honoré leurs pays grâce à leurs engagements ,leurs sacrifices parfois .Vous voyez ,il y a des personnes que l’on aurait aimé avoir connu ,pour moi ,il en fait partie .
    En évoquant le lycée Lapérrine ,vous faites remonter mes souvenirs d’enfance :ma soeur était amie avec les filles du proviseur et du surveillent général ,et lorsqu’elle allait les retrouver au lycée,elle acceptait d’amener sa petite soeur avec elle ,et j’en profitais pour aller à la piscine .C’est là que j’ai appris à nager ,et que j’ai aussi failli me noyer ,car je n’avais que 6 ans mais étais un peu tête brûlée .Je n’ai du mon salut qu’à un jeune pion algérien qui a plongé pour me sauver ,mais après m’avoir sermonnée ,n’ a jamais raconté mes exploits à mes parents .Grâce à sa discrétion, j’ai pu continuer à aller à la piscine .
    J’arrête avec la nostalgie car je m’éloigne du sujet .
    Encore merci ,grâce à vous ,j’ai découvert un homme « bien « ,et vous avez raison de faire en sorte que l’on n’oublie pas de telles personnalités .
    Cordialement .

  7. kaddous cv sba ancienlycée

    madame Claude B Le Lycée possede depuis l’an dernier un association de ceux qui furent jadis scolarisés vous pouvez relire cela dans les archives des photos et si j’ai bonsouvenir une vidéo il ya des anciens de Llapérine et puis Azza aek.le travail fait par la voix est remarquable.

  8. gamra de sidikhaled

    un bon portait j’apprends au lycée il ya la photo pas sa vie et son oeuvre

  9. kerroucha

    je n’ai pas connu ce grad monsieur mais mes connaissances sur lui étaient limitées ce jour il ya plus sur cet intellectuel et militant

  10. smain

    j »ai pas mal appris

  11. abbas

    l’une des grandes figures de la révolution algérienne a assisté aux funérailles du défunt AZZA Abdelkader,le feu FARHAT Abbas l’a accompagné à sa dernière demeure,ainsi qu’une présence de plusieurs personnalités politiques et révolutionnaires.

  12. abbas

    Le parcours de ces grands hommes qui ont tant donné pour leur ville en général et à l’éducation en particulier .
    Le journal officiel datant du 30 juillet 1963, portant inscription pour l’année scolaire 1963/1964 sur les listes d’aptitude aux fonctions administratives de chef d’établissements,de censeurs et surveillants généraux furent nommés par le chef du gouvernement président du conseil des ministres . le Feu Président de la république Algérienne AHMED BEN BELLA le 26 Juillet 1963 au temps de Mr Abderrahmane BENHAMIDA ministre de l’éducation nationale.
    fonction de chef d’établissement : AZZA Abdelkader lycée de garçon El Djala à Sidi Bel Abbés .
    Fonction de surveillant général de même lycée : Hadjij Mohamed aussi professeur de ce lycée .Tous deux ont été installés à la même date..
    document que je garde.

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