La Voix De Sidi Bel Abbes

Il y a 3 ans, nous quittait Mahmoud Darouiche, porte parole d’une patrie trahie.

Il y a 3 ans déjà que le grand poète palestinien Mahmoud Darouiche nous a quitté,  porte parole malgré lui, il évoquait sa patrie la Palestine qui demeure trahie, nous reprenons trahie en pensant à l’œuvre théâtrale de feu Kateb Yacine.  Il Décéda au Texas à la suite d’une opération du cœur, qu’avait annoncé à la chaîne de télévision Al Arabiya un médecin de l’hôpital de Houston où il était soigné. Il était âgé de 67 ans. Considéré comme le « poète national » palestinien, l’oeuvre de Darouiche a été traduite en de nombreuses langues. Elle évoquait la douleur des Palestiniens exilés comme lui après la fondation d’Israël il y a 60 ans mais aussi des thèmes plus larges. Gros fumeur, Darouiche avait déjà subi deux opérations cardiaques par le passé. Peu avant l’annonce de son décès, le ministre palestinien de la Culture, Tahani Abou Dakka, avait déclaré que le poète avait été placé sous assistance respiratoire deux jours après une intervention chirurgicale.

Son œuvre comprend vingt grands recueils de poésie ainsi que plusieurs ouvrages en prose et de nombreux articles. Elle est traduite dans plus de quarante langues.
Arraché à sa terre à l’âge de 6 ans, il fut ballotté dans la tourmente politique et la guerre de libération. Porte-parole malgré lui de tout un peuple, ses premiers textes furent associés à la cause palestinienne, sans toujours y avoir été destinés. Sa poésie, adulée dans le monde arabe, chante l’exil, la guerre, la prison, l’amour. Ce succès populaire, il le doit en grande partie aux nombreux artistes qui ont chanté ses vers.
Mahmoud Darouiche n’a jamais voulu être ni héros ni victime, seulement un homme, apatride, avec ses souffrances et ses joies simples. C’est sûrement cette volonté farouche de se démarquer de toute forme de militantisme qui donne une telle force à sa poésie.
Celle-ci lie l’intime et le collectif, l’amour d’une femme et celui d’une terre, l’expression du désir de vivre et celle du combat politique. Mahmoud Darouiche réinvente une langue empreinte des modèles de la littérature arabe médiévale ; il réhabilite les muallaqu’ats délaissées par ses contemporains et redonne ses lettres de noblesse à une langue ancestrale en l’ancrant dans un présent qu’il souhaite au plus proche du réel. Un réel violemment rattrapé par l’Histoire : « Notre problème littéraire permanent, à nous, Palestiniens, est que nous sommes condamnés à être les enfants du moment immédiat, parce que notre présent ne se résout ni à commencer ni à finir ».

Tiré de son important recueil de poésies.

depuis vingt ans il pose des questions

depuis vingt ans il voyage

pendant vingt ans Sa mère l’a mis

au monde

en quelques secondes

sous le bananier

avant de se retirer…

Il réclame une identité…

il est frappé par un volcan

les nuages ont voyagé et m’ont égaré

les montagnes ont étendu leurs bras et m’ont caché

je suis Ahmad l’Arabe, a-t-il dit

je suis la balle l’orange la mémoire

j’ai trouvé mon âme près de mon âme

je me suis éloigné de la rosée et de la vue sur la mer

et moi le pays réincarné

je suis le départ continu vers le Pays

j’ai trouvé mon âme remplie de mon âme..

Ahmad a pris possession de ses côtes et de ses mains

Lui le pas… et l’étoile

et du golfe à l’océan

de l’océan au Golfe

ils aiguisaient leurs lames

Ahmad l’Arabe

est monté pour voir Haïfa

et sauter.

A deux mains de pierre et de thym

je dédie ce chant… à Ahmad l’oublié entre deux papillons

les nuages ont passé et m’ont égaré

et les montagnes ont étendu leurs bras et m’ont caché

Descendant de la blessure ancienne

-et l’année marquait la séparation de la mer

d’avec les villes de cendres –

j’étais seul

ô seul

Et Ahmad était l’exil de la mer

entre deux coups de feu

le camp grandissait donnant naissance à du thym

et à des combattants

le bras s’est raffermi dans l’oubli

la mémoire s’est exercée dans les trains qui s’en vont

sur les quais où il n’y a ni personne ni jasmin

la découverte de soi se faisait dans les voitures

ou sur la scène de la mer

dans la solidarité des nuits de prison

dans les courtes liaisons

et dans la recherche de la vérité

******************************

Moi Ahmad l’Arabe – que soit le Siège ! ­

mon corps sert de remparts – que soit le Siège! –

je suis la frontière du feu – que soit le Siège! –

et moi je vous assiège à mon tour, je vous assiège

et ma poitrine servira de porte à tous – que soit le Siège! –

Ce chant ne vient pas peindre Ahmad – le bleu foncé

dans la tranchée

je suis au delà des souvenirs

Aujourd’hui est le jour du soleil

et des lys

ô enfant éparpillé entre deux fenêtres qui brouillent

mes messages,

résiste!

toute ressemblance est de sable

mais toi tu es bleu.

je compte mes côtes:

le Barada s’échappe de mes mains

les berges du Nil m’abandonnent au loin

je cherche les limites de mes doigts

et toutes les capitales sont faites d’écume.

Ahmad frotte les heures dans la tranchée

Ce chant ne vient pas peindre Ahmad – le – brûlé en bleu

C’est Ahmad – le – cosmique dans ce réduit étroit

le déchiré le rêveur

il est la balle orange la violette de plomb

il est l’embrasement décisif d’un début d’après-midi

le jour de liberté.

ô enfant dédié à la rosée

résiste!

ô pays gravé sur mon sang

résiste!

maintenant je complète en toi mon chant

je rejoins ton siège

maintenant je complète en toi ma question

je nais de ta poussière

vas dans mon coeur

tu y trouveras mon peuple

devenu peuples multiples dans ton explosion.

******************************

Tu es beau dans ton exil

et assassiné à Rome

et Haïfa

Ahmad est la montée du Carmel

l’origine de la rosée, le thym de chez soi

et la maison.

Ne le volez pas aux hirondelles

ne l’enlevez pas à la rosée

des yeux ont écrit son oraison funèbre

abandonnant mon coeur à l’écho

ne le volez pas à l’éternité

et ne dispersez pas ses cendres sur la Croix

il est la carte et le corps

et le feu qui brûle les rossignols

ne le volez pas aux pigeons

ne l’envoyez pas au devoir

ne faites pas de son sang une décoration

car il est la violette sertie dans son propre velours

… Avançant vers la guérison du rêve

il voit des banalités prendre forme de poire

les pays se détruire dans les bureaux

et les chevaux se débarrasser de leurs valises

tandis que transpirent les galets.

j’embrasse le silence de ce sel

je rends le discours du citron au citron j

‘allume un cierge pour les fleurs et pour le poisson séché

à partir de ma blessure ouverte,

les galets ont une transpiration et des miroirs

le bûcheron a un cœur de colombe.

je t’oublie parfois pour que m’oublient

les agents de la sécurité

ô ma femme si belle, toi qui coupes le cœur et l’oignon tendre

et t’en vas auprès de la violette

souviens-toi de moi avant que je n’oublie mes mains.

Sur le chemin de la guérison du rêve

les chaises sont prises entre mes arbres et ton ombre…

Ils s’abattent sur ta blessure comme des mouches

saisonnières

et y disparaissent comme des voyeurs souviens-toi de moi avant que je n’oublie mes mains!

Mes efforts vont aux papillons

les rochers sont mes messages sur terre:

Troie n’est pas mon lieu

Massada n’est pas mon temps

je m’élève de la sécheresse du pain et de l’eau réquisitionnée

du cheval perdu sur le chemin de l’aéroport et de l’air de la mer, je m’élève

des éclats d’obus auxquels mon corps s’est accoutumé

je m’élève des yeux de ceux qui arrivent

et des couchers de soleil sur la plaine

je m’élève des caisses de légumes

et de la force des choses, je m’élève…

j’appartiens au ciel originel et aux pauvres

des ruelles

qui chantent

qui résistent

et qui tiennent

et qui tiennent

Le camp formait le corps d’Ahmad

Damas formait les paupières d’Ahmad

le Héjaz formait l’ombre d’Ahmad

le Siège est devenu le passage d’Ahmad

au dessus des cœurs de millions de prisonniers

le Siège est devenu l’assaut d’Ahmad

et la mer sa dernière balle!

ô la taille du vent

ô douce semaine!

ô nom des yeux ô écho de marbre

ô Ahmad qui est né de la pierre et du thym!

Tu diras: non

tu diras: non

ma peau est l’habit du paysan qui viendra

des champs

de tabac abolir les capitales

tu dis: non

mon corps est le manifeste des ouvriers des industries

légères

des répétitions… et des épopées vers la conquêtes de l’étape

et tu dis: non

ô corps marqué par les flancs des montagnes

et des soleils à venir!

et tu dis: non

ô corps qui épouse les vagues au dessus de la guillotine

et tu dis: non

et tu dis: non

et tu dis: non

tu meurs près de mon sang et revis dans la farine

nous avons créé le jasmin

pour que le visage de la mort disparaisse de nos mots

va loin dans les nuages et les plantations

il n’y a pas de temps pour l’exil et pour ce chant…

jette-toi dans le courant de la mort qui nous entraîne

pour que nous tombions malade de la patrie simple et

du jasmin probable

va vers ton sang qui est prêt à se répandre

va vers mon sang unifié à ton siège

il n’y a pas de temps pour l’exil….

ni pour les belles photos qu’on accroche

sur les murs des avenues

ni pour les funérailles

ni les vœux.

******************************

Les oiseaux ont écrit leurs oraisons funèbres et m’ont égaré

les champs se sont dénudés et m’ont accueilli

va loin dans mon sang! va loin dans la farine!

pour que nous tombions malade de la patrie simple et

du jasmin probable

ô Ahmad le quotidien!

ô nom de ceux qui sont à la recherche de la rosée

et de la simplicité des noms

ô nom de l’orange

ô Ahmad l’ordinaire!

comment as-tu effacé la différence verbale

entre le rocher et la pomme

entre le fusil et la gazelle?

il n’y a pas de temps pour l’exil et pour ce chant

Nous irons dans le Siège jusqu’à la fin des capitales.

va en profondeur dans mon sang

deviens des échelles

ô Ahmad l’Arabe.. résiste!!

il n’y a pas de temps pour l’exil et ce chant

******************************

Comment nous as-tu habité pendant vingt ans et as-tu disparu

et ton visage est-il demeuré dans le mystère comme le midi

ô Ahmad secret comme le feu et les forêts

fais apparaître ton visage populaire en nous

et lis ton dernier testament?

ô spectateurs dispersez-vous dans le silence

et éloignez-vous un peu de lui pour pouvoir retrouver

en vous le blé et deux mains nues

éloignez-vous un peu de lui pour qu’il lise son testament

sur les morts… s’ils meurent

pour qu’il jette les traits de son visage sur les vivants

… si vivants il sont!

Ahmad mon frère!

tu es l’adorateur et l’adoré et le lieu de l’adoration

quand vas-tu témoigner

quand vas-tu témoigner

quand vas-tu témoigner?

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Posté par le Août 5 2011. inséré dans ACTUALITE, EVOCATION. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

11 Commentaires pour “Il y a 3 ans, nous quittait Mahmoud Darouiche, porte parole d’une patrie trahie.”

  1. ferhi s brahim

    tres tres douloureuse cett pensee a celui qui contine a symboliser ce peuple colonise l’un des rares de ce3 siecle ou sont les khorotos.

  2. Mourad d'Aïn-El-Turck

    La Révolution palestinienne a été trahie par certains de ses enfants, la Palestine Non !
    Jamais révolution ne fût soutenue financièrement,logistiquement et moralement (mass media) que celle de l’OLP .Jamais camps de réfugiés ne furent perennisés des décennies comme le furent ceux des Palestiniens suite à la Nekba !Jamais l’hospitalité des libanais ne fût mise tant à l’épreuve avec les milices des mouvements palestiniens,souvent frères ennemis entre eux sur le territoire de Faïrouz qui fût sifflée à Paris par les Algériens…solidaires !
    L’Histoire est impartiale avec les erreurs de leaders qui voulurent introniser la pluralité démocratique dans un mouvement de libération avant son indépendance.Le mouvement palestinien n’a pas eu la maturité et l’engagement de la Révolution Algérienne,autonome financièrement, qui dû sacrifier le MNA rival pour assurer la victoire du FLN seul interlocuteur sur le terrain.
    Les israëliens et le Mossad ont réussi à manipuler pour un autre siècle deux mouvements qui s’annulent…, le Hamas et l’OLP .La France coloniale n’a pas réussi ce coup de maître mais il a fallu l’éliminination physique du MNA pour assurer la pérennité du FLN historique même si certains militants messalistes furent sacrifiés sur l’autel de l’Indépendance et du zaïmisme…Des militants FLN le reconnaissent aujourd’hui et la réhabilitation de certains s’impose !

  3. madame d fatiha

    que dieu vous garde monsieur mourad vous rejoignez ce qui est propose ecrit dans le titre revelateur du mal arabe.saluons ensemble le journal qui est de temps a autre devancier personnellement feru de presse je suis content que notre journal fasse cette pensee

  4. madame d fatiha

    mes excuses ponctuation et lire trestres contente du geste.merci

  5. nehari

    il fait son devoir d’intelecttuel et ces intellos bel abbesiens arrogants suffisants qui ne parlent que de leurs aieux je les lis et je pousse un cri de desespoir nos descendants nos .nos arretez vos pourissez toute cette atmosphere vous ne cessez de denigrez arretez vous avez 70 ansou65 ans reveillez vous je m’arrete darwich que dieu le benisse

  6. acimi oran

    il avait demande a son pays de resister lui le grand poete tres peu de gens savent que derrouiche aimait beaucoup indefiniment notre pays je lai su de diplomates algeriens qui etaient en etroite colllaboration avec nos freres palestiniens.

  7. CE NEST PAS TON CAS

    Je te defie de nous citer un seul et sa tribu dans toute la region de sidi bel abbes

  8. nehari

    vous venez insultez inpunement les gens consultez les historiens sur les tribus pour defier je devais repondre.

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