La Voix De Sidi Bel Abbes

« IGNORANCE AVÉRÉE? » par Mohamed Senni

IGNORANCE AVÉRÉE?

par Mohamed SENNI

Sidi-bel-Abbès, Le 18 octobre 2018.

——Totalement ignoré par notre Université et, a fortiori, inconnu par les  intellectuels  de la « ville à l’attrait culturel » telle que qualifiée par Yasmina Khadra le 25 août 2018, cet événement passe chez nous anonymement à cause d’une inquiétante et inexplicable ignorance. Même la « dimension culturelle » que certains écrivailleurs s’entêtent, aux moindres occasions, de coller, vaille que vaille, à notre ville, le constat d’une totale déshérence est là, bien têtu et pour une pérennité garantie.

Il s’agit de la Journée Mondiale de la Traduction (J.M.T.) célébrée chaque 30 septembre. Sous d’autres cieux, ce jour, internationalement reconnu, est celui de Saint Jérôme, Patron des traducteurs. Or chez nous et nous le constatons toujours, pas un mot, pas un article encore moins des rencontres ou journées d’études sur ce sujet qui n’émarge point à l’intérêt général.

Pourtant, il ne se passe pas de jour où la monumentale contribution engagée lors de l’épopée des grandes traductions faîtes par les Arabes ne déverse ses trésors, traductions qui ont été reconnues comme ayant favorisé l’émergence du socle sur lequel s’est érigée la Renaissance et qui eurent un impact civilisationnel considérable.

Pour cette occasion je m’apprêtais à publier un célèbre texte rédigé par Al Jahiz (159-255 / 775-868), dans son « كتاب الحيوان » (Livre des animaux), traduit au français par le prolifique philosophe et polyglotte égyptien Abdourrahmane Badaoui. Ce texte donne une époustouflante et ahurissante approche des critères et de l’esprit qui se devait de prévaloir chez les traducteurs de son époque. Mieux, il est le témoin de l’expression d’un exemple unique de rigueur intellectuelle qui, pour peu dire, est tout simplement inimaginable.

Ce qu’il nous a été donné de vivre le 25 août passé nous amènerait, malgré nous, au piètre constat que la culture relève, chez la majeure partie de nos concitoyens, de l’effet de mode. Quant aux traducteurs – s’ils existent – ils ne peuvent, tout au plus, que répondre aux « abonnés absents ». Je me résigne à espérer et attendre avec entêtement, une autre échéance pour ce modeste partage. Faut-il encore qu’entre-temps je n’assiste point au triste spectacle que donne déplorablement notre Ministre de l’Education Nationale en ânonnant ses interventions…

Une fois de plus, s’impose à moi le titre du livre du Sud-Africain Alan Paton (1903 – 1988) : « Pleure, Ô Pays bien-aimé ! ».

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=74677

Posté par le Oct 26 2018. inséré dans ACTUALITE, CULTURE, ÉDUCATION. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

8 Commentaires pour “« IGNORANCE AVÉRÉE? » par Mohamed Senni”

  1. Omar B.

    Admirable texte, cher Monsieur Senni ; et je m’étonne qu’il n’éveille ici nul écho…
    Je me souviens que notre prof d’arabe au collège Azza (début des années 70), Monsieur Labiad (vit-il encore?), ne laissait pas de nous chanter les éloges d’un certain « Paradis des animaux » qu’il prêtait à Taha Hussein.
    Est-ce une distorsion mnémonique, avec le temps ? Ou bien s’agit-il de ce même « Livre des animaux » (كتاب الحيوان) dont vous faites mention ?

    • Mohamed Senni

      Cher Si Omar.
      Le texte que vous trouvez « admirable » – ce qui n’engage que vous – a été mis en ligne sur la seule initiative d’un ami ayant, pour ma part, décidé de ne plus intervenir sur ce « journal ». Le contenu de votre post m’accule donc à faire une entorse à cette décision. J’ai personnellement quitté le Lycée El Djala (qui prit l’appellation de « Azza » quelques années après mon départ) à la fin de l’année scolaire 1966/67. Je ne me souviens pas du Professeur Labiad qui, pour le sujet que nous abordons, était parfaitement au courant de ce qu’il a porté à votre connaissance à savoir que Taha Husseïn a bien écrit, entre autres œuvres, « Le Paradis des animaux » (جنة الحيوان ) qui n’a rien à voir avec « le livre des animaux » de Jahiz : une authentique encyclopédie qui traite non seulement de zoologie mais de divers autres sujets avec une inégalable plume et, sur ce dernier aspect, comment pourrait-il en être autrement d’un auteur qui a écrit un des quatre livres-mères de la littérature arabe (البيان والتبيين) ?

  2. Mme CH

    Et pourtant, la traduction a occupé une placé très importante dans la culture arabo-muslmane et a joué un rôle primordial dans le transfert des connaissances de la culture grecque et persane vers l’Arabe ensuite vers l’Occident qui vivait dans l’obscurité…Grâce à la traduction les sciences et les lettres arabes ont pu être transmises en Europe….!!

    En Andalousie, par exemple, la majorité des livres étaient traduits de l’arabe à l’hébreu et aux langues latines,… »Les Espagnols s’étonnèrent lorsqu’ils surent que Cordoue contenait, à elle seule, soixante dix bibliothèques. Selon Ibn Rushd, Cordoue, au XIIe siècle, était la seule ville dans le monde entier à posséder le plus de livres et de bibliothèques. Les rois de Navarre et de Barcelone ne se dirigeaient que vers Cordoue lorsqu’ils avaient besoin de livres. »…

    Et maintenant, ce sont les arabo-musulmans (9awm Toubbe3) qui sont classés au bas de l’échelle, ils pensent plus à remplir leur ventre qu’à nourrir leur esprit…Plusieurs facteurs internes et externes sont la cause de cette décadence…! Quant aux Harkis intellectuels, ils sont occupés à faire de l’aplaventrisme pour plaire à leurs Maîtres..!

    Je remercie Mr Senni pour cet article très intéressant qui a plus d’un sens…!

    • b200

      une fois un israélite faisait une interview a un philosophe israélite et dans l’interview le journaliste pour s’ enorgueillir lui cite leur compatriote Einstein.Il ne s’attendait pas entendre le philosophe lui répondre  » mais si Einstein ne s’était pas basé sur les travaux de ses prédécesseurs, il ne serait pas devenu Einstein »

  3. b200

    apres le passage du chi3isme sur le monde arabe apres la chute de baghdad sous le coup fatal des mongoles je crois, le débat est redevenu axé sur laghwف
    في الإسلام، اللغو يطلق على الكلام الذي لا فائدة فيه ولم يبلغ درجة المعصية
    c’est normal les gens se sont détournés des livres qui n’ont aucune utilité. les gens cherchent les livres utiles pour faire un métier..la traduction si elle avait acces sur les sciences et technologie sera vendu comme des petits pains cela ne veut pas dire que les livres de bonne littérature qui offre une belle écriture soient mis de coté..savoir comment parler c’est une science a part entière..
    sinon la littérature dite distractive qu’on voie en Europe entre 10 stations de métro une femme tire un livre ou une revue pour se distraire pour éviter de fixer son regard sur l’autre passager et éviter de le gêner , en islam c’est une obligation ghoudou el
    bassar…
    en médecine un livre d’anatomie coute 3000 da et les étudiants l’achètent sans hésitation
    chaque concepteur de livre doit choisir un rayon dans une bibliothèque et ne pas faire de son créneau une singularité y’a des milliers de créneaux chacun prend en charge son rayon la sienne

  4. Mémoria

    Une ville universitaire comme Sidi Bel Abbès devrait animer son « Campus » en informant déjà ses étudiants sur ces journées mondiales ou internationales .La traduction comme d’autres disciplines relève bien plus de leurs départements et facultés respectifs ! Devrions-nous pour autant « pleurer notre pays bien-aimé » comme Alan Paton , Monsieur Senni que je salue ? Quand on apprend qu’une soutenance de mémoire de master avec assistance d’un public même réduit entre dans la « jurisprudence » locale par le fait du Prince avec une étudiante face à un jury ou son père (Enseignant universitaire du même département) siège et évalue avec l’encadreur et le Président de séance; devrait-on pleurer le pays ou ses hommes ? A bon entendeur,salut !

  5. b2000

    l’Algérie est encore jeune il est entrain de transformer mais ça prend beaucoup de temps. même la France est coincé dans son ancien systeme qu’elle nous contaminé avec. la France fait un pas vers le système anglo saxon et ensuite elle entend des cries et des hurlement fait ensuite deux pas en arrière. un système de production lorsqu’il s’installe il lui faut des siecles pour disparaitre..ici en algerie le systeme de production en agriculture et en industrie ne demande pas de savoir et le producteur souvent sans formation universitaire ou formé dans les sciences litteraire ne sait pas le role de la science. exemple tu prend un gros producteur de lait. il investie des milliards en vache et lorsque le veterinaire l’approche celui dit ne pas besoin..mais une fois une épedemie se declare chez lui que tu le voix courir par la nuit en tapant la porte du veterinaire. le veterinaire sortira en habaya de nuit la telecomande a la main lui dit  »ah je suis venu te donner un coup de main mais tu n’avais pas besoin de medecin veterinaire, maintenant dabbare rassak fait de tes vaches kafta viande au haché.. » »’ ya sidi ya sidi ya sidi wallah man3awoud ellah yarhambouk el begra rahi baghya tmoute..la meme chose chez l’indutriel il achete une machine tant qu’elle marche il n’a pas besoin d’ingenieur c’est lorsqu’elle tombe en panne et le fabriquant a fermé les portes en europe ou en chine tu le vois courir commeun fou taper la porte chez un ingenieur  »ya sidi ya sidi janyour ellah yarhambouk el machina est en arrêt et el khadama rahoum yakhalssou chaumage technique payé » » hhhhhhh

  6. b200

    Nous ne sommes plus dans les années rouges coloniales ou l’envahisseur a détruit toutes les bibliothèques algériennes. maintenant y a la librairie en ligne ou chaque algerien a le choix de telecharger un livre en langue arabe qu’il désire lire. j’ai téléchargé le livre d’el jahidh كتاب البخلاء للجاحظpdf …c’est un plaisir de le lire en entier a notre époque on avait le privilège qu’a de courts fragments ..l’internet est vraiment ni3ma Ilahiya !

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