La Voix De Sidi Bel Abbes

Histoire : La voix de Sidi bel Abbes observe une halte sur la révolte des Ouled Brahim ( Sidi Bel Abbes ) en 1845.Par notre ami Hani Abdelkader

Notre ami l’écrivain Hani Abdelkader que nous avons revu avec plaisir tout récemment à la bibliothèque de la wilaya où se déroula l’hommage de feu Boudjemaa nous revient sur ce 170 anniversaire de la révolte de Ouled Brahim du 30 janvier 1845.

Hani Abdelkader

le 30 janvier 1845, il y eut dans ce qui était encore un  camp militaire au lieu dit  « Sidi Bel Abbés », là ou plus tard la future ville de Sidi Bel Abbés fut edifiée ,un évènement que les historiographes coloniaux qualifient d’  « extraordinaire ». Il s’agit de ce que ces historiographes désignent comme « L’attaque des Derkaouas contre le camp de Sidi Bel Abbés » rapporté dans les écrits du général Azan (La fondation des villes de l’Oranie ),  du maire de Sidi Bel Abbés Léon Adoue ( la ville de Sidi Bel Abbés, histoire , légendes et anecdotes)et récemment dans ceux de Ainat Tabet et Tayeb Nehari (Sidi Bel Abbés , de la colonisation à la guerre de libération et sur le quotidien d’oran signe Kadiri mohamed(pages spéciales édition des jeudis de cet organe d’information )

Les faits d’après les chroniqueurs coloniaux :

Les faits sont différemment relatés par les historiographes coloniaux.  Le général Azan fait le récit de cet « extraordinaire évènement » « d’après les documents du ministère de la Guerre français » : Il écrit  « Vers dix heures du matin, les soldats  aperçurent une soixantaine d ‘indigènes qui précédés de cinq ou six enfants, se dirigeaient vers le camp ; portant des bâtons, ils récitaient des prières et ne paraissaient avoir aucune intention hostile ; Leur allure étrange provoquait les rires des soldats. A l’entrée du poste, ils furent arrêtés par le factionnaire ; Alors l’un d’eux, s’approchant du soldat comme pour lui expliquer qu’ils venaient présenter une réclamation au commandant supérieur, le tua d’un coup de feu. A ce signal, tous ses coreligionnaires sortant des armes dissimulées sous leurs burnous  se précipitèrent dans la redoute et attaquèrent les militaires qu’ils rencontrèrent. Ils se dirigèrent vers le logement du commandant supérieur, croyant l’y trouver et l’envahirent après avoir tué  sur la porte le planton chargé de la garder.

Officiers et soldats du camp avaient aussitôt couru aux armes  et s’étaient de tout cotés, jetés sur les assaillants ; Ils les pourchassèrent  à la baïonnette tandis que le commandant Ponsard faisait garder la seule issue leur permettant de s’échapper. Les indigènes tentèrent alors de franchir les parapets, mais au fur et à mesure qu’ils descendaient  dans les fossés, ils y étaient impitoyablement fusillés. Il n’y eut pas de quartier : 58 indigènes étaient entrés dans la redoute ; après une courte lutte, il y eut 58 cadavres »

 Léon Adoue, maire et chroniqueur de la ville  fait une description fantaisiste et très suggestive de cette attaque  : Le 30 janvier 1845, le commandant de la place militaire de Sidi Bel Abbés se rendit à la tête de ses troupes chez les Ouled Sliman pour une opération de police. «  Les Ouled Brahim voulurent profiter de cette circonstance pour enlever la redoute. Ils se massèrent dans un repli du terrain et, ayant déguisé en pèlerins une avant-garde, ils lui enjoignirent d’aller préparer l’attaque par la ruse. Le 30, au point du jour, la petite garnison voit s’arrêter  devant les murs, des Arabes en guenilles, n’ayant à la main qu’un simple bâton et récitant des prières. Ils demandent  ( ?) à visiter le camp français. Leurs allures peu belliqueuses donne confiance. On fait droit à leur  désir. Mais à peine le dernier de ces loqueteux à-t-il franchi la porte  que la sentinelle est assommée. Les faux pèlerins sortent  des armes de dessous de leur burnous et deviennent des assaillants dangereux ».

183

            Une attaque ou une mise en scène ?

            Pour Azan, il s’agirait d’une « attaque » des Ouled Brahim  qu’un marabout derkaoui aurait enflammées par ses prédications. Azan n’hésite pas à prendre beaucoup de liberté avec la chronologie pour expliquer ce fait historique en qualifiant les attaquants d’affiliés à la confrérie des Derkaouas.  En fait la révolte des Derkaouas ne commencera qu’en mars 1845 et dans la vallée du Cheliff ! Léon Adoue n’ose pas cette explication et Ainad Tabet et Tayeb Nehari  l’adoptent dans leur ouvrage cité plus haut.   .Mais cette explication d’un  fait historique encore très mal apparaît  très peu convaincante pour l’occupant qui n’admet pas cette reaction. On a dut mal à croire que 58 paysans désarmés, accompagnés d’enfants,  fussent-ils enflammés par un prédicateur derkaoui,  puissent  attaquer un camp militaire occupé par des centaines d’hommes bien armés. Au moment de « l’attaque », il y avait dans le camp au moins « le  bataillon du  6° léger », soit plus d’une centaine de soldats  bien armés

            Ne s’agirait-il pas d’une mise en scène d’un massacre programmé ?

La terrible répression des révoltés des Ouled Brahim.

En tous les cas, comme si elle était planifiée  à l’avance, la réaction des militaires français ne se fit pas attendre. La journée même, les douars des Ouled Brahim, informés des faits et redoutant la réaction attendue des militaires français tentèrent de s’enfuir avec leurs troupeaux.  Leur retraite fut coupée par la colonne du commandant Vinoy rappelé  en toute hâte de sa mission chez les Ouled Sliman. Il stoppa la fuite des populations des Ouled Brahim, les razzia impitoyablement et leur enleva tout ce qui lui tomba sous la main, notamment  « une trentaine de chevaux ou mulets, plus de 200 bœufs ou vaches ; 1200 moutons ou chèvres ». En outre  « 70 vieillards, femmes et enfants furent amenés en otage ».Plusieurs d’entre –eux, peut-être  tous, furent immédiatement fusillés sans autre forme de procès.   La répression fut si horrible et si terrifiante que  « les femmes dont les maris ont été tués n’ont même pas oser les pleurer »

images

Un simulacre  d’enquête fut rapidement mené quelques jours après. Le rapport  conclue que tous les Ouled Brahim, dont le caïd avait prit la fuite, étaient compromis dans le complot. Plusieurs autres hommes  furent arrêtés et envoyés à Oran pour jugement. L’autorité militaire décida de confisquer à la tribu toutes les bêtes de somme  ou de transport, « chevaux, mulets et chameaux  furent enlevées à la tribu  de manière à ce qu’elle ne put se déplacer ».  C’est pourtant ainsi diminués que les rescapés de la répression des Ouled Brahim, terrorisées et ruinées,  prendront la fuite pour le Maroc quelques temps après. L’ampleur de la féroce répression contribua probablement à déterminer les autres tribus Beni Amer et Hachem à émigrer au Maroc.

L’exode  des Ouled Brahim :

Pour les soustraire à la féroce répression et probablement à l’autorité française, l’émir Abdelkader exhorta  les tribus Beni Ameur à émigrer au Maroc. Ce fut un exode terrible. En plein hiver, des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards, emportant quelques maigres vivres, poussant devant eux ce qui restait de leurs troupeaux, abandonnent leurs terres et fuient vers le Maroc. Une redoutable  épreuve que cette  marche de 500 km . Nombre d’entre eux, les plus faibles, les vieillards, les malades, les enfants  ne purent supporter cette longue marche et périrent de fatigue ou de maladies.

Au Maroc, leur séjour ne fut pas une sinécure. Mise en résidence, suspectée de subversion, le sultan du Maroc n’hésita pas à lâcher contre eux une troupe de 15 000 de ses soldats.. « La tribu fut défaite, les hommes emprisonnés et les femmes et les enfants emmenés en esclavage » écrit Churchill

Ceux qui le  purent  décidèrent alors de rentrer chez eux Le chemin du retour fut une autre pénible épreuve pour ces populations réduites à la misère, déracinées, réprimées, affaiblies par la faim et la maladie.. Les Béni Ameurs revinrent « épuisés, sans moyens matériels et bien souvent très éprouvés par la famine  et les longs déplacements, indépendamment de la perte du cheptel »: « les Ouled Brahim sont considérablement réduits ».

index

Mais c’est déjà trop tard, « Le territoire des Beni Amer fut déclaré acquit à l’Etat par suite d’un arrêté du GG, duc d’Isly en date du 18 avril 1846. Cet arrêté frappait de dépossession, d’une façon générale, toutes les tribus émigrées soit  dans le Maroc, soit dans le désert qui n’auraient pas obtenu l’aman dans un laps de temps déterminé et portait que toutes leurs propriétés appartiendraient à l’Etat. » Bastide p 25.

. A leur retour de l’aventure marocaine, les quelques débris rescapés des Ouled Brahim trouvèrent leurs terres séquestrées.  , 76,683 hectares de bonnes terres qui serviront à créer les villages de colonisation et la   ville de Sidi Bel Abbes.. Désormais, pour survivre, ils auront la consolation de trouver, selon Bastide  «  à utiliser leurs bras pour les défrichements et les autres travaux agricoles » que leur offriront les colons qui accapareront leurs terres.  Les Ouled Brahim  dont on évaluait le nombre  à 10 000 en 1830 ne compte plus que 3000 individus d’après le recensement effectué en 1867 soit une décroissance de 70 % ! Un véritable génocide.

La dernière exécution au Yatagan d’Oran.

turkish_sabre___yatagan__by_vladodlhy-d5o85rk

            Les hommes arrêtés, au lendemain de l’attaque du camp de Sidi Bel Abbés furent tous jugés,  coupables et condamnés à être exécutés. Celui qui fut reconnu comme l’instigateur de l’attaque, le nommé Ben Kenadil Ben Djeffal fut exécuté le 26 mai 1845. Son exécution resta célèbre dans les sinistres annales des exécutions, car elle fut particulièrement et horriblement spectaculaire ; Le bourreau le mutila par trois fois avant de l’achever par un dernier coup, enfin décisif. Cette exécution fut la dernière exécution au Yatagan d’Oran. L’horreur à laquelle elle donna lieu  décida les autorités coloniales   d’Oran à se « moderniser » en se dotant du dernier cri en matière de machines à exécuter : la guillotine.

            Des martyrs toujours sans sépultures

            Quant aux  58 hommes des Ouled Brahim massacrés ce sinistre matin du 30 janvier 1845 lors de cette  «  attaque suicidaire » contre le camp militaire de Sidi Bel Abbés, ils furent enterrés – est-ce le mot qui convient ? –  au lieu dit « peuplier d’Abdelkader », à l’emplacement actuel du jardin public, à l’endroit précis ou est plantée une allée de cyprès..                                                  +++Nos  remerciements à notre ami écrivain si Hani.aek .+++++++++++++

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=58146

Posté par le Jan 29 2015. inséré dans ACTUALITE, HISTOIRE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

9 Commentaires pour “Histoire : La voix de Sidi bel Abbes observe une halte sur la révolte des Ouled Brahim ( Sidi Bel Abbes ) en 1845.Par notre ami Hani Abdelkader”

  1. Lecteur assidu

    Un événement historique cache et non commémore

  2. OUERRAD en squatteur

    BRAVO , enfin quelqu un qui parle de son domaine sans s appropprier ce qui appartient a autrui .On aimerait bien avoir a lire des sujets pareils , car la librairie a ete exterminee de notre espace .Si ce n est pas trop demander a nos historiens , car pour trouver leurs ecrits en librairie cela devient IMPOSSIBLE .
    Quitte a mettre leurs ecrits on line ;merci monsieur HANI .

  3. Ali

    Monsieur Ouerrad.Vous avez vu juste. Chacun doit s’occuper de son domaine. Ici on apprend. Tenez vous bien pas un mot dans les journaux sur cette révolution faite par des populations contre l’envahisseur.

  4. Elbastany

    OURRAD une joie en te relisant. À bientôt !

  5. Benattou

    La signification du mot histoire est la connaissance et récit des événements du passé ( relatifs à l’évolution de l’humanité d’un groupe, d’un homme ) jugés digne de mémoire ; les faits ainsi relatés. Vous relatez Monsieur Heni une vérité historique ce récit est conforme à l’histoire. Je vous remercie .Monsieur Ali a dit (ici on apprend,c’est juste. Kateb yacine a dit : Il faut que notre sang s’allume et que nous prenions feu pour que s’émeuvent les spectateurs et pour que le monde ouvre enfin les yeux non pas sur nos dépouilles mais sur les plaies des survivants.

  6. Elbastany

    Bravo benattou. Je remarque que vous avez trouvé les mots qui conviennent.

  7. jamel

    Sur les jeunes ignorent et même des adultes.

  8. Abbassi

    Le moyen de véhiculer les événements historiques est l’école mais ceci ne figure pas à ce moment et c’est dommage les enfants de belabbes ignorent cela. C’est comme cela ne se passa pas. Cette révolte est méconnue.

  9. HORR Abdelkader

    Salem:honnêtement je ne savais rien sur cette révolte des ouleD brahim Et la je tiens a saluer l’auteur pour ses sérieuses recherches pour nous mettre a jour sur le passé de SBA

Répondre