La Voix De Sidi Bel Abbes

Histoire de la ville de Sidi bel Abbes à travers certains faits médicaux par notre ami Mr Hani Abdelkader


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1842 : les français établissent prés du marabout Sidi bel Abbes une garnison militaire pour mieux assoir leur domination sur les Béni Amer. Toutes les colonnes en campagne dans la région de Sidi bel Abbes contre les troupes  de l’émir Abdelkader,, allaient trouver dans cette garnison stratégiquement placée sur l’axe est-ouest Tlemcen-Mascara et l’axe nord-sud Oran-Dahya, une retraite logistique précieuse.  Toutes ces colonnes allaient pouvoir séjourner et camper sous les murs de la garnison de Sidi bel Abbes, faire évacuer  leurs malades et laissaient en subsistance au camp les hommes fatigués, malingres ou atteints de légères affections.. La garnison devenait un hôpital miliaire ou des médecins souvent  d’une grande compétence, prodiguaient les soins d’urgence aux blessés et soignaient les malades.la rude résistance qu’opposaient toujours les troupes de l’émir Abdelkader gêneraient nombre de blessés. Les conditions climatiques étaient également un vecteur de pathologies nouvelles pour ces militaires européens non encore adaptés au climat africain. Les médecins enregistraient beaucoup de décès du fait de la fièvre ou de la dysenterie.[1]La pression sur les troupes françaises était telle que des maladies encore inconnues faisaient leur apparition comme cette énigmatique épidémie de mutilation de 1844 !

Une épidémie de mutilations en 1844

Le Journal des Connaissances Medico Chirurgicales  de 1849 rapporte qu’  « au mois de février 1844, 350 hommes du 3° bataillon du 1er régiment de la légion étrangère  étaient campé à Sidi bel Abbes. Un soldat s’étant mutilé en se tirant volontairement un coup de fusil dans le poignet, 13 autres se  mutilèrent de la même manière dans l’espace de vingt jours. Aucun de ces soldats ne voulut avouer que cette mutilation  fut volontaire : tous affirmaient que c’était un pur accident arrivé pendant qu’ils nettoyaient leur arme et tenaient imprudemment la main appliquée sur l’extrémité du canon. Il ne fut possible dans aucun cas de découvrir un motif plausible  qui put expliquer des faits aussi étranges.  … quel ne fut l’étonnement du commandant en apprenant  que dans un autre bataillon de chasseurs de Vincennes, campés à Ain Tiffrit à  8 lieux de Sidi bel-Abbes, 8 soldats  s’étaient mutilés durant la même période de la même manière .L’étonnant est qu’il n’y avait entre les deux camps aucune communication.

L’exode des Béni ameur au Maroc ; janvier 1845

La garnison de Sidi bel Abbes jouera ce rôle d’hôpital de guerre même  après l’exode des Béni Amer au Maroc en 1845 et la reddition de l’émir Abdelkader en 1847. En 1848, les pouvoirs publics français décidèrent de transformer cette garnison en ville garnison. Commencèrent alors autour de la garnison originelle, la construction de ce qui allait devenir la ville de Sidi bel Abbes. Mais c’est aussi en 1848 que les premiers débris des tribus Béni Amer de retour  du Maroc vinrent s’installer en cohortes misérables aux portes de la ville en construction, créant l’embryon de ce qui va devenir le quartier arabe des grabas. Cette masse indigène aux portes de la ville va intéresser la médecine coloniale militaire à plusieurs titres : certains médecins militaires, prenant à cœur le fameux serment d’Hippocrate, généreux, passionnés vont devenir une sorte d’apôtres qui ne voulaient pas abandonner la population arabe à ses habitudes de superstitions, d’ignorance et de fatalisme. D’autres, comme le  général Beauffre, commandant de la Division d’Oran qui, pense qu’  « il serait politique de ne point négliger le moyen que nous offre la médecine d’étendre notre influence et de préparer cette fusion qui n’est point impossible » Et c’est  que ce général, généreusement quelque peu idéaliste, mit en place la première infirmerie arabe de Sidi bel Abbes.

La première infirmerie indigène de Sidi bel Abbes.

Mais la tache allait  être difficile pour les médecins militaires français de se faire accepter par la population arabe. Les populations des tribus de la région » répugnaient à accepter cette médecine quand elle  leur était offerte   pour un grand nombre de préjugés.  « il était impossible de faire entrer un Arabe dans une salle hospitalière. Tout l’en repoussait : l’air confiné, la nourriture  (et ses incidences religieuses), le mobilier, le mélange avec les Chrétiens et leurs moqueries ».En fait, à force d’attirer les arabes à accepter la médecine européenne, on finit par comprendre que « les résistances tenaient non aux pratiques médicales elles-mêmes mais aux coutumes et aux mœurs européennes imposées aux malades indigènes par les hôpitaux militaires ou civils ». Aussi en 1853, le capitaine  Lacretelle, celui même que Mostafa Ben Brahim évoque amicalement dans ses vers et le docteur Barberet décident d’organiser l’infirmerie arabe en deux tentes, l’une pour les hommes et une autre pour les femmes et les  enfants. L’initiative obtint quelques succès. « Assurés qu’ils étaient de se vêtir à leur façon, de ne manger que des viandes provenant d’animaux égorgés selon le mode prescrit et des aliments préparés à leur manière ». Rassurés, les malades algériens  vinrent plus nombreux. Certains assurés d’être à l’abri des regards indiscrets, amenèrent également leurs femmes  et leurs enfants.

Construction de l’hôpital militaire en 1853

Entre temps, entre 1853 et 1860, l’autorité militaire fit construire l’hôpital militaire  de sidi bel Abbes. Un hôpital loué pour son aménagement fonctionnel comme en témoigne une « Etude sur les hôpitaux, considérés sous le rapport de leur construction, « Les deux hôpitaux de Vincennes et de Bayonne sont les deux établissements de l’intérieur qui méritent surtout d’être signalés : mais l’Algérie nous offre  d’autres exemples d’une bonne installation ;  ils nous sont fournis par l’hôpital de Sidi bel Abbes qui est à peine achevée »

L’hôpital militaire de Sidi bel Abbes, installé dans des bâtiments adéquats, à savoir un immeuble en plein centre ville, l’actuelle wilaya, et doté d’équipements modernes se signalisera par la qualité de sa prise en charge, la compétence de ses médecins.

Militaires et civils continueront d’être pris en charge de la manière la plus convenable, même si les indigènes le sont beaucoup moins … Dans cette ville garnison, l’hôpital militaire continua de s’occuper du suivi des filles publiques ; luttant ainsi contre les maladies vénériennes.

La prise en charge des ouvriers du chemin de fer Sidi bel Abbes-Tlemcen

L’hôpital militaire de Sidi bel Abbes va être d’un grand apport pour les ouvriers ramenés de France pour les travaux de construction du chemin de fer SBA-Tlemcen commencés en 1871 ; Ces chantiers mobilisèrent des milliers d’ouvriers venus de France et qui souvent ne purent les conditions climatiques de la région. Ces ouvriers se succédèrent sur les lits de l’hôpital de Sidi bel Abbes, frappés par la dysenterie ou le paludisme. Les médecins se contentaient de soigner les symptômes empiriquement mais efficacement.

En 1897,  un crédit supplémentaire de huit mille francs (8000 FR) fut consacré aux dépenses de construction d’un pavillon pour les femmes malades à l’hôpital militaire de SidibelAbbés.

Expérimentations et recherches à l’hôpital de Sidi bel Abbes.

Comme beaucoup de médecins militaires à l’époque, les médecins affectés à Sidi bel Abbes  avaient un esprit encyclopédique qui leur permettait de passer aisément d’une discipline à l’autre et procéder à des observations et des expérimentations scientifiques. Les annales médicales ont gardé le souvenir de plusieurs travaux scientifiques entrepris par ces médecins. En 1865, les travaux de M. Lefranc, pharmacien en chef de l’hôpital militaire ont permit d’enrichir la connaissance de  la faune et de la flore de l’Algérie. En 1872, on expérimenta une nouvelle technique dans les traitements des glandes rebelles : on appliqua à un malade 4 applications successives de 15 sangsues qui eurent pour résultat d’arrêter le développement incessant de la glande, qui sembla cependant durcir alors. M. Paul Horteloup publia sur cette singulière maladie des mémoires ou articles très-utiles à consulter. en 1873, un médecin publia les observations de 52 malades traités par la méthode de Brand, à l’hôpital militaire de Sidi bel Abbes, et sur lesquels il avait eu un seul décès. En 1877, le docteur Bachon, médecin militaire à l’hôpital de Sidi-Bel-Abbès publie une étude remarquable intitulé : Contribution à l’étude de l’influence réciproque de la diathèse rhumatismale et du traumatisme.

La médecine coloniale face aux épidémies

Toutefois la médecine coloniale et l’hôpital militaire de Sidi bel Abbes furent bien impuissants à endiguer les  vagues d’épidémies qui s’abattirent sur la ville et la région dans les années 1849, 1854 et surtout la redoutable épidémie des années 1867-1868.

Durant ces dernières années, la ville connut une surmortalité  qu’expriment les statistiques de l’état civil enregistrant pourtant les seuls décès comptabilisés par les services sanitaires et qui touchèrent pour l’essentiel les indigènes musulmans et juifs.

Comme pour les épidémies précédentes, c’est de France qu’arrive le choléra morbus où il sévissait déjà depuis les premiers mois de l’année. 476 décès recensés par ces services en 1968. Les décès non enregistrés furent certainement plus nombreux…

Les premières campagnes de vaccination sont lancées. Elles touchent superficiellement la population arabe désormais cantonnés dans leurs misérables douars.

La création de l’Hôpital civil de Sidi Bel Abbes en 1934.

C’est pourquoi en 1934, l’ambitieux maire PPF de Sidi Bel Abbes, Lucien Bellat décida de la création d’un ensemble hospitalier composé d’un hôpital, d’un hospice et d’une maternité.

         Lucien Bellat fit don à la ville d’un terrain de 7 hectares aux bois de Boulogne au Faubourg Thiers. Le bois de Boulogne fut jugé « site de bon air, ou il existe déjà un parc et un jardin avec de l’eau en abondance  et de la terre de premier choix pour le jardinage. ».   En dépit des critiques de ses rivaux politiques notamment le précédent maire de la ville Lisbonne, pour lesquelles le projet allait détruire de les précieuses ressources en eaux du Bois de Boulogne, les travaux furent officiellement lancés  en juillet 1934, lorsque M Lucien Bellat en posa solennellement  la première pierre. L’ensemble devint fonctionnel en 1939.

                  En 1942, avec le débarquement des américains en Afrique du Nord, le nouvel hôpital comme l’ancien hôpital militaire semblent débordés et on dut transformer la belle école d’agriculture en hôpital militaire. Pour la  mettre à l’abri des éventuels bombardements, une grande croix rouge fut peinte sur un toit du bâtiment.

Dans les années 58-60, l’hôpital civil de Sidi bel Abbes connu une nouvelle extension .On y construisit deux nouveaux pavillons, le premier abritant le service antituberculeux et le second  le service de maternité.

Quand à l’hôpital militaire Fernand Robert il continua à activer jusqu’en  1962

L’indépendance, la promotion de l’hôpital

                Au lendemain de l’indépendance, avec l’exode de la population d’origine européenne qui constituait l’essentiel de l’encadrement du CHU, il fallut pallier au déficit n médecins et agents paramédicaux. L’hôpital-hospice de Sidi Bel Abbes put alors compter sur quelques médecins libéraux et humanistes européens qui poursuivirent leur mission. L’hôpital de sidi bel Abbes put compter également sur des médecins, fils du bled, qui à différents postes  purent  remédier à la situation de crise qui paralysa alors le secteur de la santé en Algérie.


 Notre ami Hani Abdelkader a cité les présentes sources pour les besoins de cet article : les voici:Recueil de mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires, Volume 2 (Éditeur Bautruche, 1847 : p 103Journal des Connaissances Medico Chirurgicales , Numéros 1 à 6 ;Numéro 1849 (Livre numérique Google) p 211Turin Yvonne : Affrontements  p 321Etude sur les hôpitaux Paris ; Paul Dupont Imprimeur ; 1862 :Pierre Cournillon : la figue de l’oncle, l’Algérie de grand-papa.Bulletin des lois de la République franc̜aisePaul Horteloup : Des tumeurs du sein ; Paris -Asselin, 1872 – 102 pages – Extraits

 

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=23517

Posté par le Fév 27 2013. inséré dans ACTUALITE, HISTOIRE, SBA PROFONDE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

12 Commentaires pour “Histoire de la ville de Sidi bel Abbes à travers certains faits médicaux par notre ami Mr Hani Abdelkader”

  1. chaibdraa tani djamel

    Merci Mr HENI pour cette belle histoire de notre ville j’ai reconnu sur la grande photo Mme SEBIHI ZOHRA(ex CRMA allah yarhamha) HADJ BAGHDADI (e grand fleuriste et responsable du jardin public allah yarhamah), le commandant BENDIMRED MUSTAPHA l’un des doyens de la santé militaire et EL AINA (CCLS)

  2. HHH

    Medecins fils du bled!
    l’ANP renflua notre CHU de plusieurs médecins qui accomplissait leur devoir, fils de L’ Algerie, qui par la suite vont aider la faculté de médecine à démarrer.
    Vive L’Algérie, Vive les enfants de mon bled.
    Merci pour ce rappel qui s’arrête en 62.

  3. badissie

    merci monsieur hanni abdelkader pour ces informations , j aimerai bien un autre articles qui nous parle des medecin français rester en algerie et du docteur belkhodja , ce dernier etait un jeune medecin pendant l épedimie de la choléra ,il sortait dans les douar pour soigner les malades , de cela il devenue célebre alorr qu un autre medecin juif ne voulait pas sortir par peur de contagion , est mort de choléra .

    • watani

      L’histoire de bel abbès est intéréssante mais pourquoi parler des médecins français,
      avec le Dr Belkhodja il faut citer le grand monsieur Dr A.HASSANI , médecin compétent, notable de la ville,député, président de L’USMBA et maire de SIDI BEL ABBES qui a travaillé avec dévouement et développé la cité de la Mekerra
      il est d’ailleurs le seul à l’avoir fait ( avec le regrétté OUHIBI ) les autres maires venus aprés lui n’ont fait que profiter en s’enrichissant sur le dos de la collectivité
      Dr HASSANI Homme affable courtois élégant cultivé est irremplaçable ALLAH YARHAMOU

  4. Terkmani t gambetta

    je trouve trés instructif ces areticles de monsieur Hani.On ne savait pas tout cela.

  5. Mme Mostefaoui SAB

    Avec ces articles sur l »histoire de notre ville vous nous rendez davantage un bon service car on peut avec vos éléments petit a petit parler de notre mémoire locale enfouie.

  6. sonis

    Bravo Mr HANI

    Jai lu votre article ou plutot votre constat et je dirai une retrospective d’un état des lieux de la medecine a sidi bel abbes que j ignorais auparavant.
    encore bravo Mr HANI

  7. attou

    je corriges c attou qui commente moi ausi je dis franchement je vienqs de me cultiver et sans honte.c vrai

  8. elhadj abdelhamid

    Bonjour,
    Si Henni évoque les nouvelles maladies qui font leur apparition en 1844 comme les mutilations.
    Les automutilations, maladies émergentes de cette époque, sont devenues monnaie courante durant les guerres. Elles sont, comme les désertions et les simulations de maladies, les effets d’un mauvais moral. Sur cette terre d’Afrique inhospitalière ( malaria, dysenterie…), les soldats devaient aussi être hantés par le spectre de l’invincible AbdelKader qui n’était jamais loin des champs de batailles.
    Le film  » Un long Dimanche de fiançailles « , sorti en 2004 retrace l’histoire de Mathilde, 19 ans, qui apprend que son fiancé, au front de la Somme de 14-18 , déclaré tombé au champ d’honneur, est, en fait, mort fusillé avec 4 camarades pour mutilation volontaire.
    En Sicile, le Général Patton qui avait giflé un soldat américain, accusé de simulation de maladie pour éviter de rejoindre le front, est relevé de son commandement et contraint de présenter des excuses publiques au soldat et à l’Armée.
    Le brave soldat Chveïk ( qui n’a pas aimé la série télévisée passée sur la TV nationale ) est accusé de simulation de folie pour éviter la mobilisation et, blessé au front, il est aussi accusé d’automutilation; il eut toutes les peines du monde à expliquer qu’il ne pouvait, avec son fusil de l’époque long comme une perche, se loger une balle dans la fesse!
    Si la diathèse rhumatismale est probablement le R A A d’aujourd’hui, la maladie des glandes rebelles ne peut être, à mon humble avis, celle des glandes apocrines, rare mais plutôt une adénite spécifique ( tuberculeuse, syphilitique ? ); l’auteur évoque 52 cas, 1 décès et l’évolution de la glande qui, sous sangsues, cesse son développement et  » durcit  » !
    L’hidurothérapie, le traitement par les sangsues, revient  » à la mode « . Cette BIO-HIJAMA fait l’objet de nombreuses études aujourd’hui en Amérique et en Europe.
    On lui trouverait de nombreuses indications. Peut-être faudra t-il seulement s’assurer d’une précaution nécessaire avec tous les problèmes du sang contaminé d’aujourd’hui: que la sangsue médicale n’ait pas déjà sucé un porteur de HIV ou VHC…

  9. wlacarne

    merci pour ces informations enrichissantes.

  10. belabbésien

    @WLACARNE Un petit mot Abbes votre oncle nous rajeunit par ses belles activités artistiques Bonne journée ;ici on se léve

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