La Voix De Sidi Bel Abbes

Georg Puchert, un Allemand au service de la Révolution algérienne

Georg Puchert, dit capitaine Morris, naquit en 1915 à Petersburg (ex-URSS) dans une famille aisée d’armateurs. Il avait rejoint l’armée allemande avant l’annexion des pays baltes par l’Union soviétique, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Puchert, à la recherche peut-être d’une vie meilleure, partit au Maroc. Arrivé à Tanger, il se vit refuser l’autorisation de séjour dans la ville par des agents français du service international de l’émigration pour ses opinions sur la situation politique en Afrique du Nord, mais aussi pour son passé de soldat allemand. Il sera ainsi contraint de vivre durant trois ans avec sa famille sur son bateau.

Après moult péripéties, le capitaine Morris parviendra à créer à Tanger son entreprise, Astramar, spécialisée dans la pêche de langoustes et autres crustacés. C’est à partir de là qu’il deviendra le principal fournisseur d’armes de la résistance marocaine et surtout de la révolution algérienne. A l’aide de ses bateaux, il assurera le transport de toutes sortes de marchandises, notamment des armes destinées pour l’Armée de libération nationale (ALN). A cette époque, Mohamed Boudiaf, coordinateur avec l’extérieur, était installé dans le Rif marocain et avait pour mission l’approvisionnement en armes de

l’Ouest algérien. En 1956, ayant eu vent des activités de Puchert, les services secrets français le contactent et lui proposent de collaborer avec eux, en contrepartie d’offres alléchantes. Le capitaine Morris déclinera cette offre. Deux de ses navires, le « Sirocco » et la « Sorcière rouge », seront sabotés et exploseront dans le port de  Tanger, à la suite de son refus de collaborer avec les services secrets français. Plus tard, Puchert, déterminé et nullement impressionné par cet « avertissement », se rendra à Tunis pour assister à une réunion présidée par Krim Belkacem et consacrée à la « standardisation » des armes à fournir à l’ALN. Après son retour à Tanger, il obtient un nouveau passeport allemand qui lui permettra d’exercer une

activité officielle dans le négoce des armes en République fédérale d’Allemagne (RFA). C’est à partir

de là qu’il aura les premiers contacts avec Si Abdelkader Yaïci, responsable de l’achat et de la prospection des armes en Europe pour le compte du MARG. De leur côté, les services spéciaux français, dénommés

Main rouge et dont le champ d’action s’étendait en Allemagne et dans les autres pays voisins, redoublent

d’agressivité et multiplient les actions contre Puchert et les représentants de l’ALN en Allemagne fédérale.

Deux bateaux affrétés par le capitaine Morris, l’ Atlas» au port de Hambourg et « El Kahira » au port d’Ostende, seront détruits. Les deux navires étaient chargés d’armes destinées respectivement au port tunisien pour la logistique de l’Est algérien et au port marocain pour la logistique Ouest. Mais cela ne l’a pas empêché de respecter ses engagements envers les responsables du MARG, représentés en Allemagne par Si Nouasri. Des quantités d’armes importantes furent livrées à l’ALN grâce à Puchert, désormais dans le collimateur des services spéciaux français. Le 3 mars 1959, la Main rouge réussit à avoir des informations sur une rencontre qui devait avoir lieu entre Si Abdelkader Yaïci et Georg Puchert à Frankfurt. En sortant de leur rendez-vous, les deux hommes se dirigent vers la voiture garée quelques mètres plus loin, mais Puchert a proposé à Yaïci de l’attendre sur le trottoir. Le capitaine Morris mourra à l’intérieur de la voiture qui explosera. Une bombe avait été placée sous le châssis du véhicule pour, selon des témoignages concordants, tuer les deux hommes au même moment. Georg Puchert projetait de s’installer en Algérie pour travailler dans la marine marchande une fois l’indépendance du pays recouvrée. Il confiait à plusieurs proches qu’il voulait être enterré en Algérie. Abdelkader Yaïci, qui échappera à un autre attentat, neuf mois plus tard, assistera à l’enlèvement de la dépouille de son ami et remettra à la famille de la victime une somme d’argent pour prendre en charge tous les frais d’enterrement. Si Nouasri a échappé à plusieurs autres attentats durant son séjour en Allemagne. Ce qui a fait sortir de leurs gonds les responsables de la RFA qui ont chargé le procureur général de la République fédérale de prendre en main le dossier. Le chancelier allemand s’est même élevé auprès du général de Gaulle contre les procédés des services spéciaux français, ont rapporté des journaux en ce temps-là. La police allemande est même intervenue à la suite de renseignements parvenus à la Bundeskriminalamt (direction générale de la police judiciaire). Elle a interpelé Si Abdelkader Yaïci, qui était en compagnie de Salah Goudjil, et l’a reconduit à la frontière suisse pour échapper aux agents de la Main rouge qui l’attendaient à la gare de Frankfurt .

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=14125

Posté par le Juin 18 2012. inséré dans ACTUALITE, ALGERIE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

9 Commentaires pour “Georg Puchert, un Allemand au service de la Révolution algérienne”

  1. gherbi sba

    La révolution Algérienne a vu de nombreuses personnalités des hommes et femmes de plusieurs pays de confessions différentes l’assister et certains se sont sacrifiés.Ce jour vous nous faites découvrir cet Allemand et je crois que ceci est enrichissant pour la mémoire et le droit de reconnaissance.Merci la voix de sba.

  2. MIMOUN

    J’ai connu un allemand à Gambetta qui prenait le nom de Si Abdelkader et tous les anciens de Gambetta le connaissaient IL était musulman ,ancien membre de l’ALN et marié à une algérienne.Je crois qu’il a quitté le pays dans les années quatre vingt ou quatre vingt dix..

  3. hamidi

    bon a connaitre :personnellement j ‘ignorais ce monsieur et son combat ils sont nombreux les amis de notre cause.

  4. Smain

    Autre bon sujet ou j »appends cette participation a lma révolution

  5. Adnane

    la collaboration entre le Maroc et l’Algérie était trop cool, On est besoin de cette collaboration de nos jours puisque il y’a une autre façon de colonisation. sans collaboration entre les pays maghrébins on aura jamais se développer

  6. Belamri abdelkader

    C’est exact Khayi,dévoile ton identité mon ami ,les Gambiti avancent à visage découvert ,j’utilise ici et là, quelquefois, des pseudos ( membre de la h’cira et el gambiti )pour m’amuser mais tout le monde sait qui je suis ,je ne dois rien à personne que l’amour et l’amitié.

  7. OUERRAD

    lire nest CE pas ould la rue fulton

  8. OUERRAD

    c est moi il y avait juste un decalage je ne voyais que je signais pas mes ecrits milles excuses

  9. Imène

    georg Puchert…Paix à son âme .On ne peut que s’incliner devant la mémoire de ces hommes et femmes étrangers ( ères ) qui ont choisi de militer, combattre et mourir pour la cause nationale, pour la libération de l’algérie..pour de grands idéaux tels la justice , les droits de l’homme, la liberté, la fratenité..je pense à ces militants français ou juifs d’algerie trés nombreux anticolonialistes invétérés, et algériens jusqu’à la moelle..maurice Audin , henri Maillot, fernand Yveton l’enfant de clos-salembier ( guillotiné 1957 ) henri Maillot, henri Alleg, Jacqueline Guerroudj,..et le grand Vergès jacques..et tant d’autres ! Paix à leur âmes, ces hommes justes qui incarnèrent le visage humain , et lumineux de la France à une période des plus sombre de l’histoire. Ne les oublions pas.

Répondre