La Voix De Sidi Bel Abbes

Evocation: La dictée de mon père. Par El Yazid Dib

«Pendant le vivant de votre père, observez avec soin sa volonté ; après sa mort, ayez toujours les yeux fixés sur ses actions» Confucius

23 février 1967. 23 février 2017. 50 ans de solitude et d’isolement paternels. Le monde se désemplissait pour moi sans avoir à connaitre en son temps le grand dépeuplement qui allait m’habiter.

C’est à un âge avancé que l’on sent mal les affres de l’absence. C’est à cette station que, gelés les regards se perdent, que les regrets comme l’haleine d’un souffle qui s’éteint rejaillissent amères d’un passé très lointain.

J’allais sur mes treize piges lorsqu’il est parti. Un jour où le cirque Ammar plantait ses décors dans l’immense champ qui allait servir un temps d’assiette foncière au « Kremlin » pour devenir actuellement le siège de la daïra de Sétif. Il ne faisait pas trop froid. Ma tête d’enfant ne comprenait pas ce qui se passait. La mort était là, dans notre demeure mais n’arrivait pas à étendre sur moi ni ses linceuls ni ses agonies. Mon père n’était pour moi qu’un eternel malade, alité à l’hôpital civil de la ville que je ne pouvais visiter qu’une fois enfouis sous la mlaya de ma mère, échappant ainsi à l’œil regardant des vigiles d’accès. Je ne l’ai pas eu comme ami, ni encore moins comme complice de mes bêtises ou de mes nombreuses tares.

Lorsque je venais d’avoir mon premier jour, il avait 51 ans. Benjamin que j’étais, je supposais que toute la tendresse d’un « vieux papa » devait se porter sur le nouveau-né malgré la profusion de sa fratrie. Il est difficile pour moi de creuser au loin de mes pâles souvenirs pour en extraire des photos claires ou des instants bien établis. Je me souviens de ces jours de l’aïd où nonobstant l’indigence qui caractérisait à l’époque tout le corps social indigène, il venait me faire vêtir de nouvelles fringues d’entre un p’tit short en été ou un pantalon velours en hiver, de claquette ou de botte en nylon. Ceux-ci devaient également servir de tenues pour la rentrée scolaire. Mon père n’était pas riche malgré son rang de copropriétaire d’un café maure sis en plein centre de la ville et l’un des premiers à Sétif (Qahouet Lemharga). Il n’était pas lettré, mais savait se comporter comme tel. Son unique souci, je le devinais était d’assurer santé et nourriture à sa nombreuse progéniture.

Un demi-siècle après, Je reste toujours, cet enfant dans les rides d’un adulte. Je ne grandis pas, je vieillis. Je cherche perclus d’une main, un sourire, une tendresse et de l’autre un rempart aux débris de ma forteresse. Sans m’efforcer, je garde encore intactes les menues paroles vagues parfois, décisives tout le temps qu’il prodiguait en ma présence face à ses interlocuteurs. Je ne me rappelle pas l’avoir entendu tergiverser sur une situation qui recommandait une décision. A moins de 13 ans je l’ai vu se comporter avec mes ainés d’une façon fortement responsable. Certes ferme, mais assumée avec toute conviction et conscience. Il était le maitre, le patron de la maison, de la famille et des avenirs des uns et des autres. J’ai retenu de lui ce que je qualifie comme première leçon de respect, d’économie et de gestion. L’un ou l’autre de mes frères travailleurs se devait de lui remettre à chaque échéance de paiement de sa mensualité, tout le montant, en son entièreté. Debout envers son paternel, le frangin attendait le comptage qu’il faisait. Soudainement je voyais mon père d’une main agile et prompte faire voler, d’un jet sec les quelques billets sur la face du donneur. Il en manquait quelques sous. Le donneur travailleur les ramassait sans dire mot, sortait pour revenir un temps après avec la totalité de sa solde. Il n’en manquait aucune unité. Le père recomptait, le compte était bon, plaçait la liasse sous son oreiller et d’un sourire large et d’une grande magnanimité, il tendait un billet d’une centaine de sous à mon frère avant de lui avoir suggéré d’aller suppléer à ses besoins de coiffeur, de bain, de vêtements tout en lui assenant me semblait-il comprendre : «comme ça c’est bien… les bons comptes font le bon fils». J’ai gardé de cette sentence que la négation de soi vis-à-vis d’un père n’est pas un effacement de son être ou une entorse à sa liberté. Ce n’est qu’une obéissance sans failles, un placement volontaire de son existence au seul et exclusif service parental.

Lorsque j’étais à l’école et commençant à lire et à écrire, il ne pouvait me faire apprendre mes leçons ou mes récitations. Il n’a fréquenté aucune école, sauf celle de la vie, du travail et de son monde extérieur. Cafetier par son métier, il savait porter la cravate et le papillon, les vestons smoking et la brillantine. Sa manière de contrôler mon assiduité scolaire ou mon intérêt à l’école était de me dicter des lettres qu’il me faisait dire envoyer à ses fils installés en France. Je m’appliquais à ce difficile exercice. D’abord traduire, puis transcrire. A chaque phrase écrite, obligation m’était faite de faire sa lecture et sa relecture. Il comprenait bien le français parlé. Pénible était pour moi cette séance de rédaction. Je commençais déjà a ramasser mon langage et collectionner mes mots et toute une terminologie. Avec le temps j’ai compris que derrière chacune de mes chroniques il y a l’ombre de la dictée de mon père. Une fois, je ne sais à quelle occasion ni dans quelle missive je devais coucher noir sur blanc le mot qu’il m’énonçait « triciti » je l’avais gravé tel que prononcé. A la relecture une énième fois, il s’en est aperçu que phonétiquement il y a une erreur. J’insistais pour répéter « triciti » croyant être juste ; il me tendait une facture de l’EGA et là j’ai compris qu’il fallait dire et écrire « électricité »

Voir mourir son père et être âgé de 13 ans est un autre orphelinat. L’on sent que la vie va se faire continuer sans béquilles. L’amour que je porte à mes enfants, c’est cet amour dont je me sens privé de l’avoir eu de mon géniteur. J’aurais voulu être né avant qu’il n’atteigne ses trente ans. J’aurais voulu grandir sous ses ailes, le voir voir mes enfants, les ramener de l’école, leur raconter des histoires, la sienne et la nôtre. Le porter dans ma voiture, le faire voyager au bout du monde, lui servir de serf et d’esclave heureux et tout fier.

Mon fils Mohamed Amine Dib a voulu se mêler à cet hommage qui restera toujours inachevé. Il a pondu cette jolie poésie :

Un père est pour un fils
Ce qu’est le battement pour un cœur
Un grand-père est aussi
Ce qu’est l’âme pour un corps
Invisible mais toujours présent
il se réincarne beau et sage
Dans les yeux de mon père
Je sens son odeur qui me captive
Quand papa parle de lui
Ses valeurs sont gravées à jamais
Dans l’acte et la parole de son fils
lui et mon père sont à ma pensée
pour défiler tout le long de ma vie
Repose en paix grand-père
Allah yarahmou

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=70527

Posté par le Mar 1 2017. inséré dans CE QUE DIT LA PRESSE, EVOCATION. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

19 Commentaires pour “Evocation: La dictée de mon père. Par El Yazid Dib”

  1. SBA

    Une belle évocation pleine d’enseignements.

  2. OUERRAD

    JOYEUX ANNIVERSAIRE ,,,, la VOIX de SID BEL ABBES

  3. SBA

    Vous êtes le premier au bon coeur à la faire. Oui joyeux anniversaire et sauvegarder nos organes d’information est un devoir. Ils ont fait ce qu’ils ont pu. Pour d’autres comme la voix ils ont pu tisser des liens entre les lectrices et les lecteurs de partout.

  4. OUERRAD

    CE N EST QU UNE FINE GOUTTE QUE L ON PEUT OFFRIR ,,, à notre VOIX .
    Notre AMOUR pour SIDI BEL ABBES , nous dicte de ne pas laisser tomber tous ceux qui sont prets à faire renaitre notre ville de ses cendres .
    JOYEUX ANNIVERSAIRE à tout ce BEAU MONDE .
    Notre UNION , doit etre reelle pour le BONHEUR de notre CITY ,,, n en déplaisent aux charognards .Le CAFE de l UNION ,,,, est parti ,,, mais l UNION BEL ABBESIENNE renait de ses cendres ,,,, grace à tous ses supporters ,,, la meme chose doit se faire pour la VILLE .
    Combien meme , on est différents , on doit s accepter pour notre VILLE .

  5. Al Hanif

    HAPPY BIRTHDAY
    A six ans, on n’est pas accablé par le poids des ans
    Mais dans le E-journalisme chaque année en vaut bien dix et les résilients animateurs vous diront certainement que l’essentiel est d’être endurant.

    Aucune lune miel ne s’achève sans nuages, ni moments délicats et il en va de même dans la vie dans cette’ mlema’ où cheminent toutes les motivations et où l’expression de la pensée ne peut se faire sans arrière-pensée.

    Le journal a été souvent comparé à un bateau, parfois ivre ou malmené par des flots tempétueux mais c’est l’image d’une ruche qui me vient à l’esprit avec ses abeilles travailleuses et souvent anonymes qui butinent le suc de l’information pour en faire un miel digeste adapté aux estomacs susceptibles du bled.

    La malveillance a parfois déposé des gouttes acides pour décourager la candeur des contributions dans une quête inavouée du huis-clos. peut-être devrait-elle méditer que le pire n’est pas une pensée qui s’évapore et s’envole dans l’azur du ciel; le pire serait que l’on se réjouisse à rester uniquement »nous et entre nous. »

    Comme les gravures du Tassili ont gravé pour nous des messages témoignages venus de la nuit des temps, trésor des ancêtres, un journal par ses écrits de toute sorte fait partie d’une histoire, de notre histoire qui raconterait peut-être dans cent ans comment vivaient les gens et ceux qu’ils ressentaient.
    Que les écrits restent quelque part dans les archives de la mémoire des gens et de la mémoire numérique qui n’a aucune absence.,

  6. chaibdraa tani djamel

    Joyeux anniversaire à notre trés chére « VOIX DE SIDI BEL ABBES » qui unit tous les enfants de notre chére ville qui sont éparpillés dans tout les continents. Bonne contuniation et salut à tous ses lecteurs.

  7. Mme CH

    Oulalala…..quelle belle évocation….!!! Un récit très émouvant…. c’est vrai qu’on parle souvent des mamans, mais les pères ont aussi une place spéciale dans nos cœurs…..!!!!

    On perçoit l’amour, la tendresse, le chagrin, le respect, le regret, le manque…etc…. dans les propos de l’auteur que je salue et que je félicite pour ce très beau récit…!

    Voici certaines expressions de l’auteur qui m’ont vraiment touchées:

    – « 50 ans de solitude et d’isolement paternels. »
    – « Je ne l’ai pas eu comme ami, ni encore moins comme complice de mes bêtises ou de mes nombreuses tares. »
    – « je supposais que toute la tendresse d’un « vieux papa » devait se porter sur le nouveau-né malgré la profusion de sa fratrie »
    – « Il n’était pas lettré, mais savait se comporter comme tel. »
    -« Je reste toujours, cet enfant dans les rides d’un adulte. Je ne grandis pas, je vieillis. »
    -« Je cherche perclus d’une main, un sourire, une tendresse et de l’autre un rempart aux débris de ma forteresse. »
    -« J’ai gardé de cette sentence que la négation de soi vis-à-vis d’un père n’est pas un effacement de son être ou une entorse à sa liberté. Ce n’est qu’une obéissance sans failles, un placement volontaire de son existence au seul et exclusif service parental. »
    -« L’amour que je porte à mes enfants, c’est cet amour dont je me sens privé de l’avoir eu de mon géniteur. « …

    Bravo Mr Dib…!

    Papapapapaaaaaaaa…! Imènus, vite des kleeeeenexxxxxxx….!!!

  8. SBA

    Franchement en relisant ce texte. Je le trouve des plus poignands Que Dieu bénisse nos parents et ceux dont les pères et mères sont encore de ce monde je leur souhaite longue vie et bonne santé

  9. Imène

    Azzul !
    J’ai lu et relu !‎
    Un beau récit , très émouvant , mes kleenex sont toujours à portée de la main ma chère CH ..‎
    Une narration autobiographique d’une belle sensibilité qui nous offre un bon moment de lecture. C’est vrai ‎que les papa , on en parle pas bcp , et ce n’est pas juste ! Qui n’a pas aimé craint , admiré son papounet ‎chéri ??? ‎Souvent les filles sont très proches de leur père ( bcp plus que leur mère ) ça remonte à la plus tendre enfance , et ça continue.. ‎
    ‎Dans le texte de Dib , tous les passages sont évocateurs ! d’abord le titre : la dictée ! qui s’avérait être un ‎bien difficile exercice pour un gamin qui commençait à peine à écrire et à lire..Pour papa Dib, c’était sa ‎méthode à lui pour contrôler l’assiduité de son gamin aux études.. il n’est pas improbable que ces « ‎dictées forcées « du père , allaient non seulement marquer ses chroniques, mais aussi forger la personnalité ‎de l’homme et l’immense talent de l’écrivain Dib. .vient ensuite les vêtements de l’Aid ( et de la rentrée aussi ) malgré l’indigence ‎, les affres de l’absence ( d’un être cher ) que l’on ‎ressent plus profondément à l’âge adulte… ( d’emblée je pense à mon ( notre ) ami Bendjafar qui a perdu sa ‎mam à 6 ans , et qui à ce jour n’a cessé de penser à elle très fort ) , l’autorité du père dans la famille ‎traditionnelle , ( aujourd’hui le vrai maître à bord c’est plutôt la mère ) l’éducation ferme et rigoureuse des ‎parents d’antan , et les belles valeurs qu’ils ont su inculquer à leur progéniture ( pourtant nombreuse ) j’ai adoré la ‎scène du comptage et recomptage de la paye du fiston qui a tenté de flouer son vieux père , en mettant ‎quelques billets à côté…Très drôle ! « les bons comptes font le bon fils» une belle sentence , plus beau encore ‎le sens que l’auteur a voulu lui donner.. » la négation de soi vis-à-vis d’un père n’est pas un effacement de ‎son être ou une entorse à sa liberté. Ce n’est qu’une obéissance sans failles.. » Peut-on seulement imaginer ‎une scène pareille dans nos familles aujourd’hui ???? Impensable ! A lire el yazid , enfin , et son émouvant ‎témoignage , chargé de tendresse , de respect pour son défunt père.. de regrets aussi de n’avoir pas pu , pas ‎eu …..parce que la vie , le destin en ont décidé autrement , à lire El yazid on sent que la piété filiale n’est pas ‎un vain mot ! Merci M. Dib , Bravo M. Amine pour le poème : très joli !
    Mes vifs hommages à tous les papas‎ qu’ils soient de ce monde ou dans l’autre ..
    Allahoma Arham Walidi …

  10. Imène

    Azzul !
    lire … » que de leur mère  » merci .
    Mme CH , faut -il te souhaiter ( ou qu’on se souhaite mutuellement ) bonne fête , à l’occasion de la journée internationale de la femme ? à cette heure , seul notre ami Mohamed a eu la délicate pensée de nous adresser ses voeux à nous , à toutes les femmes en cette occasion..un vrai gentleman notre frangin le squatteur !! Moi , j’ai fait du repassage , puis lavé les vitres que les dernières pluies ont embourbées ..et toi ??? Racontes ! Tout …Salem Womenical !

    • Mme CH

      Salam chère amie Imènus…!!! Comment vas-tu Khayti….???, Hé bien Cygnus, tu as bien fait de commencer la phrase par « faut-il te souhaiter » parce que tu connais déjà ma réponse…!!! Merci à notre frère le squatteur d’avoir eu la gentillesse de penser à nous, mais je dirais que pour moi tous les jours de l’année sont des 8 mars donc bons pour se souhaiter bonne fête…! Au fait, on fête quoi au juste…!!!

      Alors pour certaines aujourd’hui, pendant une « demi-journée », c’est la fête, et demain..???

      Aujourd’hui, il a fait beau, donc une belle balade pour se dégourdir les jambes était nécessaire, quant au ménage, il ne finit pas, c’est toujours la même rengaine, surtout après chaque vent de sable (désertification oblige) ou pluie soutenue, il faut refaire le grand manège….!!!!

      Cependant, nous pensons tous les jours aux femmes du monde, celles qui vivent sous les bombes ou dans des ghettos, celles qui sont malades et ont le Sida, celles qui ont faim et soif, celles qui sont violentées par leurs maris ou leurs proches, celles qui sont exploitées de plusieurs façons, celles qui sont harcelées ou égarées, celles qui ont été agressées et violées, celles qui ont choisi le mauvais chemin, mais aussi, celles qui appartiennent à la bande des néocons, sionistes, francs-maçons et illuminati, celles qui participent énergiquement à la destruction des sociétés, de l’enfance et de l’humanité….!!!!

      Effectivement, the women need help…!!!

      Alors, Womencalement darling…!!!

  11. Imène

    Bonsoir Mme CH ! Kiraki Khayti ?
    Bien sûr ! je devinais ta réponse et je connaissais tes arguments.. évidemment vu sous cet angle avec toutes ces ‎horreurs qui émaillent l’actualité dans ce monde ( devenu fou ) , et dont les principales victimes sont les femmes ‎et les enfants , ben ça change tout ! Les témoignages de jeunes filles capturées par les « Dawaesch « réduites à l’état d’esclavage ‎et qui ont réussi à fuir lors de la bataille de Mossul.. leurs récits de cet enfer sont insoutenables , celles qui n’ont ‎pas pu semer leurs bourreaux ont été tout simplement « liquidées « brûlées vives avec leurs bébés !!! NON ! ‎On n’a plus envie de plaisanter , ni de faire la fête ..on fête quoi déjà ????
    Allahoma Ahdina… ‎

  12. Mme CH

    Salam chère amie…!!! Je sais que tu sais et tus sais que je sais, c’est ça qui est bien pourtant on ne se connait pas réellement, dommage d’ailleurs….!!!!

    A force de vouloir libérer la femme (slogans), ils l’ont rendue leur esclave,ou leur objet…!

    Tiens, j’ai trouvé cette histoire, très touchante, là voici:

    « Je suis devenue esclave » (ladepeche.fr, 15/12/2010,P. Challier)

    Au Maroc, elle croyait avoir trouvé le prince charmant français . Et elle a découvert l’enfer en Midi-Pyrénées. Un «mari» violent qui l’a réduite à l’état de servante et d’esclave sexuelle.
    Depuis une heure et demi, elle raconte. Les yeux dans les yeux. Avec des mots simples, des phrases droites, le ton juste. Et au fil des détails qu’elle confie, c’est l’esclavage moderne qui surgit. Comme à présent Batoul craque et se met à trembler, un sanglot coincé dans la gorge. En arrivant à la dernière tentative de viol et aux coups de bâton qui ont suivi… Cette ultime agression a déclenché une effroyable machine contre elle, la victime.

    Batoul ? « La secrète, la réservée » : prénom en forme d’indice qu’elle s’est choisi pour témoigner. Marocaine d’une beauté de conte oriental qui vit aujourd’hui terrée dans ce petit appartement de Midi-Pyrénées. à cause de son « mari » et d’une histoire qui au départ était « un peu un conte de fée », avoue-t-elle. Arrivé dans son pays avec une équipe d’humanitaires français, le « prince charmant » avait tout pour la rassurer et la faire rêver. Elle, jeune femme âgée de 23 ans à l’époque et séduite par ce sauveteur d’âge mûr « très calme » qui lui faisait la cour.

    « Mais même si je ne porte pas le voile, je suis pratiquante et ma famille est religieuse. Alors pour être plus libre ensemble, il a décidé de se marier avec moi, il s’est converti juste pour le mariage», poursuit Batoul. Qui, dûment épousée au Maroc, découvre donc « l’amour ». D’emblée réduite à l’état d’objet. «Mais c’était le mari, je croyais ça normal.»
    Promesse d’appartement à Marrakech pour lui faire quitter les deux pauvres pièces où elle vit avec sa mère et venir la voir plus facilement depuis la France. Puis promesse d’un meilleur boulot et d’envoyer de l’argent à la mère isolée et malade dont Batoul est l’unique soutien… « Moi, je ne voulais pas venir en France et laisser ma mère » précise-t-elle. Mais… « Ma fille, ton mari te demande, tu dois y aller, m’a-t-elle dit. Et moi j’ai pensé, c’est un homme qui va me sauver de la misère. Alors j’ai tout vendu pour laisser de l’argent pour les médicaments et j’ai pris l’avion pour Paris, où il m’attendait. »
    Paris où la première visite qu’il lui impose est pour… Pigalle. La suite ? Dans la maison du petit village, au pied des Pyrénées, il lui explique:

    « Tu es chez moi, je fais tout ce que je veux et si je veux, je te tue. »……
    Puis les pratiques s……. d’autant plus imposées que taboues pour elle. Mais aussi le ménage, la lessive, le repassage et le frigo vide « sauf quand les amis ou sa famille venaient ». Et une vie cloîtrée sans chauffage ni lumière « parce qu’il ne voulait rien dépenser ». Bref « c’était un esclavage à 100 % ». Jusqu’à ce matin où il a eu une nouvelle exigence qu’elle a refusée et où il l’a bastonnée. « Ici, je connais beaucoup de monde, tu ne sais pas quelle porte de l’enfer tu as ouverte » l’a-t-il prévenue.
    Il n’avait pas menti.

    Organisateur prévoyant de sa vulnérabilité économique, sociale et familiale, il n’avait jamais fait le nécessaire pour les papiers. Quand elle a fui et s’est plainte, certificat médical à l’appui, c’est elle qui s’est retrouvée en garde à vue puis au centre de rétention. Libérée, elle vit recluse depuis. Le divorce a été prononcé contre elle pour « abandon de domicile ». Mais, même expulsable, elle ne veut pas lâcher, réclamant simplement justice des violences conjugales subies: « La victime c’est moi, pas lui. »

    No Comment…!!!!Juste qu’il faut se méfier des princes charmants….!!

    Allahoma Ahdina Amineeeeee…!!! Azzulcalement a weltma…!

  13. Imène

    Azzul !
    Si l’ami AM -22 -75 , voulait bien prendre un peu de temps pour fouiller dans son coffret à souvenirs – Qu’il garde jalousement dans un petit coin de son coeur- s’il voulait bien , il nous en dénicherait , pour notre plus grand plaisir , une foultitude de petites évocations et anecdotes , tendres et drôles…qu’il a vécues avec son  » oubbah « , du temps d’antan , où il était enfant au pays du soleil…Mais il faudrait qu’il veuille bien !

    • Amirouche

      Imène

      Salam,

      Ma sœur IM16-05
      Tu sais, ce n’est pas une question de temps, mais j’ai la flemme « passagère je l’espère ». Pourtant, je ne fais rien à part le boulot que j’ai repris, sinon je reste larvé devant la télé…Quant à mon père, l’homme qui faisait 110 kg de muscles et que personne n’osait affronter son regard, celui qui avait  » El khazra wa3ra », mais qui était aussi chargé d’amour et d’émotion pour ses enfants, est devenu très faible et fragile, à tel point qu’il faut lui prendre la main en allant faire sa prière à la mosquée le soir. Ma joie est immense, quand en me voyant, mon père me lance un grand sourire radieux tout en m’enlaçant dans ses bras, comme si j’étais encore un petit enfant…Malgré son age, quand je suis avec lui, mon papa me donne encore de l’amour et me serre très fort ma main pour me dire  » peut être » reste encore avec moi, je t’aime mon fils….Cela est une anecdote de la vie…Je pense. El hamdouliAllah
      Azucalement Imène.

  14. Mme CH

    Salam….!!!! Très touchant AM-22-75, surtout le passage: « mon papa me donne encore de l’amour et me serre très fort ma main pour me dire « peut être » reste encore avec moi, je t’aime mon fils…. »…!!! Ce n’est pas « peut être » c’est sûr et certain, alors essayez de venir le plus souvent possible à défaut de……..pour ne pas le regretter amèrement, quand ce sera trop tard..!!! Les enfants ont besoin aussi de leur grand père, c’est à dire de sentir et connaître leurs racines et non pas celles de Baudelaire…!!! Excusez-moi si je suis un peu directe mais cela fait partie aussi des anecdotes de la vie…!!!

    Quant à la flemme, on l’a tous, et il y a de quoi, mais il suffit de remplacer le « e » par un « a » et on aura la flamme….!!!!

    Salammmmmmettt…….et mes hommages à vos parents Rabbi yahfadhoum wa Yahfadh Walidina….Amineeeeee..!!

    • Amirouche

      Mme CH

      Merci pour le conseil ma sœur CH-DZ « sec »…(rires)
      Allah a écrit la destinée de toutes Ses créatures avant la création des cieux et de la terre et toute existence n’a lieu qu’avec Sa Volonté, il en est de même pour notre destinée. Se référant au sixième pilier de la Foi, et malgré que j’étais responsable de mes choix et de ce que j’ai entrepris et que j’entreprends, il s’avère que dès fois les choses ne se passent pas comme on le voudrait et Le Déterminant en a voulu autrement. Sa prescience est infaillible…De même pour Mme CH qui ne sait pas de ce qu’il en sera demain et ne saura pas sur quelle terre elle vivra dans son futur. Serait-elle ma voisine dans dix ans??? ça sera avec plaisir pour moi (rires).
      C’est vrai, mes enfants ne rencontrent pas souvent leurs grand-parents, mais ils sont en contact avec eux et ils les voient le plus souvent possible, et ce grâce aux moyens technologiques dont nous disposons tous maintenant. De toute évidence cela ne remplacera pas, bien sûr, le contact physique. El hamdouAllah, j’ai donné à mes enfants une bonne éducation, ils font leurs prières, font Ramadan et croient en un Seul et Unique Dieu et au Sceau de la prophétie sayidouna Mohamed et « croyez-moi » ma sœur CH, je pense qu’ils sont plus attachés à leurs racines qu’ils ne le sont certains de nos enfants de notre Patrie El Djazaïre…Je ne vous dis pas la grande fiesta qu’ils font quand l’Algérie gagne… One Two Three Viva l’Algérie…
      Pour info, Air Algérie est aussi responsable de l’éloignement  » Rabi wkilhoum » mais cela fait aussi des anecdotes de la vie!
      Rabi Yahafdake vous aussi et vous protège de tout mal inchAllah.

      • Mme CH

        Salam Khouya Amirouche….!!! Mon frère, vous savez que je n’ai rien contre les Autouins, bien au contraire, ils sont parfois plus utiles là où ils se trouvent….!!! C’est vrai que je pense souvent aux enfants surtout ceux qui ne sont bien entourés, mais Macha’a Allah, il semble que les vôtres sont bien pris en charge par leurs parents wal Hamodoulillah….ça fait plaisir……Rabbi Yahfadhoum….!!!

        Quant à votre soeur CH, croyez-moi, elle aurait pu vivre dans n’importe quel pays du monde, si elle avait répondu favorablement à plusieurs « offres » et « tentations », mais voyez-vous, c’est une Autruche qui ne peut/veut vivre qu’en Algérie malgré les insuffisances et les difficultés….!!!! Ce sont des choix qu’on doit assumer….!!! Mais « Wa Ma Tadri Nafsoun Madha Taksibou Ghaden Wa Ma Tadri Nafsoun Bi’ayyi ‘Ardin Tamout »….!

        Contente que vous ayez repris le travail….!!! Ah, j’ai failli oublier de passer le bonjour à Nssibtek Douk Taz3af….!!!

        Salammmmmeeeettttttt…!

    • Imène

      Mme CH , AM-22 -75 : Bsr ! tlm..
      Effectivement c’st trés touchant ces passages sur l’amour du père pour ses enfants.. »..restes encore avec moi , je t’aime mon fils  » carrément poignant ! C’est vrai , c’est la destinée et les choses ne se passent pas toujours comme on le souhaite …le plus dur c’est de voir la santé de ceux qu’on aime se dégrader , et on devient à notre tour les parents de nos parents , et plus ils deviennent vieux et fragiles, plus ils sont attachants , on voudrait ne jamais avoir à s’en séparer ..Mais voilà..
      3mirouche , c’est une excellente chose que tu aies repris ton job..le travail est une thérapie , ça t’empêchera déjà de focaliser sur tes petits bobos , qui à force de les  » écouter  » deviennent grands , alors qu’il n’en ai rien..
      Bro , my sister : Que Allah vous garde vos parents chéris , longtemps , trés longtemps..
      Salam .

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