La Voix De Sidi Bel Abbes

El cheikh Hadj M’hamed El Anka, le grand maître de la chanson chaâbie

El cheikh Hadj M’hamed El Anka, le grand maître de la chanson chaâbie, porteur d’une riche partie de notre patrimoine culturel.  » Au milieu des années soixante, alors adolescent plutôt imprégné par les mélodies yéyés, j’avais accompagné, à son invitation, un parent, voisin et ami du drabekdji Alilou (Ali Debbah), à la célébration d’une fête familiale pour écouter le grand maître de la chanson Hadj M’hamed El Anka. J’allais découvrir, pour la première fois, ce mythe que tout Alger adulait. Pendant que des gens s’activaient fébrilement à l’extérieur, dans l’espoir d’assister au récital du cheikh, à l’intérieur régnait une ambiance retenue, quasi-religieuse. Les gens, l’estomac repu, prenaient place sur les chaises louées pour cette occasion. Ça se bousculait bien un peu, mais très gentiment, pour trouver le meilleur angle de vue. Quand le cheikh commença à gratter, en virtuose, son mandole, un frisson parcourut l’assistance. Touchia, istikhbar et l’assistance fut transportée, happée par les sonorités musicales puis par la voix mélodieuse, chaude et d’une extraordinaire résonance de l’interprète. En l’écoutant égrener les notes de sa qacida, je comprenais mieux les propos de mon parent qui parlait de fusion entre le cheikh et son mandole. Les paroles du chanteur se confondaient, en parfaite symbiose, avec sa musique. Comment ne pas être atteint par le virus du chaâbi ? De son vrai nom Aït Ouarab Mohamed Idir Halo, Hadj M’hamed El Anka, passionné dès son plus jeune âge par la musique populaire, se distingua par sa grande persévérance, alliée à une capacité d’assimilation rare qui lui permettait de reproduire sans la moindre erreur toute une qacida avec le mizen (rythme ou équilibre) adéquat. Le jeune M’hamed côtoiera les plus grands maîtres et d’abord son père spirituel cheikh Nador, auquel il succédera, à sa mort en 1926, puis cheikh Saïdi, un des plus prestigieux chantres de l’époque, auprès de qui il va parfaire sa formation musicale, ainsi que les maîtres Sid Ali Oulid Lekehal, Sfindja… El Anka bénéficiera aussi du concours de l’éminent intellectuel Sid Ahmed Ben Zekri, proviseur du lycée franco-musulman d’Alger, qui lui enseigna les œuvres des grands poètes algériens, Sidi Lakhdar BenKhlouf, Sidi Mohamed Ben Messaïb, Mohamed Bensmaïn, Cheikh Kouider etc .Il révolutionna le chaâbi, connu d’abord sous l’appellation moghrabi, avec l’introduction de nouvelles sonorités et ce, grâce à l’apport étudié et mesuré de nouveaux instruments lui permettant d’exploiter au mieux ses capacités, à l’exemple du mandole qui devint l’instrument mythique du chaâbi. Il a interprété près de 360 poésies (qaca’id ) et produit environ 130 disques, avec des chefs-d’œuvre comme Lahmam lirabitou, Sebhan ellah ya ltif, Win saâdi win, Ya dif Allah, El Meknassia… Hadj M’Hamed El Anka animera la dernière soirée de sa carrière, durant une partie de la nuit, à El Biar dans le quartier Mont d’Or, chez C. Ahmed, le fils de l’armurier de la rue Bab Azzoun. Il mourut le 23 novembre 1978, à Alger, et fut enterré au cimetière d’El Kettar. Trente années après la mort de Hadj M’hamed El Anka, que les uns appellent le « cardinal » et d’autres le « phénix », que reste-t-il de son art et d’une œuvre façonnée par plus de cinquante années d’une vie ?Sa notoriété demeure, aujourd’hui encore, intacte. Les cassettes et les CD d’El Anka se font rares dans les étals des disquaires, car, me dit le responsable du point de vente d’une maison d’édition bien connue, sise à Chevalley, ils sont immédiatement achetés. Les merveilleuses mélodies d’El Anka n’ont donc pas pris de rides et continuent d’envoûter beaucoup de jeunes mais bien plus les anciens. Les fans qui ont une bourse modeste peuvent se payer ce plaisir, à des prix abordables, dans des endroits connus d’Alger, comme la place des Martyrs ou dans une petite échoppe, à proximité de la wilaya d’Alger, du côté de la rue Hocine Asselah. On ne cesse de copier et de graver ses œuvres, hélas souvent au détriment de la qualité de l’enregistrement, car la demande des œuvres de Hadj M’hamed El Anka n’a en fait jamais cessé. Mais si le précurseur du chaâbi, chanteur, instrumentiste et créateur de génie, est toujours présent, peut-on dire autant de son art ? De l’école El Kamendja rue du Lézard à La Casbah, en 1938, au Conservatoire central d’Alger, après l’indépendance, El Anka formera des disciples à qui il léguera un très riche patrimoine. Depuis les plus anciens, Boudjemaâ El Ankis, Hassan Saïd, Amar Lachab, Rachid Souki, Rahma Boualem jusqu’aux Mehdi Tamache, Dahmane El Kobi, Chercham, Bourdib, H’cissen, Ferdjallah, le défunt Kaouane et tant d’autres. Si des chanteurs comme Mahboub Bati, décédé en 2000, (autre grand auteur, compositeur interprète, qui a lancé sur scène le défunt El Hachemi Guerrouabi, Boudjemaa El Ankis et Amar Ezzahi, Hassen Saïd, Abdelkader Chaou, Dahmane El Harrachi, Guerrouabi et Amar Zahi… émergeront avec de nouveaux styles, d’autres, particulièrement des élèves d’El Anka, se contenteront d’imiter aveuglément leur maître (comme si cela était possible), singeant même ses mimiques, ce qui rebutait, de son vivant, le « cardinal ». Dans une société algérienne envahie par la musique occidentale et des genres comme le raï qui apportent le rythme dont les jeunes sont friands, le chaâbi d’El Anka, a perdu beaucoup d’espace. D’abord, inexplicablement, dans les médias qui ne font pas de promotion au chaâbi, si l’on excepte les émissions hebdomadaires qui lui sont consacrées sur la Chaîne III et sur El Bahdja. Il a même reculé dans les fêtes familiales où, le plus souvent, les DJ remplacent les soirées chaâbi d’antan. Face à la déferlante raï, « sponsorisé par l’Algérie officielle » comme l’avait déclaré Guerrouabi au quotidien Le Matin en 2000, naîtront Abdelmadjid Meskoud et les interprètes de ce qu’on a appelé le néo-chaâbi, avec, entre autres, le regretté Kamel Messaoudi, Mourad Djaâfri, Noureddine Alane, Nacerdine Galiz… Les puristes et conservateurs du chaâbi, opposés aux adeptes du néo-chaâbi et du chaâbi moderne, considèrent qu’on ne peut comparer et substituer à des quacidate d’un haut niveau culturel, des chansonnettes sans grand génie, contenant des paroles simples et plus commerciales qu’artistiques. Réda Doumaz, compositeur-interprète, qu’on désigne comme l’intellectuel de la musique chaâbi, est de ceux qui considèrent que le chaâbi ne s’est pas arrêté avec son maître. Il prône un chaâbi modernisé, selon les règles universelles de la musique et ouvert au monde. Pendant que les uns et les autres s’opposent sur leur conception du chaâbi, de nombreux jeunes interprètes, qui ne se posent pas de question, comme le jeune prodige relizanais, Mustapha Belahcène, ou le Belouizdadi Ladoui Mohamed, continuent de porter le message du « phénix » disparu mais dont l’art, malgré tout, demeure présent parmi nous.

 

 

 

 

de son vrai nom aît ouarab mohamed idir halo, hadj mohamed el ankanaquit le 20 mai 1907 à la casbah d’alger, précisément au 4, rue tombouctou, au sein d’une famille modeste, originaire de aït djennad (tizi-ouzou). son père mohamed ben hadj saîd, souffrant le jour de sa naissance, dut être suppléé par un parent maternel pour la déclaration a l’état civil. c’est ainsi que naquit un quiproquo au sujet du nom patronymique d’el anka. son oncle maternel se présente en tant que tel; il dit en arabe « ana khalo » (je suis son oncle) et c’est de cette manière que le préposé inscrivit « halo ». il devient alors halo mohamed idir.


sa mère fatma aït boudjemaâ l’entourait de toute l’affection qu’une mère pouvait donner. elle était attentive a son éducation et à son instruction. trois écoles l’accueillent successivement de 1912 à 1918: coranique (1912-1914), brahim fatah (casbah) de 1914 à 1917 et une autre à bouzaréah jusqu’en 1918. quand il quitte l’école définitivement pour se consacrer au travail, il n’avait pas encore souffle sa 11 ème bougie. c’est sur recommandation de si said larbi, un musicien de renom, jouant au sein de l’orchestre de mustapha nador, que le jeune m’hamed obtenait le privilège d’assister aux fêtes animées par ce grand maître qu’il vénérait. c’est ainsi que durant le mois de ramadan de l’année 1917, le cheikh remarque la passion du jeune m’hamed et son sens inné pour le rythme et lui permit de tenir le tar (tambourin) au sein de son orchestre. a partir de la, ce fut kehioudji, un demi-frère de hadj mrizek qui le reçoit en qualité de musicien a plein temps au sein de l’orchestre qui animait les cérémonies de henné réservées généralement aux artistes débutants. après le décès de cheikh nador à l’aube du 19 mai 1926 à cherchell, ville d’origine de son épouse ou il venait juste de s’installer, el anka prit le relais du cheikh dans l’animation des fêtes familiales. l’orchestre était constitué de si saîd larbi, de son vrai nom birou, d’omar bébéo (slimane allane) et de mustapha oulid el meddah entre autres. c’est en 1927 qu’il participa aux cours prodigués par le cheikh sid ah oulid lakehal, enseignement qu’il suivit avec assiduité jusqu’en 1932. 1928 est une année charnière dans sa carrière du fait qu’il rencontre le grand public.

il enregistre 27 disques 78 t chez columbia records, son premier éditeur et prit part aussi a l’inauguration de la radio ptt alger. ces deux événements vont le propulser au devant de la scène a travers tout le territoire national et même au-delà. le 5 août 1931, cheikh abderrahmane saîdi venait de s’éteindre. ce grand cheikh disparu, el anka se retrouvera seul dans le genre mdih . c’est ainsi que sa popularité favorisée par les moyens modernes du phonographe et de la radio, allait de plus en plus grandissante. des son retour de la mecque en 1937, il reprit ses tournées en algérie et en france et renouvela sa formation en intégrant hadj abderrahmane guechoud, kaddour cherchalli (abdelkader bouheraoua décédé en 1968 à alger), chabane chaouch à la derbouka et rachid rebahi au tar en remplacement de cheikh hadj menouer qui créa son propre orchestre. au lendemain de la seconde guerre mondiale, et après une période jugée difficile par certains proches du cheikh, el hadjmohamed el anka va être convié à diriger la première grande formation de musique populaire de radio alger à peine naissante et succédant à radio ptt, musique populaire qui allait devenir, a partir de 1946, « chaâbi » grâce à la grande notoriété de son promoteur, el anka. en 1955. il fait son entrée au conservatoire municipal d’alger en qualité de professeur charge de l’enseignement du chaâbi. ses premiers élèves vont devenir tous des cheikhs a leur tour, assurant ainsi une relève prospère et forte, entre autres, amar lâachab, hassen said, rachid souki, etc. ei-hadj m’hamed el-anka a bien pris à cour son art: il a appris ses textes si couramment qu’il s’en est bien imprégné ne faisant alors qu’un seul corps dans une symbiose et une harmonie exceptionnelle qui font tout le genie créateur de l’artiste en allant jusqu’à personnifier, souvent malgré lui, le contenu des poésies qu’il interpréte; les exemples d’el-hmam, soubhane ellah yaltif sont assez édifiants.la grande innovation apportée par ei-hadj el-anka demeure incontestablement la note de fraîcheur introduite dans une musique réputée monovocale qui ne répondait plus au goût du jour- son jeu instrumental devient plus pétillant, allégé de sa nonchalance. sa manière de mettre la mélodie au service du verbe était tout simplement unique. a titre indicatif, el hadj el anka a interprété près de 360 poésies (qaca’id ) et produit environ 130 disques. après columbia, il réalise avec algériaphone une dizaine de 78 t en 1932 et une autre dizaine avec polyphone. après plus de cinquante ans au service de l’art, el anka animera les deux dernières soirées de sa carrière jusqu’à l’aube, en 1976, à cherchell, pour le mariage du petit-fils de son maître cheikh mustapha nador et, en 1977, a el-biar, chez des familles qui lui étaient très attachées. il mourut le 23 novembre 1978, à alger, et fut enterré au cimetière d’el-kettar.

 

 

 

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Posté par le Déc 30 2012. inséré dans ACTUALITE, ALGERIE, CULTURE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

14 Commentaires pour “El cheikh Hadj M’hamed El Anka, le grand maître de la chanson chaâbie”

  1. SAIM

    UN GRAND MAITRE BEAU RAPPEL

  2. Benhaddou Boubakar

    un grand artiste des grands arts! j’en ai un mp3 que je l-ècoute de temps en temps;surtout son chef d’oeuvre  » SOUBHANE ALLAH YALTIF » Allah yarham elanka; il faut savoir chanter et non « hennir » comme le font une certaine generation d’aujourd’hui!

  3. ghosne elbane

    Une très belle chanson d’El 3anka « QUAHOUA OULA TAYE  » que je dédie à Monsieur NASRI, BENHADDOU,Mohamed G, Lecteur assidu, Mr Cheniti du LYCEE nadjah . Bonne écoute

    • ghosne elbane

      PS ouelfi Meriem de 3anka et quahoua oula taye de Ammar ezzahi. bonne soirée

      • Mohammed.G..

        Merci khayi Ghosne elbane ,très heureux de te relire, tu te fais un peu rare, on peut dire qu’on ne peut plus s’en passer des meilleurs amis, j’ai pensé à toi il y a à peine 30 minutes et el-hamdou lillah tu es là !!!!

    • Nasri

      Salam Si Ghosne Elabane
      Je ne sais comment vous exprimer ma joie, tellement vous m’avez émue par cette belle chanson. Nous suivons tous des chemins différents dans la vie, mais peu importe où nous allons, nous apportons partout une petite parcelle de l’autre. C’est par l’intermédiaire de nos amis que Dieu prend soin de nous.
      Bonne année 2013 à vous et à vos proches.

  4. Cheniti Gh.

    Salam si Ghosne elbane.Je vous salue et vous souhaite une longue vie pleine de belles choses à vous et à vos proches et merci pour la dédicace de la chanson de el Hadj el3anka!

  5. Benhaddou Boubakar

    salam frere Ghosne elbane;merci de votre dedicace et à toi ègalement mon cher ami; je crois que la chanson de « WALFI MERIEM » est de Elhadj ghaffour non? bonne soirèe khayi

  6. Nasri

    Je souhaite à toute l’équipe de la voix de Sidi Bel Abbes chacun par son nom. A tous les lecteurs de ce forum et à nos amis (es) chrétiens de France une bonne année 2013 pleine de joie, de santé, et de succès !
    Puisse ce forum continuer à recevoir vos bienveillantes et instructives contributions, et que la fraternité progresse.

  7. krimo ex r. des maures

    bonne année à toute l’équipe de la voix de sba ,ainsi qu’a tous les lecteurs et les amis(es) sans oublier le peuple algérien . BONNE ANNEE 2013 plein de succès si benhadou bonne année 2013.kench.jdid usmba

  8. Nathalie

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    Avec ce bateau de croisière vous serez embarqué vers 2013 destination BONHEUR Départ minuit le 31/12/2012. Seul bagage permis; santé,bonheur,harmonie et paix. Bon voyage, Belle et Heureuse Année a vous toutes et tous

  9. Benhaddou Boubakar

    tres original ce bateau de Nathalie;ah j’ai oubliè de citer son nom « l’annèe derniere » (hier),j’espere qu’elle ne m’en veut pas merci; un magnifique rève de fin d’annèe que je souhaite de ton mon coeur qu’il se realisera INCHALLAH ;allez il n’est pas trop tard pour te souhaiter une bonne annèe!

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