La Voix De Sidi Bel Abbes

Djoudi Djemouï. Ancien membre du CNT. Cadre retraité de la Santé «Sans véritable justice, point de salut !»

La seule condition pour que le mal puisse triompher, c’est que les bons ne fassent rien.
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Issu du pays profond et anonyme, il est l’un des animateurs du mouvement associatif les plus en vue du temps où la démocratie balbutiait. Ce battant parfois insolent, après ses études, a atterri dans un monde qu’il a réussi à parfaitement connaître, celui de la santé au sein duquel il a bourlingué des années durant.Djemouï est né le 3 juin 1951 à Biskra, où il a effectué ses études primaires et moyennes avant de rejoindre l’Enita, à Alger, où il a poursuivi son cursus pour décrocher son diplôme en électrotechnique. «J’ai quitté l’Ecole militaire deux mois avant la cérémonie d’attribution de grades par feu Houari Boumediène. Je ne voulais pas faire carrière dans l’armée.» En 1974, Djemouï retourne à Biskra où il enseigne dans un CEM, mais il n’y fera pas de vieux os puisqu’il retourne à Alger où il renoue avec les études supérieures en sciences économiques, sciences financières en préparant en parallèle un magistère en ressources humaines.
Après 6 mois d’instruction à La Pérouse, dans le cadre du service national, il est affecté à l’hôpital militaire Maillot, de Bab El Oued. «C’est là qu’est née ma passion pour la santé qui est devenue une vocation. J’y suis resté en tant qu’élément civil assimilé, responsable de la formation et du bureau des contentieux et des marchés. En 1985, j’ai été sollicité pour partir à Rennes afin de préparer l’ouverture de l’hôpital de Aïn Naâdja, avec d’autres collègues. Mais à la veille du départ, le directeur m’appelle pour me signifier qu’il avait besoin de mes services et que je ne pouvais donc pas me déplacer. Cela m’a surpris. J’ai démissionné et rejoint la santé publique où le ministère m’a confié le secteur sanitaire de Aïn Taya. J’y suis resté trois ans avant d’être nommé à la tête de l’hôpital de Kouba tout en étant sous-directeur du CHU de Parnet.»En 1989, Djoudi quitte ses fonctions pour présider aux destinées du secteur sanitaire de Rouiba. Il y reste jusqu’en 1993.

Entrée en politique

«Au cours de cette année, j’ai rencontré le ministre de la Santé Babès, lors d’une journée scientifique à l’hôpital militaire. Il m’a proposé l’Institut Pasteur d’Alger, dont j’ai été le secrétaire général et le directeur par intérim.» Avec un humour redoutable et un esprit constamment caustique, Djoudi nous raconte son entrée en politique, lui dont l’action a été centrée sur le mouvement associatif, avec la création de l’Association nationale d’aide et d’information des jeunes (ANAIJ), l’Association des diabétiques, l’Association antidrogue, celle des victimes du terrorisme, sans compter des initiatives éparses axées sur la formation, sur les toxicomanies, contre le Sida… «J’ai rejoint le Conseil national transitoire, le 18 mai 1993, dans les conditions que vous savez alors que le pays traversait de graves turbulences. J’y suis resté jusqu’au 18 mai 1997. Entre temps, j’ai postulé à la candidature de la présidence de la République. Je l’ai surtout fait par provocation, pour mettre en avant les principes de la démocratie, car tout citoyen jouissant de ses droits peut se présenter. Mais je n’étais pas partisan d’aller au bout de mon idée, sachant que les choses étaient déjà ficelées» raconte-t-il avec un sourire moqueur. Mais il n’oubliera jamais cette sombre péripétie. «J’ai été porté sur une liste noire, condamné à mort parce qu’à la Conférence nationale sur la transition, j’ai osé dire mes vérités à la télévision, en émettant le vœu que le pays sorte de cette dramatique impasse. J’avais quitté Kouba pour le Club des Pins. Un jour, j’y suis revenu pour récupérer quelques affaires. Un voisin m’a informé que des individus m’avaient longuement attendu devant mon domicile et qu’ils sont revenus à plusieurs reprises. Le chauffeur de Abassi Madani m’a défendu. Je l’ai vraiment échappé belle, car en ma qualité de vice-président de commission à l’Assemblée et surtout en raison de mes positions, j’étais une cible toute indiquée.» Djoudi évoque cet épisode avec une grande émotion. Il y a eu cependant des moments moins stressants. «J’ai eu la chance, pendant la période de transition, de me déplacer à Paris pour assister à une conférence sur les toxicomanies, organisée au siège de l’Unicef.Régine, la célèbre chanteuse, ‘‘toxicomane repentie’’ était devenue une militante contre la drogue et elle a, de façon très pathétique, évoqué son cas. J’y ai rencontré Mme Cathala, vice-présidente de l’Assemblée nationale française et Philippe Seguin auxquels j’ai fait part de la difficile situation qu’on vivait en Algérie, mais aussi du combat mené contre le fléau terroriste qui était en train de détruire notre pays.» Quand on le questionne plus avant sur ses affinités politiques, cet éternel rebelle brandit l’étendard de la paix et de la justice sociale. Il n’a pas compris l’attitude de Zeroual et dont la démission restera pour lui et jusqu’à présent un acte qu’il réprouve, «un lâchage» lance-t-il. «Beaucoup de gens pensent que c’était pour favoriser l’alternance. Moi, mon intime conviction, c’est qu’il a quitté le bateau à un moment inopportun. Il n’a pas tenu compte de ces populations courageuses qui se sont déplacées, malgré les périls, pour le plébisciter. Ce n’est pas un geste héroïque mais un abandon contre toute une masse qui s’est rangée à ses côtés et s’est investie pour lui. C’est dommageable !» A ses yeux, la leçon à tirer est que la conjoncture était extrêmement difficile. L’addition des problèmes profonds a abouti à une crise de société multidimensionnelle sans précédent.

Démocrate avant tout

Djoudi Djemouï estime qu’en sa qualité de «député», il a joué en toute démocratie son rôle, en interpellant les ministres, en étant près des citoyens, en intercédant en leur faveur par des actes concrets. Il a obtenu une audience à l’APN avec le chef du gouvernement, M. Sifi, pour les victimes du terrorisme, qui a pris la décision sur place de dégager des aides financières à ceux qui en avaient besoin et des pré- affectations de logements. Parmi les fondements de la démocratie, la liberté d’expression tient une place prépondérante, estime-t-il, car la presse a le devoir de dénoncer toutes les malversations et tous les abus et être là comme le vigile qui défend le citoyen, tout en respectant l’éthique et la vie privée de chacun. Djemouï n’oublie pas d’où il vient. Il est certain que le milieu familial a joué son rôle. «Il a développé en moi la quête du savoir et de la connaissance. Mon père, Bendjemoui, mandataire, s’occupait de ses palmeraies à Biskra. Il a toujours subvenu à nos besoins, mes trois frères, mes quatre sœurs et moi-même. C’est un paysan ‘‘moderne’’ qui n’a pas hésité à m’accompagner en train à Alger pour le concours de l’Enita. Il était vêtu de son chèche et de sa gandoura. Sa disponibilité est l’une de ses nombreuses qualités.» Le secteur de la santé dans lequel a baigné Djoudi le fascine toujours. «J’ai géré durant de longues années les secteurs sanitaires de Rouiba, de Aïn Taya, de Kouba, l’Institut Pasteur. J’estime que la médecine algérienne n’a rien à envier aux autres. Lors des événements d’octobre 1988, des spécialistes étrangers étaient venus à l’hôpital de Kouba, que je gérais, pour s’enquérir de l’état des blessés qu’on y ramenait. Ils ont constaté que la prise en charge ne souffrait d’aucune équivoque et ils l’ont consignée dans un livre ‘‘Octobre à Alger’’. C’est dire que nous nous occupions des blessés selon les normes établies à travers une mobilisation sans faille. Aujourd’hui, hélas, la comparaison est incongrue. Je persiste à dire que la santé et l’éducation restent les deux leviers qui engagent un pays. Si l’un ou l’autre est défaillant, c’est toute la société qui en pâtit. Je constate néanmoins que le monde de la santé est en train de faire des efforts louables à travers un ministre, M. Boudiaf, hyperdynamique. Mais est-ce que les staffs, les personnels, les gestionnaires suivent ? Les mauvaises habitudes ont la peau dure. Aujourd’hui, on revendique plus d’assistance, plus d’humanisme, mais s’il n’y a pas de volonté, on peut injecter tout l’argent du monde, cela ne marchera pas. En tout cas, l’heure des constats est révolue. Tenez, par exemple, quand j’étais en fonction à l’Institut Pasteur, j’ai trouvé cet organisme en pleine ébullition. Tout le monde se planquait. J’étais secrétaire général et je n’avais pas de délégation de signature. Fort heureusement, ils avaient commandé un lyophilisateur et une étiqueteuse, dont le microprocesseur était à l’arrêt. Pourtant, il y avait cet appareil sur place qu’il fallait simplement réparer. Après maintes discussions, j’ai pu convaincre le technicien qui a réussi à faire marcher la machine et j’ai bloqué le marché. Ce technicien m’avait avoué qu’il était ‘‘déconsidéré’’ par l’administration et que, de ce fait, il n’avait pas à se faire de mouron, ni à fournir d’efforts. De plus, j’ai été choqué par l’attitude de certains décideurs. Pourquoi ne fabrique-t-on pas chez nous certains vaccins et continuons-nous à en importer ? J’ai eu l’idée de multiplier les laboratoires de contrôle, en cassant le monopole et cela a fait jaser certains décideurs.» Djemouï évoque les frustrations qui ont ponctué son parcours. «J’ai été privé de logement parce que j’ai refusé de céder une structure publique à un maire de Aïn Taya, au milieu des années 1980. C’est une ancienne villa cédée à l’Etat par le Dr Benadouda. J’ai été aussi froissé parce qu’en ma qualité de porte-parole de 13 associations, j’ai adressé une lettre sur l’état de la maison Algérie qui a déplu à la Présidence de la République et qui m’a valu bien des déboires.» L’histoire est là qui cherche des vérités enfouies fussent-elles âpres et parfois odieuses. Pour Djoudi, le mouvement associatif, chez nous, n’est pas né dans un objectif de disponibilité vis-à-vis de la société, même s’il se trouve des exceptions. Il est né, selon lui, d’une frustration dans une conjoncture où l’Algérie ne pouvait accéder à d’autres associations avec les difficultés de visa. «Pour contourner ces empêchements, des associations ont vu le jour. Depuis, le mouvement associatif a été noyauté et est devenu un relais de groupes de pression. Je me rappelle un fait anecdotique, mais très significatif. Un ministre de la Jeunesse et des Sports, M. Lebib, avait organisé les Assises de la jeunesse. Logique puisque cela relève de son département. A la même période, Mme Mechernen, alors ministre de la Solidarité, et M. Rahmani, Gouverneur d’Alger, organisent la même chose. Comment appelle-t-on cela si ce n’est pas de la récupération ? La politique? Je m’y intéresse, mais à une certaine distance.»

Le constat, c’est dépassé

Pour Djemouï, «l’opposition telle qu’elle est ne me convainc pas. Je ne crois pas en l’homme providentiel. Les grands principes ne sont pas des valeurs refuges à ne mobiliser qu’en cas de gros temps ou devant les monuments commémoratifs. Ils doivent être incarnés tous les jours avec la même conviction et la même sincérité.» Il confesse avoir été carrément bouleversé par le printemps arabe qu’il qualifie de «monstrueux hiver». Pris d’une bouffée d’indignation, il ressent un profond découragement «qui se répand dans toute notre sphère géographique et Dieu seul sait quand il s’estompera. En fait, je n’y ai jamais cru. La preuve : regardez ce qui se passe en Libye, en Egypte, en Irak et en Syrie. C’est plutôt l’hiver arabe. Le seul printemps que je respecte est celui de Prague. Dès le premier jour, j’ai considéré que c’était une manipulation pour empêcher les pays arabes d’aspirer à la démocratie et au développement.» La mondialisation ? «C’est une lutte d’intérêts entre les grandes puissances pour récupérer les richesses des plus faibles. L’Algérie est dans une posture peu enviable, ne possédant pas de tissu industriel, dépendante sur le plan  alimentaire et important la plupart de ses produits en ne comptant que sur la rente pétrolière.» De grands retards sont enregistrés dans tous les domaines, surtout dans l’agriculture pour laquelle pourtant notre pays est prédestiné. «Regardez Biskra avec ses tomates, ses courgettes et des poivrons. C’est une zone agricole à trois étages, des maraîchers, des arbres fruitiers et des palmiers. Avec toute cette configuration naturelle et le climat aidant, on n’arrive pas à insuffler la dynamique nécessaire pour un développement meilleur. Pourtant, les potentialités existent. Je ne parle pas de régions plus chanceuses comme la Mitidja, l’Edough ou la vallée du Chelif, dont la plupart des superficies ont été détournées de leur vocation. Pourquoi ne développons-nous pas l’agriculture au Sahara ? On pourrait se baser sur la ferme pilote de Hassi Messaoud gérée par un agrovétérinaire qui a donné des résultats plus que satisfaisants. Mais la réponse des autorités a été négative et cinglante sous prétexte qu’on ne peut généraliser cette opération au risque de détruire l’écosystème !» Ah bon…

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Posté par le Juin 19 2014. inséré dans ACTUALITE, CE QUE DIT LA PRESSE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

3 Commentaires pour “Djoudi Djemouï. Ancien membre du CNT. Cadre retraité de la Santé «Sans véritable justice, point de salut !»”

  1. kaid

    Une personnalité que je découvre

  2. Mme CH

    Détruire l’écosystème…??!!!! Et le Gaz-schiste; il ne détruit rien lui…??? Il ne serait pas étonnant que l’eau d’irrigation comporterait d’ici quelques temps, des produits toxiques et cancérigènes…!!!!
    Tout ceci, nous donne à réfléchir….!!!! Ce secteur fait il l’objet d’une gestion conforme avec nos intérêts nationaux ou s’agit il d’une gestion nuisible et imposée par les intérêts des promoteurs, pour ne pas dire des différents lobbys, qui font la pluie et le beau temps… ???? Qu’attendons-nous pour mettre en place une stratégie nationale globale de développement….qui s’appuie sur des bases solides dans tous les secteurs en parallèles, et l’agriculture et l’or bleu sont les piliers de la nation, aujourd’hui et surtout demain…??

    Pourquoi tant de mépris pour le peuple algérien…???

  3. jamel

    De vrais Algériens

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