La Voix De Sidi Bel Abbes

Désir d’Algérie

Mardi 15 avril, il faudra vous retrouver devant votre petite lucarne, branché sur Arte à 23h35 pour y découvrir le passionnant et important dernier film de Bruno Ulmer. Le titre ? Paroles d’Algérie. Rencontre avec l’auteur.

-D’où naît le désir de venir en Algérie pour y réaliser un film ?

Je pense que, plus le désir de venir en Algérie, c’est le «désir d’Algérie» que j’éprouve. C’est un pays que je connais peu mais avec lequel je sens un lien, une amitié. Je suis venu ici plusieurs fois déjà, j’ai découvert Alger, Oran, Béjaïa, j’y ai rencontré des artistes, des cinéastes, des photographes qui m’ont parlé du pays, de leur amour pour ce pays et aussi de leur quotidien, de leurs rêves, ici ou ailleurs. J’ai aussi «appris» le pays par la littérature, la musique… Et puis, je travaille une bonne partie de mon temps à Marseille, l’Algérie n’est jamais loin… Il y a des années, j’avais écrit un projet, pendant la décennie noire, qui s’appelait L’Algérie au cœur, avec ma productrice, Hélène Badinter. On voulait proposer à la télévision française des petits formats courts, des témoignages d’Algériens, on voulait «sensibiliser» comme on dit, faire savoir en France ce qui se passait en Algérie, être solidaires. Ce projet ne s’est pas fait, mais j’avais gardé l’envie de filmer ici, un jour…

-D’emblée, en guise d’introduction, vous annoncez que votre film ne pourra se faire compte tenu du refus des autorités de vous donner des autorisations. Y a-t-il une différence entre ce que vous souhaitiez faire et le résultat, entre le film non autorisé et celui fabriqué de manière underground ?

C’est vrai que je voulais faire un «grand film», grand dans le sens d’un portrait du pays tout entier, parler des gens, de l’économie, des richesses du pays… Bref, un film documentaire comme il y en a beaucoup, sur de nombreux pays, du monde, mais qui, à ma connaissance, n’existe pas pour l’Algérie. J’ai commencé à y réfléchir il y a des années déjà, fait des recherches, j’ai beaucoup lu, et j’ai aussi rencontré Jean-Pierre Séréni, un grand journaliste qui connaît bien le pays. On a réfléchi ensemble à ce projet, on y a beaucoup travaillé. C’est ce film-là que nous aurions dû faire. Nous avons eu l’autorisation, on a mis le temps pour l’avoir… Mais une fois arrivé en Algérie, les problèmes ont commencé. Le matériel est resté bloqué à l’aéroport, on a commencé des démarches, mais la situation est restée bloquée, et il a fallu repartir. On n’a jamais eu d’explications précises à ce refus. Je suis resté très amer après cette impossibilité.

-Comment s’est porté votre choix sur ces visages que nous voyons et écoutons ?

Les choix se sont faits un peu au hasard au début. J’ai rencontré des jeunes, hommes et femmes, des situations, des âges différents. Au début plutôt des jeunes intéressés par le cinéma. Puis, de «fil en aiguille» comme on dit, par des contacts croisés, j’ai rencontré des jeunes plus engagés, des bloggeurs par exemple. Il faut dire que je suis arrivé en Algérie au moment où on commençait à beaucoup parler de politique, dans l’optique des élections. Les débats dans le pays ont fait que très vite, quand j’interrogeais sur la vie quotidienne, les études, le travail… la discussion prenait vite un tournant plus politique.

-Il y a une phrase qui revient sans cesse : «Attendre, attendre….» Ces paroles tendent-elles réellement, selon vous, à un changement démocratique des choses ?

Je ne peux pas être aussi catégorique. L’attente est d’abord un sentiment, une situation du quotidien. On attend un logement, on attend un travail, on attend un mariage, un visa, des soins… Il y a beaucoup de choses qui sont attendues, avant même un changement politique. C’est avant tout, la vie de tous les jours. Bien sûr, j’ai rencontré des gens qui disent que le pays change, et vite, qu’il y a des grands travaux, des projets. C’est vrai. Mais ce qui est ressenti, vécu pour le plus grand nombre, c’est l’attente, chacun à son niveau. On parle aussi d’immobilisme dans le pays, je l’ai senti moi aussi. Même si le pays avance, le sentiment est que rien ne se passe… Quant à la démocratie, c’est une autre question, ce n’est pas juste le fait de voter. La démocratie, c’est à l’Algérie de l’inventer, de s’inventer sa propre démocratie. Et je le redis, ce n’est pas juste voter, c’est être entendu. Que les politiques entendent et répondent aux attentes. Reste aussi, en parallèle à cette attente, la capacité qu’ont les jeunes de parler, de s’exprimer librement. Parler et être écouté, c’est la base, non ?

-Comment, selon vous, le cinéma peut pénétrer dans ce genre de sujet sans forcer le pathos ou verser dans le discours politique ?

Chaque film a une dimension politique, on ne fait pas des films, et plus particulièrement des films documentaires, sans engagement politique, d’une certaine façon. Parler d’une situation sociale, du parcours d’un travailleur, de la place des femmes, de l’égalité, tout ça est politique. Il ne faut pas être naïf, le monde n’est malheureusement pas aussi beau qu’il peut le paraître. Les films sont utiles, ils portent la connaissance, donnent la parole à ceux qui ne l’ont pas, rendent visibles ceux qu’on ignore. C’est pour ça que je fais des films, c’est pour ça que je prends parfois des risques. Quant à la question du pathos, je ne crois pas l’avoir forcé. Il ne faut pas confondre la sensibilité de quelqu’un qui parle de sa vie, les émotions qu’il ou elle ressent en évoquant des moments difficiles, avec le pathos. Il n’y a justement pas de «mise en scène» dans les paroles que j’ai recueillies. La caméra est fixe, concentrée sur le visage et les mots. C’est là l’essentiel.

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Posté par le Avr 11 2014. inséré dans CE QUE DIT LA PRESSE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

11 Commentaires pour “Désir d’Algérie”

  1. Danielle B

    une poignante approche sur la décennie noire
    attendons de voir le film et nous jugerons ensuite
    mais je crois qu’on ne sera pas déçus si le film est à la hauteur des paroles de son réalisateur

    • Danielle B

      bonsoir à tous
      j’ai donc visionné ce film « paroles d’Algérie »
      je dois avouer ne pas en avoir perdu une seule miette, donc pas déçue
      le film est court, net, précis et fais bien passer le message à savoir ce qu’est vraiment la vie en Algérie et qui nous fait mieux comprendre le pourquoi de cette immigration massive, que je ne cautionne pas dans sa totalité car un pays qui veut survivre se doit d’avoir tous ses enfants prêts à faire changer les choses, critiquer et s’exiler pour moi n’est pas compatible, mais bon chacun voit les choses à sa manière
      pour en revenir au film, la jeunesse en Algérie est bien consciente que le pouvoir en place depuis plus de 50 ans ne fait rien pour le peuple, les entretiens verbaux le prouvent amplement, le pays est riche mais où va cet argent???? c’est la question que tout le monde se pose, qui tire vraiment les ficelles, tout est infiltré de manière à ce qu »au moindre signe de révolte, elle soit étouffée dans l’oeuf, le pouvoir privilégie une certaine classe sociale au détriment des autres, on le voit bien dans ce reportage
      tout est fait pour briser la volonté de vivre, de travailler pour un bon salaire, de s’amuser, d’être libre
      ce qui m’a aussi émue c’est ce que pense cette jeune journaliste sur les femmes et leurs conditions hors des grandes villes, c’est pathétique, presque un appel au secours, tous ces jeunes attendent mais en fin de compte ILS ATTENDENT QUOI, eux-mêmes ne le savent pas vraiment
      l’europe , l’occident leur fait miroiter une vie meilleure alors qu’ils ont tout pour être heureux chez eux, à condition qu’il y ait un changement radical chez leurs gouvernants
      ce film m’a beaucoup attristée car je suis convaincue que ce peuple mérite autre chose que la vie qu’il a
      cordialement

  2. mohamed

    Film est a voir selon cet ettretien

  3. Oiseau bleu

    Très déçu par les lunettes exotiques du cameraman d’ARTE à la limite du cliché ethnographique où on prend comme guide une jeune journaliste d’El Watan très « cocon/bulle algérois… »protégée par la proximité d’un critique littéraire autoproclamé Fayçal M. qui mange à tous les rateliers en faisant tapis rouge aux missionnaires du conseiller d’ARTE le sieur BHL !!! Haro sur les baudets du retournement de veste qui vivotent entre Medi 1 ,Alger et Palestro…en refaisant les chemins ….de la guerre d’Algérie aux chercheurs de spectacles à la Ruandaise!!!

    • Danielle B

      @ OISEAU BLEU
      je crois que vous n’avez pas compris le sens profond et caché de ce film qui montre 2 sociétés bien distinctes : LES NANTIS et le reste de la population c’est -à-dire 70% qui vivotent , qui survivent devrai-je dire tant bien que mal, même en faisant plusieurs boulots il n’y arrivent pas
      comment expliquez-vous cela,????? je pense que les lunettes « exotiques » du caméraman d’Arté c’est secondaire vous ne trouvez pas????
      personnellement j’ai ressenti la nécessité de trouver une solution trés rapide pour toute cette jeunesse qui va finir par se perdre dans n’importe quelle cause pourvu que ça donne un sens à leur vie

  4. Mme CH

    Salam Mme Danielle…!!! Entièrement d’accord avec vous, quand vous dites qu’il faut trouver des solutions rapides pour toute cette jeunesse pour qu’elle ne finissent pas dans les filets des prédateurs bien organisés. Je comprends aussi que votre souci majeur est de freiner le flux de l’immigration notamment vers la France, surtout en ces moments de crise socio-économique et culturelle…qui est alimentée par les pieuvres et les étoiles de mer….!!! Même les pingouins sont dépassés et en souffrent…!! Bref, c’est une autre histoire…!!!

    Cependant, ce n’est pas à travers les lunettes « exotiques » (pour reprendre l’expression d’Oiseau bleu) de la chaîne ARTE qui est loin d’être la mieux placée et la plus crédible pour filmer la réalité de ce que nous vivons sur la rive Sud, et je vais vous dire pourquoi dans un prochain post….!!!

    Amicalement..!

    • Danielle B

      @ MME CH – bonjour
      je viens de lire d’autres sujets tout aussi dramatiques sur ce journal et je pense que votre pays traverse de graves difficultés qui vont crescendo
      pour ce qui est de la chaine ARTE, nous PN sommes bien placés pour vous avoir constaté maintes et maintes fois que l’objectivité n’est pas leur point fort
      la rédaction posséde mon adresse mail, je les autorise à vous la communiquer il sera plus facile pour nous deux de discuter
      amicalement à vous
      bonne journée

  5. Danielle B

    @ FATY – BONJOUR
    à qui ai-je l’honneur????? (Femme ou Homme???) rires
    MERCI pour le compliment, j’ai des défauts comme tout le monde, mais on ne peut pas me taxer d’hypocrite, avec moi on sait où on va
    mais il faudrait que je me surveille un peu, toute vérité n’est pas toujours bonne à dire , ce qui m’a valu bien des inimitiés sur ce forum
    mais c’est mon caractère et à mon âge je ne changerai pas pour faire plaisir
    bonne journée à vous aussi, ici nous avons un magnifique soleil mais avec du vent
    cordialement

  6. Danielle B

    @ FATY
    mais je vous en prie je n’ai pas fait grand-chose, à part que ma réponse a été vraiment amicale
    tout comme vous je n’apprécie plus les grosses chaleurs , chose que j’aimais énormément lorsque j’étais bien plus jeune, quant au vent ça ne me dérange pas, ici nous avons rarement du sirocco
    mais vous n’avez pas répondu à ma question??? MME OU MR?????(rerires)
    bonne continuation

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