La Voix De Sidi Bel Abbes

Débat : L’officier de Barataria et le fantôme d’Emilie Busquant par Mr Mohamed Benchicou

Pendant 2012, tout le pays a fêté et continuera à le faire le cinquantième anniversaire de notre Indépendance. Des manifestations de divers types ont été vécues pendant que d’autres suivront à coup sûr. Des slogans, comme ceux que nous avons pu constater lors du match Algérie-Lybie, ne manqueront pas de voir le jour. Or, dans le subconscient populaire végète un immense désir : celui de lire l’Histoire de notre glorieuse Guerre de Libération telle qu’elle s’est réellement ou approximativement passée afin de la dépouiller des faux habillages que certains lui ont collés. Des titres de livres commencent à paraître et rien n’indique qu’ils vont s’arrêter tant ce qu’il y a à dire et donc à transmettre est énorme. Monsieur Mohamed Benchicou nous a gratifiés de «  la Parfumeuse », son dernier-né et des réactions ont immédiatement suivi ce qui a fait réagir l’auteur du livre remis en cause par un ancien Moudjahid, Monsieur Ouali Aït – Ahmed. Afin d’élargir le débat au maximum d’intervenants, nous proposons aux lecteurs de

la voix de sidi bel abbes la réponse de Monsieur Benchicou qui ne manquera pas de faire réagir d’éventuels intervenants et même provoquer des vagues. Nous reviendrons sûrement au livre de Monsieur Benchicou pour toucher les aimables lecteurs qui risquent de ne pas en disposer. A l’exception des deux photos, la réponse de Monsieur Benchicou est reproduite in extenso.                                                                      par  Mohamed Senni.


La première attaque frontale contre le roman, La parfumeuse(1), est donc signée d’un «ancien officier de l’ALN», d’une certaine ALN allais-je dire, et cela n’a rien d’anodin.
L’histoire d’Émilie Busquant, sa vie lumineuse mais aussi sa fin déchirante, symbolise la rupture de notre mouvement national, son passage d’un mouvement internationaliste bâti sur une soif de liberté, de démocratie et de modernité à un nationalisme étroit au service de mandarins passés de «libérateurs» d’un peuple à profiteurs d’un régime. A l’inverse de nos astucieux démagogues qui nous présentent l’indépendance comme un bien pur dont ils auraient gratifié le peuple en mettant leur tête sous le billot, un don mythique, un absolu de revanche, La parfumeuse soutient que l’indépendance fut, en même temps, qu’une conquête populaire, le fruit d’un élan de libération du monde, le cadeau d’une chaîne solidaire internationaliste tressée par les grandes conquêtes révolutionnaires du siècle dernier. Il portait un idéal de démocratie et de justice qu’on nous a dérobé (libération de l’homme, Assemblée constituante élue au suffrage universel, État démocratique et ouvert à toutes les races et à toutes les confessions, égalité de l’homme et de la femme…). Les papes de l’autocratie, ces clans qui ont détourné le mouvement national à leur profit, qui ont su confier aux martyrs la besogne de conquérir la liberté pour aussitôt s’y engouffrer, la contrôler, puis gouverner par le glaive et le mensonge, n’aiment pas entendre ce genre d’histoires. Ils savent que les questions posées par le présent trouvent leur réponse dans l’histoire. Leur légitimité repose sur le non-savoir. A trop visiter le passé, on se heurtera, tôt ou tard, à la question cataclysmique : comment est-on passé des premières revendications de l’Etoile nord-africaine puis du PPA(2) (un État démocratique désigné par une Assemblée constituante élue au suffrage universel) à ce système politique autocratique qui sévit dans le pays depuis 1962 ? A voir les innocentes sornettes dont il truffe son texte, M. Ouali Aït-Ahmed, à qui il faut rendre cette justice qu’il ne craint pas le ridicule, ne me paraît cependant pas faire partie de ces camarillas ou alors seulement en brave soldat Shvek. Du reste, j’en suis encore à me demander si sa plus impardonnable désobligeance fut de m’avoir injurié sans m’avoir lu ou de l’avoir fait sans talent. Quitte à être calomnié, autant l’être après lecture et, si possible, avec brio. Je n’ai pas eu ce privilège. C’est sans loyauté envers Emilie Busquant dont il s’acharnait, avec l’élégance qu’on devine, à travestir les positions et à nier le moindre rôle dans le mouvement national, que notre ancien officier entreprit de pourfendre un livre, dont je persiste à penser qu’il mérite, à défaut de la sympathie, un examen honnête et, à défaut d’un critique objectif, un adversaire de meilleure trempe.

Pas utile de lire le livre.

Notre ancien officier de l’ALN commence par renvoyer Émilie Busquant sous terre. C’est compréhensible. Il ne veut plus entendre parler de la nature internationaliste et prolétarienne du mouvement national algérien. Pour ce faire, il s’invente un passé et une patrie virtuelle dont il serait le seul héros, à l’instar de Sancho Pança, fidèle compagnon du chevalier Don Quichotte, écuyer errant qui a toujours rêvé d’être roi et qui s’autoproclama gouverneur de l’Île de Barrataria, une patrie fictive mais un monde parfait, peuplé exclusivement de laudateurs, où personne ne juge le gouverneur, où l’échec est aboli , où il s’entend, la nuit, rosir de fierté. Il privatise alors la révolution : «La révolution c’est nous !». Il menace : «Nous devons nous poser des questions pour savoir les raisons pour lesquelles un feu de tout bois est allumé pour falsifier notre histoire récente, après avoir enseveli notre histoire antique.» Aussi, le réquisitoire ainsi que le verdict de M. Ouali Aït-Ahmed furent-ils conformes à la technique et au style barratarien. La technique consiste, ici, à jeter le bébé avec l’eau du bain. Pour ne plus s’encombrer d’Emilie, notre ancien officier la noie dans les rancœurs anti-messalistes. «Mettre en relief la personne de Mme Émilie Busquant, c’est s’entêter à redorer le blason de Messali Hadj qui ne s’occupait que du culte de sa personnalité, à modérer l’ardeur des militants de la cause nationale pour retarder une insurrection armée inéluctable», écrit-il. Quant au style barratarien, il énonce qu’il n’est pas utile de lire le livre qu’on prévoit de brûler. La chose aurait relevé, en effet, du bon sens, mais, comme chacun le sait, dans l’île de Barrataria où chacun peut se rêver roi, on n’a que faire du bon sens. Qu’adviendrait- il, sinon, de la Barratarie, l’ami, patrie de la pantomime, où le gouverneur se plaît en représentations, bluffant les opinions par l’art de la parodie, du pastiche et de la paraphrase, enivré par les ors du pouvoir et les contes fantasques dont il est le seul héros, ivre jusqu’à en oublier la réalité et son état de simple palefrenier ? Sur toutes les chaînes de télévision on peut d’ailleurs écouter la dernière imploration du maître du moment : Dieu grave mon nom sur les murailles de l’éternité… Fais-moi renaître Nabuchodonosor ! Dieu, je n’ai pas recréé les jardins suspendus de Babylone, mais je fis, Seigneur, construire ma tour de Babel ! Un minaret pour t’approcher, Dieu !» Aussi, c’est sans avoir ouvert le roman que notre homme le catalogue de manœuvre inscrite «dans un scénario», monté par l’ancienne puissance coloniale visant à réhabiliter Messali et le MNA. (3) «Si cette Émilie Busquant avait cette passion pour la liberté de l’Algérie qu’on lui prête, elle aurait soufflé à son mari de faire sienne la cause nationale du 1er Novembre 1954 !» L’inconvénient c’est qu’Émilie est morte en octobre 1953 et que le roman ne traite ni du MNA ni de Novembre 1954 ni des combats fratricides entre le camp de Messali et le FLN. Mais notre ancien officier, n’ayant pas lu le livre, ne pouvait pas le savoir. Alors, entendez-le amalgamer pour les besoins du travestissement : «Oui, pourquoi ne l’a-t-elle pas conseillé de rejoindre le camp du FLN au lieu de créer son propre MNA (Mouvement national algérien), le 14 décembre de la même année ?…» Et voilà le fantôme de la pauvre Émilie, quatre ans après la disparition de cette dernière, inculpé pour collusion avec Jacques Soustelle ! «Oui, cette Émilie, elle aurait pu le conseiller à donner des instructions à ses fidèles de diriger leurs armes sur l’ennemi commun, au lieu de lutter contre les combattants de l’ALN dans le Djurdjura, à Aït-Yala, à M’Sila, à Dar-Chioukh, sous la direction de son lieutenant militaire «le général Bellounis»… Mais elle était déjà morte ! Vous n’écoutez pas ? Non, il n’écoute pas. Ou alors seulement ses ressentiments. En d’autres temps, j’aurais accueilli avec la dérision qui s’impose, ce grotesque et arrogant réquisitoire et au terme duquel M. Ouali Aït Ahmed, solennel, expulse Émilie Busquant de l’histoire, me retire mon brevet de révolution ainsi qu’à mon confrère Rémi Yacine d’ El Watan, nous refuse le certificat de patriotisme, concluant, le ton grave, que nous ne serions que des sous-satellites d’un appareil de désinformation français. Notre ancien officier exécute avec brio une tâche ordinairement dévolue au ministère de la Culture ou à ce clergé du mensonge, vénérable institution qu’on dit composée de nouveaux juges en soutane et d’anciens résistants en gandoura, et dont la noble mission consiste à avorter toute création littéraire, cinématographique ou théâtrale qui toucherait à l’Histoire et qui pourrait susciter un débat sur l’illégitimité des pouvoirs. C’est à la maestria de ces vigiles censeurs que l’on doit d’avoir terrassé moult initiatives déplaisantes comme celles du dramaturge Ziani Chérif Ayad ou, dernièrement, de notre ami Mourad Bourboune que le régime donnait pour replié dans une inoffensive existence de retraité, ami des arts, des bêtes et de la philatélie, et qu’il découvrit, le fourbe, en possession illégale d’un scénario sur Ben Mhidi ! C’est à cette noria de censeurs compétents que l’on doit d’avoir préservé l’Ile des influences néfastes de quelques bad boys de la plume, dont Mohamed Arkoun. Voilà un penseur qui écrit que «les échecs ont commencé dès le lendemain de l’indépendance quand se sont imposés des régimes policiers et militaires, souvent coupés des peuples, privés de toute assise nationale…» Parlerait-il de l’île ? A-t-on idée de laisser traîner des livres où l’on lit que «les moyens par lesquels les régimes se sont mis en place n’ont, nulle part, été démocratiques» ? Pas de place dans l’île pour les esprits bassement lucides ! Un rideau sanitaire protège la population de ce genre d’attaque virale. Il s’y exerce une vigilance quotidienne contre toute lucidité malvenue. Aussi, est-il inimaginable de prétendre y porter la contradiction. L’île a ses codes d’accès, connus des seuls initiés et des gorilles vigilants empêchent toute fâcheuse information venue de la réalité de contaminer l’atmosphère hallucinatoire ou, pire, de se propager au sein de la population. Sans doute M. Ouali Aït-Ahmed n’appartient- il pas à ce clergé du mensonge, mais il en emprunte les procédés, l’autoritarisme, l’arrogance. Par égard pour le combat de M. Ouali Aït-Ahmed, ou ce qui est supposé l’être, par répugnance aussi à me ranger du côté de ceux qui, ordinairement, s’empressent d’attaquer l’ALN, je m’abstiendrais d’emprunter le ton qui fut celui de mon contradicteur. J’essayerai seulement d’être plus clair.

C’est celle là, l’histoire récente de l’Algérie !

A lire notre ancien officier de l’ALN, exhumer Émilie Busquant ce serait falsifier l’histoire récente du pays. Mais de quelle histoire récente parle-t-il donc ? Le mouvement nationaliste algérien n’a été ce qu’il a été que par le contact avec le monde ouvrier international. Il a été influencé par les pulsions libératrices du monde qui prédominait durant les années 1920 (fin de la Première Guerre mondiale, éclosion de la révolution bolchevique et de tous les mouvements novateurs qui portaient en eux une nouvelle façon de vivre libre…). Ce n’est pas diminuer du mérite des Algériens que de rappeler qu’ils ne furent pas vraiment à l’origine du mouvement national émancipateur qui débouchera, de péripéties en péripéties, sur l’insurrection du 1er Novembre. Ils n’en n’avaient ni la capacité ni la vision ni peut-être même la motivation. Ils se limitaient à revendiquer, pour les plus audacieux, l’abolition du code de l’indigénat, une relative extension de quelques droits aux Algériens… Jusqu’au début des années 1940, l’élite algérienne, c’est-à-dire les élus de Bendjeloul, Ferhat Abbas, les oulémas de Ben Badis, puis, plus tard, le Parti communiste algérien, tous revendiquaient l’intégration de l’Algérie à la France. C’est cela, l’histoire récente du pays ! Le courant qui exigeait l’indépendance était minoritaire ! L’Étoile nord-africaine, première organisation politique à exiger l’indépendance et qui enfantera le PPA puis le contexte de novembre 1954, est née par la volonté de la Troisième internationale. D’où le fait que nombreux parmi ses fondateurs étaient membres du Parti communiste français (Abdelkader Hadj Ali qui agissait ouvertement en tant que responsable au sein du PCF, Aït Toudert, Belghoul, Chebila, Ben Lakhal, Messali, Boutouil, Saidoun, Menouar, Marouf…) L’Étoile fut, dès son origine, un parti prolétarien qui s’inscrivait dans une stratégie décidée à Moscou et qui consistait à étendre la révolution à toute l’humanité et autour de laquelle se sont enchevêtrés tant de mains généreuses, dont celle d’Émilie Busquant. Cette femme que notre ancien officier veut réduire à une controverse sur le drapeau, cette femme fut une des toutes premières adhérentes à l’Étoile nord-africaine. Elle avait commencé par mettre à la disposition de l’Etoile tout ce qui, en elle, pouvait servir : sa formation militante, ses relations parisiennes et notamment dans le monde syndical, sa meilleure connaissance du français, sa compréhension du droit, toutes ces choses avec lesquelles elle était familiarisée et qui seront de précieux concours pour le démarrage de la première Étoile. C’est cette femme, cher officier, à l’âge d’à peine 24 ans qui s’occupait de rédiger les articles d’EL Ouma, le courrier ainsi que les documents sensibles, de retenir les salles de réunion généralement la Grange Aux Belles, c’est près de chez eux, d’obtenir les autorisations d’organiser des débats, de rédiger et de distribuer les tracts… Cette femme, cher officier de l’ALN, n’a pas fait que concevoir et coudre le premier drapeau algérien ; elle a surtout contribué à rédiger ce que l’on appela le texte fondateur du nationalisme algérien, en 1927 ce discours que son compagnon allait prononcer, trois jours plus tard, à Bruxelles, au Congrès anti-impérialiste et qui est le premier document revendiquant l’indépendance de l’Algérie, celle-là pour laquelle M. Ouali Aït Ahmed, vous irez vous battre, 30 ans plus tard. Le discours de Bruxelles mais aussi le Mémoire qu’elle a écrit pour la Société des nations de Genève, pour protester contre les fêtes du Centenaire de la colonisation et la situation lamentable des Musulmans, après un siècle de colonisation. Elle avait créé, avec Hadj Djilani, la Glorieuse Etoile nord africaine, après que l’ENA fut dissoute et ses responsables incarcérés, en 1934. Elle ne cherchait pas à retenir ce que sa patrie, la France, avait de meilleur. Elle cherchait le meilleur dans l’indépendance d’un peuple asservi. Dans la liberté. A-t-il idée de ce qu’il a fallu se sacrifier pour préserver l’objectif de l’indépendance en ces années terribles où tout vous en dissuadait ? Tout : la France officielle, sa police, son armée, mais aussi le Parti communiste français qui retira son soutien après le discours de Bruxelles et la bolchévisation des PC, sans oublier une grande partie de l’élite algérienne, des Elus du docteur Benjelloun aux Oulémas de Ben Badis, en passant par Ferhat Abbas et les communistes algériens, ce que l’on appelait alors le Congrès musulman et qui réclamait non pas l’indépendance mais le rattachement à la France. Voilà l’histoire récente de notre pays, M. Ouali Aït-Ahmed ! C’est contre cette France coloniale et ces élites indigènes qu’Émilie Busquant s’était battue durant 30 ans afin que ne s’éteigne pas la flammèche de l’indépendance. Elle s’était battue contre sa propre patrie, elle qu’on vit tenir tête aux policiers, à la presse coloniale, aux juges de l’occupant mais aussi aux indigènes partisans de l’assimilation, à propos du projet Blum-Violette d’extension des droits politiques aux élites qu’elle dénonça publiquement comme un plan illusoire qui «accorde le droit de vote à 25 000 bourgeois en laissant dans l’ignorance et la misère 6 millions de fellahs». Elle l’a combattu en tant que plan du mépris et de la honte qui conférait à quelques milliers d’indigènes triés sur le volet, le droit à l’exemption, c’est-à-dire le droit de ne pas être soumis aux mêmes servitudes que le commun des indigènes. Émilie était une internationaliste. Elle prolongeait, dans son combat pour l’indépendance algérienne, les grandes révolutions qui avaient commencé par libérer l’homme, dont celle de 1789. En 1934, devant 2 000 personnes à la salle de la Mutualité, elle avait déclaré «Je suis allée en Algérie, je suis restée trois mois, j’ai vu la misère, j’ai vu défiler par centaines des mendiants, femmes, enfants, vieillards, malades squelettiques, comme des morts vivants. Il y a près d’un million d’enfants qui ne trouvent pas de place à l’école et qui sont livrés à la rue. Le code de l’indigénat, les mesures d’exception font du peuple musulman algérien une proie livrée pieds et mains liés au colonialisme. Cela le peuple français ne l’acceptera pas, lui qui a fait la révolution de 1789 pour briser les chaînes monarchiques qui l’étouffaient et pour donner la liberté à tous les peuples.»

Le fils amnésique.

Alors, il y a presque de la compassion à le voir railler une femme qui lui a tracé le chemin vers le maquis. Il en est pourtant le fils, amnésique certes, mais le fils quand même. Le drame n’est pas qu’il l’ignore. Le drame est qu’il refuse de le savoir. Cher officier de l’ALN, vous êtes le fils de 1962 et de 1789, de toutes les guerres des humiliés contre le maître commun ; l’enfant des Algériens morts en Kabylie et des Communards fusillés, la même année, en 1871 ; le fils d’Aziz Haddad et d’Eugène Mourot le chef des Communards qui l’a hébergé dans le XXe arrondissement. Vous êtes le descendant des Turcos, ces artilleurs algériens qui avaient déserté l’armée française pour rejoindre la population derrière les barricades. M. Ouali Aït Ahmed parle au nom de cette caste arrogante qui refuse de se savoir enfant naturel d’une générosité internationaliste et d’un peuple trahi. Il exprime, avec le naturel qui accompagne les esprits vaniteux, la méconnaissance de sa propre filiation. Il ne veut rien savoir de ce qui, dans l’histoire, chez tant de mains généreuses ont donné un corps à la liberté, la sienne et la nôtre, et qui l’ont fait marcher dans le monde jusqu’à ce qu’elle devienne notre obsession, notre indispensable oxygène, que nous respirons sans y prendre garde, jusqu’au moment où, privés de lui, nous nous sentons mourir. Et c’est alors, M. Ouali Aït-Ahmed, que vous êtes montés au maquis ! Vous deviez avoir 20 ans. Je parle d’une femme dont il allait de notre honneur qu’on en raconte au moins une fois l’histoire, une femme de l’ombre et dont personne ne dira qu’elle se mit aux commandes du PPA devenu parti orphelin après l’incarcération de sa direction en 1937,devenu parti orphelin, attaqué de toute part, forcé à une semi-clandestinité. Elle était parmi les rares à protéger cette fragile lumière de rébellion, en attendant que deux anciens responsables de l’Etoile, Abdellah Filali et Arezki Kehal, arrivent de Paris pour la relayer. Elle avait fait de la maison de la rue François-Villon le centre du parti, son nouveau siège et le lieu de rencontres des militants. Elle avait transformé cet appartement en un suprême réduit de résistance. Il sera le quartier général d’un refus obstiné. Elle avait décidé de poursuivre et d’organiser la résistance. Elle mobilisa la jeunesse de La Casbah. Elle savait qu’avec une poignée de braves, on pouvait arrêter l’élan inhumain de cette machine coloniale qui terrorisait les corps et l’esprit. Ce fut à cette période qu’elle déjoua l’affaire du Carna en 1938, l’organisation paramilitaire créée par certains responsables du PPA à l’insu de la direction et qui convint de parlementer avec l’Allemagne nazie pour en obtenir assistance. Sans Emilie, le PPA aurait été à jamais assombrie par la tache hideuse de la complicité avec Hitler. Elle veilla, seule, sur le corps d’Arezki Kehal, quand ce dernier fut réduit à la mort par les autorités coloniales… Oui c’est contre cette France coloniale et ces élites indigènes qu’Émilie Busquant s’est battue durant 30 ans afin que ne s’éteigne pas la flammèche de l’indépendance. Et ça ne fait de personne un héros ; ça ne fait de personne un traître, parce que c’est cela le mouvement national, un choc des convictions, chacun estimant juste ce qu’il avait à faire.

«L’ALN, une équipe de football ?»

C’est pour tout cela que le peuple d’Alger, qui s’est déplacé par milliers, a rendu un inoubliable dernier hommage à celle qui fut surnommée «La mère du peuple algérien», se relayant autour de sa dépouille couverte du drapeau algérien, scène qui se suffit à elle-même mais que notre ancien officier de l’ALN, dans une répugnante accusation, qualifie de scène concoctée par l’administration coloniale. M. Ouali Aït Ahmed ne craint pas, à trop se gausser d’Émilie Busquant qu’il voit comme la création des «chercheurs en circoncision de puce», à trop cracher sur un demi-siècle de résistance qui constituent la fierté historique du peuple algérien, de faire le lit d’un nihilisme dont il ferait les frais à son tour ? Ne craint-il pas le rire moqueur, demain, au pays zwawa, à propos de sa propre épopée ? «Un officier de l’ALN ? Ça existe ? Comment dites-vous ? ALN ? C’est une équipe de football » Mais ne l’accablons pas davantage. Lui qui a choisi de se priver des privilèges du combat pour chercher dans le grenier des forbans l’uniforme de la mesquinerie, l’est suffisamment comme ça ! Il ne ressemble en rien à ces résistants qu’on croise encore dans nos villes et villages, et qui ont su empêcher l’effondrement de leur espoir. Lui, n’a peut-être plus rien à raconter à ses petits-enfants ; rien d’autre que la haine de l’autre ; le reniement de sa propre mère ; le jugement au lieu d’apprentissage ; la condamnation plutôt que l’écoute. Il est monté au maquis à 20 ans pour un idéal de liberté que ses enfants de 20 ans cherchent toujours, eux qui vivent dans le désarroi, eux qui traversent la mer dans une frêle barque pour tenter de trouver cet idéal loin de ce pays qu’il a libéré ce pays dont ils demandent à en séparer la Kabylie. Qu’aura-t-il à dire à tous ces perplexités juvéniles quand, au milieu de tant d’injustices, des tréfonds de la terre trahie, il lui parviendra cette imploration aux cieux : pourquoi ta guerre, grand-père, n’a pas apporté ma délivrance ? Il faut bien se résoudre, sinon à répondre, du moins à cesser de se voiler les yeux. On ne peut plus rien contre ces nouveaux esprits qui refusent les mystifications du siècle et qui travaillent à édifier des vérités contre les fables et les fabulateurs, les prébendiers de l’histoire et les nouveaux muftis de la vérité historique. Non plus rien sauf les tuer encore et toujours ; les emprisonner ; les bâillonner. Mais on ne les dupera plus. La confiscation de l’histoire qui s’appuyait sur le mensonge, ne s’appuie désormais sur rien. Pour finir sur la révolte et sur la Kabylie, il serait important pour la mémoire d’Émilie de préciser qu’elle ne voulait pas d’une indépendance creuse. Durant 30 années, elle ne s’est battue que pour un État démocratique désigné par une Assemblée constituante élue au suffrage universel, pour une participation de la population à la décision nationale. La période la plus pénible fut celle du chantage, entre 1939 et 1945 : la collaboration ou la prison. L’administration coloniale, misant sur l’usure morale et physique de Messali qu’elle trimbalait de prison en prison, lui proposera une transaction à quatre reprises : renoncer à l’Assemblée constituante et au suffrage universel en échange de sa libération et de quelques concessions politiques aux populations musulmanes. Émilie avait systématiquement rejeté ces offres. Elle avait écrit à son ami une lettre rageuse qu’il avait lue aux militants emprisonnés à Lambèse et dans laquelle elle lui disait : «N’accepte pas de donner ta signature, le peuple algérien est avec toi et s’il le faut, je mettrais les enfants chez des amis et j’irai en Kabylie prendre le maquis !» Ce fut à cette occasion qu’un détenu s’exclama : Emilie, c’est la mère du peuple algérien ! La formule est restée. Il est resté et il restera toujours du parfum d’Emilie dans le combat des hommes de cette terre. Le sort en a voulu ainsi. Le sort, l’histoire, ou plutôt une certaine ironie de l’histoire, celle- là qui a voulu ressusciter les communards, les Turcos, les mineurs algériens, cent ans d’humiliation partagée, de rage commune, tout ce que leur couple, Émilie et Hadji, a représenté. L’islam et la Bastille. L’islam et le pain pour tous. Islam et les barricades. Personne n’y peut rien. Oui, notre parcours vers l’indépendance fut le fait des hommes et des de femmes qui ont refusé, très tôt, le déshonneur et la désertion. Ils étaient Algériens, Européens, noirs, blancs ou jaunes, chrétiens, juifs, musulmans ou sans confession. Ils ont préservé la chance fragile d’une renaissance, d’une indépendance à laquelle personne ne croyait. C’est de ça que nous vivons aujourd’hui. S’ils ne l’avaient pas préservé, comme dit l’autre, nous ne vivrions de rien.
M. B.

1) L e Soir d’Algérie du 27 août 2012
2.) Le Parti du Peuple Algérien (ou PPA) a été fondé le 11 mars 1937 par Messali Hadj en France1,2 après l’interdiction de l’Étoile nord-africaine (ENA) par le Front populaire au pouvoir à l’époque. Ce nouveau parti a maintenu la direction, les structures et les objectifs de l’ENA.
3. Le Mouvement national algérien (MNA) était une organisation politico-militaire visant à l’indépendance de l’Algérie et fondée en 1954 par le vétéran nationaliste Messali Hadj comme un rival du Front de libération nationale (FLN) durant la guerre d’indépendance algérienne.

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Posté par le Oct 21 2012. inséré dans ACT OPINIONS, ACTUALITE, ALGERIE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

38 Commentaires pour “Débat : L’officier de Barataria et le fantôme d’Emilie Busquant par Mr Mohamed Benchicou”

  1. merabi

    Trés content que la bibliothéque nationale se garnit de bons ouvrages tels celui ci ;qui réflentent le bon niveau de nos élites plurielles.Merci a la voix de sba pour les efforts déployés et notemment mr Senni .m

  2. Redaction

    Nous n’avions pas pu reproduire voire passer les deux photos évoquées par notre ami si Senni Mohamed,nous nous excusons auprés de tous.

  3. mohamed senni

    A l’attention de la Rédaction.
    La réponse de Monsieur Mohamed Benchicou n’est pas complète. Comptez-vous la publier en plusieurs parties? Si tel est le cas il faut en informer les lecteurs. Cordialement.

  4. Mémoria,

    De la problématique de la compétence objective de la « reécriture » de l’Histoire par ceux qui n’y étaient pas…et de la légitimité révolutionnaire mais subjective de ceux qui y étaient…

    Histoire comparée,recoupée,complétée,officialisée,dévoyée,sélective,occultée,endossée,accaparée,………….terrible équation à résoudre …..avec les prières de l’absence des centaines de milliers de victimes !

    • Albarracin deSBA

      Bonjour
      Je suis désolé de ne pas pouvoir glisser momon écrit dans une rubrique adéquate
      La rédaction a toute latitude pour laisser parâitre ???
      L’actualié inspire ! Merci

      Chers amis de la VSBA
      Actualité Arcelor Mital France !

      Je vous confie ce qui suit ! Vous jugerez de l’opportunité de faire paraître.
      Mon propos est une évocation qui s’adresse à mes amis Algériens, Tunisiens, Marocains, septuagénaires …et plus !
      Je suis convaincu qu’un grand nombre d’entre eux, seront sensibles à ce que l’on se souvienne qu’ils ont été aux avants postes les plus pénibles dans la construction des sites industriels actuellement sous les feux de l’actualité sous le titre -Arcelor Mital Florange !

      La France connait une psycho drame social dans le bassin sidérurgique de Moselle en Lorraine !

      L’actuel propriétaire, Mr Mital, a succédé, à la Société Sollac elle même succédant aux De Wendel…Le complexe sidérurgique s’étale dans une vallée qui abrite les villes de Hayange, Sérémange, Florange –Ebange !
      Au sortir des années 1947 48 les grands chantiers de restructuration des usines, leur modernisation, donneront à cette micro région, le nom de la vallées des Espoirs !
      Doit-on rappeler le grand nombre de jeunes et de moins jeunes de souches sociales sans grandes ressources , s’éloignèrent du bled pour se faire embaucher sur les chantiers ou les usines dans les années 1950 à 1962 ?
      Ces ouvriers vécurent une aventure de chantiers, sans précédents alors même que le conflit France -Algérie occupait le devant de la scène politique !
      Ces ouvriers vécurent des aventures de chantiers, s’abriteront avec de la chance dans des dortoirs collectifs .Connurent des journées de 12 h et plus ! Perdirent leur vie ou subirent des mutilations graves !
      Ce peuple de volontaires à l’endurance exemplaire, se comporta collectivement en Hommes dignes !
      La situation conflictuelle des antagonistes Franco Algériens et Algéro_ Algériens ne pouvaient être de nature à favoriser la sérénité ni l’insouciance et malgré tout leur raison d’être en ces lieux était de travailler et de ne pas oublier la famille demeurée au pays !
      Je suis certain que « ces anciens » suivent avec une certaine nostalgie, les évolutions du devenir de ces fameux Hauts Fourneaux situés à Hayange avec une certaine pensée solidaire de nombreux souvenirs de leur jeunesse, de leurs sacrifices mais également de leurs fiertés d’avoir vécu cette aventure des grands chantiers !
      Pour animer leurs mémoires j’évoquerai le nom des entreprises : UTE __ SGE__BOCCARD …
      Ces anciens se souviennent de cette tranche de vie !
      La toile n’est peut être pas leur tasse de thé ! J’espère que des fils ou des petits fils, en lisant ces lignes, se souviendront qui du père qui du grand père aurait vécu l’aventure mosellane des grands chantiers de Lorraine
      Qu’ils sachent qu’un PN de SBA se souvient de cette tranche de vie qu’il partagea avec eux en toute fraternité !

  5. Redaction

    Merci monsieur, on avait omis de le signaler; elle sera publiée en plusieurs parties car nous n’avons pu achever notre travail relatif a la publication totale du sujet en question,pour des raisons indépendantes de notre volonté.On fera de notre mieux pour partager ce débat avec nos lecteurs.Nos salutations fraternelles et cordiales.

  6. mohamed senni

    Messieurs de la Rédaction.
    Dans le titre, en haut de page, il faut remplacer « Mohamed Senni » par Mohamed Benchicou qui est le vrai auteur de cette très riche réponse. Amicalement et bonne fin de soirée.

  7. Dekkiche de Paris

    Le sujet est bien choisi surtout avec le cinquantenaire , avec la voix de sba il n’ya pas Monsieur ; de dilapidation de vos méritoires efforts; je le dis sans animosité car je suis connecté H 24;surtout ces mois ci.Franchement ;la VDSBA a su conquérir un lectorat local et étranger versé parfois par le mal du bled je veux dire cette nostalgie ou un tour a la tahtaha est a chaque dans le besoin; mais qui nous fait dire que nous faisons la part des choses bien élaborées.Mon bonjour a vous tous et bon DEBAT

  8. mesaferft sba

    Je pense que commenter un ouvrage sans avoir pris connaisance est un gage Je pense que les lecteurs versés dans les aspects histoire pourront bien placer des post je remercie monsieur Senni mohamed .pour cette contribution.

  9. OMAR

    les actionnaires de notre révolution sont entrain de s’ éteindre sans que notre histoire soit écrite et on continu de parler des historiens
    ALLAH YARHAM EL CHOUHADAS OUAL MOUDJAHIDDINES

  10. Mme mostefaoui SAB

    BONSOIR;juste une petite phrase pour dire que vous nous éclairez davantage en nous mettant bien a jour en matiére de nouveaux ouvrages que l’on ne consulte qu’avec du recul parfois jamais tant que les festives sans portée ont pris le pas sur la littérature ..le cas des librairies qui ont disparu au profit des muitiservices etc…est a citer merci la voix desba et monsieur senn mohamed pour cet nouveau angle de lecture.je ne pense pas a la profusion de vagues..mais a un nouveau mode de réhalitiation des acteurs dans leur vrai role historique sans quemander l’aumone les pouvoirs trop jaloux de leur strapontins A d’autres..

  11. Mme mostefaoui SAB

    La littérature est toujours le parent pauvre , vous nous combler cet énorme déficit culturel ou les librairies ont connu d’autres activités gargantuesques.Et heureusement vous nous actualisez avec cet ouvrage., ce qui me fait dire merci pour vos efforts de synthése et surtout d ‘éclairage perspicace Bravo et bonne continuation

  12. Mme mostefaouiSAB

    La littérature demeure le parent pauvre…les librairies ont changé de cap devenu sites gargantuesques bravo pour nous actualiser

  13. giselle de Marseille

    Bonsoir , je vais me procurer le livre mais le journaliste ne parle pas assez du chef de l’E.NA monsieur messali haj et pouquoi l’a t’on entérré dans la clandestinité boumediene et bouteflika sont des compagnons du principal groupe NON,? Je dis ce que je viens de lire aprés la publication de cet article.j’attends

  14. kerroucha

    c adressé a mr senni je pense moi je dis bravo parceque beaucoup craignent boutef et benchicou est l’anti dote bravo

  15. Cheniti Gh.

    Permettez-moi de vous saluer Mr Senni Mohamed et de vous rendre un hommage sincère pour vos contributions variées qui émane d’une personne généreuse et je serai très heureux si votre emploi du temps vous permettrai d’accepter mon invitation au lycée Nadjah pour vous présenter à mes élèves et collègues et ‘ concocter’ un programme de conférence avec notre ami l’écrivain El hadj Khiat Ahmed.Fraternellement!

    • mohamed senni

      Cher Monsieur Cheniti,
      Merci pour votre touchant hommage et pour le double honneur que vous me faîtes d’abord en m’invitant à intervenir dans votre établissement et qui plus est avec mon bon ami Khiat. Comme je l’ai vu aujourd’hui, nous sommes disposés à répondre à votre attente et espérons apporter quelque chose à nos enfants.

  16. nabila t sba

    L »article en ligne est d’un niveau bien élévé et il faut bien connaitre lhistoire de notre pays pour pouvoir bien débattre.monsieur benchicou ex direvteur d’un journal qui dérangeait vient de réhabilter cete dame Des voix se sont élévées ; il réagit arguments a l’oeuvre;je veux dire a l’appui de ses convictions qu’il défend bien..

  17. hadj dekar SD sba

    ils étaient Algériens? Européens,noirs blancs juifs chrétiens musulmans étaient cote a cote pour notre indépendance cei est vrai dont cette miltante non déclarée non reconnue come telle par les ingrats gouvernants merci si senni.mohamed

  18. mohamed senni

    Quelques précisions..A l’aimable attention de la VDSBA,
    َAfin qu’il n’y ait pas de compréhension et d’interprétation erronées, permettez-moi de vous informer que la réponse de Monsieur Benchicou – dont vous avez pris connaissance de la première partie – à un ancien officier de L’ALN, Monsieur Ouali AÏT-AHMED, suite à un article que ce dernier a publié dans la presse écrite après la parution de « La parfumeuse », un livre consacré en partie à l’itinéraire d’une grande dame française qui a pris fait et cause pour le pays de son mari : l’Algérie et ce à une époque où un tel double choix n’était pas évident surtout pour une femme de noble extraction. N’étant pas elle qui a fait ce que son mari fut, il me semble injuste de l’incriminer et lui faire partager les reproches que certains – à juste titre ou non – ont proférés vis-à-vis de lui. Dans son immense miséricorde, Dieu nous enseigne ceci : لاَ تَزٍِِرُ وَازٍِِرَةٌ وٍِزْرَ أٌخْرَى. سورة النجم الآية 38 (« Nul n’est responsable des erreurs d’autrui ». 53 ème Soura –En-Nedjm- Verset 38).
    Afin d’éviter de tronquer une information qui fait partie intégrante du nationalisme algérien et, comme j’ai eu à l’écrire après le titre de Monsieur Benchicou, un résumé de son livre sera proposé aux aimables lecteurs de même que la critique de Monsieur Ouali AÏT-AHMED afin que tous les éléments du puzzle soient mis à la disposition de tout un chacun qui restera libre d’étaler les conclusions que son approche lui permettra de tirer. Dans cet esprit, je m’insère donc comme tout lecteur si ce n’est avec cette modeste différence qui consiste à mettre les matériaux nécessaires à leur disposition en espérant qu’ils peuvent leur apporter quelque éclairage.
    Pourquoi ce travail ? Il est indéniable que de plus en plus nous constatons un besoin et une soif cherchant désespérément à être étanchée par la connaissance de cette période qui a précédé 1954 et surtout ce qui s’est passé pendant la glorieuse Guerre de Libération. Cette période a été longuement mise sous séquestre pour asseoir la mainmise de ceux qui se sont évertués, pour la plupart, à tirer les marrons du feu. Qu’on se rappelle que des écritures de cette histoire sont sorties de ces fameux séminaires organisés cycliquement mais, comme le dit un grand auteur libanais : « L’Histoire ne peut être écrite valablement par ceux qui en ont été les acteurs. Mais ceux-ci constituent néanmoins la source première pour ceux dont le métier consiste justement à l’écrire selon des normes incontournables.»

  19. kerroucha

    Le commentaire en ligne est trés utile Il facilite la compréhension de cet écrit sur cet ouvrage et sur les motifs ayant dicté la réaction de monsieur mohammed Benchicou.

  20. Karim10

    Bonjour, autant le dire tout de suite ; Ce n’est pas un débat sur l’Histoire. (Pas d’accord avec mon ami SENNI quand il évoque l’écriture d’histoire encore moins de réhabilitation pour une bonne raison les documents valables et inédites sont incontournables).Il s’agit plutôt d’un débat sur un roman historique. Ce n’est pas la même logique. Le texte cherche ce qui devait se passer, l’histoire cherche ce qui c’est passer vraiment ! (une vérité bien connue par des sources méthodologiquement étudiées).A mon avis il s’agit d’un débat de littérature. On peut dire aussi que c’est un essai sociologique placé dans un contexte social et Historique Mais celui-ci est plutôt valable pour les études marxistes. Il faut noter aussi que le but des romans Historiques est de déplacer le « débat » d’un terrain abstrait à celui des forces politiques, sociales et économiques, c’est-à-dire le peuple. On peut comprendre aussi que le roman ne surgit jamais ex nihilo, il est travaillé, soigné dans l’exécution et le rendu final. Ce qui explique à mon avis la réplique furieuse de Benchicou en vers son réprobateur ! Il tombe dans la facilité par une « réplique furibonde ». C’est mon avis.
    Mr SENNI dans sa proposition qualifie le débat suggérer à la rédaction de « riche réponse » .Il a tout a fait raison de le dire. Mais a priori, cette  « réponse riche » n’est pas complète et cela pose un gage (Bien dit Mr mesafert). Elle sera publiée en plusieurs parties ! ??? Ah ! Mais cela donne aussi du tracas ! N’est ce pas Mr SENNI auteur de plusieurs alertes dans ce sens ?
    I – Récapitulant .A mon avis le débat tourne sur le livre de Mr BENCHICOU « la parfumeuse » ou plutôt la « réplique » à l’encontre de la critique (l’auteur emploie la combinaison douteuse ‘Attaque frontale’ de Mr Ait Ahmed Ouali (Ancien officier ANL) il faut noter que dans cette réponse le Nom de l’officier a été mentionné neuf fois de suite mais dans le titre il y’a collation avec ANL .Délibérément ? L’auteur est-il contre cette ANL ?1- Je ne sais pas puisque la réponse n’est pas complète ! L’auteur essaye t-il de minorer son réprobateur ? (Mr SENNI qui n’est pas l’auteur mais qui a sans doute lut toute la réponse dans son intégralité, pourra répondre à cette question. Si non ! Nous attendrons. 2-Puisque cette « réponse riche » n’est pas complète.
    suite 2

  21. Karim10

    suite 2
    II- Après l’auteur, le titre. « L’officier de BARATARIA et le fantôme d’EMELIE BUSQUANT ».Remarquable ! Ce titre, résume a lui seul le fil rouge du TEXTE.(Du moins la première partie). 3-Puisque cette « réponse riche » n’est pas complète.
    Je n’arrive pas à saisir l’emploie du mot « officier » dont la coloration est peu marquée. Très évident pour le lecteur par le mot magique BARATARIA, l’auteur fait-il référence à cette ile de fiction offerte à Sancho pança dans le Donquichotte (Cervantès) ou bien au royaume républicain fictif aussi dans l’opéra comique du célèbre franc maçon Arthur Sullivan ? (J’ai vu le film).Là ce n’est pas évident puisqu’il s’agit que d’une modeste désapprobation. Mieux vaut s’arrêté là. Surtout quand il s’agit de fantôme dont la liste est longue! Cela me fait vraiment peur ! Mais je reviendrai sur cette critique, surtout sur cette question de brevet de révolution proclamé par l’auteur. J’aurai aussi souhaité lire le texte d’Ouali Ait Ahmed pour émettre des conclusions.
    J’ai l’impression que BENCHICOU n’accepte pas la critique de Ouali Ait Ahmed. Que dire alors de la critique « exogène » c’est-à-dire de l’extérieur ! Benchicou INSITE que son livre n’a pas été lut par Ouali Ait Ahmed. Et Alors ? La critique est permise même s’il s’agit du seul titre, de la maison d’édition …ou même le nombre de pages ! C’est comme même une critique. Il faut accepter. Ou alors il est question de projection psychologique. L’auteur a-t-il lui aussi peur des fantômes ?
    III – Le Roman historique est certes lui-même « conditionné » par l’histoire puisque l’histoire est son infrastructure. Mais attention. Ceci est évident à condition si l’on suppose que cette Histoire d’émilie Busquant est conçue « objectivement » ! Ce qui n’est pas le cas. Ceci est valable même dans les mémoires de son propre mari ! (Messali Hadj, Mémoires 1898-1938, Ed. ANEP, Alger, édition 2006).Selon certains historiens, le drapeau algérien aurait été confectionné par l’épouse de Messali Hadj, mais c’est une hypothèse controversée et contestée.
    Finalement, BENCHICOU,lui a écrit un roman enquête c’est-à-dire un essai partir de témoignages de sa fille Djanina et son fils Benkalfat .C’est lui-même qui le dit dans un interview à un journal Algérien. Quel âge avaient-ils quand fut enterrée leur mère le 02 Octobre 1953 ? Pour dire que l’Histoire de E.Bousquant reste à écrire avec une terrible équation à résoudre comme le dit si bien Mr Mémoria. La vérité existe, on invente que le mensonge. A suivre.

    • Mémoria,

      Bien évidemment Si Karim,la chape de plomb qui est tombée depuis le putsch de Boumèdiène sur la liberté d’expression en Algérie va faire non seulement perdre à Alger son aura de Mecque des révolutionnaires mais aussi un sauve-qui-peut des pieds rouges qui voulaient « revivre » en Algérie indépendante et internationaliste…L’élite des artistes algériens comme Zinet, Boudia et tant d’autres va s’expatrier…Les historiens aussi comme Omar Carlier,Mohamed Harbi…Ceux qui resteront seront limités à la période avant 1954…et encore.

      Il restera à la littérature de relater l’histoire par le vécu subjectif des témoignages et cette fiction qui libère toute cette inspiration et autocensure qui a aliéné tant de talents et de chercheurs.La démocratie reste aussi le seul vecteur qui puisse aider la recherche universitaire à recouper une certaine littérature événementielle très subjective qui risque de désinformer une partie du lectorat et opinion publique algérien sevrés par un déficit documentaire et référentiel…

      • Karim10

        Trois Constatations s’imposent d’abord cher Mémoria, Aidek Mabrouk,la deuxième je m’excuse ,je viens juste de lire ton « post comment ».
        Effectivement, beaucoup sont partis « ni vu ni connu ».On peut dire que c’est la troisième constatation d’impuissance qui s’impose devant nous cette fois. La constatation des dégâts ! Les dégâts du nationalisme qu’on trouve partout. Le problème vient du fait que ces faits sont révolus.
        Pour autant il semble important de noter que les historiens (de chaque époque) s’ils participent du même effort pour connaître le passé, n’en sont pas moins parfois en totale mésentente entre eux…Heureusement qu’il n’y pas qu’une seule Histoire. Oui ! L’Histoire c’est comme la Démocratie. Qui a raison ? C’est celui qui fournit beaucoup de preuves (lire voix). Et ainsi chaque génération écrit sa propre Histoire. On a donc confié la tache d’éboueur à l’Historien. Ce qui a fait dire à Napoléon 1er :« L’histoire est un mensonge que personne ne conteste ». Elle est bien malmenée cette vérité que tout ce beau monde prétend servir.
        Ainsi, L’Histoire elle-même consentira à produire une coalition, d’historiens, d’artistes d’écrivains et … d’hommes (finalement) qui essaimeront en répandant largement le mythe de la vérité qui restera toujours (constamment)à réécrire. La vérité historique est Indomptable, elle n’a pas de maître!
        Salutations Amicales Mr Mémoria.

  22. merabi

    Ousted je vois que vous ne voyulez pas entrez de pleins pieds dans le débat Que la réponse est ecourtée ou incompléte Vous avez des outils pour participer, donc pas d »échappatoire ou esquive.

  23. gamra de sidi khaled

    Nous sommes toujours en attente d’une réelle prise en charge de l »écriture de notre histoire sans faux acteurs

  24. frère

    Salam
    Selon certains historiens, le drapeau algérien avec le croissant rouge et l’étoile aurait été confectionné par l’épouse de Messali Hadj, Émilie Busquant, un 14 juillet . Une autre thèse évoque quant à elle que le drapeau algérien a été vu pour la première fois en 1933 dans le siège de l’Étoile Nord-Africaine à Paris, et que Mme Busquant n’en aurait pas été l’auteur.
    D’autres disaient que c’est le gouvernement provisoire qui eu l’idée de notre drapeau.
    Un éclairage de nos historiens SVP. Cordiales salutations

  25. frère

    C’était le gouvernement Algerien

  26. Smiley

    L’histoire nous dit-on sort du sarcophage. Que nenni!
    La manipulation se fait dans les deux sens et la chèvre de monsieur Seguin devient une sorte de louve par empilage de sources successives et contradictoires.
    Vouloir donner crédit au pouvoir médiatique revient à parler d’influence, de manipulation, de désinformation, de rumeurs et de déstabilisation.De tout temps des hommes ont cherché à prendre de l’ascendant sur d’autres, à guider leurs jugements et à peser sur leur choix.
    Certains utilisent les situations, et la veille garde incapable de se réformer intellectuellement, pense encore pouvoir utiliser l’autorité et la peur qui l’accompagne. Victimisation et flatterie demeurent les deux pôles d’une gestion de l’histoire et glissent le pied dans la porte de la manipulation.
    Benchicou a payé dans sa chair sa liberté de parole mais celle-ci chez lui,a toujours été à géométrie variable, comme lorsqu’il quêtait des faveurs de l’escroc Khalifa ou plaidait pour la suprématie kabyle en privé.
    Cela ne lui dénie pas le droit à présenter sa version et sa lecture de faits historiques et il mêne la bataille de la conquête de l’opinion publique ce qui est légitime.
    L’utilisation de la communication est une arme stratégique dans le monde et qui contrôle l’information peut influencer l’opinion à son profit.Communiquer au sens littéral c’est mettre en commun et au niveau du commun un message qui ne peut que diffuser largement et de manière hétérogène.
    L’objectif sera toujours de diminuer moralement l’adversaire quite à faire des compromis avec la vérité ou l’objectivité.
    A chacun sa vérité disait Pirandello et cette dernière s’apprécie à partir de nos représentations.L’authentification des sources,la critique méthodologique sont singulièrement absentes et l’information véhiculée ne poura aspirer au mieux, qu’au statut de rumeur.
    Il est difficile de tracer la frontière entre désinformation et gestion des rumeurs , alors l’analyse des faits devient le remède et n’oublions jamais que l’art de la duperie remonte à 2500 ans et que les Chinois ont été les premiers à donner un cadre politique à la manipulation.
    500 ans avant J.C Sun Tzu (repris par Machiavel) prônait la guerre du mensonge et définissait la duperie comme la plus efficace des armes. La tranmission des témoignages humains porte en son sein sa propre faiblesse et manque de fiabilité et l’Histoire est parsemée de mensonges héroiques.
    La torture était généralisée en Algérie par l’occupant et vendue comme efficace et pourtant aucun moudjahed ne viendra avouer qu’il aurait ‘craqué’. Le peuple a besoin de héros , même au prix du mensonge.
    En Algérie nous sommes encore à l’ère que ‘toute vérité n’est pas bonne à dire’!Je concluerai avec Nietzschze pour dire que les vérités sont des illusions dont on a oublié qu’elles le sont.

  27. Hadj Dekar SD sba

    Bonsoir je n »éprouve aucun mal ou complexe qui me fait dire TANTqu’il ya des Smiley On se délécte bien Merci abbassi d »exister pour nous lecteurs de ce ce journal.que vous enrichissez bien

  28. Benhaddou Boubakar

    salam Hadj dekar: il y’a aussi notre frere Elkatib elandaloussi qui est absent et nous prive de ses commentaires! on remercie SMILEY pour cela!

  29. Hadj Dekar SD sba

    Je m’excuse monsieur benhaddou mais je ne peux me rappeler de tous mais franchement c le bon niveau qui honore la voix desba

  30. Benhaddou Boubakar

    pas d’exuse si Dekar,je voulais seulement faire appel a nos anciens lecteurs qui nous manquent; le niveau est bon tant qu’il y’a une ambiance qui regne au sein de notre chere rubrique, souhaitons a notre cher VEZON une bonne reussite le 10 nov inchallah!

  31. Karim10

    En quoi la littérature est-elle porteuse d’un savoir historique ? Nous assistons aujourd’hui à une prolifération de genres «héros»: mémoires imaginaires! Nous sommes bien loin des romans historiques à succès planétaire qui ont marqués notre jeunesse (Ivanhoé de W.Scott (Surtout la série télé !),les trois mousquetaires de A. Dumas qui est un disciple de Scott,Léon l’Africain de Amin Maalouf,Salombo de G ;Flaubert….etc.Hassane TERRO,lui était une pièce de théâtre avant de devenir un film au grand succès parce qu’il a réussi a nous gravé ce personnage NAIF qui hésitait à aller vers la « révolution » eh ! bien c’est la révolution qui vient frapper à sa porte. L’IMAGE vrai de L’Histoire d’Algérie mais par le roman-théâtre et cinéma (LAkhdar HAMINA).
    Au lycée AZZA, c’était surtout le roman Géorgi Zaydan « ABDEL HAMID Tani » en arabe classique qui nous a été gravé par la littérature Arabe en plus des …Gérminal,Nejma ,Misérables… et autres genres.
    Ces romans étaient des genres aux frontières incertaines. Le libanais G. Zaydan à bouleversé l’Histoire de l’empire Ottoman pourtant il n’était pas Historien ! On peut malgré tout s’accorder sur les invariants du roman historique, qui n’ont guère évolué depuis l’époque où Walter Scott, le fondateur du genre qui enfiévrait les imaginations romantiques. Mais à l’heure actuelle, le cinéma certes nous gratifie de quelques succès tel : Le Dernier des MOHICANS (The Last of the Mohicans) un film US par Michael MANN (1992), d’après le roman du même nom de James FENIMORE COOPER (1789-851)qui est surtout connu pour être le plus jeune étudiant jamais entré dans l’université (à l’âge de 14 ans!). A suivre.

    • Karim10

      Mais quand verront nous en Algérie un roman Historique « vrai » ??? La ferveur commémorative du 50 anniversaires et le succès du roman historique sous toutes ses formes expriment le souci d’affirmer l’égale légitimité des mémoires. Le titre « la parfumeuse » reflète plus « la jolie parfumeuse de paris» succès du théâtre et Opéra française qu’Emilie BUSQUANT, héroïne du livre de BENCHICOU et mère de tout les Algériens selon l’auteur. Un cheval de Bataille donc pour conquérir l’opinion publique ! Oui ! C’est légitime. Mais pour être à cheval sur le bleu et le vert, il ne faudrait pas monter sur ses grands chevaux pour une affaire qui n’en vaut pas la peine. Le cheval devient ainsi un cheval à bascule.
      Le roman historique devient un « refuge » contre une réalité insupportable, Les œuvres ne concernent pas vraiment le passé, mais plutôt le présent. Les manipulateurs sont parmi nous Mr Smiley. Les hommes politiques pensent à leurs électeurs, les artistes à leur public, les sportifs à leurs sponsors et nous alors ? La langue de bois est devenue universelle. Ils sont peu à parler comme ils veulent. Les autres ! Ils sont intouchables. Le débat est fini avant d’être commencé Mr SENNI. Le XXIe siècle parait-il a bâillonné les métiers de la gueule. _______FIN______.
      Bonne fin de soirée et Aidekom Mabrouk.

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