La Voix De Sidi Bel Abbes

Débat : «La langue française, maillon faible de l’enseignement» dans le sud du pays

Illizi refait parler d’elle, cette fois ci c’est dans le domaine de l’éducation où la langue Française est signalée comme  » Maillon faible  »

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Enclavement, mauvaise qualité des infrastructures, mauvais suivi de la performance des enseignants, manque de formation continue et absence d’opportunités de carrière. Ce sont autant de problèmes qui font du Sud et de l’extrême Sud des régions où il ne plaît pas aux enseignants de se fixer et de se donner à fond dans leur noble mission de formation des futures générations.
Dans cet entretien accordé à El Watan, Youcef Bouda, ancien député et ex-cadre de la direction de l’éducation de la wilaya d’Illizi, met en exergue les principales contraintes de l’enseignement dans cette wilaya reculée de l’extrême Sud.

-Les résultats obtenus lors des examens nationaux restent en deça des attentes à Illizi.  Qu’en pensez-vous ?

En vérité, les causes sont multiples et diverses,  l’éloignement des différentes localités est l’un des obstacles majeurs qui rend les conditions d’accompagnement et d’inspection très complexes dans notre wilaya. Tamadjert, à titre d’exemple, est  distante de plus de 250 km dans une seule et même commune du chef-lieu de wilaya ! Sans parler de la commune de Bordj Omar Driss et ses localités éparses, elle-même située à 700 km au nord de la wilaya ainsi que la commune de Djanet, à 400 km au sud. Les enseignants recrutés dans ces régions reculées sont tout de suite confrontés aux  difficultés de l’exercice du métier d’enseignant dans des zones rurales sahariennes qu’ils découvrent souvent pour la première fois ; ils prennent avec eux leur ravitaillement de trois mois (jusqu’aux vacances scolaires), ils sont dans l’isolement intégral avec une absence quasi-totale d’un réseau de téléphonie fixe ou mobile, la crise d’eau potable quand le lieu d’hébergement n’est pas trop hostile et que la chaleur de la population d’accueil vient réchauffer les liens.

-Il existe donc à la fois un problème de contrôle de la qualité de l’enseignement prodigué mais aussi de prise en charge des enseignants ?

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Il faut bien comprendre que la direction de l’éducation ne peut à elle seule relever le défi d’améliorer les conditions des enseignants et de l’enseignement dans cet immense territoire. La responsabilité des collectivités locales dans la revalorisation du secteur par des mesures incitatives en faveur des enseignants est une réalité qu’il faut reconnaître et y mettre la volonté et les moyens. En parallèle, est venue la responsabilité des commissions ministérielles chargées d’évaluer les réformes éducatives qui doivent inspecter régulièrement les zones éparses et non seulement les chefs-lieux de wilaya et de daïra pour s’enquérir de près sur les problèmes de fond auxquelles sont confrontés les élèves et leurs instituteurs affectés dans ces régions enclavées : insuffisance de la qualité de l’enseignement, mauvaise qualité des infrastructures, insuffisance de moyens matériels d’inspection des zones rurales, mauvais suivi de la performance des enseignants, manque de formation continue et absence d’opportunités de carrière font que les enseignants de ces régions se sentent négligés, ce qui crée une envie de fuir et n’encourage guère les gens à travailler et à se fixer dans le Sud et l’extrême Sud.

-Quelles sont, selon vous, les causes de cette baisse très inquiétante du niveau des élèves et particulièrement en langues étrangères ?

La loi 08-04 du 23 janvier 2008 portant loi d’orientation sur l’éducation nationale, insiste sur la scolarisation obligatoire des enfants dès l’âge de 6 ans, et ce, jusqu’à 16 ans afin de concrétiser «le principe de l’égalité des chances» en matière d’enseignement, et selon les dispositions prévues par cette loi, les parents qui manquent à l’obligation de scolarisation de leurs enfants, sans justification, peuvent faire l’objet de poursuite judiciaires. Or, contrairement aux élèves des autres régions du pays, les élèves de cette wilaya ne passent pas l’épreuve de français à l’examen de fin de cycle primaire, une situation qui est devenue courante au cours des dernières années en raison du manque cruel d’encadrement dans l’enseignement de la langue de Molière. Dans ce cas précis, les parents sont en droit de demander des comptes à qui ? A mon avis, la langue française reste le maillon faible de l’enseignement dans notre région, elle pénalise à vie nos enfants. Je m’explique, la langue doit être acquise durant le cycle primaire, or nous manquons cruellement d’enseignants.

-Lors de votre mandat à l’APN vous avez demandé au ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique de l’époque, des mesures exceptionnelles en faveur des bacheliers de la wilaya d’Illizi. Quelles sont elles ?

J’ai particulièrement recommandé de donner une chance aux étudiants de la wilaya d’Illizi pour s’inscrire aux instituts, écoles supérieures et autres filières clés, avec la possibilité de doubler la 1re ou 2e année. J’ai argué que nos bacheliers avaient besoin d’un temps d’adaptation à la cadence des études de ces filières, aux langues d’enseignement et que le taux de chômage a atteint des proportions alarmantes particulièrement parmi les jeunes diplômés dans les filières généralistes des sciences humaines sans qu’une politique de recrutement de ces derniers soit mise en place, ce qui ne motive pas les élèves de poursuivre leurs études de graduation, mais malheureusement cela n’a pas marché.

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Posté par le Oct 16 2014. inséré dans ACTUALITE, CE QUE DIT LA PRESSE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

43 Commentaires pour “Débat : «La langue française, maillon faible de l’enseignement» dans le sud du pays”

  1. OUERRAD en squatteur

    Que du bla bla monsieur l ex depute , quel est votre bilan durant votre mandat a part ameliorer votre situation et celles de vos proches ,comment font les INUITS au pole nord ?

  2. HAMID

    la langue se perd même dans le nord

  3. abbés

    En 1967, le ministre de l’éducation M. Ahmed Taleb, tout en se défendant de vouloir supprimer toute influence de la langue française et en lui reconnaissant un outil scientifique et technique à l’échelle universelle, proclamait son intention d’établir des rapports nouveaux entre une langue nationale et une langue étrangère. Le français est obligatoire dans l’enseignement primaire, et à partir de la troisième année, de quinze à vingt heures par semaine, sans oublier les 150 écoles catholiques, qui à elles seules scolarisent en français quelque 43000 élèves, il sert de véhicule à l’enseignement secondaire, sauf pour l’instruction civique, l’histoire en sixième, et bien entendu l’étude de l’arabe, il en va de même dans le supérieur, sauf à la faculté des Lettres pour les étudiants qui ne savaient que l’arabe, mais toutefois sont tenus à suivre des cours de français.

    La France, en 1968 envoyait 8753 enseignants en Algérie, 2810 missions de coopération technique, et il y avait près de 16000 professeurs algériens de français ; c’est l’osmose qui n’a pas pu être réalisée au temps de l’Algérie française. Le français a pris la place d’une seconde langue nécessaire au développement du pays, et qui n’est plus nuisible au développement de l’arabe, dont la maîtrise est devenue obligatoire pour obtenir un emploi public.

    En 1980, arrive l’école fondamentale, 7% environ des enfants sont scolarisés, le français est enseigné à partir de la quatrième année comme langue instrumentale, pour une ouverture sur le monde et les besoins de la recherche scientifique. A l’université, le français est étudié dans l’institut des langues vivantes étrangères, mais il reste l’instrument essentiel pour les sciences techniques, ce qui explique que l’élite parle un français correct ou même châtié. Le français en Algérie est assez largement compris, du fait de la scolarisation, de l’immigration importante en France et de l’influence des médias, mais en général, malgré l’augmentation des effectifs scolaires, la qualité du français est en baisse, il s’agit souvent du parler français chez les couches populaires dont les langues courantes sont l’arabe algérien qui emprunte beaucoup de mots du français avec une modification phonétique, et les parlers berbères (Kabylie et Aurès). Un bilinguisme non doctrinal admis temporairement, dit-on, en attendant l’extension de l’arabisation.

  4. nory

    Bonjour J’ajouterai cela a mes connaissances sur l’usage de

  5. nory

    Du Français en Algérie.

  6. MADANI

    La langue française ? rahatt maa moualiha

  7. Imène

    Bsr tlm !
    Si le statut du Français ds notre pays est celui d’une langue étrangère..sur le terrain c’est plutôt la langue « officielle  » – je suis tentée de dire – tellement elle est répandue, maîtrisée, chez certaines classes , ou régions – même algériannisée !!
    voilà par ex. ce qu’on peut entendre ds l’Algérois :  » Rouhi el la supérette à côté, djibilna le sucre , la confiture, la farine ..ou arwahi n’prépariou hadek el gâteau ..et après n’dirou fiha un petit café Allah Allah ..yek ? allez vite , ma tebtaiche .. » et ça marche ! dans bcp , bcp de familles d’intellos dz , le français est la première langue que les parents apprennent à leurs enfants avec mami, papi, papa, pipi, bravo ..et bien sûr maman etc etc. Maintenant à l’intérieur du pays et plus au sud le français perd de sa superbe au profit de l’anglais – l’anglais a bel et bien détrôné le français au coeur de la francophonie même : c’est la langue de la high tech , du net , de l’espace , de la nanotech , mais aussi des stars ( et leurs exubérances ) de la musique ( dernières tendances ) etc..et c’est surtout ça qui attirent nos jeunes ( malheureusement ) les langues étrangères c’est une grande richesse (priorité à la langue du pays bien entendu ) n’oubliez pas ce hadith :  » celui qui apprend la langue ( des autres ) se prémunit de leurs méfaits  » trés juste ! salem !

    • OUERRAD en squatteur

      BONSOIR MA SOEUR bientot @MIROUCHE SERA DE RETOUR POUR EGAYER CE FORUM .Bravo pour ce post rapide et succint

      • Imène

        In chaAllah squatteur ! vivement son retour..
        dans mon com , j’ai écrit  » allez vite  » c’est aussi juste de dire  » haya activi  » lool …et je te dis pas quand on introduit le kabyle ..c’est hybride , c subtil , il faut être DZ , pour comprendre ! vous avez remarqué mohamed sur les chaînes tv arabes ( iqraa etc..) quand les algériens ( nnes ) passent au tel pour une fatwa ..le cheikh , l’érudit y perd son arabe ( eich ? eich ? please el control ?? ) et tout se passe bien quand c une egyptienne , ou libanaise..l pour te dire pas facile la langue DZ ! lool , salem khayi .

    • Hanifi

      Bien dit Imène,on parle du sabir en quelque sorte une langue « bâtarde » on a arabiser le français.Ex: (traversit a trigue o darbatni l’auto o daouni la sbitar) plus clair que ça tu meurt.

  8. Salah

    La langue française, du fait de son lien historique à l’Algérie, reste la langue étrangère la mieux maîtrisée. Sa capacité à véhiculer le savoir lui donne une place privilégiée dans notre société et dans notre école. On doit la considérer comme un atout, un avantage. Mais le contenu conservateur de la politique d’arabisation a fait que cette langue est restée à la marge. Vers la fin des années 1980, le ministère de l’Education nationale a mis en retraite des enseignants de la langue française les plus performants. Aujourd’hui, ce même ministère se plaint du manque d’enseignants , et de ce fait il a eu recours à des professeurs dans les différentes langues arabe, anglaise et espagnole pour dispenser les cours de français. C’est une erreur et on comprend pourquoi nos enfants ne maîtrisent plus cette langue. Ajouter à cela les attitudes idéologiques et les méthodes didactiques choisies dans l’enseignement de cette langue qui ont fait qu’elle n’a pas été respectée en tant que langue étrangère.
    Par ailleurs Il faut rappeler que c’est le gouvernement de Ghozali sous la présidence de Chadli Bendjedid qui a favorisé la mise en place de réformes sociales, culturelles et économiques dont certaines d’entre-elles viseront l’institution éducative. Plus particulièrement la réforme qui consistait à substituer la langue anglaise à la langue française dès la quatrième année du second cycle de l’école fondamentale. Sans vouloir débattre sur le véritable sens de cette énième pseudo réforme, il faut simplement remarquer que dès 1993 et dans une conjoncture politique très particulière, l’enseignement de l’anglais devient possible comme première langue étrangère au primaire, c’est un enseignement optionnel et en concurrence à la langue française. Le choix de cette première langue étrangère que doit apprendre l’enfant à l’école est confié ainsi aux parents. Inexistante dans l’environnement linguistique et culturel spécifiques au sujet parlant algérien, la langue anglaise n’en jouissait pas moins de la solide réputation toute établie et toute faite , d’ailleurs à tort .
    bonsoir

    • OUERRAD en squatteur

      Le massacre avait commence bien avant , revoir l historique de l education en ALGERIE ?L indigence du ministere de l education s est accentue avec la venue de ben buzid et le massacre continue , et la langue ARABE qu est ce que vous en penser de son apprentissage ?TOUT EST A REVOIR ,il faut un projet de societe dans tous les domaines comme si l ALGERIE vient d aquerrir son INDEPENDANCE ?

  9. Hanane

    « Celui qui ne connait pas les langues étrangères, ne connait pas sa propre langue. »
    ‘ Goethe’

    « Si vous parlez à un homme dans une langue qu’il comprend, cela va à sa tète. Si vous lui parlez dans sa langue, cela lui va droit au coeur. »
    ‘Nelson Mandela’

    • OUERRAD en squatteur

      Goethe chkoun hada ?NELSON MANDELA CHKOUN ? sont ils ALGERIENS non ils n ont donc pas la GROSSE TETE ils reflechissent pour toute l HUMANITE .

  10. Salah

    @Hanane
    La science est une lumière et l’ignorance est une honte.(proverbe arabe)
    Demandez la science même en Chine.(le prophète Mohamed slws).(hadith)

  11. Anonyme

    C’est juste pour parler de la langue avec de la LANGUE. Quand à Goethe et Mandela, je les ai rencontrés dans d’autres langues.

  12. hanane

    C’est juste pour parler de la langue avec de la LANGUE. Quand à Goethe et Mandela, je les ai rencontrés dans une autre langue.

  13. ALGERIEN

    On vit dans un pays (méditeraneen) qu’on peut dire frontalier avec la FRANCE,tout algerien a un membre de sa famille instalé en france (cousins,fils,fille,oncle etc…) sans parler de ceux qui ont la nationalité française alors à quoi bon de ne pas faire apprendre à nos enfants cette langue et d’autres langues en plus ,méme le prophéte MOHAMED ( ALLAYHI ESSALATE OUA ESSALEM ) lui méme a demandé auX souhabats ( RADIA ALLAHOU 3ANHOUM) d’apprendre les langues étrangéres (MANE TA3ALAMA LOURATA KAOUMINE TA3ALAMA CHARAHOUM)

  14. Salah

    Algerien
    Il faut aussi ajouter que le français est parfois la langue maternelle d’enfants dont les parents ont décidé de les éduquer en français, que beaucoup d’algériens suivent entre autre sur leur télé des émissions françaises grâce à la parabole et que ce serait l’une des raisons du retour de cette langue. De plus, le français est toujours vu comme un instrument d’ouverture sur le monde , et un outil de réussite professionnelle. Sans compter qu’une grande communauté algérienne vit en France et est en contact avec l’Algérie.
    bonsoir

  15. BADISSI

    est la langue du SAINT CORAN ??

  16. Salah

    Mr Badissi
    Le CORAN regroupe les paroles d’Allah  » la révélation » faite au prophète Mohammed (slws) est au dessus de tout, vous ne devez même pas posé cette question.

  17. BADISSI

    @Salah
    Mr salah vous juger trop vite , si on s inquiète pour une langue étrangère , on devrait aussi s inquiéter pour notre langue officielle , qui est aussi massacrées même dans le journal télévisé et par certains responsables , essayer de donner des avis en respectant les avis des autres , par des réactions pareilles on s abstient souvent de commenter

  18. ourrad n

    on doit ameliorer avant tout notre propre langue :l’arabe ensuite les langues etrangeres comme font les autres pays
    le prophète alayhi salète wa salam a dit ; j’aime la langue pour trois raisons:
    1parceque c’est ma langue
    2 c’est la langue du coran
    3c’est la la langue de ahle el janna(les gens du paradis)

  19. chaibdraa tani djamel

    Incroyable mais vrai dans notre pays nos enfants lycéens surtout dans la branche scientifique en arabe aprés 3 ans d’études jusqu’au bac. Aprés la réussite du bac scientifique ,parmis jeunes lauréats il y a qui choississent la branche médecine ,mais la grande bavure à la fac medecine, c’est que les études de médecine sont en français alors que nos bacheliers ont étudié pendant 3 ans des la premiére année secondaire à la classe de términale en arabe .Pourquoi ne les laissent on pas étudier pendant ces 3 années en français .

  20. 22

    @OURRAD n pourquoi tu n’écris pas tes commentaires en arabe comme l’a dit le prophéte

  21. BADISSI

    Anonyme et hanane le même commentaire a 3 minutes d intervalle ah le caméléon du site arrêtez on vous connait si non ……………

  22. ourrad n

    les commentaires sont en français je ne fais que répondre de la mème façon
    pour me faire comprendre
    je serais heureuse de répondre en arabe si vous commentez en arabe

  23. Djillali . centre ville .

    Mes frères , chacun a sa façon de voir les choses , pour se faire respecter , il faut respecter les avis des autres . Dans la vie , il faut toujours positiver comme l’a bien dit un intervenant . Merci , à tous mes frères lecteurs de notre chère la VDSBA .

  24. chaibdraa tani djamel

    Il ne faut pas se disputer dans la VOIX DE SIDI BEL ABBES (VSBA) on est une seule famille

  25. Hanifi

    Qu’est-ce qu’ils y a de licite actuellement en Algérie? c’est un pays »musulman » nous prions, tout le monde va à la Mosquée et tout le monde Ah!! la médisance quand tu nous tiens c’est incroyable ce qu’on peut êtres de mauvaise foi et ça dans les quatre points cardinaux du Pays.Personnellement je ne condamne pas ce qui boit à chacun son trou mais ce qui le vende (l’alcool) et n’en parlons pas de ce qui le boivent chez eux à table donc chacun doit méditer à sa manière quand au reste n’est que du Bla-bla-bla.

  26. Mme CH

    La langue maternelle est le ciment de la nation, ensuite viennent les autres langues étrangères….selon les besoins…!!!!!

    Mais, apparemment la langue française est devenue le maillon faible dans son propre pays…!!!!

    Quelqu’un a dit: « Par son mode de vie, par ses moeurs, par le rayonnement infernal de sa puissance et de sa richesse, l’Amérique du Nord pourrit tout ce qu’elle touche. Elle s’impose comme modèle à l’univers. Ses plus déterminés ennemis n’échappent pas à son influence, et, pour s’en tenir à la langue, il est instructif de considérer que chez nous, c’est la presse d’extrême gauche que les néologismes d’origine anglo-saxonne, en particulier le vocabulaire propre au monde de la musique (Rock et Rap) et à celui de la drogue, se rencontrent le plus fréquemment, comme si l’on pouvait prétendre lutter contre l’impérialisme américain et dans le même temps s’assujettir à ses plus médiocres manifestations.
    La dégradation de la langue, le débraillé de la tenue, l’avachissement du maintien, la goujaterie du comportement sont les visages divers d’un même mal. Il y a eu le paganisme, puis le christianisme, nous voici désormais dans l’ère du muflisme. Civilisation de la mesquinerie et de la laideur, notre société est plus que jamais livrée aux boutiquiers poltrons et féroces, aux goujats triomphants. Le mufle est là parmi nous, au dessus de nous, et il nous souffle au visage son haleine fétide….. »

    Adopté en première lecture à l’Assemblée nationale, le projet de loi sur l’enseignement supérieur facilite l’emploi de l’anglais à l’université. La polémique qu’il suscite relève-t-elle d’un folklore français ? (Le Monde.fr 03.06.2013)

    Jean-Marie Rouart : La France est un pays d’idées. Et les idées ont toujours été explosives. Quant à la langue française, elle est dans une situation effroyable. D’autant plus effroyable que les gouvernants et les Français ne s’en rendent pas compte.

    Cette loi touche à l’être même du pays : la France est une idée. Et cette idée sans mots, eh bien, elle n’est plus rien ! Faut-il rappeler qu’il y a cinquante ans Emile Cioran, un Roumain, a lancé cet appel désespéré : « Aujourd’hui que cette langue est en plein déclin, ce qui m’attriste le plus, c’est de constater que les Français n’ont pas l’air d’en souffrir. Et c’est moi, rebut des Balkans, qui me désole de la voir sombrer. Eh bien, je coulerai inconsolable avec elle ! »

    Je ne suis pas contre l’anglais ! Je suis pour son apprentissage. Cependant, l’anglais dégrade le français. Et cela ne nous choque même plus. C’est lamentable. Les formes passives, empruntées à l’anglais, se multiplient. Exemple : « Vous êtes demandé au téléphone », au lieu de « On vous demande au téléphone ». La langue française ne sera bientôt plus une langue authentique, mais une sorte de pidgin.

    Là est le plus grave. Le problème n’est pas celui des anglicismes, c’est-à-dire du vocabulaire. Nous utilisons beaucoup de mots anglais, et cela peut être acceptable. Même si un snobisme fait rage, celui de créer des mots pseudo-anglais qui, dans cette langue, ne veulent rien dire.

    Luc Ferry : Il y a une passion pour la langue française, et je la partage. Les fautes sont de plus en plus fréquentes. Nos hommes politiques les plus éminents n’y échappent pas : « Nous avons convenu… », « Vous vous en rappelez… », « La décision que j’ai pris », etc. Ce déclin m’est extraordinairement pénible. La langue, c’est un patrimoine et un espace de pensée communs. Mais ce phénomène n’a aucun rapport avec l’enseignement en anglais. Parler mal l’anglais n’est pas un gage de parfaite maîtrise du français. Le triste état de notre langue s’explique par deux grandes causes : derrière la prédominance de l’anglo-américain, il y a le fait que la culture contemporaine est devenue, pour l’essentiel, et pour son malheur, une culture scientifique et commerciale. Or, dans ce domaine, l’anglo-américain est dominant.

    Deuxième cause, le français est mal parlé, parce qu’il est mal appris. L’impérialisme de l’anglais n’y est pour rien. Près de 35 % des enfants qui entrent en 6e rencontrent de grandes difficultés en lecture et en écriture. Ils ne liront jamais un livre en entier. C’est l’urgence absolue.

    Par ailleurs, ni vous ni moi n’avons inventé le français. Tout comme la civilité (ou la politesse), il constitue un patrimoine héréditaire. Hélas, ils sont tous les deux en perdition sous les effets de l’immense mouvement de déconstruction des traditions et des patrimoines qui a caractérisé le XXe siècle……..!!!

    Alors dites-moi si les Français sont en colère (et je les comprends) contre cette loi, je ne vois pas pourquoi nous ne devons pas l’être aussi pour préserver notre langue….notre ciment….!!!

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