La Voix De Sidi Bel Abbes

De l’UNJA à facebook : Les jeunes et la politique

 

Quand Ahmed Ben Bella formait son gouvernement à l’issue du terrible été 1962, il prit dans ses bagages un jeune de 25 ans à qui il confia le portefeuille de la Jeunesse, des Sports et du Tourisme. Il s’agit bien sûr de Abdelaziz Bouteflika.

Cinquante ans plus tard, Bouteflika est toujours là, promu, entre temps, à la plus haute fonction de l’Etat et offrant un visage qui tranche radicalement avec la bouille carnassière de jeune loup de la politique qu’il était. Un visage peu glorieux de la (jeune) RADP, en somme, et qui nous vaut les pires sarcasmes. L’image du Président cloué sur une chaise roulante et se cramponnant de toutes ses forces vacillantes au «koursi» est on ne peut plus emblématique de la gérontocratie au pouvoir. On l’aura compris, il y a urgence. Et, plutôt que d’une évacuation au Val-de-Grâce, le régime a besoin d’une sacrée cure de jouvence.

Génération «tab j’nanou»

Bouteflika lui-même l’avouait dans une de ses sorties publiques quand il martelait depuis Sétif, en mai 2012 : «Djili tab j’nanou !» (ma génération est cuite). Depuis, une formule a fait florès : «Génération Tab j’nanou». Les Algériens ne se font évidemment aucune illusion quant aux dispositions du régime à s’autoréformer et du trio Bouteflika-Saïd-Toufik à se retirer de son plein gré pour laisser la place à la «nouvelle génération». Disons-le tout de go : la variable «jeunesse» n’agit que très faiblement sur la structure du pouvoir. Au demeurant, comme le souligne Abdou Bendjoudi, membre fondateur du Mouvement de la jeunesse indépendante pour le changement, «le pouvoir a formé sa propre jeunesse». «Il peut nous mettre de nouvelles figures politiques, plutôt jeunes et dynamiques, mais qui partagent la même ligne depuis 50 ans, qui est le changement dans la continuité du régime, contrairement à ce que nous voulons, c’est-à-dire le changement par la rupture avec le régime, mais dans la pérennité de l’Etat.»

Du temps du parti unique, une organisation de masse était chargée spécialement de l’encadrement des jeunes : l’UNJA. Créée en 1975 sous Boumediène, son congrès constitutif n’aura lieu que le 6 janvier 1979. L’UNJA regroupait alors tout le spectre des «forces vives» de la nation : étudiants, lycéens, chômeurs et certaines catégories féminines. Dans une rhétorique très «années 1970», l’UNJA est chargée, comme l’indiquent ses statuts, de «trouver des solutions aux problèmes des jeunes et (…) de participer au développement d’activités de masse qui permettent aux jeunes des différentes catégories sociales de se mobiliser autour des missions nationales». A l’heure du pluralisme de façade, le régime veut des clones de l’UNJA, tout comme il a réussi à cloner le FLN, l’enjeu étant le renouvellement biologique du système et non la modernisation du mode de gouvernance.

L’électorat «jeune» toujours sceptique

S’il est admis que le rajeunissement des élites dirigeantes ou occupant des positions de pouvoir n’agit nullement sur la haute sphère décisionnelle, qu’en est-il de la base ? Quel est le niveau de participation des jeunes dans les joutes électorales ? Quel est leur niveau d’implication dans les organisations politiques, associatives et syndicales ? Et quelles sont les nouvelles pratiques militantes, si tant est qu’elles existent ?

D’abord, quelques chiffres qui permettent de donner une indication sur les tendances en cours. Pour peu que l’on convienne que le moment électoral est un baromètre significatif de la vie politique, il n’est pas anodin de jauger la participation des jeunes dans la vie publique à l’aune des résultats des derniers scrutins. Si l’on se réfère aux législatives du 10 mai 2012, ils étaient 24 916 à se présenter à ces élections. 15,29% d’entre eux avaient moins de 30 ans et 34,98% avaient entre 31 et 40 ans. Ainsi, au total, 50,27% des candidats en lice avaient moins de 40 ans. La même tendance est confirmée aux élections communales du 29 novembre 2012 où l’on pouvait constater, de visu, le nombre significatif de jeunes candidats sur les listes électorales. Un mot maintenant sur la participation des jeunes comme électeurs. Un sondage de l’association RAJ sur la participation des jeunes dans la vie politique fournit de précieux éléments à ce sujet. Réalisé peu après les législatives du 10 mai 2010 avec le concours d’Ecotechnics, ce sondage a touché un échantillon de 1219 jeunes ayant entre 18 et 35 ans répartis sur 30 wilayas. 38,9% des personnes sondées ont déclaré avoir voté lors de ce scrutin. Il se révèle ainsi que le «parti de l’abstention» (plus de 60% en l’espèce) est celui qui rafle le plus de suffrages auprès de l’électorat «jeunes».

Autres résultats édifiants : seulement 16,1% des jeunes interrogés ont déclaré avoir participé à une activité politique ou associative durant l’année du scrutin, 4,7% uniquement ont adhéré à une association, 1,7% à un parti politique et à peine 1,5% ont milité dans un syndicat. Et RAJ d’en déduire : «50 ans après l’indépendance, la jeunesse algérienne croit peu à la politique et aux institutions de l’Etat. Un climat de non-confiance s’est installé entre le gouverné et le gouvernant.» L’association dirigée par Abdelouahab Fersaoui estime que «cette population juvénile, démographiquement majoritaire, vit dans l’impasse. Elle se cherche, elle est livrée à elle-même, sans avenir clair, sans perspectives et sans repères. Les jeunes sont présents dans les discours officiels et dans les différents programmes, mais ils sont absents, voire même exclus de la sphère de prise de décision. Les problèmes de chômage, de logement, l’injustice sociale et l’absence de libertés poussent, malheureusement, les jeunes à se suicider, à s’immoler, à fuir leur propre pays (…) à la recherche d’un avenir meilleur».

«Militantisme 2.0»

Si la politique politicienne ne passionne pas les jeunes, on aurait tort de conclure à une indifférence totale de notre «chabiba» à l’égard de la chose politique. Il est vrai que l’effilochement des grands récits et des grandes idéologies, notamment de gauche, a asséché les viviers de la militance. Mais d’autres formes d’engagement citoyen apparaissent ça et là, le plus souvent sans socle idéologique, notamment dans l’associatif et les réseaux caritatifs. L’engagement citoyen prend de plus en plus la forme d’actions ponctuelles pour soutenir une cause ou dénoncer une injustice. Cela passe aussi par des formes légères et décalées comme cette initiative destinée à rétablir l’amour dans la cité, baptisée «les cadenas d’amour», organisée l’été dernier sur le pont du Télemly. Sans compter les émeutes qui éclatent un peu partout et autres manifs aussi fulgurantes qu’éphémères.

Il convient également de relever toutes ces enseignes portant l’étiquette «jeunes» qui foisonnent sur facebook : Club des jeunes cadres algériens, Association de jeunes vers une citoyenneté active (Jeunesse plus), Jeunesse Tébessa, association Agir pour le développement et l’épanouissement de la jeunesse, Parti des jeunes Algériens pour le développement, SOS-Mouvement des jeunes nationalistes algériens, Algérie-Révolution, Révolution des jeunes Algériens, Harakat Echabab El-Djazaïri, etc. Pour actifs qu’ils soient sur la Toile, il faut dire que la grande majorité de ces sigles s’apparentent beaucoup plus à des forums de discussion et de partage. Très peu convertissent les centaines ou les milliers d’adhérents virtuels dont ils se targuent en militants actifs sur le terrain. Il y a aussi un travail de capitalisation de toutes ces expériences qui reste à faire de manière à opérer un saut qualitatif et passer à d’autres formes d’organisation ayant une incidence sur le réel. Ces «militants du clavier» peinent, en effet, à mutualiser leurs énergies et à faire front autour de causes communes.

Les députés n’aiment pas facebook

Ces pages, par la facilité même de leur création, offrent l’avantage de faire l’économie d’une bureaucratie liberticide qui se met en branle pour la moindre réunion publique. Il faut dire que le verrouillage du champ politique et associatif, qu’illustre parfaitement la dernière loi sur les associations, a de quoi décourager les plus pugnaces. Mais le web-activisme a vite montré ses limites. Finalement, ces collectifs ont les défauts de leurs qualités : facebook leur permet, effectivement, une grande liberté d’expression à peu de frais. Pas de local à louer ni de problème de logistique et de trésorerie à gérer. Mais beaucoup d’entre eux ont fini par payer leur fragilité organique et disparaître dans le bazar du web. Autre fait à noter en parlant du Net : les élus sont de piètres utilisateurs des nouvelles technologies.

Nous en avons fait le test. Nous avons tenté d’entrer en contact avec une dizaine de jeunes députés via leur page facebook. En vain. Aucune activité ou «réactivité» sur les réseaux sociaux, alors qu’ils auraient même pu profiter de ce nouveau médium pour accroître leur visibilité et développer leur communication. Aucun député n’a songé, par exemple, à installer une sorte de «permanence virtuelle» sur FB ou Twitter. Encore une preuve, si besoin est, que la jeunesse n’est pas forcément annonciatrice de ces «matins triomphants» magnifiés par Hugo. En attendant, «Alger égrène ses jeunes en chapelet le long des murs…»  (Samir Toumi : Alger, le Cri. Barzakh 2013)

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=37162

Posté par le Fév 3 2014. inséré dans ACTUALITE, CE QUE DIT LA PRESSE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

10 Commentaires pour “De l’UNJA à facebook : Les jeunes et la politique”

  1. gherbi sba

    la vérité crue

  2. OUERRAD

    tout n est pas clair une classe politique qui se respecte doit dire la verite a son peuple avez vus fait le bilan des ex presidents ex gouvernements ou est SANDOU TADHAMOUN u snt les trois revolutions de BOUMEDIENE ou est son arabisation u sont les hommes qu il faut a la place qu il faut ou est le million de logements ou sont les enquetes sur KHEMISTI BOUDIAF KRIM et les autres des annees sont passees ET VOUS VOULEZ QUE LES JEUNES S INTERESSENT A LA POLITIQUE BASTA VOUS NOUS AVEZ DUPES LAISSEZ NOS ENFANTS A LEURS CLAVIERS

    • Hakem Abderrahmane

      Vous avez raison Mr Ourrad quand vous dites qu’il faut laisser nos enfants à leurs claviers car ceux ci vont leur permettre de découvrir que feu Houari Boumédiène n’a laissé après sa mort ni compte en banque plein ni château ni villa ni ferme ni même un logement .On peut être contre ou pour ses idées et ce qu’il a fait mais on ne peut que dire qu’il était honnête!L’honnêteté reste une denrée rare de nos jours!

  3. OUERRAD

    HAKEM tout ceci n est que mensonges as tu vu son compte en banque ses biens au nom des siens je ne crois plus aux bobards ils nous ont assez trompe meme le soit disant quatrieme pouvoir est complice il parle comme la rue aucun professionnalisme

  4. Hamid OURRAD

    Cinquante ans après Bouteflika est toujours la’……….
    Souvenez vous de Laila Aslaoui qui a déclaré à l’aube du deuxième mandat »Partez Mr le président « ,souvenez vous de de Djamila Bouhired dernièrement qui a déclarée « Partez Mr le président »si vous êtes candidat,je sortirai dans la rue pour pour manifester.,elles ne sont plus la’,lui est toujours la’.
    Oui je suis toujours la!!!mais où vais-je donc partir?deja que je me déplace à peine,ou voulais vous que j’aille?lors de mon AVC ce n’était pas moi qui m’était déplace ,c’est tout un système ,une filière,un réseau qui m’a fait parvenir au val de grâce,puis aux invalides.Beaucoup me pensait fini,mais voilà je suis la’,je ne peux pas refuser tant de supplications de mon peuple et de mes partis,et ils sont nombreux….il y a ma belle Hanoun,mon beau GHOUL ,mon charmant Drabki,mon compatriote marocain Bensalah,mon ami de toujours l’opportuniste chef des fainéants Sidi said

  5. Hamid OURRAD

    Suite du commentaire……
    sans omettre de citer mes chanes de télévisions et les pseudo privés qui à l’occasion je l’ai remercie énormément car ils critiquent tous le monde sauf moi!!
    Un quatrième mandat!ce n’ai pas de ma faute !je suis un être humain parti !j’ai des défaut et peu être quelques vertus cela ne dépend pas de moi,si l’heure du chan.gement arrive ni vous ni moi ne pourront entraver le cours de l’histoire,c’est le destin qui comme un parchemin se déroule lentement,c’est comme un film d’horreur qui est projeté ,on est entraîne dans des suspens avec des émotions qui ne devraient pas être ressentis et pourtant on vit le film sans pouvoir provoquer le changement.
    Et puis ça ne sert à rien de s’adresser à un Rfien

  6. Hamid OURRAD

    Lire je suis un être humain pardi. !

  7. Mémoria

    .Pertinente analyse de Samir Toumi sur l’impact de FaceBook et/ou autres réseaux sociaux sur la société de masse alphabétisée en Algérie! C’est vrai que la problématique est complexe et demande un traitement pluri-disciplinaire et comme le suppose de façon implicite notre ami A.A. dans la rubrique »Les média classiques et les réseaux sociaux »…,l’information sur la Toile provient d’amateurs…mais suppose un raffinage des spécialistes du renseignement qui n’est pas seulement l’apanage des militaires qui sont aveugles sans l »intervention des spécialistes en communication,linguistique,histoire et autres sciences humaines…Le hic dans toute cette trame du processus de démocratisation de la presse en Algérie est que l’objectif principal de la presse multimédias dans notre pays reste étroitement lié aux intérêts d’une clientèle du pouvoir de l’heure…comme dans tous les pays d’ailleurs !!! Même la presse électronique n’y échappe pas et une certaine récupération révisionniste frise parfois le burlesque en voulant inverser l’échelle des valeurs et « amnistier » les faux dévots….
    Je qualifiais notre société de masse…alphabétisée dans le sens où l’analyse de Mr Samir Toumi(« Le Cri »-Barzakh éditions-2013) se limitait à l’échantillon structurel de l’Etat Algérien de l’époque,l’UNJA,et qui n’était pas exhaustif de la jeunesse algérienne des années FAJ puis des années 7O…La majorité silencieuse a vécu hors de ces organisations de masse que le pouvoir de l’époque a exploité bon gré mal gré.Et si l’UNJA eût en son sein des éléments intègres et engagés que nous avons connus,certains d’entre eux perdureront et se perdront ….des masses ;d’autres se retireront déçus devant l’opportunisme arriviste de ceux qui seront les premiers à signer avec les scouts de France…alors que feu Mohamed Bouras fondateur des SMA fût fusillé le 27 mai 1941 avec Mohamed Bouchrait quelques heures après sur le terrain militaire de Hussein Dey par…les Vichystes d’Alger…pour collaboration avec l’Allemagne !!!
    Mais j’ajouterais que la presse électronique à l’instar de la VDSBA a le mérite de regrouper bien plus de compétences et de spécialités(Entre les trois rives…) que certains quotidiens sponsorisés qui meublent les kiosques et payent à la pige hebdomadaire des références appartenant à la Nomenklatura en mal de mue démocratique et que le lectorat boude pour leur opportunisme et un élitisme arriviste …
    Cela ne doit en aucun nous faire…faire oublier aux lecteurs que FaceBook et Internet sont des récepteurs de renseignements et informations de masse et qui sont récupérés,stockés puis exploités par leurs bases technologiques et logistiques qui se trouvent aux USA…à ce jour !
    L’Algérie a bizarrement cette chance d’avoir eu une école sinistrée peu prédisposée à intégrer les réseaux sociaux et à y domicilier et pérenniser une mouvance associative chassée par le verrouillage de la nouvelle Loi de 2012 !
    Cette chance aussi de n’être pas tombée à l’égyptienne et à la tunisienne dans la manipulation structurée et organisée par les spécialistes de la Toile appartenant à la NSA et sous traitant une clientèle friande d’un printemps Algérien ….!
    Il n’est jamais trop tard pour tirer les enseignements d’un ratage de gouvernance !!!

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