La Voix De Sidi Bel Abbes

« De l’underground tlemcenien… au Printemps de Bourges

Le chanteur et musicien algérien, Mohamed Lamouri, sur la scène du théatre Jacques Cœur. Photo prise le 20 avril 2019, à la 43e édition du Printemps de Bourges. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)franceinfo avec AFP France Télévisions
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Raï : Mohamed Lamouri, du métro parisien au Printemps de Bourges

        Après avoir chanté des années dans le métro parisien avec son synthétiseur sur l’épaule, l’Algérien Mohamed Lamouri passe enfin des sous-sols à la lumière. Sa voix poignante, d’où sort un raï romantique, était présente le 20 avril 2019 sur la scène du Printemps de Bourges.

       Les usagers de la ligne 2 du métro parisien connaissent bien son visage, marqué par une cécité quasi totale, et surtout sa voix déchirante au vibrato éraillé. Plus d’un passager a été hypnotisé par ses mélodies mélancoliques et ses compositions aux confluents du raï, du reggae et de la pop.

Parmi eux, Benjamin Caschera, cofondateur en 2013 du collectif La Souterraine, qui a réussi là où d’autres acteurs de l’industrie musicale se sont cassé les dents: attirer Mohamed Lamouri dans son écurie.

« Plein de gens m’ont abordé, des producteurs m’ont fait des propositions. Mais je n’avais jamais donné suite, question de confiance« , raconte l’artiste algérien de 36 ans, qui a donc chanté le 20 avril à Bourges.

Un petit saut dans l’inconnu somme toute incomparable avec celui qu’il fit en 2003 à 21 ans, en décidant de ne pas rentrer au pays après un court séjour en France où il accompagnait à la darbouka (percussion à main) une chorale arabo-andalouse en tournée. 

 

J’aurais dû finir mes études là-bas. Mais j’ai décidé de rester ici. Mon oncle et ma tante, qui vivent à Pavillon-sous-Bois, m’ont accueilli Mohamed Lamouri  AFP

               Jusqu’alors, Mohamed Lamouri vivait dans sa région natale de Tlemcen, près de la frontière marocaine. La musique, il tombe dedans en regardant la populaire émission Bled Music dont il reprend ensuite les tubes a capella, quand il n’accompagne pas des musiciens qui jouent du oud dans la rue.

Autodidacte, il apprend à jouer de la darbouka à cinq ans et du synthétiseur à onze. Avant de parfaire son apprentissage grâce à un professeur de luth de son école pour non-voyants.

« Mais à cette époque-là en Algérie, c’était difficile de faire de la musique », dit celui qui reste marqué par l’assassinat en 1994 de son idole Cheb Hasni, star du « raï love » dont il reprend des chansons.

Il y a eu aussi les assassinats du producteur Rachid Baba Ahmed en 1995 et du chanteur Lounes Matoub en 1998. C’étaient des années noires. Aller dans un studio d’enregistrement, c’était vraiment risqué. J’étais un ado et j’avais la sensation d’être en danger juste parce que j’aimais la musique Mohamed Lamouri  AFP

          Ses premières années parisiennes sont rudes. Mohamed ne connaît personne, il abandonne même la musique pendant trois ans. « Mais à force de voir ces musiciens du métro, qui vendaient parfois leurs disques, j’ai fini par rebrancher la prise… », raconte-t-il.

Armé de son clavier Casio SA75, plus large que le modèle au-dessus dont il a fait l’acquisition en 2018, Mohamed connaît des débuts compliqués, « notamment avec la RATP ».

« Le chanteur de Paris », un premier 45 tours avec le Groupe Mostla

Il se distingue pourtant avec son adaptation de Hotel California des Eagles, dans laquelle il raconte son histoire, ses « yeux qui pleurent », sans que l’auditoire non arabophone n’en saisisse le sens.

« J’ai aussi souvent repris Billie Jean de Michael Jackson. (Cette chanson) marchait bien. Sauf une fois, je ne comprenais pas, les gens étaient tristes. En fait, il venait de mourir… Du coup, je l’ai jouée toute la journée », rit celui qui avoue un faible pour le reggae de Bob Marley et aime la variété française, Jean-Jacques Goldman en tête.

S’il continue régulièrement de faire du métro son théâtre musical, autant par passion que par nécessité –« même si financièrement ça va un peu mieux« , Mohamed Lamouri s’apprête à sortir le 26 avril, jour de ses 37 ans, son premier album, intitulé Underground Raï Love, enregistré avec le groupe Mostla.

Un disque qu’il aimerait bien pouvoir jouer chez lui un jour en Algérie. « Ma mère et mes soeurs vivent là-bas. J’aimerais les revoir et m’y produire, mais ça dépend de beaucoup de choses. Des choses importantes qui se jouent actuellement. J’espère que ça va amener à de gros changements. Le peuple en a vraiment besoin », soupire-t-il. Y croit-il? « Depuis toujours, ce que je me dis au fond de moi, c’est: le jour viendra ».

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La VDSBA vous propose d’écouter ce Cheb du terroir :

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Posté par le Avr 22 2019. inséré dans ACTUALITE, CE QUE DIT LA PRESSE, CULTURE, EMIGRATION, ORANIE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

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