La Voix De Sidi Bel Abbes

C’est l’hiver : Rien ne vaut un grand Hammam skhoune ! Par notre ami Dr Douar.

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 C’est l’hiver : Rien ne vaut un grand Hammam skhoune ! Sommes nous tentés de le proposer à nos amis lecteurs d’ici et d’ailleurs. Revenons a ce que dit notre ami le Dr Douar:  Malgré cette modernité qui nous impose à équiper nos habitations de baignoires à l’instar de toutes les autres commodités domestiques ,une virée au hammam demeure pour la majorité des Algériens un moment privilégié de détente et de relaxation pendant les journées froides, notamment le jeudi soir où cette virée incontournable est devenu un rituel pour la plus part d’entre nous qui voulant faire l’ablution méticuleuse pour la prière du vendredi.A l’instar des épiceries, de la boulangerie, de l’officine, du coiffeur, le hammam est une partie intégrante de nos différents quartiers, du chic au populaire, à Sidi Bel Abbés-ville on compte un nombre très important, peut être c’est la ville la plus dotée de hammam, chaque cité en a son propre d’où sa clientèle inchangée reste fidèle Les hammams de Graba sont les plus vieux, leur construction remontait à l’époque coloniale, l’architecture, les portes, les fenêtres témoignent leur ancienneté, strictement réservés aux hommes qui autrefois les utilisaient aussi comme auberge, quand un passager inconnu voulait passer la nuit à Sidi Bel Abbés, il n’avait qu’un seul lieu, un hammam au Graba, où il trouvait toute la literie nécessaire pour dormir.Les riverains de l’époque révolue se rendaient assez souvent à cet établissement pour s’adonner à un moment de relaxation, leur servait aussi de lieu de rencontres et de retrouvailles comme exactement au souk hebdomadaire où on pouvait faire véhiculer facilement les nouvelles de toute la région.Maintenant ,plonges-toi un moment dans le passé en imaginant que tu coudoies ton grand-père dans une virée au hammam. Imaginons ensemble: A l’entrée de cet établissement,

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la première personne qui se présente à la vue est un homme assis derrière une sorte de bureau, c’est le patron ou Maalam. C’est lui qui encaisse le droit du hammam et qui garde en dépôts tout les objets précieux des clients (portes monnaie, montres…) car les vols ne sont pas rares.-Tenez voila ma Zaaboula (porte-monnaie) elle contient trois Doros et cinq francs en monnaie dit grand-père en s’adressant au Maalam,et voila aussi ma montre,une montre de poche.EL Maalam pose la Zaaboula dans le tiroir du bureau et accroche la montre par sa chaine à un clou derrière lui à coté d’une grande horloge dont son balancier berce émettant un éternel tic-tac Dans la grande salle (Beyt erraha ) on voit des matelas rangés tout au long des murs servant de lits de repos ,là ,grand-père choisit une place et en quelques minutes il hôte ses vêtements ,les met sur l’étagère,et machinalement ,le Moutchou (petit garçon de bain) lui présente une Fota,qui sert de pagne lui couvrant le corps de la taille aux genoux et une paire de Kabkab qui est une sorte de semelles en bois retenues aux pieds par une bande de cuir.

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-Eh ! conduit-moi jusqu’au Beyt eskhoun (l’étuve) je ne sait pas marcher sur ce bois !en appelant le Kiass .Le Kiass (Le masseur) lui accompagne pour assurer sa marche trébuchante par le port de Kabkab ,il lui fait pénétrer dans Beyt eskhoun et là il abandonne le kebkab .-Reposez-vous sur Dekana le temps de vous préparer une place dit le Kiass.Le Kiass lave méticuleusement l’endroit, remplit le baquet par un mélange convenable d’eau à une température bien supportable, étale une étoffe sur le sol fait de marbe et appelle le vieux; Venez Monsieur, étendez-vous ici pour transpirer.Le grand père s’allonge tout de son long sur un sol trop chaud.il reste un bon moment…il transpire.Puis il s’assoie et appelle : Y-a-t-il quelqu’un ici pour me frotter et me masser le dos ? J’ai mal aux reins!Le masseur arrive, il déploie toutes les finesses de son art en faisant craquer les os fragiles du vieux. ensuite il étale un morceau de Ghassoul sur sa chair livide qui se décrasse parfaitement en la frottant légèrement par un gant (el kassa) .Dépêches-toi de me laver le corps avec du savon ! je commence à être suffoqué.le kiass procède à l’opération du savonnage en utilisant Saboun erriha ou savon parfumé, il l’asperge à grande eau, lui couvre, tout mouillé, de serviettes (Bchakil) qui l’enveloppent jusqu’à la tête.-Bsahtek dit le Kiass,et que ce bain vous fasse du bien !Le grand-père quitte l’étuve à pas chancelants et s’allonge sur un matelas placé au dessous de ses effets, le Moutchou lui couvre d’une couverture de coton.-J’ai soif, préparez-moi une limonade ou une tasse de thé.Quelques minutes après, sous l’influence du thé à la menthe, il reprend peu à peu son souffle et se livre à une sieste réparatrice….Bsahtek el hammam Jeddi.

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Posté par le Déc 17 2014. inséré dans ACTUALITE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

35 Commentaires pour “C’est l’hiver : Rien ne vaut un grand Hammam skhoune ! Par notre ami Dr Douar.”

  1. Abbassi

    Que de souvenirs !

  2. Amirouche

    @Douar

    Bonsoir docteur

    Le hammam avec tout ce qu’il représente comme histoire et traditions , peut-il être un facteur ou éventualité d’une propagation de maladies contagieuses ? Quels sont les risques ?
    Vous remerciant encore une fois , sans se lasser de vous lire
    Cordialement

    • Mohand

      Mais non, à moins d’être vacciné contre la gale, la syphilis,les hépatites, le choléra……. Avec une bonne tekiessa tes cellules mortes contiennent toujours des microbes même s’il fait show, une soutra et une shengla.

      • Mohammed

        @ Mohand
        Le risque zéro de contamination n’existe nul part ailleurs même dans l’autoclave d’un bloc chirurgical le plus sophistiqué ou meme chez soi dans son propre jacuzzi et le thème nostalgique du soir ne traite pas les maladies contagieuses que vous avez énumérez dont je pense que vous n’ignorez pas leurs modes de transmission qui n’a nullement rapport avec le Hammam qui est synonyme avant tout de propreté.

        • Mohand

          Allez y vous baigner à côte d’une personne qui se badigeone avec une lotion antigale.
          J’ai assisté à cette situation’ et des lors je ne vais plus au hammam.
          Je me rappelle aussi des personnes qui se brossaient les dents et se rasaient pendant le bain, alors là monsieur Mohamed,je préfère la discrétion et un coin discret dans une petite douche au pire des cas. Dans mon sac,je vais mettez un quart de litre d’eau de javel pour désinfecter les lieux , et ce n’est pas suffisant pour les hépatites.
          Quant au mode de transmission , je peux vous en faire un cours monsieur Mohamed, ebola et lèpre l’obligent. Les hammams se ferment pendant les épidémies, et il y a des règles à laver un mort suite à une maladie infectieuse

          • Mohand

            Lire je vais mettre

            • Mohand

              Le deuxième point , c celui d’être complètement nu pourrendre son bain, et c pas hallal.

              • BADISI

                @Mohand
                salam 3lykoume mon frère quand une chose est interdite par l Islam c’est qu il y a des raisons on peut savoir certaines et ignorer d autres , une chose interdit on s abstient point a la ligne. je vous remercie pour votre courage et franchise .

          • Abbes

            Incroyable mais vrai , Mohand sait tout , il détient le savoir , les connaissance , l’intelligence .Il a réponse à tout .en plus il consacre tout son temps à ce journal alors on se demande quand il a un peu de temps pour se cultuver et revenir vers les articles ? il doit avoir une bonne retraitesonnante..

  3. fidèle de la vsba

    Bonjour,

    Le hammam fait partie de notre histoire et culture , jadis on allait hammam tous les week end, on avait ni salle de bain ni jacuzzi..
    Il est très bénéfique pour le corps, il est relaxant, il assouplit et détend les muscles.
    Le hammam, par son action de la chaleur et de la vapeur, aide le corps à se libérer des toxines n’est-ce pas docteur .
    Il a aussi une action positive et décongestionnante sur le système respiratoire.
    Jusqu’au jour d’aujourd’hui je vais au hammam par nostalgie , malgré toute les commodités du temps moderne à la maison.
    Merci docteur pour ce récit nostalgique.

  4. Abbassi

    @HADJ Je crois que votre premier commentaire sur le bain est à refaire. Il m’a plu.

  5. Mohand

    Et c pas hallal, la nudité n’y est pas permise.

  6. Amirouche

    @Abassi

    Il est toujours agréable d’avoir une personne dans sa vie qui vous fait sourire , même si elle est fictive et illusoire , tel est le cas des contributions du docteur Douar qui par la magie de ses récits ,réussit toujours à me rendre ce sourire . Hélas , « On » a jugé autrement , donc je ne pourrais redire mon premier commentaire ,qui ,d’ailleurs ,a plus à d’autres personnes …….Il faut que je reste sérieux et formaliste sans aucune touche d’humour ………
    Merci khayi Abassi

  7. VDSBA

    @HADJ. L’article a été décalé entraînant disparition des commentaires. Aucun jugement n’a été fait bien au contraire c’était croustillant et amicale comme réaction. Bonne fin de semaine.

  8. un ami

    Une fois de plus latin tu nous fais grandement un plaisir dans ta virée au hammam. Des mots retenus dans le vocabulaire et qui d’ailleurs sont en gras dans le texte font partie du parler peu connu par ceux qui ne vont pas vers le bain. Pas tous ces mots mais certains. Alors merci.

  9. Marwa

    moi j’aime le bain c’est animé et des rencontres mieux que la douche.

  10. Amirouche

    Jeune , j’étais allé au hammam un jeudi , d’habitude le patron me faisait un grand sourire ,mais ce soir d’hiver ,il m’avait regardé d’un ton sévère , tout seul dans cette pièce chaude , je commençais à remplir la « jabia « ,soudain j’entendis des youyous lointains , j’ai pensé à un mariage des voisins .Subitement un vieux monsieur noir avec une barbe et des yeux rouges tapa sur mon dos , me disant « Asma3 , sort de là , tu ne vois pas que les femmes arrivent ! » , les bruits du gallal semblaient venir du « beit skhoune » et à ma surprise je vois que tout le monde n’avaient pas des pieds comme nous , ils avaient tous des sabots comme des animaux et se dirigeaient vers moi à travers le mur , la mariée portait une peau de vache noire…………. Ayant trop peur, traumatisé ,je ne pouvais même pas courir , je lâche tout et je cours difficilement en tremblant vers le patron pour m’aider .Lui racontant ce qui se passe dans son hammam ,Il m’a regardé méchamment et m’a dit : « De quel sabots parle-tu petit ? il leva son pied et me montra qu’il avait aussi des sabots ………… Telle est l’histoire qu’on nous racontait pour se faire peur !!!

    Sallam

  11. Kerroucha

    moutchou oh cela fait longtemps que j’ai pas entendu parler de ces braves gens qui vous sont aux soins le doigt levé..

  12. Imène

    Bonsoir TLM !
    Merci Douar pour ce récit , pour toute cette « terminologie  » propre aux bains -maures tels dekana , moutchou , bakchil ou encore zaaboula..des termes que je ne connaissais pas..mais le hammam , ce n’est pas mon truc ! et tellement que ça me donne des palpitations , une tachycardie, et je suffoque tout comme votre papi ! !!…En fait trés tôt déjà – vers les années collège , début lycée – je detestais aller au bain public..mam nous y emmenait  » dra3 « ! mes soeurs et moi ! pour elle c’était un rituel , un peu une « sortie « ,. un moment privilégié de détente , de rencontre avec les voisines,pour un brin de causette .. et elle aimait qu’on l’accompagne ..elle préparait soigneusement les cabas : serviettes , trousse , peignoirs ,vêtements , gants ,shampoing dop aux oeufs , et savon camay , je me souviens..c’était elle qui nous attachaient les fouta , nos sandales en nylon anti dérapantes ,..suivez -moi ! et on la suivaient comme des brebis !
    qq escaliers , une porte lourde , et c’est l’étuve ..le spectacle qui s’offrait à mes yeux m’a rébutée à tout jamais de ces lieux  » dits de détente  » !! des femmes par petits groupes – ruisselantes de sueur – palabraient dans un brouhaha indescriptible ! lumière blafarde ,la chaleur était suffoquante ..les vaps se mêlent aux odeurs de crème dépilatoire , masque au ghassoul , et autres produits nettoyants , parfumés ..et oooooh , il y’avait des petits petits garçons nus comme des vers (qui m’ont rappelé les statues dodues d’enfants dans les villes eur ) dans le girons de leurs mères qui leur frottaient consciencieusement dos , fesses, bras jusqu’a les désarticuler !! ( lool ) et bien sûr rinçage abondant et pleurs ! ( trop choux ! ) : Nooon , promiscuité , nudité même partielle , chaleur étouffante : le hammam ce n’est pas pour moi ! avec le posting de Mohand sur le sujet …
    il est vrai qu’on sortant du hammam, on étaient fraîches , détendues , lègéres..mais à quel prix ! – mon dieu ! le posting de Mohand , qui revient, qui m’obsède .. et la lotion anti gale , !!! plus tard , nous nous sommes libérées mes soeurs et moi du diktat de mam ..en lui pretextant à chaque fois un malaise , des palpitations ( lool ) des examens, et autres petits bobos ..Pauvre mam ! elle n’en a jamais plus remis les pieds ! Salem !

    • Imène

      Merci Hamid : c’est un tel plaisir de partager avec vous tous (tes ) ces bribes de souvenirs , du temps passé qu’on croyait avoir oublié à jamais , et que Douar sait ressusciter en nous avec une netteté incroyable..vraiment super !
      Merci Hamid , bonne fin de soirée .

      Badisi, salut !: est ce que c’est vous BADISS I ? , si positif , où est le 2eme S ? vous l’oubliez souvent , c’est voulu ou inattention ? salem.

  13. bouatra

    salam dr DOUAR ,je crois et j’ensuis sur que ses les turcs qui on ramenée cette culture de HAMAM?et a leurs tour,ç’est les tlemcenniens qui on propager les hamams dans tout le territoirs national,prenant a titre d’exemple HAMAM SEKAL(allah yerhmah),HAMAM TALEB (allah yerhmah),HAMAM ( BADSI,MAMI etc ),dans notre temps il y avait du respect,du serieux et surtout la HACHMA,comme ami el haj qui etait un gars de valeur ou tous les bel abesiens le connaissait ç’etait AMI ABERCANE (ALLAH YERHMA) résponsable du bain hamam SEKAL

  14. Imène

    Bjr tlm !
    Quoi qu’on en pense , le rituel du hammam est synonyme de propreté , détente , relaxation , soin , remise en forme ( et se refaire une beauté pour les femmes ) ..une visite guidée au Bastion 23 , ou palais ds rais ( basse casbah ) m’a permis de comprendre qu’à cette époque déjà la « salle de bain » était l’endroit de prédilection , et la pièce centrale dans ces palais ..le hammam, est constitué de 3 salles ( un peu comme dans le texte de Douar ) une salle froide ( frigidarium ) l’étuve , calédarium ( salle chaude ) une autre temperée (tepidarium ) le guide m’a expliqué que le revêtement du sol des hammams est fait avec des plaques de schiste ( car c’est un matériau conducteur de chaleur )
    la cuisine ( el khiama ) est située au dessous du hammam , la chaleur qui y émane est récupérée entièrement par des conduites, et alimente les salles tièdes et chaudes ( rien ne se perd )…un système génial et écolo ! enfin…l’idéal , l’idéal ..serait d’avoir son hammam perso ou une cabine sauna à domicile , c’est possible et qui ne demande de gros moyens ! juste des idées , et savoir faire ..Salem .

  15. Tewfik Adda Boudjelal

    Seul mon ami Hadj Douar, détient le secret pour nous replonger dans nos souvenirs d’enfance.
    Etant natif de l’impasse du Sénégal et de la rue Ali Ben Ali Talib, -communément appelée Trig Rékaba -, des souvenirs ont remontés à la surface à la lecture des différents commentaires.
    En effet, je me souviens parfaitement, à l’aube de l’indépendance, que j’accompagnais fièrement mon grand frère au Hammam Benchiha qui se trouvait en contrebas de chez –nous.
    Comme à l’époque, les valises en carton étaient un luxe réservé à une certaine classe et les cabas n’existaient pas encore ; j’avais donc droit à une « Rezma » comme seul bagage.
    Au fait la fameuse « Rezma » est tout simplement un foulard de grand-mère où on mettait nos affaires , ensuite on faisait deux grand nœuds croisés au sommet , d’abord pour bien caler nos affaires et ensuite pour nous permettre de porter la Rezma comme un cabas en toute sécurité .
    Je me souviens encore du patron du Hammam, qui se tenait debout derrière la caisse. Élégamment habillé avec chemise blanche avec col Mao, gilet, veste ¾ de couleur bleu claire, serwel testifa et chaussures Zét-Zét. Une « Razza » comme couvre chef sans oublier la fameuse montre à gousset dans la petite poche du gilet.
    Je me souviens de deux choses encore, le fameux « Karkab »-dont je détiens encore une jolie paire en souvenir -, réalisé en bois, avec le bout pointu et un morceau de pneu par-dessus qui permettait de maintenir le pied. Autre détail important, comme le plastique n’existait pas encore, donc à défaut d’une tassa, on avait un grand choix de pots en fer .Pots de confiture, ou de tomate concentrée.
    Une fois terminé de se laver et pour récupérer nos bchakil, on tapait sur le sol avec le fameux pot pour appeler le moutchou. Quel bonheur…

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