La Voix De Sidi Bel Abbes

Bencheikh Zouaoui témoigne : La grève des bus

La semaine passée, nous avons mentionné qu’hebdomadairement, nos lecteurs allaient trouver un témoignage d’un acteur sur la vie locale. Pour le début, ou le lancement de la rubrique, c’est avec notre grand ami Bencheikh Zouaoui, qui fût président du CCP (Conseil communal provisoire) de la ville de Sidi Bel Abbes dans les années 90,  période très tumultueuse , ou le pays avait besoin de commis de l’état téméraires, pour sauvegarder le service public, en attendant le renouvèlement des APC (Assemblées Populaires Communales), que ceci fût opéré par un premier témoignage. Notons que ce choix est fortuit, et que très peu de commis de l’état, ou élus n’ont pu laisser au niveau des institutions étatiques des archives, et cela est un maillon très regrettable. Passons pour laisser notre source évoquer son troisième témoignage.

Kadiri. M

A rappeler que nous étions fin 1989. Donc juste après octobre 1988.

La contestation, les grèves, les demandes de départ des directeurs, les meetings, tout cela meublait l’année 1989.

Un mardi, dès huit heures, l’on vint m’informer qu’une grève était enclenchée au niveau de l’entreprise communale de transport urbain.

Je m’enquis de cette affaire et demandai que les auteurs de cet arrêt de travail s’expliquent dans mon bureau et sur le champ. Une demi-heure après, ils étaient arrivés. Il s’agissait du syndicat. Pas l’UGTA, mais celui qui avait été fraîchement constitué dans le sillage d’un nouveau parti, à l’époque, conquérant.

Je n’étais pas seul en face. Devant une situation que j’estimais grave au regard de ses conséquences, je m’étais flanqué du secrétaire général et des membres du CCP.

En ces temps-là, les revendications étaient pratiquement les mêmes pour l’ensemble des entreprises du pays et la véhémence, voire la violence des propos, régnait.

Partout, on exigeait d’abord le départ du directeur. Ensuite, les demandes de toutes sortes.

Pour notre part, nous avions eu droit au même scénario. Sauf la véhémence, car la discussion était très sereine.

Cette sérénité était due à la sagesse des membres du CCP qui ont su, pour la circonstance, utiliser une main de fer drapée de deux couches de bon velours.

Les exigences des grévistes ? Le Directeur à mettre à la porte, des augmentations salariales, des aménagements des horaires, le paiement de rappels etc…

Grâce aux conseils que m’avaient prodigués par mes amis du CCP, j’ai patiemment écouté les exigences de mes interlocuteurs. Alors, avec toute la douceur voulue, je leur fis remarquer :

  • primo : qu’il fallait évacuer la question du directeur, car le maintien ou le départ de ce responsable ne devrait relever que de l’unique compétence de son employeur, c’est-à-dire la Commune,
  • secundo: qu’aucune des revendications évoquées n’avait été portée à la connaissance de la commune,
  • tertio : que cette grève était illégale du fait qu’il n’y a pas eu de préavis,
  • quarto : que la commune ne pouvait se permettre, par la faute d’une décision irréfléchie, une perte journalière de recettes de 30 à 40 000 DA par jour, ce qui était pas mal pour l’époque.

J’ajoutais que la Commune, dans sa grande magnanimité,  n’allait pas déposer de plainte pour grève sauvage.

Bien plus, elle était prête à examiner les revendications, sauf, bien entendu, celle ayant trait au directeur. Il convenait donc de laisser la liste de ces « désirata » et rendez-vous fut pris pour le jeudi suivant.

Comme préalable, j’avais exigé la reprise du travail pour le lendemain, faute de quoi, et j’avais  juré, par Dieu et par les Saints, de dissoudre l’entreprise dans les 24 heures, et ceci sans possibilité aucune de reprendre les travailleurs.

Miracle. Le lendemain à l’aube, les bus ont commencé à rouler de nouveau.

Là, on pouvait discuter le jeudi à 09 heures.

Jeudi matin, réunion. Pour certains points, comme les retards de régularisation d’indemnités ou autres droits que la loi pévoit, les représentants des travailleurs avaient complètement raison.

Mais question du départ du directeur, point. D’ailleurs, nous n’avions plus discuté de cette question puisqu’elle avait été déjà été évacuée.

Car, pour nous, exiger le départ de son patron, c’était le monde à l’envers. L’ordre des choses implique que l’on ne choisit pas son directeur.

Pour ne pas céder à cette nouvelle mode au nom de laquelle d’excellents gestionnaires avaient été sacrifiés sur l’autel de la « démocratie » ou plutôt sur celui de la recherche d’une paix sociale, mes amis et moi nous nous devions, dans ces circonstances, soutenir ce responsable, « dhalem ou la madhloum ». C’est ce que l’on a fait. D’ailleurs, ce dernier menait très bien sa barque et ne méritait certainement pas qu’on le dégommât simplement parce que certains travailleurs l’exigeaient.

Quant à la menace de dissolution, c’était  réellement sérieux, et cela aurait été dommage pour les travailleurs.

La commune avait la charge l’actif et du passif de ses entreprises. Une saine gestion des deniers de la collectivité imposait cette prise de décision, même impopulaire. Conserver une entreprise qui n’équilibre pas ses comptes, c’était piocher dans la caisse de la commune. Or, surtout pour notre ami du CCP chargé de l’administration et des finances, nous nous devions par tous les moyens de protéger la caisse.

D’ailleurs, c’est ce que nous avions fait avec l’entreprise communale de construction qui était au rouge sur toute la ligne.

Heureusement, la raison a prévalu, et nous pûmes éviter cette fâcheuse décision.

Seulement le CCP ne savait pas qu’en brandissant cette menace, il était déjà champion en la matière car, par rapport à maintenant, il était  en avance de trois lustres.

La seule différence, c’est que, l’entreprise n’aurait, à coup sûr, pas été bradée.

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=4743

Posté par le Mai 31 2011. inséré dans ACTUALITE, MAIRIE, DES ACTEURS TEMOIGNENT. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

4 Commentaires pour “Bencheikh Zouaoui témoigne : La grève des bus”

  1. khiwani bab dhaya

    en effet une periode risquee et on doit vous remercier pour ce sacrifice

  2. Never seen a btteer post! ICOCBW

  3. HAMID

    Raconter nous une autre histoire concernant les grévistes de l’hygiène qui est plus passionnantes que celle des bus.

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