La Voix De Sidi Bel Abbes

Ahmed El-Makarri : Réponses de l’auteur Mr. Senni M. aux aimables commentateurs.

Après la publication des trois parties de l’article consacré à Ahmed El-Makarri par notre ami et frère ainé monsieur Senni Mohamed, l’usage recommandait que l’auteur réponde aux diffèrents commentateurs, et cette initiative de répondre aux lecteurs(ices) est un très bon signe qu’il faudra instaurer dès ce jour. Sans trop tarder, laissons le soin à l’auteur de répondre.

Par : Kheireddine. B

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Avant tout, permettez-moi d’adresser mes remerciements à la VSBA pour m’avoir ouvert ses colonnes  me permettant de m’y exprimer. J’y suis sensible pour une autre raison : le style des annonces de la publication de mon article, encourageant par sa forme, me dédouanait des questionnements qui auraient pu gêner le développement du texte.

  1. 1. Généralités.

Comme j’ai eu à le dire dans l’article, ma prétention était de suivre  les pas d’El-Makarri. Il est sage et captivant de suivre les itinéraires des sommités comme celles de l’envergure de notre auteur. Je pense m’être acquitté correctement de cette tâche. Je n’en veux pour preuve que l’intérêt suscité chez certains commentateurs qui ont eu à s’exprimer d’une manière simple et hautement recevable. Jamais un appel à la persévérance ne m’a autant touché. Restant attentif à leurs desiderata, je m’engage à leur répondre toujours «  présent » pour peu que mes connaissances me permettent de le faire.

  1. 2. Mes réponses.

-En ce qui concerne la première partie :

la plupart des réponses ont été déjà données. Cependant quelques précisions sont nécessaires pour ne pas laisser certains sur leur faim.

Immanquablement, ce travail ne pouvait pas ne pas faire réagir un homme comme notre ami Karim 10. Ayant eu à le rencontrer, nous avons abordé son commentaire et passé en revue ses questions. J’ai remarqué, par la suite, que nous n’avions pas parlé de cette « habileté » qui a fait que « de grands noms »  se retrouvent tous dans le même texte. Je lui en donne l’explication :

En ce qui concerne El-Makarri dont traitait mon article, je me dois de signaler que ma première rencontre avec cet auteur remonte à presque un demi-siècle. Ne pas le citer aurait gêné les lecteurs qui se seraient demandé de qui je voulais parler.

Jacques Berque, fils de Frenda et arabo- berbère jusque dans la moelle épinière, spécialiste hors du commun de l’anthropologie du Maghreb et du monde arabo-musulman a été retenu dès l’entame du texte pour sa pertinente appréciation sur El-Makarri. Je proposerai à la VSBA  le texte d’une conférence donnée à Paris sur ce Géant  par un autre Géant qui était de surcroît un de ses intimes : j’ai nommé le Professeur Abdelmajid Meziane.

Ce dernier, Chérif  Idrisside originaire des Ouled Sidi El Hadj de Oued Chouly près de Tlemcen  rejoint, dans son ascendance, l’éminent Cheïkh Sidi Essanoussi, (732 /1428 – 895 / 1490) qui, soit dit pour la précision, a été, entre autres, le maître de Sidi Abdelkader Ben Khadda, personnage d’un rayonnement exceptionnel et grand-père de la septième  génération ascendante de l’Emir Abd-El-Kader. Sidi Essanoussi est l’auteur de « أم البراهين » « Oum  El Barahine », un authentique bréviaire sur les dogmes de l’Unicité divine étudiée jusqu’à nos jours dans l’ensemble du monde musulman. J’ai fréquenté assidûment Si Abdelmadjid pendant treize années : un océan de savoir multidisciplinaire. L’homme maîtrisait parfaitement tous les dialectes parlés au Maghreb.

Par son entremise je fis la connaissance de Mahmoud Bouayad, Directeur de la Bibliothèque Nationale. J’eus, avec lui, de fréquents entretiens depuis 1980. L’année suivante, l’ayant informé que je devais me rendre au Maroc, il me chargea de remettre des livres édités par la Bibliothèque Nationale à la Direction des Archives Royales et à la Bibliothèque générale de Rabat. Avant mon départ, il me sollicita pour recevoir le Professeur Aboul Kacem Saad Allah. Le lendemain, cet incontournable monument de l’Histoire de l’Algérie, me rendit visite à mon bureau à Alger. Il m’expliqua qu’il avait terminé depuis des années une étude sur « رحلة إبن حمادوش الجزائري », auteur du XVIIIème siècle mais qu’il était bloqué par la qualité défectueuse de la page 69 du microfilm du manuscrit qui lui avait été envoyé par Abderrahmane El Fassi, Directeur de la Bibliothèque Générale de Rabat. Il me chargea de la recopier moi-même. Adorable punition !

Début août 1981, je fus longuement reçu par l’Historiographe du Royaume du Maroc, le Professeur Abdelouahab Benmansour, à la Direction des archives Royales qu’il me fit visiter et où j’eus le bonheur de lire une lettre que je connaissais par cœur de l’Emir Abd-El-Kader, qui n’existe dans aucun livre d’Histoire, et qui se trouve dans l’autobiographie de mon grand-oncle paternel, le Fqih Si Tayeb El M’Haji,  qui a pour titre :

أنفس الذخائر وأطيب المآثر في أهم ما اتفق لي في الماضي والحاضر

publiée en 1966. Pendant  plus de trente années, cette lettre que j’ai lue des dizaines de fois et que je finis par  connaître par cœur tant elle m’avait profondément troublé, me faisait toujours poser la question suivante : « d’où mon grand-oncle la tenait-il ? ». Je n’eus la réponse que vers 2 004 ! C’est à l’occasion de cette visite que Si Abdelouahab m’expliqua qu’il se trouvait là où il était grâce au Cheïkh El Bachir El Ibrahimi. Cette explication se trouve élégamment relatée dans l’introduction de l’une des plus importantes œuvres de l’historiographe. Le lendemain, je fus reçu par Si Abderrahmane El Fassi, Directeur de la Bibliothèque Générale. On me remit le manuscrit de « رحلة إبن حمادوش الجزائري  », duquel je réécrivais à la main, la fameuse page 69. En dépit de son très mauvais état, je parvenais à en recopier l’essentiel mais certains passages étaient presque illisibles. J’en fis part à Si Abderrahmane El Fassi qui demanda à un éminent spécialiste, descendant d’une grande famille de Oulama,  le Cheïkh Mohamed Brahim El Kettani qui acheva le travail avec moi. De retour à Alger, je remis le document à notre cher Aboul Kassem Saadallah. Et c’est ainsi que le livre parut en 1403/1983 où l’auteur a eu la délicatesse de me citer aux pages 21 et 25.

Pour bien marquer la prééminence de la lignée des Makarri, j’ai cité, dans mon texte le témoignage du Cheïkh Abou Ras qui rapporta que, sur les familles tlémcéniennes qui dominaient dans les domaines des sciences, figuraient les M’Kara. Ce témoignage a été rédigé environ  150 ans après la disparition d’Ahmed Al-Makarri !

Et voilà, cher si Karim, comment ces prestigieux noms se retrouvent dans mon texte. Avant de clore cet aspect qui vous concerne, je vous signale que Si Abdelmajid Meziane me questionna sur ce que j’avais réussi à faire, au Maroc,  pour  Si Saadallah. La discussion tourna sur Ibn Hamadouche. Si Abdelmajid me dit alors : « Ibn Hamadouche a laissé un traité d’ophtalmologie digne de ce qui est enseigné aujourd’hui (1981) dans cette branche de la médecine ».

Le commentaire de Madame Sekkouk Warda a été suivi d’un autre, le 22 avril à 18h20, où Monsieur Layachi-universitaire (dans quelle matière ?) informe cette dame, à  propos du thème que j’ai abordé : « Le sujet sur Wikipedia est consistant et sans erreurs ». Comme j’ai eu à émettre, à la fin de mon article, un point de vue bien étayé sur cette très discutable « encyclopédie », j’informe les aimables lecteurs que, concernant spécialement Al-Makarri, cette très douteuse « encyclopédie » nous informe « qu’il est né en 1591 dans la région de Tlemcen » et non en 1578. Dans une encyclopédie qui se veut être le modèle du genre, une erreur de 13 années sur la naissance d’un auteur, de stature scientifique exceptionnelle de surcroît, est tout simplement  impardonnable. Ensuite affirmer qu’il est né dans les environs de Tlemcen est entièrement faux parce que son quartier de naissance est connu. Et on ne peut pas restituer une figure d’envergure mondiale en moins de vingt lignes au point où l’intervenant affirme que le contenu de cette « encyclopédie » « est consistant et sans erreurs ». Je serais heureux si l’on pouvait me prouver que sur les plus de trois-cents lignes que j’ai réussi à proposer, j’ai cerné 1% de notre illustre personnage.

–          En ce qui concerne la deuxième partie.

Monsieur Saïm, lui, veut d’autres sujets. C’est de gaieté de cœur que j’y répondrais s’il pouvait me dire ce par quoi il est intéressé.

Madame Nabila T. s’interroge sur le peu de place réservé « aux valeureux personnages du monde musulman dans les programmes scolaires ». Brûlante question. Je ne peux momentanément y répondre que par ce proverbe chinois : « Le poisson pourrit toujours par la tête ». Mais il faut garder espoir.

Madame Mostefaoui gratifie « le travail de très sérieux » et, dans un autre commentaire, nous informe qu’elle « nous proposera d’autres thèmes ». Je serais heureux d’y apporter mon modeste concours.

Monsieur Dekkiche de Paris propose judicieusement une vulgarisation auprès des jeunes, ce à quoi je souscris pleinement.

Madame Malika D. propose des conférences, ce qui est idéal. En ce qui me concerne, et pour les sujets qui m’inspirent, je suis entièrement disposé à y apporter ma contribution et disposé à faire venir des conférenciers d’autres régions.

-En ce qui concerne la dernière partie.

Madame Mostefaoui insiste, ce qui est tout à son honneur, sur une orientation vers les jeunes. La pertinence d’un tel souci, s’il dénote un profond sens de la responsabilité, cadre avec la vision globale des intervenants.

Madame Nabila T., avec ses bons remerciements s’interroge sur la recherche qui demande du temps et des archives. Permettez-moi de vous faire une confidence : lorsque j’aborde un thème, je me pose toujours la question s’il convient aux lecteurs ciblés. Si tel est le cas, je regroupe ma documentation, mes notes consignées depuis des décennies et ce que j’ai pu entendre de la bouche de certains que je considère comme de vrais maîtres. Une fois ces matériaux réunis, je trace un canevas qui demande une heure dans la majorité des cas. A partir de là, j’essaie de prévoir le délai au bout duquel j’en aurai fini avec mon projet. Quand j’ai accompli ces préliminaires pour Ahmed Al-Makarri, j’ai estimé le délai de rédaction à quatre jours. Le travail n’a été bouclé qu’au bout de soixante-quatre jours ! Et ceci tient à la dimension exceptionnelle de l’homme auquel je me suis attaqué. La conclusion : tout reste à dire sur ce Géant universel. Je vous donne une anecdote (sur des milliers d’autres) : Au XVIII ème siècle, l’autorité du Maroc en généalogie s’appelait Mohamed Ben Tayeb El-Kadiri (14/04/1712-11/11/1773). Sur un ami d’Al-Makarri, Mohamed El Oujdi de Fès, grand Faqih, poète et non moins grand médecin, notre généalogiste n’a pu aligner que deux lignes qui firent autorité pendant presque deux siècles. Et une fois «  le jardin des myrtes » découvert au milieu du siècle dernier, nos voisins de l’Ouest et le monde musulman découvrent qu’El-Makarri lui a consacré vingt-neuf pages !

Quant aux archives, j’estime que 90% de celles qui concernent notre pays se trouvent à l’Etranger. Il y a fort à faire dans ce domaine.

Je salue Messieurs Guembaza, Sid Ahmed, Massoud ainsi que Monsieur Lalimi. J’informe ce dernier que Sid Ahmed Lalimi est mon aîné et il émarge à mon respect total et à ma grande estime. C’est une famille que la mienne connaît très bien.

A Sid El M’Rabet Ben Ali je livre la version, en arabe de quelques extraits qui sont parus dans le texte en français.

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Posté par le Mai 2 2012. inséré dans ACTUALITE, CULTURE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

9 Commentaires pour “Ahmed El-Makarri : Réponses de l’auteur Mr. Senni M. aux aimables commentateurs.”

  1. nabila t sba

    moi personnelement j’ai beacoup appris en lisant votre article meme si j’avais des difficultes a saisir la periode parce que franchement je n’ai jamais entendu parler de ces grands hommes de notre histoire. jespere monsieur vous relire et apprendre de nouvelles choses

  2. nabila t sba

    je tiens a vous remercier pour vos reponses et j’espere inchallah vous relire dans notre journal de la vsba

  3. طالب جامعي

    شكرا على اجاباتكم النيرة

  4. madame mostefaoui SAB

    Unfacheux comentaire m »avait retenu sinon merci pour vos réponses cela est un gage du sérieux de votretravail enrichissant.Espérons que ceci sera suivi par d »autres travaux inédits et bénéfiques

  5. saim

    je n’interviens que rarement je suiis plus lecteur que commentateur mais j’atends d’autres thémes inchaallah

  6. Mr OUHIBI REDA

    On s’attend de votre part a de nouvelles contributions sur d’autres thémes et vous inaugurez du nouveau en répondant aux lecteurs il ya ceux qui lisent certainement trés nombreux et ceux qui interviennent.Merci

    • Mohamed Senni

      Monsieur.
      Votre commentaire m’a réellement plongé dans une profonde perplexité. Je vous prierai de bien vouloir m’excuser si mes aptitudes n’ont pu me conduire à imaginer que vous attendiez de moi « de nouvelles contributions sur d’autres thémes (sic) » sans me laisser le temps de me reprendre. Si j’étais adepte du « copier-coller » qui ne fait pas partie des pratiques de ma famille, le problème ne se serait même pas posé. Aussi vous exprimè-je ma grande désolation de n’avoir pu me hisser à votre niveau pour saisir votre attente. Votre disconvenance et votre absence de savoir-être vous ont conféré un droit régalien pour oser vous adresser à moi sur un ton péremptoire comme si j’étais à votre service. Cela peut, peut-être, s’expliquer, mais hélas, cette explication ne transparaît pas ce qui, par supputation ou déduction, traduit parfaitement votre propension à penser que « vous parlez trop bien de choses que vous ignorez » . Ceci se confirme par votre assertion : « vous inaugurez du nouveau en répondant aux lecteurs ». Si vous avez bien lu mon article, vous aurez vu que, d’un commun accord avec la VSBA, il a été publié en trois parties. Or, de leurs propres aveux, des lecteurs séduits par le contenu, ont posé des questions dès la parution de la première partie. Je m’y serais dérobé si, comme certains, je m’étais limité à un vulgaire « copier-coller » ce qui ne sera jamais le cas d’autant plus que je touchais à un authentique symbole de notre patrimoine dans son aspect le plus sublime. Une des règles élémentaires de la courtoisie et de la bienséance me mettait dans l’obligation d’y répondre. Or des questions posées avaient leurs réponses dans la suite du texte pendant que d’autres étaient posées de la même manière par plusieurs intervenants. Pour éviter les redondances, j’ai proposé aux aimables lecteurs de me questionner une fois les deux dernières parties publiées ce qui permet à tous d’être efficaces. La réponse finale a été faîte, le 3 mai, avec une introduction de Monsieur Kheïreddine. B. -de la VSBA-qui n’a pas manqué de signaler que dorénavant cela se passera comme nous y sommes parvenus (et là, force est d’admettre que nous sommes face à une « petite » première) sans le faire exprès. Relisez son introduction et vous verrez que cette publication a été faite en étroite entente avec les principaux animateurs de la VSBA dont je ne suis pas rédacteur mais simple contributeur.
      « Quant aux autres contributions sur d’autres thèmes », permettez-moi de vous dire que je n’écris que sur les thèmes qui m’inspirent en prenant toutes les précautions, au préalable, d’avoir un bon espoir qu’ils seront du goût des lecteurs. Je peux également écrire sur des thèmes qui peuvent m’être proposés comme cela a été le vœu de certains commentateurs, mais je n’écris jamais pour assouvir les fantasmes inavoués de certains. Si d’aventure j’ai mal compris votre commentaire, veuillez ne pas tenir compte du présent. Salutations.

  7. Anti hmar

    Ce Ouhibi accolait jadis le titre d’universitaire à sa signature.
    Ouhibi Réda Universitaire était-il annoncé!
    Je comprends votre ire et vous rappelle le proverbe bien de chez nous:
    si tu joues dans la basse-cours, tu te feras picorer par les poules.
    Et elles sont vicieuses les poules, en costumes, en jeans ou en djellaba.
    Dénuées de savoir-être, elles sont hermétiques à la civilité la plus élémentaire et surfent sur le versant pavlovien de la consommation sans digestion.
    Allah Yahdi Men Khalek!

    • Mohamed Senni

      Monsieur,
      Les us et coutumes en vigueur depuis le renversement de l’échelle des valeurs dans notre pays font que beaucoup de nos concitoyens s’affichent comme il leur plaît. Je vous informe que je ne suis pas en colère car j’en ai connu d’autres. Tant que je resterai en harmonie avec moi-même, de telles attitudes ne m’atteignent pas parce que, telles qu’exprimées, elles portent atteinte, auprès des personnes sensées, à leurs seuls auteurs. Cordialement.

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