La Voix De Sidi Bel Abbes

Act Opinions : Le débat autour de la binationalité : Des prolongations interminables.

Il y a quelques jours, notre ami le Dr ElHadj Abdelhamid, avait consacré un papier intitulé : Guédioura, Ben Arfa …Abdou ,victimes collatérales du 11 Septembre ? La haine est semée !. Aujourd’hui en lisant El Watan, nous avons relevé dans le même sillage ou dans le même contexte général, que le débat autour de la binationalité demeure toujours d’actualité. Vraiment ceux sont là des prolongations interminables entre une communauté et les politiciens Français au pouvoir, ou autres qui aspirent à l’être. Un bouc émissaire toujours ciblé, un adversaire encombrant, stigmatisé à longueur d’année, à longueur d’écoute, faisant couler encre et salive, tel « un derby » aux prolongations interminables..….Sommes nous tenté de résumer cette présentation, car à l’ origine, c’est un entretien de Mr Rachid Agoudjil qui motiva notre choix.

Par Kadiri Mohamed

Médecin à Paris, membre fondateur de l’Union syndicale des étudiants algériens de France et président d’honneur de l’Association solidarité et développement, entre autres, Rachid Agoudjil nous livre, dans cet entretien, sa vision à court, moyen et long termes de son pays, l’Algérie. Il revient aussi sur le débat en France autour de la binationalité.

– Dans des déclarations récentes, vous avez fait part de votre volonté de vous engager de nouveau sur le terrain politique algérien. En tant qu’homme politique, pourquoi ce désir d’engagement ?

Faire de la politique, c’est servir la République, améliorer le quotidien des citoyens pour qu’ils se sentent bien, pour que l’harmonie et la symbiose soient au rendez- vous. Chacun avec sa spécificité peut apporter un plus à l’Algérie, chacun dans son espace peut embellir l’Algérie, chacun dans sa thématique peut faire avancer l’Algérie, chacun avec sa capacité peut donner un temps d’avance à l’Algérie. Ce qu’il faut savoir en politique, c’est qu’il n’y a pas de formule clés en main. A chaque temps, la perception des choses est différente, à chaque période, le raisonnement est différent, à chaque itinéraire, la finalité est différente. C’est l’adaptation efficace, l’intelligence de la perception et la vision à long terme qui font la différence. L’amour pour le pays et le défi de réussir stimulent et amplifient mon engagement pour une société où chaque individu doit trouver sa place et sa liberté.

– La société peut-elle fonctionner sur la seule liberté des individus ?

Une société ne peut fonctionner sur la liberté des seuls individus. Pour  nous,  la solidarité entre les individus est capitale. Cette solidarité doit être large et toucher toutes les composantes de l’être humain. Elle doit aller dans le sens de l’interaction sociale et s’organiser en démocratie autour des valeurs fondamentales communes. Pour que la sociabilité soit naturelle, il faut toujours redéfinir les valeurs communes et il ne faut surtout pas penser que si les gens soulèvent des questions de différence, ils sont obligatoirement des trouble-fêtes qui veulent miner la société. La démocratie sociétale a deux exigences qu’il faut absolument concilier : l’exigence d’une unité nationale et d’un socle commun. Elle ne se paie pas par l’aliénation, sinon l’unité ne sera que de façade.

– L’interaction sociale englobe-t-elle la culture ?

L’interaction sociale implique un droit et un devoir social, et la culture populaire est une véritable extension du droit social. Pour participer pleinement à la démocratie, l’acquisition d’un smig culturel est une condition pour la réussite du processus et ainsi empêcher la naïveté et l’excès. L’affirmation de l’interaction sociale permet le militantisme en faveur des droits politiques. Cette affirmation permet à la notion de politique culturelle de se fondre avec celle de démocratie culturelle, valorisant de ce fait les initiatives du peuple. En plus de développer la culture, il s’agit de promouvoir l’interventionnisme culturel et politique pour inciter les citoyens à exprimer leurs avis politique et culturel. La démocratie citoyenne doit promouvoir l’interventionnisme politique qui, dans le sens noble, promeut la notion de la république qui reste la référence pour le respect de toutes les composantes et permet une réciprocité de la communication.

– Depuis le début de l’année, le monde arabe connaît des turbulences très significatives sur plusieurs plans. Quelle  lecture faites-vous de la réaction de l’Occident ?

L’Occident a changé de stratégie, il passe de la géopolitique à la géofinance, de la culture de la pérennité à la culture de l’urgence.  Prenons l’exemple de la Libye  et de la Syrie. Cette dernière ne possède pas de richesse, donc n’est pas attractive, alors que la Libye, parce qu’elle a du pétrole, est non seulement dans le collimateur mais dans un projet de liquidation de son chef, pour avoir accès aux ressources naturelles et implanter des bases. Concernant la Syrie, si pour les Etats-Unis, l’élimination de Bachar Al Assad peut arranger et consolider leur projet au Moyen-Orient, ils n’hésiteront pas à le faire, et ce, tout en dénonçant la répression, la crainte pour ces «révoltes» sans contenu politique, sans vision et sans expérience qu’elles deviennent des proies faciles et qu’on retombe une nouvelle fois avec des peuples sous domination mais soft.

– L’Algérie peut-elle être contaminée par ce printemps arabe ?

Vous savez, tout régime quel qu’il soit, s’il doute, s’il y une a une incertitude dans son fonctionnement, s’il perd confiance, s’il montre une fébrilité, s’il réagit mal aux événements, il court à sa perte. Concernant votre question, à mon avis, les ingrédients pour déclencher un soulèvement, en lien direct avec le printemps arabe, ne se retrouvent pas en Algérie pour différentes raisons : la perception du statut du citoyen n’est pas la même, le niveau de l’engagement politique n’est pas le même, l’itinéraire, le cheminement, la chronicité ne sont pas les mêmes et la culture du militantisme et la finalité de la revendication ne sont pas les mêmes. Il y a aussi l’expérience du pouvoir  qui n’est pas la même. L’expérience amère des années noires qu’a subies le peuple a refroidi les esprits. Il y a aussi et surtout l’opposition politique qui n’est pas la même. Maintenant, tout peut arriver si les puissances arrivent à isoler un pays indirectement par le biais de certains pays, qu’on arrive à créer une frustration chez le peuple et qu’on crée dans l’inconscient du peuple le mirage de la réussite ailleurs ; avec les réseaux et la finance, on peut provoquer  l’étincelle.

– Quelles solutions préconisez-vous pour sortir l’Algérie de la crise dans laquelle elle se débat ?

La sortie de crise est possible à condition qu’il y ait une volonté politique, qu’il y ait des choix politiques, que l’intérêt général prime et que les priorités soient claires, consensuelles et aillent dans le sens de l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyens. Si ces conditions ne sont pas réunies, tout projet n’a aucun sens.

– Qu’est-ce que les Algériens de France font et entendent faire, à l’avenir, pour apporter leur soutien à l’édification de l’Algérie nouvelle ?

La communauté immigrée algérienne est un bijou pour le pays, d’où l’importance que doit accorder le pouvoir à ses enfants. Créer les relais nécessaires pour faire profiter l’Algérie de la matière grise de ses enfants qui sont éparpillés un peu partout, donc inefficaces pour leur pays. Créer les réseaux pour développer les thématiques et donc se doter d’une stratégie d’adaptation efficace. Créer les repères pour préserver et améliorer nos valeurs et permettre un enracinement intelligent et utile pour les générations futures. Se doter d’une ligne politique qui permet, d’un côté, de consolider la pensée, de fructifier les espaces et de l’autre, convaincre les partenaires. C’est dans la lucidité et la conviction qu’on évolue sans être montré du doigt ni être stigmatisé. La passerelle entre les Algériens de France et leur pays se fera tout naturellement. L’Algérie se relèvera car nous serons dans une autre approche avec un autre état d’esprit, celui de vouloir construire son pays et de le porter haut et fort dans le reste du monde. C’est le plus beau cadeau qu’on puisse offrir à une Algérie éternelle.

– Un débat sur la binationalité vient d’être lancé en France. Comment analysez-vous ce débat et comment évaluez-vous la façon avec laquelle il est mené dans le contexte actuel ?

Juridiquement, pour les binationaux, ce sont les pays d’origine et le pays d’accueil qui sont concernés. Autrement dit, la nationalité ne pourrait être abolie que si le pays d’origine accepte de retirer la nationalité à ses nationaux. C’est pour cela que les députés français veulent remettre en cause le principe de binationalité dans un rapport parlementaire pour exercer un rapport de forces par la suite et entamer à terme des discussions bilatérales avec les pays concernés pour limiter la binationalité. C’est que, pour les binationaux, la France ne peut rien faire sans l’accord des pays concernés.  Même si le président français, selon les députés de la majorité, s’est montré tout à fait favorable à ce que les élus aillent très loin dans la réforme de la nationalité (et non les binationaux), il lui sera très difficile d’avancer car le travail de préparation de l’opinion nationale (en dehors de l’électorat d’extrême droite et une partie de la droite) n’a pas été fait. La Fédération française de football qui s’est retrouvée au cœur d’une controverse ciblant les cadres soupçonnés de vouloir limiter le nombre de joueurs à la direction nationale en est un exemple.   Par ailleurs, l’objectif réel de la droite, en remettant en cause la binationalité, est de séduire l’électorat de l’extrême droite car les conseillers du président français sont convaincus que pour passer au deuxième tour, cet électorat est indispensable, d’où le durcissement des lois sur l’immigration qui est son cheval de bataille. En tous cas, si l’abolition de la double nationalité était possible, ils savent tous que le choix des Algériens est simple : les enfants garderont la nationalité française et les parents la nationalité algérienne, ce qui ne sera pas sans conséquence quant à l’intergénérationnel qui permet de garder les liens des enfants avec le pays d’origine.

bio express Médecin spécialiste en gastroentérologie, Rachid Agoudjil est inscrit au tableau national de l’Ordre des médecins à Paris. Il est, par ailleurs, titulaire d’un diplôme universitaire en  politique de la santé et d’un autre en économie de la santé.

Il est membre fondateur de l’Union syndicale des étudiants algériens de France, président d’honneur de l’Association  solidarité et coopération et de l’Association société civile-citoyenneté. Il est aussi à la tête du Mouvement des Français issus de l’immigration. C’est un observateur avisé de la scène politique algérienne.

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Posté par le Juil 8 2011. inséré dans ACTUALITE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

11 Commentaires pour “Act Opinions : Le débat autour de la binationalité : Des prolongations interminables.”

  1. dahmani oran

    le choix de vos articles me parait tres judicieux avec les references .notre communaute en particul ieux demeure visee avec cette proportion a desseins raciste.cet entretien venant d’un specialiste eclaire.

  2. sabillah marseille

    une vision complementaire le medecin prend des gants mais le fond est le meme.

  3. laguer adda callassone

    je m excuse mais je suis outre on paie des gens pour insulter une region hacha hanitet lors de la journee etude du rai des marocains installes a temouchent qui lisent des parchemins pour conclure des inanites je comprend pourquoi votre journal n »a pas marche acette supercherie des rentiers et des ivrognes avec une plume a la main

  4. smiley

    la question de la bintionalité est un serpent de mer qui refait surface des deux côtés de la méditrranée et qui est instrumenlisé par tous pour des gains politiques douteux.
    Primo: dans une europe élargie il est impossible de fonctionner professionnellement avec la seule nationalité algérienne. Obligation de visas pour circuler et élimination de la fonction publique. En Algérie, ceux qui ont fait le choix de faire le service ntional en Algérie se sont retrouvés les dindons de la farce. Deux perdus et un retour en France à zéro et l’impossibilité matérielle de s’installer en Algérie.
    La question de la binationalité est agitée par les milieux de droite et de la droite exrême quepuis que les maghrébins sont devenus éleurs qui peuvent faire pencher le sort des élections.
    Le pods électoral des bi-nationnaux est leur seulr arme , ne tentons pas de les désarmer par bêtise. La communauté juive enFrance est de 700.000 personnes au plus haut niveau de l’état et de l’appareil d’etat et econmique et là personne ne leur parle de bi-nationalité.
    Démasquouns le calendrier raciste et soyons fiers de nos bi-nationaux qui parlent arabe, défendend le bled et parfois sifflent la marseillaise n’est-ce pas?

    • Nathalie

      Malheureusement ce n’est pas qu’en France,je vis en Belgique depuis 10 ans je suis de nationalité Québécoise je travaille dans une administration communale et pour avoir la chance d’évoluer je dois demander ma nationalité Belge, donc je dois avoir la double nationalité pour avoir espoir d’évoluer dans mes fonctions,,,ainsi va la vie,,,,

      • z Tridi

        Bizarre…,vous m’apprenez que le royaume de Belgique a voté les dispositions de la double nationalité ! Seriez-vous plus belge qu’Adamo qui vit en Belgique depuis toujours et qui n’a jamais perdu sa nationalité d’origine(italienne) en hommage à son père qui émigra de Sicile en 1947 pour travailler dans les mines

        • Nathalie

          Pour pouvoir évoluer dans un service d administration communale,il est dans la plupart des cas demandé la nationalité belge,je garde ma nationalité canadienne mais j’ai aussi demandé ma nationalité belge

  5. soria r ain temouchent

    ils ont le racisme dans leur gene le peuple francais ne peut se melanger avec les ultras

  6. messaoudi ghani

    le journal de mars que j’ai lu et celui de juillet est en progres.je vous salue depuis alicante.

  7. Mourad Salim Houssine

    Certes comme le souligne le Dr Rachid Agoudjil, »la communauté immigrée est un bijou pour le pays… »,mais son obligation de réserve-je suppose- lui impose de ne pas demander des comptes sur l’opération de démantèlement de l’Amicale des Algériens en Europe qui fût « décidée »(manipulation des ennemis des Accords d’Evian?) lors de l’avènement du multipartisme en Algérie ; on imputa alors à l’Amicale le fait d’être affiliée au parti FLN,alors qu’elle était une excroissance logistique de l’illustre Fédération de France du FLN historique…Ce fût le seul réseau associatif,à ce jour,capable de fédérer les doléances et attentes de notre émigration en Europe et dans le monde.Les deux gouvernements français et algérien qui fermèrent ses locaux et abandonnèrent ses adhérents et animateurs doivent s’en mordre les doigts aujourd’hui puisqu’ils n’arrivent plus à contenir les dérapages des deuxième et troisième générations bi-nationales…

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