La Voix De Sidi Bel Abbes

près le change, voilà les banques informelles

Depuis environ trois ans, un nouveau commerce prospère. A tous ceux à qui la banque refuse de faire un prêt, des banquiers informels mettent à leur disposition de l’argent, remboursable à des taux d’intérêt très élevés. Mais rien ne protège les débiteurs.

200 millions de dinars. C’est la somme dont Madjid (*), 52 ans, disposait pour faire tourner son business. «J’injectais 150 millions dans des prêts sur lesquels me revenaient des taux d’intérêt. Et je gagnais de l’argent sur les 50 millions restants grâce à des opérations de change», explique le jeune commerçant – il tient une boutique d’alimentation générale – dans la wilaya de Bouira.

Mais il y a deux ans, une affaire a très mal tourné. «J’ai prêté 100 millions de dinars à une personne – qui s’est avérée être un escroc – mais je ne les ai jamais récupérés. Un jour, un monsieur s’est présenté à moi comme étant un homme d’affaires. Il prétendait investir son argent dans le blé et la Bourse. Il me racontait qu’il achetait des voitures à des concessionnaires, des voitures neuves et des voitures d’occasion, pour les revendre plus tard à perte. Au départ, tout le monde l’avait cru, même moi.

Je me suis renseigné rapidement auprès des gens à qui il achetait les voitures et tout le monde m’a affirmé que c’était un bon payeur, raconte Madjid. Au début, l’inconnu a demandé de lui prêter 200 millions. Cependant, je ne voulais pas bloquer tous mes fonds. Alors je ne lui en ai prêté que 100, avec un taux d’intérêt de 20% par mois, sans lui faire signer aucune reconnaissance de dette.» Madjid n’a jamais revu son argent.

Des histoires comme celle du jeune commerçant, il y a des centaines dans tout le pays. Car depuis trois ans environ, une nouvelle activité a explosé : la banque informelle. Le principe ? Une personne qui a de l’argent choisit de mettre ses fonds à la disposition d’autres personnes qui ne peuvent pas avoir recours aux banques. Des particuliers comme des chefs d’entreprise à qui une banque ordinaire a rejeté le dossier ou qui n’entrent pas dans le cahier des charges des demandes de crédit.

Tuer

«En général, nos clients ont rapidement besoin d’argent pour investir dans une affaire qu’ils pensent très rentable et donc remboursables sur une très courte durée», explique Madjid. Le revers de la médaille : le prêt est accordé avec un taux d’intérêt très élevé, environ 20% par mois, alors que le taux bancaire officiel varie entre 5 et 8%. L’emprunteur n’a plus besoin de perdre ses journées à remplir de la paperasse. Il n’a pas non plus besoin d’attendre, ni d’hypothéquer ses biens. Il n’a qu’à se rendre chez le notaire, avec son créditeur pour signer une reconnaissance de dettes, sur laquelle ne figure toutefois pas… que des intérêts doivent être versés chaque mois, ce qui est formellement interdit par la loi. C’est là que commencent les problèmes.

Car à raison de 20% d’intérêts par mois, la somme prêtée se double en seulement… cinq mois ! Si vous empruntez un million de dinars, vous paierez 200 000 DA par mois d’intérêts, soit au bout de cinq mois, vous devez rembourser 2 millions de dinars au total. Il arrive que le «banquier» accepte de récupérer uniquement l’argent qu’il a prêté quand il sait que son client est en situation difficile, en faisant une croix sur les intérêts.

Mais parfois, quand le client perd tout son argent dans une affaire et qu’il n’a même pas de quoi rembourser la somme empruntée, le «banquier» peut avoir recours à toutes les méthodes de son choix, puisque son activité est illégale, et donc, le créditeur ne risque pas de déposer plainte : du harcèlement jusqu’au crime. «Je connais le cas d’un homme qui en a tué un emprunteur qui ne lui avait jamais rendu son argent.»

Dans le meilleur des cas, celui qui ne peut pas honorer sa dette peut voir ses biens vendus. «Il m’est arrivé de vendre des voitures, des biens immobiliers et des terrains afin de récupérer mon argent, quand le client possède quelque chose, reconnaît Madjid. Mais dans le cas contraire, il nous arrive de patienter et d’attendre que la personne se relance pour avoir une chance au moins de revoir l’argent prêté.» Un de ces banquiers informels, rencontré par El Watan Week-end à Boumerdès, évoque aussi «l’implication de certains responsables des banques publiques». «Ces gens travaillent avec leur argent mais aussi avec l’argent des banques officielles.

Intérêts

Certains directeurs de banque mettent parfois à la disposition de ces banquiers informels des crédits avec un taux d’intérêts de 8% maximum par an, et le banquier reloue l’argent avec les 20% par mois. Ces gens sont très bien organisés. L’argent des banques publiques est débloqué sous forme de crédits pour des registres du commerce».

Pour limiter les déconvenues, ces banquiers sauvages ont, d’après Amine, versé dans ce business installé dans la wilaya de Boumerdès, mis en place une sorte de centrale de risques virtuelle. «Dès que quelqu’un qu’on ne connaît pas très bien demande un prêt, on sollicite notre réseau pour savoir si la personne est honnête, sérieuse, savoir dans quoi elle va investir l’argent, et si son affaire est vraiment rentable ou pas.» Le réseau est constitué de toutes les personnes qui travaillent dans la filière du change informel. «Si quelqu’un vient de Sétif à Boumerdès pour me demander de l’argent, il m’est impossible de voir si la personne est fiable ou pas, précise Amine.

Alors j’appelle les collègues de sa wilaya pour me renseigner.» Le réseau sert aussi à dépanner les créditeurs qui n’ont pas assez de fonds ou des clients qui sollicitent de très grosses sommes, comme certains importateurs. «Dans ce cas, poursuit Amine, si un collègue vient me voir pour me demander de compléter un crédit, par exemple de 5 ou 6 millions de dinars, je le fais parce que je ne peux pas refuser.

L’entraide est une règle dans ce milieu. Mais je touche 5% sur les 20% de taux d’intérêts que verse le client.» Dans le jargon bancaire, cela s’appelle «le taux de réescompte», à l’image du taux d’intérêt versé par chaque banque à la Banque d’Algérie lors de chaque prélèvement des intérêts. Madjid espère se refaire avec les profits qu’il retire du change parallèle. «Car c’est comme ça que j’ai commencé, raconte-t-il. Les clients me demandaient de leur avancer de l’argent sur des devises qu’ils voulaient me vendre.

En contrepartie, ils me donnaient un bénéfice supplémentaire pour le risque que je prenais en leur avançant l’argent.» Selon lui, c’est le lancement du dispositif d’aide à la construction en milieu rural qui a permis à ce business de prospérer. «L’aide de l’Etat ne suffisant pas pour construire, les gens se sont alors tournés vers leurs familles et vers l’étranger pour achever leurs travaux. Mais à l’époque, le taux d’intérêt n’était que de 5% !».

Bouzid Ichalalene

URL courte: http://lavoixdesidibelabbes.info/?p=61767

Posté par le Juin 19 2015. inséré dans ALGERIE, CE QUE DIT LA PRESSE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez aller à la fin et répondre. Le Ping est actuellement interdit.

2 Commentaires pour “près le change, voilà les banques informelles”

  1. OUERRAD MOHAMED

    Depuis , trois ans mon oeil cela a toujours existe , mais fermait l etat l oeil ou faisait semblant .
    Sinon , d ou viennent toutes ces grosses fortunes .les grosses fortunes ce n est pas seulement la corruption .
    LES USURIERS BEL ABBESIENS DONT PLUSIEURS SONT DECEDESETAIENT CONNUS DE TOUS , y avait meme des femmes .
    Les enjeux etant grands ; et l illicite aidant y a toujours des escrocs dans le secteur .
    SOUMOU TASSIHOU .SAHA F TOURKOUM RAH EDDHEN ……

  2. eddine

    Effectivement Mr Ouerrad, dire trois ans, mais ils nous prennent pour qui. Les usuriers de Bel Abbes étaient très connus( Allah yaghfarhom) .Ne pas les citer n’est qu’un signe de votre grande classe. TSOUM BESSAHA

Répondre