La Voix De Sidi Bel Abbes

17 ans déjà : Le destin tragique de l’évêque Pierre Claverie et du Bel Abbesien Mohammed Bouchikhi.

Des aléas de la qualité de la connexion expliquent en partie un léger retard de ce devoir de mémoire que nous observons contre les possibles oublis de la barbarie sanglante qui avait sévit chez nous et continue un peu partout dans le monde

Et c’est suite a une lecture faite l’année passée sur le journal «La Croix», et ce à la veille du 17e anniversaire de l’assassinat de Pierre Claverie et de Bouchikhi Mohamed, un enfant de Sidi Bel Abbes, dont le destin é été tragique ce premier Aout 1996,que nous avons sauvegardé depuis l’an passé autour d’un monologue d’Adrien Candiard, qui avait évoqué dans la ville d’Avignon la figure de l’évêque d’Oran.Et ce dans le cadre de ce devoir de mémoire  qui est des plus incontournables pour notre journal que nous citerons pour les besoins, une source du Quotidien d’Oran qui cite ceci : Le diocèse d’Oran du début des années 80 convient finalement tout à fait à la manière d’être de Pierre Claverie et à sa projection dans l’Algérie de ces années là. Il est à majorité formé de Français de coopérants et employés des sociétés étrangères travaillant en Algérie y sont encore fort nombreux Brésiliens, Polonais, Noirs africains, Italiens, Phillipins. « Quelle joie pour un évêque de voir ce que peut faire un Evangile quand il prend corps dans des cultures différentes. Les fidèles sont suffisamment nombreux et disparates à travers un territoire grand comme un pays, pour l’occuper entièrement à sa nouvelle tache d’évêque; mais en même temps, pour la plupart, très insérés dans la société musulmane pour ne pas l’éloigner de sa réflexion permanente sur la place de l’Eglise dans ce pays et sur son rapport à l’islam. Pierre Claverie développe la même liberté qui lui sied tant lorsqu’il traite du dialogue islamo-chrétien; dans une conférence donnée à Bruxelles, au centre El-Kalima, en février 1988, il déclare notamment à ce propos: « Il faut bien reconnaitre qu’aujourd’hui nous sommes un peu en panne (…).Nous avons plus que jamais besoin d’hommes de réconciliation. Mais une nouvelle alliance ne se conduit pas à n’importe quel prix. Il ne suffit pas de dire: »Aimez-vous les un les autres «et de faire comme si les différences et la peur n’existaient pas. Il ne suffit pas davantage de condamner la violence …Au moment ou la tentation est forte pour chaque groupe humain, chaque culture, chaque religion, en butte à la différence agressive des autres, de se replier sur soi ou de n’exalter que soi contre l’autre « .Lévesque d’Oran veut avancer vers l’autre à visage découvert. Tel qu’il est.IL n’aime pas beaucoup les formules mièvres et convenues du dialogue interreligieux qui ne disent rien de l’essentiel et finalement maintiennent toutes les distances en l’etat. Dès 1981 et sa mémorable homélie à la cathédrale d’Oran, il a situé les repères de la présence chrétienne en Algérie, dans son style si propre: «Oui notre Eglise est envoyée en mission. je ne crains pas de le dire et de dire ma joie d’entrer avec vous dans cette mission». Il explique longuement ce qu’il entend par la mission de l’Eglise: « Nous ne sommes pas les soldats d’une nouvelle croisade, pas ces évangélisateurs prosélytes qui croient honorer l’amour de Dieu par un zèle indiscret et un manque total de respect de l’autre de sa culture, de sa foi … »Plus tard il aura cette formule pour définir la place de l’Eglise, elle « ne cherche pas à récupérer les autres :elle voit en eux l’œuvre de Dieu et se retourne vers eux, comme Jésus, mains ouvertes et bras en croix ».  Son penchant pour « une Eglise confessant » est alors bien consolidé: « La tentation d’annexer les autres ou s’imposer à eux est souvent plus forte que la volonté de servir et d’aimer ».  Cette posture de témoin « sa vie dans sa conviction » va conduire Pierre Claverie à assumer sa vision « d’une Eglise qui donne sa vie». Octobre 1988, le temps des fractures est annoncé en Algérie. Pierre Claverie cette fois n’est surpris dans aucune bulle. Il est un Algérien à part entière et exercera pleinement cette qualité dans le débat qui engage le sort de son pays: »l’Eglise a toutes les raisons de s’obstiner à coexister avec un monde différent; partout dans le monde aujourd’hui le défi du pluralisme est lancé; ce que nous vivons ici avec les Algériens peut être utile à l’avenir de tous ». « Sur les lignes de fractures » La première attitude de Pierre Claverie à l’égard du tournant pluraliste d’après octobre 88 est donc plutôt optimiste. Il connait certes bien le fanatisme religieux et l’islamisme radical et en parlait volontiers déjà de son homélie  d’installation à Oran en 1981; il préfère retenir les promesses d’une société plus libre. Contrairement à ce qu’auraient pu laisser penser ses prises de position ultérieures dans le débat sur la crise Algérienne, Pierre Claverie n’était pas effarouché outre mesure par la victoire du FIS en 1991-92 au point d’être favorable à une interruption du vote: »L’Algérie n’est pas l’Iran, écrit-il, tachons d’éviter toute dramatisation qui pourrait conduire à des réactions extrémistes ».  Et il ajoute dans cette déclaration faite au journal marseillais «Le Soir », la veille du 11 janvier 1992, jour ou tout a basculé, «Même si je suis trés pessimiste pour l’avenir de la démocratie en Algérie, je pense qu’il est toujours possible de construire quelque chose ensemble. Beaucoup de musulmans, après le choc des élections sont en train de repenser leur religion« .  Il y a ici une réelle différence de ton avec ceux qui avaient décidé de ne miser que sur le pire et qui engagèrent le pays dans la voie de la dramatisation que redoutait l’évêque d’Oran.  Sa clairvoyance est alors remarquable dans un contexte ou les avis nuancés ont souvent fait défaut laissant la voie aux thuriféraires du barrage armé au danger « fasciste imminent« . « Je n’attends rien de bon d’aucun pouvoir religieux, juif, chrétien ou musulman. Je garde confiance dans le peuple algérien; même en certains de ceux qui espèrent une solution islamique. Nous ne sommes ni en Iran, ni au soudan, ni en Arabie Saoudite« .  Pierre Claverie ne se définit pas comme un orientaliste. Pourtant la montée de l’islamisme depuis plusieurs années lui a donné l’occasion d’en approfondir sa connaissance. Il sait soupeser le danger d’une dictature religieuse à  son juste poids. Sans chercher à tout subordonner à son improbable avènement: »…mais le fait est que, pour éviter une dictature religieuse, nous sommes dans une phase (transitoire?) de dictature militaire qui maintient solidement l’ordre établi, avec les mêmes hommes et à leurs profits ».  En fait, Pierre Claverie mise sur les ressorts d’une société qu’il a appris à bien connaitre. Même si mon seigneur Teissier tend à penser que son jugement est surtout influencé par le climat décalé, moins tendu, d’Oran. « La société plurielle » existe en Algérie. Tout le monde ne veut pas qui se précipitant pour faire allégeance aux islamistes, sorte de réalité culturelle fatale du pays, qui accourant dans le soutien au régime militaire. Dès lors, son cap de navigation dans la houle algérienne va être à la fois clair et subtil. Il va consister à éclairer la différence partout ou elle surgit. A témoigner de l’espérance qui vit encore dans ce peuple qui fait naitre des projets tous les jours, qui maintient toutes les activités quotidiennes en signe de résistance à la violace ambiante.  Toutefois, les premiers assassinats de religieux l’ébranlent très fortement. Ce que Pierre Claverie conçoit pour lui, le don de sa vie, il ne le supporte pas pour ses amis. L’attentat meurtrier dans la basse Casbah le 8 mai 1994 contre frère Henri et Sœur Paule-Hélène est « un électrochoc ». Il ne pensait pas qu’on en arriverait là. Il ne contient pas sa réprobation émue dans deux éditoriaux dans le lien: «Ceux qui les ont assassinés les considéraient comme des ennemis de l’islam…Leur islam est-il si fragile qu’ils aient peur d’un homme de soixante-cinq ans, d’une femme de soixante-cinq ans? ». En janvier 1995, l’affaire de Saint Egidio va le pousser à aller un peu plus loin sur la scène publique. Cette communauté chrétienne romaine a pris l’initiative qui va déboucher sur le contrat national sans consulter les évêques d’Algérie. Ceux-ci avaient pourtant introduit quelques années plus tôt Saint Egidio pour ses contacts politiques en Algérie. Cette traitrise, très mal vécue par l’Eglise d’Algérie, a-elle forcé les traits des réserves que vont apporter les évêques d’Algérie au contrat national? Jean-Jacques Pérennes ne le dit pas mais son récit n’interdit pas de le penser. Il reste pas moins que Pierre Claverie se met en avant pour expliquer en quoi les concessions faites aux islamistes à Rome ne sont pas nécessaires après que leur recours à la violence a fait reculer rapidement leur influence dans la société. Ce recul est réel. Est-ce à dire que l’évêque d’Oran était favorable à la poursuite d’une sorte de clarification idéologique par la décantation rapide qu’entraine la violence dans les esprits? Le thème de la paix est présent dans son argumentaire à travers son déploiement médiatique du printemps 1995. Le monde titre dans son édition du 29 Juillet 1995: »L’épiscopat algérien est divisé entre son souci de paix et sa loyauté au gouverne- ment algérien ». Dans le cas précis de Pierre Claverie, l’équation est plus complexe. Le dialogue d’appareils risque de sacrifier un autre plus essentiel. Au début des violences, il y faisait référence: «Le débat sur la modernité reprend vigueur sous la pression conjuguée des médias occidentaux et de la régression islamiste. Dans cette mesure, le débat est plus profond qu’au temps ou l’on s’en tenait aux affirmations de principe». Toutefois définitivement clairvoyant au sujet de l’Algérie chemin de la paix est la négociation politique. Mais pas à n’importe quel prix ». « Je vous laisse sur cet horizon ouvert »  La dernière année de sa vie, Pierre Claverie dénote un comportement « presque ascétique ». Le frère prêcheur est toujours actif en lui. Mais lui qui prend sa vie en charge accepte un certain « abandon ». La part de l’homme de la prière qu’il est. Il inhume son père à Toulon en avril puis les moines trappistes et cardinal Duval début juin. Il a continué à dire sa vérité, accepte la publication d’un livre qui regroupe ses écrits de la période « Lettre et messages d’Algérie », affronte les reproches des siens qui trouvent qu’il s’expose trop. Il poursuit sa voie.  Partir ou rester? La question se pose autour de lui. Il a une réponse sublime: « La dernière raison-de la présence de l’Eglise en Algérie- est pour moi, personnellement, la plus déterminente. Jésus est mort écartelé entre ciel et terre, bras étendus pour rassembler les enfants de Dieu dispersés par le péché. Il s’est mis sur les lignes de fractures nées de ce péché… En Algérie, nous sommes sur une des lignes sismiques qui traversent le monde: Islam/Occident, Nord/sud, riches/pauvres, etc. Nous y sommes bien à notre place, car c’est en ce lieu seulement que peut s’entrevoir la lumière et avec elle l’espérance d’un renouvellement de notre monde». A la plénière du conseil pontifical- Rome novembre 95- il fait l’éloge de l’hospitalité de ses voisins musulmans: « Que de marques d’amitié recevons-nous de personnes proches ou inconnues. Comme s’il fallait affronter ensemble un péril imminent pour se tenir plus simples, plus proches plus humains!… ». De Mohamed Bouchikhi, ce jeune Belabbésien ami de la communauté chrétienne qui rend tant de service, il confie à René You, « Tu vois, rien que pour un homme comme Mohammed, ça vaut la peine de rester dans ce pays »  La bombe qui explose la nuit du 1er aout 1996 à l’évêché d’Oran les a emportés ensemble. Jean-Jacques Pérennes a choisi de ne pas s’étaler dans son livre sur les circonstances de cet attentat et sur l’enquête et le procès qui s’en sont suivis. Son objet était ailleurs. Peut être dans cette citation de Mgr Teissier à propos des funérailles de Pierre Claverie: « Une assemblée et probablement jamais vue depuis quatorze siècles qu’existe l’islam; cette assemblée chrétienne ou une majorité de musulmans pleuraient et célébraient un frère évêque dont le ministère avait sens non seulement pour la communauté chrétienne mais pour un grand nombre de personnes dans la communauté musulmane ». A un ami qui lui demandait 17 ans plutôt pourquoi il avait accepté finalement d’être évêque alors qu’il hésitait, il a répondu: « L’attentat contre Jean Paul II (deux jours avant son oui); une Eglise dont le chef peut être tué comme n’importe quel homme, ça m’intéresse ». Pierre Claverie a conclu sa dernière lettre adressée à sa famille le 19 juin 1996 par ses mots: «JE vous laisse sur cet horizon ». Une autre source cite le jeune Bel Abbesien Mohammed Bouchikhi qui était conscient du danger que lui faisait courir son amitié pour Monseigneur Pierre Claverie, l’Évêque d’Oran. Peu avant l’explosion qui les tua tous les deux et les unit à jamais, Mohammed écrivait dans son carnet de souvenirs le texte suivant que l’on peut considérer comme son testament :

« Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.

Avant de lever mon stylo, je vous dis : La Paix soit avec vous. Je remercie celui qui va lire mon carnet de souvenirs, et je dis à chacun de ceux que j’ai connus dans ma vie que je les remercie. Je dis qu’ils seront récompensés par Dieu au dernier jour. Adieu à celui qui me pardonnera au jour du jugement ; et celui à qui j’aurai fait du mal, qu’il me pardonne. Pardon à celui qui aurait entendu de ma bouche une parole méchante, et je demande à tous mes amis de me pardonner en raison de ma jeunesse. Mais, en ce jour où je vous écris, je me souviens de ce que j’ai fait de bien dans ma vie. Que Dieu, dans sa toute-puissance, fasse que je Lui sois soumis et qu’Il m’accorde sa tendresse. »

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Posté par le Août 5 2013. inséré dans ACTUALITE. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Vous pouvez répondre ou laisser un trackback à cet article

4 Commentaires pour “17 ans déjà : Le destin tragique de l’évêque Pierre Claverie et du Bel Abbesien Mohammed Bouchikhi.”

  1. benali

    Cette famille des bouchikhi réside a ce moment derriére l’hotel métropole de la route d’oran Sa maman fut marquée et nous tous abbassis pour cet evéque les oranais de saint eugene disent du bien de ce brave citoyen qui aimait l’Algérie

  2. samia

    Une pensée aux deux victimes le terrorisme est aveugle

  3. gamra de sidi khaled

    Pieuse pensée a toutes victimes le cas de ce duo est des plus tragiques leMEKTOUBcruel

  4. jamel

    Ayant omis de reparler de ces massacres endeuillants je dois dire que dans le texte des passages sont émouvants PAIX SUR CES DISPARUS

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